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Treitscbke

Heinrich von Treitschke, né 1834 à Dresde, fils d'un général de division saxon, 1858 Privatdozent en histoire à Leipzig, 1863 appelé à Fribourg en Brisgau aune chaire qu'il abandonne 1866, allant à Berlin ; la même année appelé à Kiel. 1867 à Heidelberg, 1874 à Berlin ; 1871 à 1888 membre du Keichstag allemand, nommé après la mort de Ranke historiographe de Prusse, mort 1896 à Berlin. — Auteur de Deutsche Geschichte im 19. Jahrhundert (1879 à 1894) : commencée 1871 et inachevée, n'allant que jusqu'à 1848. — Beaucoup de travaux historiques sont réunis dans les Historische und politische Aufdtze (1865 à 1897). Son activité dans la presse politique est marquée par les articles recueillis sous les titres de Zehn Jahre deutscher Kdmpfe (1874 et 1879), et Deutsche Kâmpfe ; Neue Folge (1897). Cf. en outre les cours sur la Politik (1897) publiés après sa mort par Cornicelius.

La littérature sur Treitschke est indiquée très complètement à la fin de l'article peu satisfaisant d'ailleurs de H. v. Petersdorff dans VAllg. Deutsche Biographie 55(1910), 263 ss. Cf. surtout Th. Schiemann, H. v.T-s Lehr- und Wanderjahre (1834 à 1867) 1896; G. Bailleu, H v. T. dans la Deutsche Rundschau 1896, octobre-novembre ; G. Freiftag und H. v. T. Brief. wechsel édition Dove 1900. E. L. Schurig, Die Entwicklung der politischen AnschauungenH. v. T-s 1909 (diss. de Heidelberg) ; M. Lenz, H. v. T. dans les Kleiue historische Schriflen 1910.

Des Lettres de Treitschke publiées par Max Cornicelius, il a paru jusqu'ici (1912-1913) deux volumes, qui vont jusqu'à 1866.

Opposition avec les autres représentants de la tendance « Petite Allemagne ». — Hausser ne s'est jamais déclaré sur la manière dont il se représentait la réalisation de son idéal d'État sous la domination prussienne. Il partait de la supposition qu'un régime libéral et un État fortement concentré s'uniraient aisément. Pour le cas où un conflit éclaterait entre les deux éléments, sa théorie politique n'offrait aucune solution. Probablement il aurait essayé d'un compromis impossible. Telle est du moins la voie que suivirent plus tard des gens de son parti. Ce qui caractérise la position particulière de Treitschke, c'est que lui seul sentit nettement cette contradiction interne, et renonça consciemment en faveur de l'unité nationale aux idéals du libéralisme.

On peut dire qu'en face de Sybel et de Ranke, Treitschke reprit la conception de Droysen. Comme lui il rejeta l'opinion libérale qu'une haute culture intellectuelle et morale ne pouvait se développer qu'en s'alliant à des institutions libérales. Une nation militairement dressée, pleine du sentiment de l'honneur, une bureaucratie indépendante des partis politiques, sont non seulement les conditions préalables de la puissance extérieure, mais aussi la base d'une saine situation politique à l'intérieur et d'une vigoureuse vie de l'esprit dans la nation. Le constitutionnalisme vanté par les libéraux a pour suite le règne d'une débile médiocrité.

Ces vues étaient toutes naturelles chez Droysen, qui partait de la doctrine politique de Hegel et qui avait grandi dans un milieu tout à fait prussien. Il s'appropria sa théorie sans combat. Il en était autrement de Treitschke. Il se trouva comme publiciste et comme historien en contradiction avec sa famille, avec beaucoup de ses amis intimes, avec plus d'une de ses opinions antérieures. Il ne faut pas s'étonner qu'il ait un peu forcé le ton. Il se sentait toujours en opposition, soit avec d'autres, soit avec lui-même. Il ne fut souvent agressif que pour faire taire des objections qui ne lui semblaient pas sans fondement. Il fut consciemment étroit parce qu'il ne croyait pouvoir corriger les étroitesses de la tendance libérale qu'en poussant son opinion à l'extrême.

On ne jugera bien Treitschke qu'en mesurant son historiographie sur les buts qu'elle poursuivait. 11 ne voulait pas être seulement un éducateur politique, comme les autres historiens de la « Petite Allemagne ». Il se sentait un peu apôtre et prédicateur. L'histoire lui servait de chaire. Ardent patriote allemand, il voyait avec envie les États consolidés de l'occident, et avec confusion le culte que des politiques libéraux allemands professaient pour le régime parlementaire d'Angleterre et de France, considéré comme un modèle. Il était particulièrement jaloux de la confiance en soi et de la cohésion nationale de la civilisation britannique. Ses efforts tendaient à créer en Allemagne quelque chose d'analogue. L'Anglais ordinaire était enclin à mettre en avant dans le monde les mérites de son peuple : eh bien! l'Allemand aussi, renonçant à ses rêveries cosmopolites, devait tenir pour bon uniquement, ou tout au moins par dessus tout, ce qui s'était passé dans son pays. Et principalement

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ce qui s'était passé en Prusse ; car le seul État qui, par sa Iradition et sa puissance pouvait se mettre au même rang que les grands États étrangers, c'était la Prusse.

Treitschke n'a oublié qu'une chose, c'est qu'une culture nationale et une historiographie telle qu'il l'exigeait ne se crée pas de force. Dans la préface du quatrième volume de son Histoire d' Allemagne il a, comme on sait, établi la thèse que les Allemands ont aussi bien que d'autres nations le droit de posséder une historiographie nationale. N'était-ce pas donner comme but d'efforts conscients ce qui ne peut être que le résultat d'un développement historique commun (relativement) et du sentiment national qui en déroule ? Macaulay, à qui Treitschke pensait surtout dans ce passage, s'est-il volontairement mis pour écrire au point de vue exclusivement anglais? A-t-il voulu par son histoire implanter dans son peuple un sentiment national? Ne se sentait-il pas d'avance un avec la grande majorité de ses compatriotes? A-t-il jamais songé qu'un Anglais pouvait considérer l'histoire nationale à un autre point de vue que le point de vue anglais? Toutes ces conditions préliminaires, Treitschke avait à les créer artificiellement pour lui-mêm.e et pour son public. 11 lui fallait d'abord convertir ses lecteurs à sa conception nationale.

La plupart des défauts de son œuvre historique proviennent de cette étroitesse d'horizon voulue. C'est justement ce qu'il trouvait de moins satisfaisant chez les historiens étrangers, qu'il cherchait à transporter dans l'historiographie allemande. 11 restreignait souvent à dessein son horizon. Il n'utilisait en général que les archives prussiennes, pour ne pas gâter son jugement favorable sur la politique prussienne. Il s'efforça de rendre à intérêts composés les étroitesses tendancieuses de l'historiographie libérale. Il ne négligea aucune occasion d'élever des reproches hargneux contre les hommes d'État anglais que les libéraux vénéraient comme des modèles. Il mit dans l'ombre les actes populaires des monarques du Sud de l'Allemagne qui, à l'époque de la restauration, étaient favorables à une constitution, en prodiguant des éloges immodérés aux services de la bureaucratie prussienne du temps. On peut défendre au nom de la science historique plusieurs de ces renversements d'opinions. Les gens qui n'ont pas d'intérêt pohtique dans l'affaire regretteront d'autant plus que, par son ton irrité et &es

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exagérations de journaliste, TreitschUc ait par trop donné à son histoire 1 apparence d'un pamphlet.

Le style et la langue. — II est vrai que Treitschke était fait comme pas un pour écrire l'Iiistoire en journaliste. 11 possédait une puissance verbale qui n'appartenait à aucun de ses rivaux. 11 maîtrisait brillamment la rhétorique sensationnelle des journaux. Une merveilleuse abondance d'expressions, un pathos soutenu, qu'on n'a pas eu tort de comparer à la diction de Schiller, un flux perpétuel de style relevé, qui lasse aisément le lecteur d'un goût raffiné ainsi que le savant s'intéressant à l'histoire même, mais qui touche d'autant plus sûrement le cœur du grand public : telles sont les qualités de son élocution.

Ce style était la propriété personnelle de Treitschke. Il n'était pas le produit d'une lutte laborieuse ou d'un défi ; il n'était pas une imitation de modèles étrangers. Il n'est pas non plus un rejeton de l'œuvre de journaliste de l'historien. Il rappelle, il est vrai, par son trait principal, les élans des Premiers Paris à l'ancienne mode. Peutêtre le journalisme l'a-t-il rendu plus souple. Mais il est à un niveau d'art bien supérieur et dispose d'accents bien autrement pathétiques que le style ordinaire des journaux.

Treitschke historien de la civilisation. — Cet art de l'exposition ressort surtout dans les parties descriptives.

On ne peut pas dire que Treitschke se distingue surtout dans la narration de grands actes politiques. Quand il parle de négociations politiques internationales, il est enclin à simplifier plus qu'il ne convient des situations compliquées et à caractériser par une boutade facile la politique extérieure des nations étrangères. Là il fait un travail de journaliste dans le mauvais sens du mot. Ses chapitres beaucoup plus originaux et plus méritants sur la politique intérieure des litats allemands (à laquelle, comme les autres historiens grandis sous l'impression de la révolution de Février, il accorde une attention particulière) souffrent eux-mêmes des instincts de publiciste de l'auteur. Il se sentait trop l'apologiste de l'ancien régime prussien; il renchérissait sur Droysen, quand il confondait les habitudes tatillonnes et sans façon de la bureaucratie avec l'intérêt pour la cause

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