FUSTEL DE COULANGE
comme professeur d'histoire, 1870 à l'École normale de Paris, supplée 1875 Geoffroy à la Sorbonne dans la chaire d'histoire ancienne, 1878 professeur d'histoire du moyen âge à la Sorbonne, 1880 à 1882 directeur de l'École normale, mort 1889 à Massy. 11 nous appartient par ses deux ouvrages principaux : La Cité antique (1864) et l'Histoire des Institutions politiques de Vancienne France^Aja première partie de ce dernier [L'Empire romain, les Germains, la loyauté mérovingienne) parut 1874; elle fut dans la 3" édition développée en trois volumes. La Gaule romaine, Uinvasion germanique et la fin de l'Empire, et La monarchie franque (1888 à 1891). Le second remaniement fut ensuite continué par les volumes : L'Alleu et le domaine rural pendant l'époque mérovingienne (1889), Les origines du système féodal (1890) et Les transformations de la royauté pendant l'époque carolingienne (1892; les deux derniers volumes publiés après la mort de Fustel par G. JuUian). Les dissertations par lesquelles Fustel défendit les opinions soutenues dans les I/us^i^w/ioîts sont réunies dans les Recherches sur quelques problèmes d'histoire (1885) et les Nouvelles recherches (1891) ; des travaux de jeunesse et des articles variés, dans les Questions historiques (1893). Gf. en outre les Fragments publiés par Berr dans la Revue de synthèse historique II (1901), 241 ss. ; III, 98 ss. ; VI (1903), 116 ss. — Bibliographie à la fin de sa biographie parP.Guiraud (1896). — La meilleure critique et caractéristique a été donnée par Gh. Seignobos dans l'Histoire de la langue et de la littérature françaises rédigée par Petit de JuUeville VIII (1899), 279 ss. Gf. de plus F. Kehr dans Hist. Ztscli. 71 (1893). 144 ss.; G. Monod, Portraits et souvenirs, 1897. — D'Arbois de Jubainville, Deux manières d'écrire l'histoire, critique de Bossuet, Thierry et Fustel de Coulanges, 1896. E. Ghampion, Les idées politiques et religieuses de Fustel de Coulanges, 1903 (brochure). A. Sorel, Notes et portraits (1909). 3 ss.
Des savants allemands ont laissé entendre que la thèse fondamentale de Fustel serait en relation avec l'idée de revanche. Nous leur opposerons avant tout le témoignage de iMonod (148 s.). 11 a parcouru les cahiers des cours faits par Fustel de 1861 à 1868 à Strasbourg, et découvert que Fustel, avant 1870, formulait absolument comme plus tard sa théorie sur le caractère romain du système de gouvernement mérovingien.
Fustel historien social. — Fustel de Coulanges a souvent invoqué Tocqueville et Guizot comme ses maîtres. Il les a surpassés tous les deux de beaucoup. Non seulement il leur était supérieur comme savant, mais il était bien plus indépendant même que Tocquevdle des théories idéologiques et des luttes politiques du temps de la Restauration. Tocqueville avait écarté en grande partie les abstractions doctrinaires du libéralisme, mais il ne s'en était pas entièrement débarrassé. Plusieurs points chez lui rappellent le dogmatisme delà vieille école. Il marque la transition à la nouvelle tendance, il ne lui appartient pas encore complètement. 11 n'était possible qu'à une
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g-énération plus jeune d'aller plus loin; Fuslcl le premier a brisé avec les anciennes conceptions.
Comme Mommsen, Fustel mit Thistoire intérieure de l'ihat au centre de son exposition. Mais il comprit sa tâche autrement que son contemporain allemand. Il n'avait pas été formé par la jurisprudence et était moins disposé à prendre des fictions juridiques pour des personnes agissantes, à regarder la constitution et l'administration de l'État comme des organismes indépendants. 11 préférait reconstruire par le bas l'Ktat et la constitution, les dériver de la croyance populaire ou des conditions sociales. L'organisation étatique n'est pas pour lui la force motrice ; elle n'est que le produit des conditions et des idées sociales.
Il s'ensuivit naturellement qu'il renonça à la critique politique dans le sens de Mommsen. Quand on regarde comme le premier agent de l'histoire les grands changements dans la croyance du peuple ou dans les conditions sociales, on ne saurait prendre au sérieu.x les politiques, dont les faits et gestes ne touchent que la surface de la vie politique. A quoi bon alors les censurer? Et les forces qui agissent dans les profondeurs, ne se trouvent-elles pas soustraites à tous les procédés d'éducation? Qu'on aperçoive ou non leur action, l'individu en tout cas est impuissant vis-à-vis d'elles. Fustel a, plus rigoureusement encore que Tocqueville, analysé les transformations d'une constitution comme s'il avait eu à suivre un processus de transformation dans la nature inanimée. Il ne juge pas; il cherche seulement à expliquer, à mettre à nu les ressorts cachés du mouvement, et à en dériver les faits historiques. On peut évidemment contester en détail ses essais d'interprétation. On peut douter que le culte des morts ait eu pour l'histoire des municipes antiques l'importance unique que lui attribue Fustel. Mais cela n'enlève rien à la valeur de sa Cité antique. Qu'on la compare aux anciens exposés de l'histoire d'Athènes. Conservateurs et libéraux, tories et radicaux avaient choisi ce sujet comme champ clos pour leurs combats. Leurs jugements reposaient sur une commune idée préconçue, savoir que le cours pris par le développement que rapporte 1 histoire était dû à certains hommes d'Etat ou à tels groupes de partis. Fustel chercha à prouver que la démocratisation de la constitution ne devait pas se ramener au caprice de quelques démagogues, mais