Janssen
Johhnnes Janssen, né 1829 à Xanten. d'abord théologien catholique, puis historien, 1854 privatdozent d'histoire à l'Académie de Munster, nommé la même année professeur d'histoire pour les élèves catholiques au gymnase de Francfort-sur-le-Mein, 1860 ordonné prêtre, mort 1891 à Francfort. Il ne nous appartient que comme auteur de la Geschichte des deutschen Volkes (depuis le xv<^ siècle) 1876 à 1888. Inachevé, poussé seulement jusqu'au commencement de la guerre de trente ans, continué plus tard parL. Pastor.
Biographie par L. Pastor 1892. Parmi les critiques des revues spéciales que provoqua surtout le second volume de l'Histoire, plusieurs ont été réimprimées dans des recueils d'Essais historiques, celle de H. Delbrùck sous le titre de Die historische Méthode des Ultramontanismus dans ses Historische und politische Aufsâtze 1887, p. 5 ss. ; celle de M. Lenz dans ses Kleine historische Schriften 1910. C'est aussi une étude critique que l'écrit indépendant de M. Schwann J. Janssen und die Geschichte der deutschen Reformation 1893. Janssen a lui-même répondu à ses adversaires
par les écrits An meine KrUiker 1882 et Ein zweites Wort an meine Kritiker 18S3. — Panni les autres travaux de Janssen nous nommerons seulement sa liioiiraphie de Joh. Friedrich Bohmer 1808; puis encore Schiller als Historiker 1863.
L'originalité historiographique de Janssen. — La conception romantique et nationaliste et la méthode anti-critique de l'histoire de la civilisation en Allemagne furent mises d'une façon originale par Janssen au service de tendances confessionnelles.
Janssen était dans ses prémisses moins original encore que Freytag. Son enthousiasme pour le moyen âge, fortement marqué de sentiment national allemand, son aversion pour le droit étrange?' (romain) et l'art étranger (la Renaissance), sa croyance bizarre que le moyen âge avait été l'époque de la pleine floraison du génie allemand — toutes ces choses-là appartenaient depuis longtemps aux axiomes du Romantisme allemand et avaient sans doute été transmises à Janssen par Bohmer. L'emploi de ces vues au service de la polémique catholique n'était même pas nouveau non plus. Déjà Ignace de Dôllinger, dans son ouvrage sur Die Re formation, ihre innere Entwicklung und ihre Wirkungen (1846) avait cherché à établir la thèse que la Réformation avait eu pour conséquence une décadence des mœurs et de la culture en Allemagne. Si comme lui Janssen n'avait fait que répéter (en les épaississant) les arguments de Bossuet, il ne mériterait guère d'être mentionné ici ; il n'aurait sa place que dans une histoire de la théologie catholique.
Janssen ne peut prétendre à une place dans l'histoire de l'historiographie que parce qu'il a muni la thèse de la polémique catholique revêtue de politique nationale d'un soubassement historique auquel on ne trouve rien de pareil chez ses devanciers. Dôlhnger encore s'en était tenu à la couche dirigeante, aux humanistes et aux réformateurs. Janssen, qui se sentait toujours avec fierté petit bourgeois, introduisit pour la première fois le peuple, les petites gens, dans l'histoire de la Réformation allemande. La grande impression que lit son Histoire dit peuple allemand (titre significatif) bien au delà des cercles théologiques intéressés, provient presque exclusivement de cette innovation.
Les ouvrages qui donnaient le ton sur la Réformation allemande étaient tous écrits au point de vue protestant. Ils aimaient à couvrir