Corio
Bernardino Copao (dune famille noble de Milan, né 1459 à Milan, à partir de 1474 à la cour de Milan, mort 1519) se mit à l'œuvre en 1485 pour sa Patria Historia, une histoire de Milan jusqu'à 1499. Ludovic le More lui assigna pour cela une pension et lui fit ouvrir les archives; mais Corio, à ce qu'il dit dans sa dédicace, continua son travail après que la chute de son maître l'eut frustré de ses revenus. Il le termina en 1503. 1'^ édition. Milan, 1503; dernière (par les soins de E. de' Magri), 1855-57. La première est la meilleure ; les autres ont de plus en plus modernisé et toscanisé le texte, qui a une forte teinte lombarde. Cf. F. Gùterbock, Die Urkunden des Corio dans Neues Archiv der Gesellschaft /'. altère deutsche Geschichtskunde, XXIII, 213 ss. — Les Vite degV Imperatori, courtes biographies des empereurs romains de César à Frédéric Barberousse, imprimées avec l'histoire milanaise, sont sans valeur. Ranke (Zur Kritik neuerer Geschichtschreiber, 89 s.) ne parle que de la partie finale. Sur l'ouvrage entier cf. P. L. Annoni dans la Rivista Italiana di Scienze, Lettere ed Arti II (1894), 57 à 89 : F. Gabotto dans la Vita mcova Il (1890), no 35 ; H. Ulman, Kaiser Maximilian J, I (1884), 441, note 1.
C'est à peine sil'œuvre historique de Corio appartient encore à l'his toriographie humaniste. Non pas seulement parce qu'elle est écrite en italien. Son Histoire milanaise ressemble déjà aux compilations informes de la tin duxvi* et du xv!!*" siècle. Elle n'est ni critique avec
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conséquence, même selon l'école de Bruni, ni franchement populaire ; ce n'esl ni une histoire d'après les Actes, ni une belle narration, il lui manque l'unité de style, la première exigence d'un ouvrage humaniste. Il juxtapose sans transition des pièces d'archives brutes cl une narration de couleur romanesque.
Gomme Scala (ci-dessus, p. 29) Corio cherche un moyen terme entre la Chronique et les Annales humanistes. Toute anecdote était bonne pour lui. 11 ramassait tous les racontars de la tradition populaire. Il ramena dans l'histoire la fable rejetée par Merula de la fondation de Milan par Subres, descendant de Noé. D'autre part les documents insérés de temps en temps devaient donner à l'œuvre aux yeux des savants l'apparence d'un travail sérieux. Cependant tous ne s'y laissèrent pas prendre ; Grœvius par exemple admit (Ranke, p. 89, proteste, sans raison) Merula, malgré tous ses défauts, dans son recueil, mais pas Corio.
Corio s'était vraiment rendu la tâche trop facile. Bien qu'autorisé à compulser les archives de Milan, il ne tit pour les années 1423 à 1466 que des extraits de Simonetta, c'est-à-dire qu'il ne copia pas seulement un prédécesseur, comme bien d'autres, comme il le fit luimême pour le Chronique de Bossi, années 1466 à 1492 ; il emprunta sa matière à un auteur qui avait écrit non une histoire de Milan, mais les exploits de Sforza. Il intercala dans son extrait de Simonetta quelques renseignements de peu d'importance, la plupart relatifs à l'histoire locale.
Corio se rapprocha de la manière des Chroniques par sa recherche de la variété. Il ne pouvait comprendre la dignité monotone des humanistes. La règle de Bruni, consistant à faire un choix intelligent dans le fouillis des chroniques, passa pour lui inaperçue. Il traita dans le même détail les choses importantes et les bagatelles, rapporta des petits faits locaux sur le même pied que les événements de l'histoire universelle. Il décrit avec autant d'abondance des fêtes sans portée historique, comme le couronnement du pape Alexandre VI, que des incidents qui ont changé le cours des destinées de la ville.
Il est vrai que c'était le bon moyen pour devenir populaire. Aussi, entre tous les historiographes humanistes, Corio est-il devenu le véritable historien national de Milan. Le grand public trouva chez lui ce qu'il demandait à l'histoire. Il y retrouva ses vieilles légendes
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familières, que les humanistes avaient dédaigneusement mises de côté. Il est bien possible que l'exemple de Corio ait influencé hors de l'Italie des historiens du même tempérament, comme par exemple Tschudi.
Son ouvrage nous apporte au moins un point de vue historique nouveau. Pour l'attachement absolu à son seigneur, le second fondateur de Milan (fol. 51* de la l'"'' édition), il ne se distingue en rien des autres historiens : cependant la révolution dans la politique italienne qui se rattache à l'invasion de Charles VIII ne passa pas sans laisser de traces dans son œuvre. Comme les grands Florentins, sous l'impression de l'expédition française, il sentit s'éveiller chez lui le sentiment national italien. Merula avait encore considéré la domination des Lombards au seul point de vue dynastique (voir plus haut, p. 53) : dans la chute de Didier, Corio voit une affaire d'intérêt général pour l'Italie. Charlemagne est pour lui un précurseur de Charles VIII ; comme celui-ci il veut soumettre l'Italie à la domination des Français. Seulement, il fut plus habile : perche non già ignorava quanta fusse implacabile la naturale e continua inimicizia ch'era ira il nome italiano e francese ;.. . temeva ancora la rebellione di poptcli, H quali molestamente supportano la Gallica superbia ; perilchè più volte il loro fine è slato sanguinolente in tal forma che Italia s'è attribuito essere stata di continuo la sepuUura de' Galli (fol 23^). Dès que Corio vient à toucher ce point brûlant de la politique italienne d'alors, le patriote, l'homme d'Etat se réveille et son exposé prend de la vie et de la lumière. Mais il ne faudrait pas tirer pour tout l'ouvrage une semblable conclusion de l'impression favorable que peut produire la dernière partie, commençant en 1492. D'autant moins que le dernier livre aussi est défiguré par un plagiat de Benedictus de Verona (Eccardus, Corp. hist. med. sévi II.)