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Burckhardt

Jakob Burckhardt, né 1818 à Bâle, théologien d'abord pendant peu de temps, puis voué à des études historiques et surtout d'histoire de l'art à l'exception d'un court professorat au Polytechnikum fédéral de Zurich (1855-1858), professeur de 1845 à 1893 à l'Université de Bâle pour l'histoire et l'histoire de l'art (cette dernière chaire seulement depuis 1886), mort 1897 â Bâle. Il nous appartient surtout par ses deux ouvrages : Die Zeit Constantins des Grossen, 1853 et Die Cultur der Romixsance in Italien, 1860 (les deux premières éditions seules peuvent être regardées comme authentiques : depuis la 3«, le livre est remanié par L. Geiger). Après sa mort J. Oeri a publié, en grande partie d'après des cahiers de cours. Griechische Kulturgeschichte (1898 à 1902) et Weltgeschichtliche Betrachiungen (1905; le titre provient de l'éditeur; Burckhardt avait appelé ce cours U6er Studium der Geschichte). — Parmi ses travaux sur l'histoire de l'art, nous nommerons Geschichte der Renaissance in Italien 1868 (qui fait partie de la publication entreprise avec W. Lùbke de la Geschichte der neueren Baukunst) elBeitràge zur Kunstgeschichte von Italien, 1898.

Les meilleurs renseignements biographiques dans les articles de ti.Trog, Basler Jahrbuch, iS98 et dans Deutschcr Nekrolog de Bettelheim, II, 1898. Sur l'historien, E. Gothein dans Preussische Jahrbùcher 90 (1897), R. Neumann dans la Deutsche Rundschau, 1898 mars, 1907 octobrenovembre, et dans la Hist. Ztschr. 85 (1900), 385 ss. ; F. Meinecke dans Hist. Ztschr. 97 (1906), 557 ss. ; Andler dans la Revue de Synthèse historique,XY et XVIII ; W. Gôtsdansla Histor. Zeitschrift, XCVUl {1901}, ^tO ss. H. Gelzer, Ausgeivàhlte kleine Schriften (1907) 295 ss. ; K. Joël, J. Burckhardt als Geschichtsphilosoph dans Festschrift zur Feier der i50-jàhrigen Bestehens der Universitàt Basel (1910) . Adolf Philippi, Begriff der Renaissance (1912), 54 ss. Des lettres de Burckhardt ont été publiées en différents endroits ; V. sur-

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tout le Basler Jahrbuch, 1010 et 1914. Ses Briefe an einen Architekten (Alioth) et le Briefwechscl mit H. von Geymiiller, éd. E. Neumann, 1913 roulent principalement sur des sujets d'histoire de l'art et n'apportent guère rien de nouveau pour la connaissance de l'historien Burckhart.

Burckhardt était plus dilettante encore que Renan. Il se résignait moins facilement que le Français à des recherches scientifiques qui n'auraient eu rien d'esthétique. Il étudiait moins systématiquement. Il usait moins impartialement des sources. Qu'il ait négligé de peser ses témoignages à l'aide de la méthode philologique et critique, cela n'avait pas grande importance ; car il était trop sceptique pour lire les auteurs avec la naïveté de Janssen ou de Freytag. Mais, comme Ranke, il écartait les sources sans vie. Il lisait et rehsait ses auteurs, et sa sensibilité géniale pour les curiosités historiques lui faisait y découvrir des choses qui étaient restées cachées à tous les historiens à la recherche des faits. Mais il ne les étddiait guère; il n'essayait pas de les critiquer au moyen des vestiges directement à sa portée de la vie publique du passé, et par des actes, des monnaies, des formulaires, des inscriptions, etc., de créer un tableau indépendant des témoignages des contemporains. Il n'employait cette méthode rigoureusement scientifique que dans son domaine propre, dans ses travaux sur l'histoire de l'art en Italie ; comme historien de la civilisation, il s'appuyait presque exclusivement sur la tradition littéraire.

Aussi Burckhardt réussit-il le mieux non pas quand il écrit l'histoire de ce qui s est passé, mais quand il décrit la façon dont l'Etat et l'histoire étaient envisagés par les gens d'une certaine époque et d'un certain pays. Les hommes avec qui il se plaisait le plus étaient ceux qui étaient disposés comme lui à contempler en spectateurs désintéressés la vie publique et privée de leur temps et à railler dans des gloses spirituelles les sottises du forum. Voilà pourquoi il se trouvait si bien avec les Grecs et les Italiens de l'époque classique. Il ne cherchait pas à les idéaliser. Mais il aspirait au commerce avec une société sans préjugés intellectuels, ayant du goût pour la malice et sachant faire de leur vie une œuvre d'art. Et comme il croyait cet idéal atteint dans la Renaissance italienne, il s'accommodait de son immoralité (qu'il sentait très vivement). Il ne faisait pas, semblaitil, de plus grand reproche à la Cité grecque que celui d'avoir par

sa domination tyranniquc restreint la libre sociabilité des individus. 11 ne condamnait pas iKtat grec par des raisons politiques et militaires, mais parce que des épicuriens intellectuels de son espèce s'y seraient trouvés malheureux.

Burckhardt n'était pas d'un naturel spéculatif. Il prenait bien intérêt à des études philosophiques et théologiques ; mais il se tenait volontiers dans le vestibule ; il aimait à recevoir des instigations spirituelles, mais ne recherchait pas une solution dogmatique. D'autant plus grande était son aptitude aux jouissances artistiques. A celles des arts plastiques, de la poésie, de la musique, de l'observation morale (dans le sens français, telle que la pratiquait Montaigne), d'une fine conversation. De là son goût prononcé pour la culture française, de là son tableau enthousiaste de la sociabilité de la Renaissance italienne, qui a découvert le monde et l'homme, qui a développé la personnalité. Quand on nomme son livre, on pense tout de suite à ce chapitre de la Kultur der Renaissance si rempli d'un regret mélancolique de la courte splendeur de cette époque. Les chapitres sur l'histoire politique et celle des opinions philosophiques restent à l'arrière-plan. Le chapitre final, sur les mœurs et la religion, manque de clarté dans les principes : le chapitre d'introduction, sur VEtat comme œuvre d'art, saisit insuffisamment les problèmes politiques de l'Italie d'alors.

Les idées centrales du livre, les thèses de Burckhardt sur Timportance fondamentale de la Renaissance italienne pour le développement intellectuel du monde moderne, possédaient la force de suggestion propre à des pensées profondément senties en opposition avec des principes qui ne sont acceptés que par l'intelligence. Ses thèses firent autorité, en Allemagne surtout, dans le monde cultivé. On peut dire qu'il a créé à la religion moderne, à l'esthéticisme, son paradis. Qu'il ait pu le faire, cela le caractérise tout à fait comme historien. S'il s'était contenté d'analyser scientifiquement la période que traite son livre, — jamais il n'eût produit un pareil effet. Mais il écrivait en inspiré. Non pas avec un enthousiasme aveugle ; il est loin d'être responsable des exagérations de journalistes de ses imitateurs ignorants. Cependant le lecteur sentait que le rêve magnifique qu'il décrivait, était un morceau de sa vie. Et l'esquisse composée avec un goût

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