‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 43 sur 341 · GUICHARDIN · texte numérisé non relu

GUICHARDIN

pour distinguer l'essentiel ! Quelle connaissance étendue des mobiles de la politique ! Quel sage discernement des possibilités pratiques ! Il est aussi dégagé des hyperboles des humanistes que des travestissements doctrinaires de Machiavel. Comparez les quelques lignes que Guichardin consacre dans VHistoire florentine à caractériser les armées italiennes d'avant 1494, avec la caricature fantastique qu'en fait Machiavel. L'opinion des deux auteurs est au fond à peu près la même; mais le jugement de Guichardin est plus juste et mieux fondé. Quand il critique un acte politique et s'arrête à discuter comment la faute eût pu être évitée, il ne prétend pas qu'avec sa méthode on pouvait être maître de toutes les difficultés : non, le parti qu'il recommande est le meilleur relativement (Cf. Hisl. flor., p. 368, chap. xxxii).

L'historiographie de Guichardin est dominée de plus près que celle de Machiavel par la situation de Florence à cette époque. Le génie de Machiavel donnait aux discussions de son milieu une portée universelle qu'elles ne méritaient peut-être pas d'avoir. Sa personnalité est plus grande que les inspirations qu'il dut à d'autres. On ne saurait se représenter l'historien et le théoricien que fut Guichardin sans les luttes constitutionnelles au milieu desquelles il grandit. Son entourage seul et les calamités politiques de sa ville natale l'ont poussé à ^'occuper des problèmes de la politique. S'il avait vécu ailleurs, sa c&jiception de l'histoire n'aurait guère dépassé le pragmatisme habituel aux diplomates qui se mettent à écrire. Mais dans sa situation, cet, esprit âprement dédaigneux des règles générales était forcé de prendre parti sur les questions de théorie politique. C'est cette contrmnte, autant que l'intelligence aiguisée et l'entente des affaires de Guichardin, qui a donné à ses œuvres historiques une valeur impérissable,

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