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Petits historiens avant Machiavel

Parmi les grandes compositions de l'historiographie politique florentine, celles de Machiavel et de Guichardin seules sont issues exclusivement des luttes constitutionnelles et des discussions politiques dans la Florence de leur temps. Pour les autres historiens, la situation n'est pas aussi simple. Eux non plus ne s'expliquent pas sans le milieu politique qui leur est commun. Mais le goût pour l'histoire leur vient surtout de la littérature historique déjà existante. Ils dépendent de Machiavel plus que des événements dont ils ont été témoins. Ils avaient des dispositions pour l'historiographie : c'est à un plus grand qu'eux qu'ils durent de les développer.

Deux petits écrits historiques seulement font ici exception.

a. — Rucellai.

Bernardo Rucellai, né 1449 à Florence, marié à une sœur de Laurent de Médicis, avant la révolution occupé principalement d'études archéologiques et philosophiques (les célèbres Orti Oricellarii furent organisés par lui); mais plusieurs fois revêtu aussi des charges de l'Etat (1480 gonfalonier, 1484 ambassadeur à Gènes, etc.) ; se retire du parti des Médicis après l'expulsion de Piero; mort 1514 à Florence.

i° Bernardi Oricellarii de Bello italico commentarius, histoire de la lutte des Français pour l'Italie depuis 1494 jusqu'à l'avènement de Louis XII. Ecrit dans les dernières années de la vie de l'auteur, en tout cas pas l'ers ISOO, comme depuis Ranke {Zur Krilik, 85), on le répète toujours (p. 30 de l'édit. de 1733, il est question du pontificat de Jules II [1503- 1513]). Cf. J. Schnitzer, Bart. Cerretani, p. xxx {Quellen und Forschungen zur Geschichte Savonarolas III 1904). — 1'*^ édition, Londres 1724. 2*^ corrigée Ibid., 1733.

2° De bello Pisano, traduction de l'ouvrage de Neri Capponi et répétition du travail de Palmieri (voir p. 31). Avec cette différence que Rucellai donne expressément son œuvre pour une traduction; il semble n'avoir pas remarqué que Palmieri, qu'il cite, n'a fait non plus que traduire Capponi. — Publié avec la 2" édition du Belliim ital.

Le premier est une œuvre de transition.

Bernardo Rucellai avait reçu les impressions décisives de la jeunesse et de l'âge mûr à l'époque de calme de Laurent de Médicis. Aussi son ouvrage s'inspire-t-il de la rhétorique humaniste plus que de la spéculation politique. Seul parmi les Florentins il écrit en

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latin, et en un latin puriste, même d'un archaïsme affecté. De plus, la politique intérieure, chez lui, s'efface devant la peinture d'actions militaires et d'affaires diplomatiques; il se complaît à des épisodes qui appellent les ornements du style. Tous les artifices de l'historiographie humaniste sont encore représentés chez lui : les anecdotes sentimentales, les exemples antiques rangés comme dans une boîte à fiches, les scènes sentimentales, les discours de collège (même dans des négociations auxquelles l'auteur avait assisté), l'oubli voulu de la religion et de l'Église (plus déplacé qu'ailleurs : Rucellai raconte l'expédilion de Charles VllI sans nommer une seule foisSavonarole).

En cela Rucellai est humaniste, et pas un des meilleurs. Mais il a des passages qui témoignent d'une intelligence pratique. Rpars, au milieu des lieux communs de la rhétorique, on trouve des explications compétentes sur l'importance stratégique d'une localité ou d'une manœuvre, des jugements avisés sur des situations politiques (l'expression d'équilibre politique, s'il ne l'a pas inventée, a du moins été employée par lui pour la première fois dans la littérature historique, p. 4). L'ensemble est un mélange bizarre. La psychologie superficielle, le ton moralisant et pathétique (qui lui a fait donner par Erasme le titre de nouveau Salluste, Opp , édit. Lugd. Bat., IV, 363 [1703]), f appel constant fait au sentiment à la place de la raison, tout cela, c'est de la convention humaniste. Et à côté, sans transition, des jugements topiques, reposant sur une observation personnelle, annoncent une nouvelle époque de l'historiographie. Guichardin y a pris quelques données, en très petit nombre, et avec des corrections importantes.

Le jugement de Rucellai est moins prévenu vis-à-vis de l'intérieur que vis-à-vis du dehors. On ne peut le ranger dans aucun parti fixe. Avant la révolution, il était du côté de son beau-frère Laurent de Médicis ; après, il professa vaguement des principes républicains. La considération politique dont il jouit semble ne s'être appuyée que sur sa renommée d'humaniste. Celle-ci a longtemps influencé l'appréciation de son œuvre historique. On peut appliquer à l'historien ce que Guichardin [Stor. fior., p. 326, chap. xxix) dit du politique : Fu Bernardo Rucellai uomo di grande ingenio, di otlime lettere e molto éloquente, ma seconda il parère de' aavii, di non molto giudicio; et nondimenoper la lingua. per gli ornati e acuti discorsi che faceva, per moite destrezze di ingegno, era universalmente riputato savLsiino.

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