VETTORI
b. — Vettori.
C'est une personnalité bien plus marquante que Francesco Vettori. Né 1474 à Florence, il appartint pendant la Révolution au parti aristocratique des Médicis, fut de bonne heure et souvent employé dans les affaires de l'État; lié d'amitié avec Machiavel etGuichardin, mort en 1539. Aucun produit de l'historiographie politique florentine ne se rapproche davantage du caractère de la Storia d'Italia que l'ouvrage de Vettori Sommàrio délia Storia d'Italia dal 1511 al 1527 (publié par A. von Reumont dans Arch. stor. it., Append. VI, 1848).
Vettori partage avec Guichardin le don de l'observation précise, le jugement cynique des politiciens, l'aversion pour toutes les phrases d'ornement et le pessimisme politique. Que l'on appelle tyrannie le gouvernement des Médicis installé en 1519, soit ! Mais parlando délie cose di questo mondo senza rispetto e seconda il vero — y a- t-il jamais eu, ailleurs que dans la République de Platon ou dans des utopies, des gouvernements autres que tyranniques ? Tutte quelle repubbliche o principi de-quali io hocognizioneper istoria 0 che io ho veduti, mi pare che sentino di tirannide (p. 293). A Florence en particulier, il n'en peut être autrement; car le butin est maigre, et les concurrents nombreux. Les régimes si vantés de la France et de Venise, où les privilèges et le pouvoir appartiennent à la noblesse, tandis que .Villani et Popolani supportent toutes les charges, ne sont-ils pas tout aussi tyranniques ?
Comme Guichardin, Vettori écrivait du point de vue de l'homme d'Etat aux affaires et n'appréciait tous les événements politiques que d'après leur portée politique immédiate. Si la comparution de Luther à Worms, par exemple, est mentionnée, c'est que l'empereur Charles pouvait par cet incident exercer une pression sur le pape (p. 332). Sur la doctrine de l'hérétique nous apprenons seulement qu'il voulait mettre les évêques sur le même rang que le pape et prêchait d'autres choses scandaleuses (p. 351).
Si le Sommario de Vettori n'était pas une simple esquisse, on n'hésiterait pas à l'égaler au grand ouvrage de Guichardin. En tout cas il nous fait voir très nettement que les qualités qui semblent à un observateur superficiel une originalité de Guichardin étaient le propre des meilleurs hommes d'Etat florentins de l'époque.
Vettori composa en outre un EloQium de Laurent de Médicis duc d'Urbin, qui a été publié pour la première fois par Tommasini dans son N. Machiavelli II (191i), 1055-4063.