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LA BIOGRAPHIE HUMANISTE

traits qui appartenaient à son activité politique. Les humanistes n'osèrent pas s'écarter de cet usage. Machiavel lui-même croyait devoir s'ex'cuser quand, dans son portrait de Cosme de Médicis, il n'observait pas rigoureusement cette règle (Ist. fior., 1. VII = Op. I, 333).

La biographiey gagna en importance. Trait caractéristique : Blondus, qui dans ses décades n'avait pas eu souci de l'humanisme, voulait, dans une histoire (de la civilisation) de son temps, consacrer des biographies spéciales aux savants et aux écrivains. (Masius, Blondus 61.) Évidemment notre histoire doit accorder plus d'attention qu'aux éloges officieux à ces recueils de biographies qui tiennent lieu de nos histoires modernes de la littérature, de l'art et de la civilisation.

Ce n'en est pas moins un problème de savoir pourquoi les humanistes n'ont pas fait un pas de plus, n'ont pas remplacé leurs recueils par de véritables livres d'histoire et donné par exemple, au lieu d'une histoire des artistes, une histoire de l'art. La raison principale en est sans doute que la faiblesse de leur culture philosophique les rendait incapables de se représenter des abstractions telles que la poésie épique, lapapavté, détachées de leurs représentants concrets, comme objets susceptibles d'un développement historique.

C'est une conclusion inadmissible de rapporter le zèle des humanistes pour la biographie à das scharfe Hervortreten der Persônlichkeit das diesem Zeitalter eigentûrnlich ist^ (G. Voigt, Wiederbelebung, II, 501). On se trompe quand on croit que l'Italie était alors particulièrement riche en individualités. Nous n'avons pas autant de biographies pour d'autres pays. Mais que saurions-nous de la personnalité de Louis XI, si nous n'avions pas Commines ! Pour mieux dire, qu'aurions-nous su d'elle autrefois ? L'historiographie moderne n'en est plus réduite aux portraits maladroits des chroniques ; elle est en état de reconstituer une personnalité au moyen d'actes et de correspondances : nous savons ainsi qu'il se découvre des individualités très accusées là-mème où les sources littéraires ne laissent apparaître que des types conventionnels. Par contre, le sentiment de leur propre valeur a bien pu pousser les humanistes (qui étaient pour la plupart self-made men) à cultiver principalement la biographie littéraire.

B. — Les recueils Je Biographies.

\ . — FlUPPO VlLLANI LEUR FONDATEUR

Fiiippo ViLLAM, né après 1325 à Florence, neveu du chroniqueur Gio- 1. La prépondérance marquée de la personnalité qui est propre à cette époque.

FUETEB. 8

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vani Villani, 1361 professeur de jurisprudence à l'Université de Florence, mort après 1405, a écrit : Liber de origine civitatis Florentiae et ejusdeîu famosiscivibus. Composé 1382. La 2« partie seulement, un recueil de 35 biographies, est imprimée (éd. Galetti 1847). Le remaniement italien, longtemps seul connu, est incomplet (édité d'abord par Mazzuchelli, Venise 1747). — La continuation de la chronique de son père Matteo ne nous regarde pas ici. — Cf. G. Calô. F. V., 1904 {Indagini di storia letteraria e artistica directe da G. Mazzoni, 5) .

Boccace, par sa Vita di Dante, avait fondé la biographie des artistes (voir p. 9 s.). Philippe Villani fit un pas de plus et introduisit ce genre dans l'histoire.

Il s'appuie complètement sur Boccace. Il n'avait eu d'abord d'autre intention que de remanier sa vie de Dante. Mais cette cellule primitive s'enfla peu à peu en toute une collection de biographies. Et ces biographies de Florentins célèbres s'annexèrent à son histoire florentine comme une sorte d'histoire de la civilisation.

Villani n'est pas un grand artiste. Son style, malgré le remaniement de l'ouvrage fait par Salutati, a la lourdeur du moyen âge, son exposition est traînante. Il n'a pas non plus grand talent pour l'histoire. Ses portraits s'en tiennent à la surface. Il reproduit sans critique la tradition légendaire des anciens temps. Ses jugements politiques sont étroits et bornés, et la manière dont il parle des ouvriers et du peuple est dictée par la haine aveugle du riche Popolane menacé dans sa situation. En revanche, il s'abstient de toute phraséologie. On trouvera chez lui les traits essentiels des biographies collectives de l'humanisme. Il commence son recueil — et cela restera l'usage de tous les vrais humanistes — non plus par les théologiens, mais par les poètes. Il dédaigne l'art spécialement médiéval, et, à côléde la manière italienne moderne, ne donne de place qu'à l'antique. Il essaie même, à l'occasion, de ranger ses figures dans un développement historique.

C'est un tout nouveau genre de biographies qui naissait ainsi. Des auteurs anciens avaient aussi célébré les viri illustres dans des recueils. Mais faire une histoire de l'art et de la civilisation, non pas seulement rassembler des anecdotes curieuses sur les poètes et les artistes célèbres, mais mettre leurs vies, au moins extérieurement, en relation chronologique : cela était nouveau ; les œuvres conservées de la littérature romaine n'en ofl"raient pas le modèle. Ue

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