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Petits ouvrages

C'est de Villani que se rapprochent plus étroitement les œuvres biographiques qui traitaient un sujet actuel. La plupart ont peu d'importance pour l'historiographie.

a. — Facîns.

Facius (voir p. 46) ne donne guère que des notices de lexique dans ses Viri illustres (écrit 1457; éd.Mehus, Florence 1745). Il dit dans sa préface avoir écrit cet ouvrage pour se reposer de sa charge officielle d'historiographe. On n'y trouve que de faibles rudiments dune caractéristique individuelle. Pour les humanistes les plus distingués, guère autre chose que les dates indispensables et les titres de leurs écrits.

L'ordre suivi est caractéristique pour l'historiographie humaniste.

Facius commence parles poètes et les orateurs, descend ensuite aux

LES RECUEILS DE BIOGRAPHIES (aENEAS SYLVIUS. — BISTlCCl) 119

juristes, aux médecins et aux théologiens, mentionne rapidement quelques peintres et sculpteurs, et, en passant par les hommes d'État républicains et les condottieri, remonte aux princes (parmi lesquels les papes) ; il termine par un panégyrique du roi Alphonse. Les humanistes et leurs Mécènes forment ainsi les pierres d'angle de son exposé.

b. — Aeneas Sylvius.

Les biographies de contemporains célèbres d'ÂENEAS Sylvius (voir cidessous p. 139 ss.) disposées sur un plan analogue, sont restées à l'état d'esquisse. Elles auraient eu également pour titre De viris illustribus. Quelques articles ne sont que de maigres notes; d'autres sont presque au point. Même ainsi, Aeneas Sylvius laisse loin derrière lui le rhéteur Facius. Sa connaissance du monde et des hommes, la part qu'il prit à la politique, son habileté d'écrivain et son aversion pour la rhétorique à la mode ont été d'un bon effet pour les biographies. Plusieurs morceaux ont d'ailleurs passé mot pour mot dans des travaux postérieurs.

L'original des Viri renfermait 65 biographies ; 21 ont péri avec les premières feuilles du manuscrit. Aeneas y travailla à divers intervalles ; à partir de 1450 environ il n'y fit plus d'additions, F^ éd. chez Mansi, PU II orationes m Lucques 1759; augmentée de 2 biographies dans le le^vol. de la Bibliothek des literarischem Vereins in Stuttgart 1842. — Cf. G. Voigt, E. S. II, 324; F. Kronesdans les Beitràge zur Kunde steiermàrkischer Geschichtsquellen, VIII (1871), 33 ss.

c. — Bisticci.

Vespasiano da Bisticci, cartolaio. c'est-à-dire papetier-libraire à Florence (1421 à 1498) composa Vite di uomini illustri del secolo XV, 1"® édit. complète par L. Frati dans la Collezione di opère inédite o rare, 1892-1893. Cette édition, d'ailleurs délectueuse, n'a pas recueilli différentes dédicaces que Bisticci mettait en tète d'éditions séparées de ses biographies et qu'il faut chercher dans les éditions plus anciennes; cf. Arch. stor. it. Sér. V, XIV (1894), 200 ss. Les Vite, à ce qu'il paraît (1,4) ne devaient servir que d'assises pour un ouvrage historique en latin. Bisticci avait auparavant déjà fourni à des humanistes des documents biographiques pour des oraisons funèbres (III, 347). Deux écrits plus petits dans la même édition III, 245 et 289. — E. Frizzi, Di V. da B., 1878.

La collection de biographies du libraire de Florence appartient à peine encore à l'historiographie humaniste.

L'ouvrage appartient à un genre qui ne pouvait se développer qu'à Florence. Pas humaniste, mais provoqué par l'humanisme. L'auteur était par ses sentiments un représentant typique de la bourgeoisie dévote qui arriva au pouvoir avec Sanovarole. Sa culture n'était pas plus profonde que celle d'autres artisans. Quand il contemplait avec une

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fierté patriotique les champions fêtés de la culture nouvelle, son admiration était aussi peu intelligente que celle des gens du peuple de l'Italie actuelle, qui en présence d'étrangers témoignent de leur vénération pour une célébrité indigène. MaisBisticci, par sa vocation, avait eu l'occasion de connaître mieux que ne pouvaient le faire des artisans la position occupée par les humanistes dans les affaires publiques et dans la vie des classes supérieures.

Lui-même n'avait pas reçu d'éducation humaniste. 11 ne savait pas écrire en latin et ses connaissances sur l'antiquité ont encore toute la confusion du moyen âge (cf. dans le Proemio 1, 1), Mais il avait gobé quelques lieux communs humanistes (ses Vies commencent par la maxime que la gloire d'un grand homme dépend de son historien) et ce sont sans doute des productions humanistes qui l'ont encouragé à son travail. Encouragé seulement. L'exécution est toute médiévale Perché lo spirituale debbe tenere il principato in ogni cosa (1,4), il donna dans son recueil la place d'honneur à un pape (il ne mêlait pas, comme Facius, sous le nom de princes des ecclésiastiques et des laïques) et mit à la fin les hommes d'État et les lettrés. Ses biographies ecclésiastiques ont une allure aussi édifiante que n'importe quelle Vie de Saint du moyen âge (cf. 1,145 à 151,201 etc.) Comme la plupart des gens peu cultivés, il éprouvait le plus grand respect pour les coryphées de la culture qui gardaient dans la vie journalière une attitude digne et pieuse. Son expression favorite, qui dénote ses dispositions desprit en même temps que la pauvreté de sa langue, c'est : degno. Le pape Eugène IV est un degno uomo, le Sfortias de Filelfo est un degiio libro, l'Histoire Florentine de Poggio est une opéra molto degna. C'est pourquoi il réussit des figures comme Niccolô Niccoli, tandis qu'il ne nous donne de Poggio qu'une idée très insuffisante.

Ses biographies manquent du fini que les humanistes cherchaient à donner à leurs ouvrages. La matière n'est pas ordonnée, le style souvent négligé. Aussi n'a-t-il pas imposé de force à son travail le cadre classique. Il débitait tout ce qu'il savait. Et il avait appris tout de même bien des choses. Ses jugements littéraires sont de seconde main; ce brave bourgeois n'entendait rien aux aspirations artistiques des humanistes : mais il connaissait à fond les lettrés comme hommes. On s'aperçoit partout qu'une certaine distance les sépare de ses héros, qu'il les considère presque comme des gens d'un autre monde (ses jugements sur les hommes d'Etat en particulier sont souvent enfantins). Mais comme ses dates sont habilement choisies ! comme ses dialogues et ses sentences sont d'une rédaction heureuse ! quelle vie dans la peinture de plus d'une personnalité ! Son horizon spirituel est borné. Mais il n'est pas gonflé de son mérite. Il n'est pas étonnant que le goût moderne préfère ces récits sans art d'un ouvrier aux éloges glacés des humanistes.

d. — Sabadino degli Arienti.

Giovanni Sabadino degli Arienti, né à Bologne avant 1450, comme ses ancêtres au service des Bentivoglio, jusqu'à la chute de cette famille

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(1506), puis à Ferrare comme poète de la cour, mort vers 1510. Il composa Gynevera délie Donne clare, 34 biographies, y compris la personne qui a commandé le travail et dont il porte le nom. Écrit 1483. Seule édition complète par Ricci et Bacchi délia Lega, dans le 223" vol. de la Scelta di Curiosità letterarie o rare, 1888. — Dallari, Délia vita di S., 1888.

Boccace trouva à l'époque où nous sommes un successeur tardif dans le poète de cour bolonais Sabadino degli Arienti, qui pour plaire à sa souveraine Ginevra Sforza dei Bentivoglio composa un recueil de biographies de femmes célèbres (la plupart contemporaines),

Ses Vies ont naturellement le ton de l'éloge, et pour les dames qui étaient en relation quelconque avec les Bentivoglio, Sabadino ne ménage pas les flatteries. Mais ce n'est pas un orateur malhabile; il sait donner du relief à des détails pittoresques et trouver entre la nouvelle récréative et la moralité édifiante une moyenne appropriée au goût populaire. Il a un faible curieux pour les héroïnes de la guerre. Il semble que le goût qui a créé les amazones de Boïardo et de l'Arioste ait trouvé bon accueil, comme d'autres importations de Ferrare, à la cour des Bentivoglio. Même la Pucelle d'Orléans, la gaya polcella di Franza, est traitée tout à fait comme une héroïne du Roland furieux. Sabadino ne tient aucun compte de l'élément religieux (cf. sa biographie et la remarque p. 188).

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