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Princes et hommes d'État

La biographie officieuse a naturellement beaucoup moins de valeur encore que les annales officieuses. Ce n'est pas un effet du hasard que les deux seuls ouvrages qui sont mieux que des éloges conventionnels n'aient justement pas été composés par ordre supérieur.

a. — Decembri.

PierCandido Decembri, humaniste, né 1399 à Pavie, de 1419 à 1447 au service du duc Maria Filippo Visconti, de 1448 à 1450 secrétaire du gouvernement républicain, par suite sans position sous les Sforza ; de 1450 à 1456 secrétaire à la Curie, 1456-59 à Naples, 1467-76 à la cour des Este, mort 1477 à Milan.

1 . Vita Philippi Mariae Vicecomitis (1412-1447). Composé en Octobre 1447 (Borsa, p. 372), 1"^® impression Milan 1625, puis avec les n°' 2 et 3 dans Muratori Script. XX.

2. Vita Francisci Sfortiae (1401-1461, c'est-à-dire toute la vie à l'exception des 5 dernières années). Non commandée, mais présentée au Duc, et censurée par Cicco Simonetta. Trad. en italien sur le désir du Duc (Borsa, 402 ss.).

3. Commandée par Philippe Maria, l'oraison funèbre du condottiere Piccinino. — Cf. M. Borsa dans Arch. stor. lombardo Sér. 11,X(1893) 5 ss. 358 ss.

Decembri écrivit la biographie du duc Philippe-Marie Visconti immédiatement après sa mort. Il était complètement indépendant; la dynastie s'éteignait avec son patron. Le sujet lui était bien connu; il avait servi vingt-huit ans le duc comme secrétaire. Il n'est pas étonnant que le portrait soit complet, plus qu'aucun de ceux des biographies humanistes. Et malgré tout son réalisme, ce n'est pas une caricature. Il avait trouvé sous Philippe-Marie des occupations satisfaisantes, bien qu'à son gré insuffisamment payées, et il n'éprouvait pas le désir d'user de sa liberté, comme Platina, pour un acte de vengeance posthume. Il fit donc part au pubhc de tout ce qu'il connaissait du duc, le mal comme le bien.

Il n'a pas produit une véritable biographie historique. Pas plus que Suétone, dont il avait jadis traduit la vie de César (Voigt, Wiederhelebung 1,512), Decembri n'a compris que la vie d'un souverain ne doit pas être traitée comme celle d'un particulier. Il s'entend bien à choisir les détails caractéristiques, il sait poser l'homme avec son individualité. Mais cette composition anecdotique ne suffisait pas à la peinture de l'homme d'État. Il ne sépare même pas extérieurement ce quia de l'importance pour le souverain et ce qui n'en a pas. Pas de portrait d'ensemble. La politique du duc n'est nulle part l'objet d'un exposé suivi ; nous ne la connaissons que par des notes fragmentaires. Decembri, comme Suétone, rangeait l'un après l'autre des traits isolés et laissait au lecteur le soin d'en faire un tableau.

Lorsque, quatorze ans plus tard (1461), il écrivit sa vie de Sforza, il lui manquait l'indépendance qui avait donné de la valeur à son premier ouvrage. Son héros vivait encore, et il travaillait sous ses yeux. La narration devait s'en ressentir. En opposition voulue avec la biographie du dernier Visconti (Cf. chap. I"), Decembri ne traite pas la vie privée du condottiere. Il se borne à magnifier dans le style d'usage les exploits guerriers de son héros. Un exemple du soin qu'il met à esquiver les faits désagréables : il tait la naissance illégitime de Bianca Maria, l'épouse de Sforza, quoiqu'il en ait ouvertement parlé dans son autre ouvrage (auquel il renvoie souvent).

LA BIOGRAPHIE INDIVIDUELLE (tEGRIMI) 123

b. — Tegrimi.

Niccolô Tegrimi (né 1448 à Lucques d'une vieille famille noble, mort 1527). juriste et humaniste, employé fréquemment comme orator, composa, lorsqu'il fut envoyé (1494) en ambassade auprès de Ludovic le More, une Vita Castruccii Antelminelli Castracani Lucensis Ducis (mort 1328). Édit. Modène, 1496, puis entre autres, Muratori, Script XI. Pour la biographie, Cf. l'introduction à l'édit. lat.-ital. de la Vita, Lucques,

Il faut faire plus de compte encore de la biographie que le Lucquois Niccolô Tegrimi compara à son illustre compatriote Castruccio Castracani.

On s'aperçoit que l'auteur connaissait à fond la politique, l'administration et les tyrans. Il venait d'entrer en relations étroites avec un tyran, lorsqu'il composa son ouvrage : il est écrit pour Ludovic le More, auprès duquel il était envoyé et qui l'avait gratifié du titre de conseiller ducal. (Pour lui plaire, Tegrimi insère une histoire touchante de la vie du nouveau Scipiade, le père du More, p. 1332 de l'éd. Muratori.)

Par son origine, l'ouvrage de Tegrimi ressemble donc tout à fait à la biographie de Charlemagne par Acciaiuoli (p. 124). Seulement, le Lucquois ne renonce pas, comme le Florentin, à son indépendance de jugement. D'emblée il se refuse à faire de son héros un miroir de vertu. C'est le contraire. Jamais on n'a fait d'un tyran italien un portrait aussi réaliste. Tegrimi surpasse Decembri et Machiavel dans l'art de faire ressortir les traits typiques. Pas une particularité caractéristique ne manque au portrait. Absence militaire de tous égards, emploi sans scrupule de la cruauté et de la perfidie pour garder le pouvoir. Castruccio se maintient à l'aide de la corruption et de moines qu'il charge d'exciter les pauvres contre les riches. Mépris de l'excommunication ecclésiastique et de la superstition. Sollicitude pour la masse ; Castruccio pousse énergiquement à la bâtisse, régularise l'importation des céréales et divertit le peuple par des fêtes somptueuses. Castruccio a tenté un jour d'écarter de son chemin, par des assassins à ses gages, son seul ennemi dangereux, le roi Robert de Naples : Tegrimi le raconte comme une chose toute naturelle (p. 1335).

Cette objectivité historique s'explique en grande partie par les

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sentiments républicains de l'autour. Il osl tier de son compatriote ; mais il n'oublie jamais que lui aussi appartient à une des familles dirigeantes, qui auraient plus que toules les autres à perdre par la fondation d'une tyrannie. Il ne peut évidemment pas étaler ses sentiments. (Cf. p. 1337.) Mais un républicain de naissance pouvait seul peindre un tyran avec ce calme cynisme.

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