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Poètes et artistes

La plupart des biographies d'artistes ne sont, elles aussi, que des exercices de rhétorique. Au lieu d'un portrait individuel, les auteurs ne donnent que des louanges de convention. C'est encore Leonardo Bruni qui a fait le meilleur ouvrage et le plus original.

a. — Bruni.

Les Vite di Dante e Petrarca de Bruni (ci-dessus, p. 19 ss.) parurent d'abord ensemble à Pérouse 1671 (la vie de Pétrarque seule, Padoue 1472). Fréquemment depuis. La meilleure édition dans A. Solerti, Le Vite di Dante, Petrarca e Boccaccio scritte fino al secolo XVHI (s. d., vers 1903). Cf. Paur dans l'ouvrage cité page 7.

Boccace et Plutarque ont donné à Bruni l'idée de ses Vies parallèles de Dante et de Pétrarque. Mais il ne doit au poète florentin et au moraliste grec que cette impulsion tout extérieure. Pour lui, c'est en historien quil fait de la biographie. Boccace avait tourné la Vie de Dante en un hymne à la poésie, Plutarque avait subordonné la peinture de ses héros à des tendances éthiques : Bruni conçut la biographie comme une portion de l'histoire.

La Vie de Pétrarque surtout est devenue une véritable biographie historique. Bruni ne donne qu'une esquisse rapide de la vie extérieure de Pétrarque. Il s'attache davantage à montrer l'importance qu'elle a eue pour l'histoire de l'humanisme. Il s'est admirablement acquitté de cette tâche. 11 juge naturellement avec les préventions humanistes et républicaines. Par des raisons politiques il identifie l'humanisme avec le cicéronianisme (la décadence ne commence pas à l'invasion des Barbares, mais à l'installation de l'empire) et motive d'une façon tout extérieure l'abaissement de la culture sous les empereurs parla prétendue extermination des citoyens romains. Mais il saisit avec une clarté merveilleuse les points les plus importants pour l'histoire de la civilisation — l'action novatrice de Pétrarque et sa continuation par Boccace. Si sa philosophie de l'histoire est assez fruste, il faut lui laisser le mérite d'avoir agité des problèmes réellement historiques.

La Vita di Dante (plus considérable) a le défaut d'être conçue en opposition avec Boccace et d'amener par suite l'auteur aux juge-

ments outrés de la polémique. Boccace, selon lui, aurait décrit la vie de son héros comme un roman d'amour. Lui, porte son attention principalement sur les circonstances politiques au milieu desquelles Dante agissait. Il les traite sans contredit avec tout autrement de soin et de détail que son devancier. Il est aussi plus fidèle aux faits et n'accueille pas de traits proprement légendaires. Mais pour l'appréciation de l'homme et du poète, il n'égale pas son adversaire. Celui-ci donne au moins au lecteur l'impression d'une personnalité exceptionnelle ; Bruni lui applique la mesure du bourgeois, du Philistin; il est incapable dejugerl'artiste. Boccace avait loué les poètes célibataires et transcrit sans gêne ce qu'il savait des aventures d'amour de Dante. Bruni n'admet pas cette attitude et réplique par cet argument raisonnable, que la famille est la base naturelle de l'État et que seul cet amour-là est naturel, légitime et permis. Dante devient chez lui ce jeune homme modèle, qui d'une part ne fait pas une gaie sociabilité, de l'autre ne fait jamais le cheval échappé. Quanta ses créations poétiques, Bruni ne fait que reproduire les jugements du commun lecteur. Dans le détail, il trouve des choses toute fait justes; mais ce que la Commedia a d'original et de génial, le dépasse.

Toujours est-il que sa Vie de Dante est un ouvrage consciencieux et indépendant, bien supérieur par là à toutes les biographies humanistes qui l'ont suivi.

b. — Albert! et Cellini.

Parmi les Vies d'artistes, les autobiographies d'Alberti et de Cellini sont au premier rang.

Le portrait qu'a peint de lui-même Leone Battista Alberïi (né vers 1404 sans doute à Gènes, mort en 1472 à Rome) est original, comme tout ce que nous possédons de ce curieux artiste et bohème: c'est aussi l'un des plus vivants qui aient été jamais écrits. Il ne garde que bien peu l'objectivité de l'œuvre d'art. Il flotte entre l'exagération hâbleuse et le plaisir pris par le peintre à un modèle intéressant. Il suit une tendance déterminée. Alberti n'a pas rencontré l'accueil auquel il croyait pouvoir prétendre. Il lui a bien fallu mettre lui-même en lumière pour la postérité ses incomparables mérites.

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