‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 68 sur 341 · LA CRITIQUR HISTORIQUE (LAURENT VALLA · texte numérisé non relu

LA CRITIQUR HISTORIQUE (LAURENT VALLA

B. — La critique historique.

±. — La critique pbilologico-bistorique [Laurent Valla).

Valla (p. 44 ss.) a droit à une place ici à raison de deux ouvrages :

1° De falso crédita et ementita Constantini donatione declamatio. Composé 1440. Publié d'abord par Ul. de Hutten, i5l7.

2° Duo Tarquinii, Luclus ac Aruns, Prisai Tarquinii filiive an nepotes fuerint. adversum Livium... disputatio (avec deux Confatationes, réponses à un certain B. Morando). Comp. 1440. Dans les Opem (Bâle 1540) p. 438 ss.

Ce que nous avons de mieux sur Valla comme critique, c'est J. Vahlen dans Almanach der Acad. der Wissensch. zu Wien 1864 (et à part 1870). Cf. en outre M. v. Wolff, L. F., 1893; R. Sabbadini, Cronologia délia vita del V. (dans L. Barozzi eR. Sabbadini. S^udi sut Panormita e sut V., 1891) ; W. Schwahn, L. V., 1896 (Diss. de Berlin).

Blondus fut parmi les historiens humanistes le premier érudit ; Valla fut le premier critique. Sans doute les anciens humanistes, à commencer par Pétrarque, avaient, dans certaines limites, pratiqué la critique. L'histoire ancienne avait été expurgée des fables médiévales, et les récits de miracles, en général, éhminés. Mais les récits des historiens anciens eux-mêmes étaient réputés sacro-saints, et personne n'avait eu l'idée de vérifier l'authenticité de documents de l'histoire moderne. Valla le premier brisa les barrières ainsi posées à la critique ordinaire de l'humanisme.

Ses travaux critiques n'ont pas grande valeur par eux-mêmes. Ce qu'ils ont de remarquable, c'est le courage de leur auteur. Pour trouver ce qu'il a découvert, il ne fallait pas une sagacité extraordinaire. Il suffisait de poser franchement la question d'authenticité. Ce qui passe aujourd'hui pour le haut fait critique de Valla, la preuve que la donation de Constantin est un faux, a été réalisé par d'autres encore. L'authenticité a été contestée non seulement par Nicolas de Gués, mais par un homme tout à fait étranger à l'humanisme, l'évêque anglais Pieginald Peacock, dont l'argumentation est même mieux conduite que celle de Valla (Peacock, Repre&sing of overmuch loyting of the clergy, éd. Babington dans les ScHptores rer. Britann. medii aevi, 1860, où se trouve le passage sur la donation, p. 359 ss. Comp. vers 1449. Cf. mon travail Religion und Kirchein in England im 15. Jahrhundert 1904, p. 55 ss. et aussi J. Gairdner, Lollardy and the Re formation in England, 1908, p. 202 ss.) Au point de

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vue de la méthode, l'écrit do Valla nest pas du tout remarquable. Les recherches critiques sont enveloppées dans la forme d'une invective humaniste, surchargées d'une rhétorique prolixe ; la question scientifique est fâcheusement emmêlée dans des considérations de politique actuelle des rois de Naples. Valla est, après tout, sur le terrain qu'occupait depuis longtemps la critique humaniste ; ce qui distinguait son travail des autres tentatives faites pour dégager l'histoire ancienne des additions médiévales, c'est uniquement qu'au lieu de se diriger contre un passage de chronique, elle s'en prenait à un document. Encore Pétrarque l'avait-il devancé en déclarant inauthentiques, par des raisons linguistiques également, les lettres d'affranchissement autrichiennes.

Nous regardons comme plus importante la tentative de Valla pour corriïrer une assertion de Tite-Live et convaincre d'erreur mi des écrivains canoniques de l'antiquité. Il opposait, il est vrai, un ancien à un autre ancien, et sa critique ne touchait qu'à un domaine où des corrections de détail n'avançaient pas à grand'chose : son travail n'en allait pas moins plus loin qu'aucun humaniste n'avait osé s'aventurer, et la haine irréconciliable des pontifes de l'antiquité ne fut pas épargnée à l'auteur.

Valla ne laissa pas d'école, pas plus que Giustiniani. Ses qualités personnelles, surtout son intrépidité en face de la Curie et des littérateurs, étaient moins faciles à copier que les particularités du style de lecole de Bruni. Son inspiration n'a été recueillie qu'un siècle plus tard, par un plus grand que lui, par un homme qui lui était bien supérieur en courage, en fermeté critique, en érudition et en universalité d'esprit, par Didier Erasme. Le grand humaniste hollandais ne s'est jamais lassé de vanter les mérites du critique romain et de le défendre contre les outrages de ses concurrents jaloux et contre les inquiétudes des pusillanimes. (Cf. notamment la préface à l'édition des Annotations de Valla sur le Nouveau Testament, Paris 1505; dernière édition dans Opus Epistolancm Des. Erasmi, éd. P. S. Allen [4906] p. 406 et la 26^ Epître, ibid.)

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