‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 70 sur 341 · C. — Mémorialistes {/Eneas Sylvms · texte numérisé non relu

C. — Mémorialistes {/Eneas Sylvms

^NE.\s Sylvius Piccolomini, né 140j à Corsignano (Pienza) sur le territoire de Sienne, d'une famille siennoise noble mais appauvrie; au concile de Baie 1423 comme secrétaire de Domenico da Capranicas, évêque de Fermo, au bout de quelques années occupé personnellement au service du Concile et nommé secrétaire par Félix V; 1442 dans la chancellerie impériale sous Frédéric III; 1445 réconcilié officiellement avec la Curie (Eugène IV) ; 1446 prêtre, 1447 évêque de Trieste, 1449 de Sienne. 1452 légat du pape auprès de Frédéric III. 1456 cardinal, 1458 élu pape (Pie II), mort 1464.

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\'^ Commentarii de gestis Basilicnsis concilii, écrit tendancieux de 1440, alors qu'^neas était secrétaire de l'antipape Félix. I.c litre est trompeur; Touvrage ne raconte que les événements depuis la diète de Nuremberg (oct. 14;{8) à la déposition dEugène IV (1. I), puis le conclave et l'élection de Félix V (1. Il ou plutôt 111; le I. 11 primitif qui aurait dû contenir la déposition d'Eugène, est censé perdu). — Edité s. i. o. a. (1521); puis entre autres dans les Opcra (Hâle 1551, 1571, 1589). — De /ebu.s" Basileae gestis stante vel dissoliito concilio, resté longtemps ignoré, publié pour la première fois par M. Catalani, 1803, et mieux par G. Fea dans Pins II... a calurnniis vindicatus 1823. Ecrit plus tard que les Commentaires. — Cf. G. Voigt Enea Silvio (1856), 1, 228 ss. et II, 322 s. Birck, . E. S. als Geschichtschrciber des Basler Conzils dans la Tûbinger Theol. Quar- | talschrift, 1894. p. 577 ss. (sans valeur).

2° Historia austriaca ou Historia Friderici III. L'un et lautre titre sont trompeurs. Cet ouvrage (inachevé) n'est ni une histoire de Frédéric III ni une œuvre d'ensemble, mais une compilation tout extérieure de mémoires, de journaux, de relations et d'extraits d'auteurs plus anciens, comme Othon de Freising. Entrepris à l'instigation de l'empereur, qui désirait une description du Bellum ^wsinacuwt, c'est-à-dire du conflit de la couronne avec les États de l'Autriche en l'an 1452. La première rédaction fut terminée 1453-54, la deuxième commencée vers 1455. La première s'arrête à 1452, la deuxième à 1458. Sur une troisième rédaction, cf. Th. Ilgen, préface de la traduction dans les Geschichtschreiber der deutschen Vorzeit. 15. Jahrhundert, 2 (1889). Continué par Johann Hinderbach (1418 à 1486), fonctionnaire de la chancellerie impériale, qui déjà avait aidé /Eneas dans son travail. Cf. Voigt. II, 356 et Lorenz. Geschichtsquellen, II, 312. — Première édition incomplète, Strasbourg 1685; édition complète mais non critique (avec la continuation) chez Kollar, Analecta Monum. Vmdoft. II (Vienne 1762) Cf. Voigt, II, 325 ss. ; F. Krones, DieZeit- ;tenôssifiehen Quellen zur Geschichte der Grafen von CHU {Beih^àge zur Kunde steiermàrkischei' Geschichtsquellen VIII [1871] p. 17 ss.) ; V. Bayer, Die H. Fr. III, 1872 (une partie dabord comme dissertât, de Goettingue; en supplément, une préface qui n'avait pas été imprimée). j

3° Historia Bohemica {jusqu'à 1458) . Composé 1458; dans les parties finales concorde mot pour mot avec Hist. F)id. III. D'abord publié à Rome 1475, puis très fréquemment. — Cf. Palacky. Zur Wiirdigung der alten bôhmischen Geschichtschreiber (1830); Voigt, II, 331 s, ; Krones (voir ci-dessus, 2). 28 ss.

4^» Historia Europae (d'après la préface souvent absurdement nommée inEuropam). Inachevé. Lexique géographique et historique, s'occupant particulièrement de l'histoire contemporaine. Memmingen 1490. — Cosmographia vel demundo universo historiainim liber I {=z Asie), ouvrage semblable sur l'Asie, principalement l'Asie Mineure. Egalement inachevé, Venise 1477. Cf. Voigt, II, 333 ss.

B*» Commentarii. Autobiographie, poussée jusqu'aux derniers moments de sa vie. Remanié et préfacé par Campanus, évêque de Teramo (p. 124). D'abord imprimé sous le nom d'un scribe Gobellinus, Rome 1584, réimprimé Rome 1589et Francfort 1614. Le treizième livre, restéfragmcntaire,

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qui manque dans les éditions, est donné par Voigt comme supplément au deuxième volume. Parties du manuscrit original communiquées par Cugnoni dans les Atti deU'Accademia dei Lincei, Mem. VIU (1882-83). 482à 549. — Cf. Voigt II, 336 ss. ; G. Lesca, Commentarii di E. S., 1894.

()" Petits écrits. Cf. aussi ci-dessus (p. 124).

Outre les ouvrages cités, on peut comparer en général encore : Rieûe\,Zur Beurleilang des Ae. S. ah Geschichtschreiber, dans les Monalsbctichte derpreuss. Akadcmie dcr Wmenschaften zu Berlin \861 , p. 549 ss. (spécialement quant aux gloses sur Beccadelli) ; Genglcr, Ueber Ae. S. uïid seine, Bedeutung fiir die deutsche Rechtsgcschichte, 1860 ; P. Joachimsen, Geschichtsauffassung iind Geschichtschreibung in Deutschland tinter dem Einflusse rfcs Humanismus I (1910), 27 ss. Voir aussi A. Meusel E. S. als Publizist, 190:>.

Bruni n'eut d'influence sur riiistoriographic humaniste qui le suivit que comme auteur de l'Histoire florentine. Le mélange de mémoires avec l'histoire, de peinture romanesque avec la narration historique, qu'il tenta dans son Histoire contemporaine d'Italie (ci-dessus p. 2b) ne trouva pas d'imitateurs parmi les humanistes orthodoxes. Un seul historien le suivit, l'homme bizarre qui, au temps de Poggio et de Valla, en opposition avec la nouvelle génération et avec ses préceptes classiques, tenait encore fermement au style libre et individuel de Pétrarque.

Les œuvres historiques d'.^neas Sylvius n'ont pas souffert du culte de la rhétorique des anciens. Ses dons de feuilletoniste ne restèrent pas comme chez Poggio un capital mort. Ce qu'il avait vécu et observé, il n'hésitait pas à en faire profiter l'histoire. Et que n'avait-il pas vu, cet agent politique international ! Quel intérêt universel aux choses ! Quelle indépendance de l'esthétique conventionnelle des humanistes ! Nul ne pouvait puiser dans ses souvenirs des récits aussi vivants, éveiller autant les esprits en jasant, nul ne s'entendait comme lui à toutes sortes de choses. Personne, avec cela, ne négligeait plus la forme, ne bravait plus cavalièrement les règles du style humaniste, que ce publiciste rompu aux affaires, qui ne possédait même pas un Tite-Live (Voigt IL 310) !

Cependant il ne creusa pas plus profondément que les autres. Il ne possédait ni l'activité de Blondus ni les dispositions spéculatives de Bruni. Ses Commentaires sur le concile de Bâle, considérés comme des mémoires, donnent un récit vivant, renferment maint jugement heureusement formulé, et malgré leur apprêt de journal, parviennent à éviter la rhétorique conventionnelle. Mais quant aux

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problèmes do politique ecclésiastique qui se rattachaient à l'assemblée (le Bâle, ils n'en parlent jamais. On peut l'expliquer en disant que ce n'était pas l'affaire d'une œuvre tendancieuse de publiciste, d'aborder dépareilles questions. Mais dans son autre peinture, relativement indépendante, du concile, /Eneas reste tout aussi superficiel. Et ses autres écrits, la plupart sans conclusion ou n'en ayant qu'une tout extérieure, nont d'autre valeur que leur caractère de mémoires. Nulle part il ne s'élève à de vraies considérations historiques.

Même pour la critique historique il est inférieur à des humanistes comme Bruni. Il était certainement capable de discerner la tradition antique des fables des chroniqueurs. Mais il ne fut pas aussi conséquent que les disciples de Bruni, et traîna avec lui bien des récits qu'il ne jugeait pas dignes de foi, ne fût-ce que pour pouvoir remporter un triomphe facile sur ses devanciers médiévaux. Il n'était guère plus sceptique en face des inventions du [moyen âge que ses prédécesseurs non humanistes.

Ce n'était pas davantage un travailleur consciencieux. Qu'il décernât souvent l'éloge ou le blâme par des raisons extérieures et qu'il fît subir à certains faits des travestissements tendancieux, cela rentrait dans sa mission officielle et n'avait pas d'importance. Mais ce n'est pas tout. Il a souvent faussé la vérité, telle qu'il la connaissait, uniquement en vue de l'effet littéraire; il ne se distinguait des autres humanistes qu'en ce qu'il avait plus de goût pour les ornements romanesques que pour un archaïsme décoloré.

Il donna à son activité littéraire une digne conclusion lorsque, retiré comme pape dans son domaine propre, il se voua à la composition de ses mémoires. Ce n'est pas un hasard qu'aucun de ses ouvrages historiques n'ait l'attrait de ses Commentaires. Ce que les autres sont occasionnellement et en dépit des règles, ceux-ci le sont ouvertement et loyalement : des souvenirs libres d'allure de la vie de l'auteur.

Des circonstances accidentelles ont amené iEneas Sylvius à s'occuper beaucoup de l'histoire d'Allemagne. Ses rapports avec la chancellerie impériale et sa longue activité en Allemagne lui indiquaient ce sujet que les humanistes n'avaient pas encore traité. Ses œuvres n'en ont pas moins eu sur des expositions ultérieures de

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l'histoire d'Allemagne une influence décisive. C'est pour une grande part à /Eneas que remontent l'habitude d'intercaler dans des ouvrages d'histoire des excursions sur l'histoire du droit et la géographie, l'attitude à demi critique en face des légendes de races, peut-être même le pathos nationaliste de plusieurs humanistes allemands. Les auteurs allemands du xvi^ siècle qui s'occupaient d'ethnographie nationale ont puisé presque tous leurs renseignements dans les écrits de l'humaniste siennois. (Cf. l'ouvrage cité de Gengler.)

B. — LHISTORIOGRAPHIE HUMANISTE ITALIENNE A L ÉPOQUE DE LA CONTRE-RÉFORMATION

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