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Foglietta

C'est aux continuateurs des annales latines à la façon de Bruni qu'on peut attribuer le moins de valeur propre. II nous suffira de citer comme leur représentant le plus distingué le Génois Foglietta.

Uberto Foglietta. né vers 1518 d'une vieille famille génoise, juriste, puis lettré vagabond, nommé 1550 référendaire papal, mis au ban et proscrit par le gouvernement génois à cause de son ouvrage publié à Rome 1559 Bella Repubblica di Genova; rappelé 1576 et nommé historiographe officiel, mort 1581. Il a écrit :

1^ Historiae Genuensium II. XII. Inachevé. Foglietta arrivait jusqu'à l'année 1527 ; son frère et éditeur ajouta l'année 1528 tirée de Bonfadio (ci-dessous p. 149) 1'° édition, 1585, Gênes; réimpr. dans Greevius, Thés. Ant. Ital. I, 1. Foglietta fut le premier historiographe de carrière à Gènes; le chancelier et le secrétaire d'Etat avaient eu jusqu'alors la charge d'écrire les annales de la ville. Aussi Foglietta ne reçut-il pas

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le simple titre de Scriptor Annalium, mais celui de Scripior Historiarum et Annalium Reipiiblicae. On lui assigna la moitié du traitement du chancelier et du secrétaire (Tiraboschi, s. v.).

2° Pendant son séjour à Rome, Foglietta travailla à une Histoire contemporaine. Trois fragments seulement en ont été publiés, tous de l'année 1547 (la conspiration de Fiesque, l'assassinat du duc Pier Luigi Farnese et le soulèvement à Naples provoqué par l'inquisition) 1''^ édit. 1571 à Naples ; réimp. dans Grœvius, Thés. Ant. Ital. I, 2. Il repousse les attaques contre son Hist. dans l'écrit De ratione scribendae historiae (avec l'appendice postérieur De similitudine normae polybianae) Rome 1574, puis dans Graevius, 1. c.

3° Petits écrits concernant pour la plupart les guerres contre les Turcs. Sur les Eloges, cf. ci-dessous (p. 157).

L'histoire génoise. — L'humanisme et la Renaissance se frayèrent plus lentement l'accès à Gènes que dans d'autres États italiens : ce n'est qu'à l'époque de la contre-réformation que le gouvernement porta son attention sur une historiographie officielle dans le style humaniste. Il paraît y avoir été déterminé par le fait que les luttes entre Venise et Gênes n'avaient été jusqu'alors exposées que du côté vénitien (Cf. la préface aux Eloges de Foglietta). C'est à Uberto Foglietta qu'échut la mission de condenser les récits des chroniques en une histoire suivie de la ville, à l'instar de Bruni et de Sabellicus.

Il était devenu impossible, même à un humaniste fieffé comme Foglietta, d'écrire l'histoire à la manière rhétoricienne d'autrefois. Les œuvres des grands Florentins et des historiens érudits avaient rendu le public sensible aux défauts de la vieille école.

Mais les modifications apportées par Foglietta à la forme de Bruni sont assez minces. Il émonda les frondaisons les plus luxuriantes de son style de virtuose, cita directement le chiffre des années, s'efforça d'expliquer, à la suite de Machiavel, des changements politiques par des causes naturelles (Cî. 1. IV, p. 361 éd. Graevius et 1. IX, p. 683). Mais l'ordre resta rigoureusement celui des annales; comme chez Bruni, on voit détiler les rapports sur les guerres, sur les troubles intérieurs, sur des phénomènes naturels, sans autre liaison que la date de l'année. La narration détaillée des combats occupe encore, avec les discours, la plus grande place.

L'Histoire contemporaine. — Si VHistoire génoise a mis Machiavel

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à conlribulion, les fragments de \' Histoire contemporaine peuvent nous apprendre 1 action qu'a eue Guichardin sur les histoires universelles de riiumanisme.

Foglietta prit V Histoire d'Italie j)our modèle sur plus d'un point. 11 aspirait à un jugement raisonnable en politique et cherchait dans ses portraits à s'émanciper de la psychologie d'école. 11 n'accumula pas les fleurs de rhétorique en un tas aussi épais qu'on s'était habitué à le faire. Mais ici encore, la réforme resta tout extérieure. Les trois épisodes de l'histoire d'Italie de l'an 1547 montrent par leur choi-K même que l'intérêt romanesque a repris la place de l'intérêt politique, et cette impression est tout à fait conlirmée par l'étendue donnée au récit, par sa coloration, par les anecdotes admises uniquement en vue de l'effet dramatique.

Cette rechute dans l'ancienne manière ne passa pas sans opposition.

L'attaque des adversaires se porta surtout sur les points où Foglietta se séparait de Guichardin. Ils lui reprochèrent décrire en latin et non en italien (ce qui ne convenait pas, à cause des expressions techniques déjà), de se mêler d'histoire sans s'être acquis comme homme d'État ou comme militaire une expérience pratique ou la connaissance des affaires ; fhialement, d'insérer des discours (ce qui atteignait Guichardin lui-même). Neque enim historia, ut poema, delectandi causa in primis conscribitur-. formule radicale par laquelle la nouvelle tendance, s'appuyant sur les grands Florentins, opposait son idéal à celui des humanistes {De ratione scribendae historiae, éd. Grœvius p. 1195).

BizzARi. Fogiietta ne fut pas le premier à composer une histoire de Gènes en style humaniste ; il fut seulement le premier qui le fit avec un mandat officiel. Pendant qu'il s'y appliquait, il fut devancé par un habile journaliste de l'école de Jove, l'Ombrien Pietro Bizzari (né à Sassoferrato, mort vers 1584 à Anvers où il passa la plus grande partie de sa vie, le plus souvent au service d'éditeurs), qui fit paraître à Anvers en 1379 Senatiis populique Genuensis rerum domi forisque gestarum liistoriae atque annales (jusqu'en 1578). C'est à lui seul que pense Fogiietta en parlant de nonnulli {H. G. 1. l, p. 215).

Son ouvrage évidemment hâtif est un bon spécimen de l'école feuilletoniste. Bizzari possédait comme Jove l'art d'écrire d'une manière élégante, concise, intelligible pour les lecteurs à l'esprit paresseux, et il osait comme lui, rompant avec la routine, introduire des pensées

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neuves et fécondes dans l'historiographie humaniste. Il eut par exemple la bonne inspiration de traiter à part les guerres importantes de Gênes avec Pise, Venise, etc. et de décharger ainsi la narration par annales. Mais lui aussi gâta ses mérites par un travail léger, sans critique, et un jugement superficiel.

C'est un travail de journaliste du même genre et que nous citons comme échantillon de beaucoup d'autres, que l'ouvrage de Bizzari sur l'histoire de Perse [Persicarum rerum historia in 12 libros descripta; les onze premiers livres racontent l'histoire jusqu'à 1578 ; le douzième, consacré à l'histoire de la civilisation, renferme des extraits d'auteurs anciens sur l'ancienne Perse, l'*^ édit., Anvers 1583, et aussi dans le Corp. hist. rer. pers. Francfort 1601). Le caractère de cette compilation, faite au moyen de relations et de journaux à la main, ressort bien de ce fait qu'à la dernière feuille, après les Emendanda figurent les dernières nouvelles de Constantinople, à la façon de dépêches reçues après clôture de la rédaction.

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