‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 76 sur 341 · Adriani · texte numérisé non relu

Adriani

L'abandon de l'ancienne historiographie bornée à un seul pays, se remarque nettement chez Adriani, qui devait proprement continuer Varchi, mais s'attacha quand même à Guichardin.

Giovanni Battista Adriani (né 1511 à Florence, d'abord républicain, puis partisan des Médicis, professeur d'éloquence dans sa ville natale, mort 1579) fut après la mort de Varchi (1565) chargé par le Grand-Duc d'écrire l'histoire de son temps, c'est-à-dire de son principat : Istoria de'suoi tempi (de 1530 ou plutôt 1536 à 1574, donc embrassant tout le règne de Cosme I^".) Il mourut avant d'avoir pu mettre la dernière main à cet ouvrage, qui ne fut édité (à Florence) qu'en 1583 par son fils. Adriani composa en outre 1575 un éloge spécial du Grand-Duc, Vita di Cosimo I, édité par A. Bartoli dans les Scritti vari editi ed inediti di G. B. A., 1871 {Scelta di curiosila lett. disp. 121). Cf. Lupo Gentile, Studisulla Storiografia fiorentina alla corte di Cosimo I (1905) p. 115 ss.

L'intention sans doute ne suffisait pas. Adriani copia Grichardin aussi fidèlement que possible. Non seulement dans la composition (il insère toutefois encore des notices particuHères à Florence), mais dans la méthode. Comme le maître, il basa son exposé sur des extraits d'actes et de rapports des archives florentines. Mais il ne s'éleva pas au-dessus d'une imitation extérieure. Pas même aux endroits oii il avait les coudées franches et oîi sa situation dépendante ne lui imposait pas des apologies officieuses. Il lui manquait le don d'observation, la sagacité politique et la connaissance des affaires de Guichardin. Son exposition est sans vie. Il avait de bonnes sources, et ce qu'il y puise, il le rend exactement, sans le parer des couleurs de la rhétorique. Mais son jugement ne pénètre pas plus avant que ces données-là. Avec les rapports des diplomates fixant une situation momentanée, il n'était pas capable de mettre un personnage sur pied ou de reconstruire les principes d'un homme d'État. Sa narration est absolument décolorée quand il a devant lui

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des choses dont ses autorités sont déjà insufTisamment informées. Les ambassadeurs florentins n'étaient pas précisément initiés à la politique dos grandes puissances. Adriani n'avait pas de quoi combler lui-même cette lacune. Il se contentait en pareil cas d'aligner les faits tels qu'il les connaissait.

Adriani a la même partialité politique que Guichardin, mais avec bien moins de droit encore. Guichardin, du point de vue de la politique italienne d'alors, avait pu se permettre d'ignorer le théologien Luther : Adriani commettait une grosse faute historique, quand il ne voyait dans le concile de Trente que son influence sur les négociations politiques entre pape et empereur, et quand il passait entièrement sous silence un événement mondial comme la fondation de la Société de Jésus. Il se trouva des contemporains, en dehors de l'Italie pour louer ces réserves. De Thou (ci-dessous p. 180j vante sans doute pour cette raison la confiance que mérite son histoire. Ce jugement se comprend de la part de l'historien français. Mais ces réserves commodes ne sont pas le fait d'un grand historien.

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