Paruta
Paolo Paruta (né 1540 à Venise, mort 1598) homme d'Etat vénitien, procurateur de Saint-Marc, fut chargé 1579 par le Conseil des Dix de continuer l'histoire de Bembo (p. 42 ss.). Après la mort de Bembo, c'est Daniele Barbaro (1513 à 1570) qui avait été nommé historiographe de la république; il en resta aux premiers commencements (Fragment de sa 6toria veneziana 1512 à 1515 dans Arch. stor. it. Sér. 1, 7, 1844). Son successeur Luigi Contarini (mort 1579) écrivit en latin une Histoire de Venise de 1513 à 1570. Son travail ne fut pas publié. Paruta commença également en latin (on a conservé la rédaction latine des quatre premiers livres), mais se décida pour l'itahen : htoria veniziana (1513 à 1553). Inachevée. 1''^ édition, Venise 1605, avec la Gucrra di Cipro, récit de la guerre de Venise contre les Turcs 1570-73 (Paruta cherche à disculper les Vénitiens, qui avaient dû céder Chypre au sultan). Cf. Ranke, Zur Kritik, 89 ; Monzani dans l'introduction à l'édition préparée par ses soins des Opcre poUtiche de Paruta (1852) p. XLVII ss.
Paolo Paruta fut un successeur plus digne de Guichardin. Ce ne sont pas quelques dehors seulement que lui emprunta l'homme d'État vénitien. Il s'était, comme plus d'un Florentin, préparé à sa tâche historique par des Dissertations ^ politiques. S'il ne possédait
1. Les Discorsi potilici de Paruta (d'abord Venise 1599: dernière édit. au
i/i:cor.E DE GUiCHAHDiN (davila) 153
pas l'intelligence pénétrante du Florentin, son ouvrage trahit partout l'entente des affaires de l'État ; il caractérise avec sang-froid et d'un regard sûr les situations politiques, laissant de côté les bavardages et les anecdotes sentimentales. La narration est extraordinairement claire et les discussions, parfois prolixes, ne sont jamais vides. L'histoire de son pays est habilement rattachée à la marche de la politique européenne. Les extraits des sources sont soigneusement faits. Les discours sont absents (quelques-uns figurent encore dans l'Histoire de la guerre de Chypre) ; Paruta les a constamment remplacés par des réflexions directes.
Mais son jugement n'était pas indépendant. Il écrivait et pensait en Vénitien. Guichardin avait apprécié en philosophe libre de préjugés les constitutions anciennes et nouvelles de Florence; Paruta dogmatise : tel un Romain du temps de la République ou un Anglais du xviii' siècle, il part de l'opinion (partagée ailleurs aussi bien qu'à Venise), que sa patrie est U7ia vera imagine di perfetto governo (Introduction au 4='' livre, p. 4). Inutile de montrer combien son livre est par là inférieur à Guichardin.