‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 81 sur 341 · V. — L'ÉCOLE de Blondus · texte numérisé non relu

V. — L'ÉCOLE de Blondus

L'historiographie savante que Blondus avait inaugurée, resta également stationnaire en Italie au xvi« siècle. La littérature archéologique s'étendit, sans augmenter de valeur. Bientôt commença la période de la polygraphie, que la langue technique a coutume d'appeler Érudition du XV II" siècle.

Les historiens érudits prenaient avant tout pour tâche de recueil-

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lir chez des auteurs bons ou mauvais une masse énorme de matériaux. S'ils exerçaient par hasard la critique, c'était où il ne fallait pas ; ils s'acharnaient à quelque détail pseudo-historique d'invention assez récente (corrigeant par exemple les dates d'une liste fictive de rois), ou bien ils gâtaient par un plat rationalisme le service que pouvaient rendre les restes d'une tradition. La tendance scientifique n'est en général qu'un trompe-l'œil ; ces travaux ne servent en général qu'une vanité dynastique ou un orgueil de clocher. Les auteurs veulent prouver que leur pays, leur classe, la famille de leur souverain ou leur propre famille peuvent revendiquer une haute antiquité et un passé particulièrement glorieux. Souvent des falsifications et une polémique pédante et haineuse suppléent au défaut d arguments scientifiques. Les recherches savantes manquaient tellement d'organisation que l'on conçoit que l'intérêt historique ait la plupart du temps cédé le pas à des intérêts personnels.

D'un autre côté, sous l'influence de la contre-réformation la censure devenait toujours plus sévère, de sorte que le moyen âge fut presque entièrement soustrait à la libre recherche ; l'Antiquité seule lui demeura accessible. Mais ce terrain même fut insuffisamment travaillé. Là aussi, on ne pouvait espérer un progrès qu'en rompant sans ménagement avec les falsifications tendancieuses des généalogistes et des historiens locaux. Un autre obstacle encore s'opposait à une pénétration profonde : il manquait à l'humanisme une conception vraiment historique de l'Antiquité. Seuls, les savants français du xvii" siècle, vis-à-vis de cette fausse érudition, revinrent à la méthode de Blondus et de Calchi ; et il fallut attendre le siècle des lumières (die Aufklàrung) pour triompher complètement de la stérile polyhistoire qui, outre l'Italie, sévissait en Allemagne et en Espagne.

Nous ne pouvons naturellement signaler ici qu'un petit nombre de représentants, en choisissant ceux qui s'élèvent au-dessus de la moyenne.

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