Ammirato
Scipione Ammirato, né 1532 à Lecee dans le royaume de Naples, humaniste, secrétaire de différents maitres, à partir de 1569 à Florence, où il mourut 1601. Il reçut 1570 du grand-duc Cosme le mandat d'écrire l'histoire de Florence: Istorie florentine (jusqu'à 1574): 1'" édition des vingt premiers livres (jusqu'à 1434). Florence 1600. Les quinze autres furent publiés 1641 par son fds adoptif, qui donna aussi une nouvelle édition de la première partie avec des additions de sa main (1647). Dernière édition 1846-1849. — Ammirato publia en outre divers ouvrages généalogiques, des Discorsi sur Tacite (Florence 1594), etc. Cf. ses Opuscoli, Florence 1637. — U. Gongedo, La vita e le opère di Se. A., 1904.
1. La valeur de rexposition ne correspond pas à l'abondance des matériaux.
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Ammirato chercheur et critique. — V Histoire florentine d'Ammirato est une œuvre du même genre. Le choix même de la langue italienne indique qu'il voulait rivaliser non seulement avec Blondus, mais avec Machiavel. Il ne possédait malheureusement ni l'exactitude méthodique de l'un, ni l'intelHgence politique de l'autre. Son ouvrage est de la même sorte que le Chronicon Helveticum de Tschudi (ci-dessous, p. 2o7ss.). Par son étendue, par un travail soigné et en apparence systématique, il séduit le dilettante et le lecteur d'occasion; mais un examen plus attentif y montre l'absence de critique, des falsifications tendancieuses; le seul mérite qui reste à l'auteur est d'avoir enchâssé dans la narration traditionnelle quelques nouveaux matériaux documentaires.
L'exposition d'Ammirato oscille désagréablement entre la recherche savante et la narration historique, et ne peut satisfaire ni d'une façon ni de l'autre. Comme critique, il est encore au-dessous de Bruni. Son travail était en apparence plus exact; il notait par exemple le chiffre de l'année et y ajoutait sur le modèle antique les noms des gonfaloniers et de l'évêque. Mais c'est tout. La critique de Bruni n'était pas profonde, mais elle était honnête et conséquente; elle écartait fables et miracles sans exception. Ammirato ne pouvait plus procéder aussi radicalement. Qu'il fût inspiré par la faveur que la dévotion trouvait auprès de Cosme ou par sa piété personnelle — toujours est-il qu'il n'exprimait plus de doute sur des légendes ecclésiastiques. Il tient de nouveau pour authentique la donation de Constantin (1. I). Il mentionne des miracles d'hosties sur le ton de crédulité affectée qui caractérise la contre-réformation ; Giovanni Villani paraît un esprit fort à côté de lui (Cf. p. 79 de l'édition de 1647, 1. I accresc. avec Villani VI, 7). Il prend résolument parti pour Grégoire VII contre l'empereur. Il s'excuse quand il est obligé de raconter sur un pape des choses choquantes (p. 37, 1. I). Il commence son récit par la naissance du Christ et accorde une grande attention à la propagation du christianisme — ce qui eût pu profiter beaucoup à l'histoire, s'il lui avait été permis de soumettre à sa critique les actes des martyrs et les chartes de fondation des églises.
Il n'est pas plus libre du côté de l'aristocratie florentine. Il n'osa pas supprimer les noms cités par Malespini des gentilshommes que Flîktep.. \i
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Charlemagnc avait armés chevaliers, quoiqu'il sût bien, comme généalogiste, ce que valait une pareille donnée. Il devait naturellement aussi des égards aux fantaisies du souverain. Dans le récit des faits qui se groupent autour de la bataille de Montaperti (1260), la personnalité de Farinala degli Uberti est mise en vedette beaucoup plus qu'il ne convenait : le lecteur n'en a l'explication qu'à la fin, quand il apprend que le grand-duc Gosme avait pour le vieux héros une vénération particulière, conservait un portrait de lui dans son cabinet (Guardaroba) et songeait à lui faire ériger un monument (p. 125, 1. II).
C'est avec aussi peu de critique qu'Ammirato choisissait ses sources. Il avait beaucoup lu, mais ne s'était jamais donné la peine de passer au crible ses autorités. Il amalgamait les légendes populaires de Villani avec les tableaux d'apparat de Bruni, sans sentir de différence entre eux et sans s'apercevoir que les additions de Bruni étaient des inventions sans valeur. Il cite Machiavel pour un fait qu'il aurait aussi bien trouvé, sauf un nom, dans la source originale. (l.IV, p. 205jGf. Mach. Ist.fiorA. Ilédit. Fiorini, p. 169j. Une nomme ses témoins qu'occasionnellement; nous ne savons que par conjecture qu'il a souvent utilisé des documents.
Ammirato historien. — Il n a pas racheté ces défauts de méthode par d autres qualités. Pas de vues directrices, pas même un essai de division en périodes. L'ordre est tout simplement celui des annales; comme chez Bruni, des notices sur des incendies, des phénomènes naturels, des constructions, interrompent le récit à la fin de chaque année. Les anecdotes qui se prêtent au roman, sont complaisamment peintes. L'histoire d'amour qui, en 1494, passait pour avoir amené la discorde entre Lorenzo et Piero de'Medici d'un côté et le Piero de' Medici régnant, de l'autre, est racontée dans tous ses détails (Guichardin en avait brièvement et dédaigneusement parlé comme origini giovanili, 1. I), et, ce qui est pire, présentée comme ayant été la cause principale de la chute de Pierre et de la liberté italienne (p. 196 du IP vol. 1. XXVI).
Quand il veut motiver, il se livre à des réflexions sentimentales. Bruni, cherchant le motif pour lequel les colons romains bâtirent Florence dans la vallée de l'Arno el non sur la hauteur de Fiesole,
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lavait vu in illa seciu'itale Romani imperii (1. I); Machiavel avait intelligemment développé cette idée et indiqué que probablement il y avait eu déjà sur l'Arno un entrepôt commercial pour Fiesole \Istor. fior 1. II). Ammirato passe sur ces hypotiièses tirées de la vie pratique. Les soldats romains, en sensibles héros de théâtre qu'ils étaient, descendirent dans la plaine parce qu'ils ne pouvaient voir la douleur des anciens habitants de Fiesole, ou peut-être parce que cette situation sur le fleuve leur rappelait le Tibre et apportait quelque soulagement à la nostalgie dont ils souffraient en pensant à leur ancienne patrie (p. 51. I) !