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LES FAUX DES HUMANISTES

L'Italie peut revendiquer la gloire d'avoir fondé encore cette branchelà. Le premier faussaire nouveau style fut un dominicain, l'humaniste Annius de Viterbe (proprement Giovanni Nanni), né vers 1432 à Viterbe, nommé 1499 par Alexandre VI magister sacri palatii, mort 1502 à Rome. Les Antiquitatum variarum volumina XVII cum commentariis [l'"' édit. Rome 1498) mirent au jour une série d'ouvrages historiques antiques qu'on croyait perdus (de Rérose, Fabius Pictor, Caton, Manéthon, etc.) et qu'Annius prétendait avoir retrouvés. Son but parait avoir été d'éclaircir l'obscurité qui enveloppait l'histoire des peuples européens avant leur contact avec les Romains. De toutes les inventions humanistes, la sienne est moralement la plus pardonnable. Seul peut-être le Matteo di Giovenazzo inventé parAngelodi Gostanzo (ci-dessus, p. 149) est aussi inoffensif.

Hors de l'Italie, en même temps que l'historiographie humaniste, la falsification humaniste des sources devint plus grossière.

Il est à remarquer que les faux d'Annius trouvèrent surtout créance en dehors de l'Italie. Presque tous les historiens italiens en vue se déclarèrent contre lui (Sabellicus, Ennead. VIII, 1. V, II. 318 édit. Râle, qui parle d'un impudens mendacium; Crinitus, De honesta dise. XXIV, 12; Raphaël Volaterranus, Comm. Urb., I, 38). Ses adhérents et ses successeurs se trouvèrent surtout dans les pays où la tradition sur la haute antiquité était particulièrement pauvre, en Espagne et en Allemagne. Non seulement des historiens comme Aventin et Ocampo ont cru au faux Rérose, mais des faussaires nationaux continuèrent l'œuvre de l'Italien. Pour l'Espagne, citons la fabrication des faux Cronicones. (Cf. J.-G. Alcântara, Historia critica de los falsos Cronicones, 1868); pour l'Allemagne, l'activité du magister protestant IlieronymusMegiser de Stuttgart (1554-55 à 1619.) Cf. M. Doblinger dans iesMitteil. des Instit. fur ôsterr. Geschichtsforschung , 26 [1905], 455 ss.

Tous ces faux ont leur importance pour l'appréciation de la critique humaniste. Ils témoignent de l'éveil du sens critique. Plusieurs montrent que des autorités historiques admises au moyen âge n'avaient plus un plein crédit après des humanistes. Pour sauver la tradition, on inventait des sources qui pussent supporter la critique humaniste. D'un autre côté, de pareilles inventions prouvent la faiblesse de cette critique. On combattit toujours sur cette question : le Rérose d'Annius était-il authentique ou non ? Les renseignements qu'il contenait eussentils été plus dignes de foi s'ils étaient vraiment sortis de la plume du scribe babylonien ? Les humanistes auraient répondu affirmativement. Du moment qu'une source était démontrée antique, son contenu possédait une autorité canonique (Cf. p. 30).

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