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Daniel

Gabriel Daniel, Jésuite, né 1649 à Rouen, nommé historiographe par Louis XIV pour le récompenser de son ouvrage, mort 1728, a composé:

1*^ Histoire de France (jusqu'à 1610), r« éd. Paris 1713; plus tard continuée, abrégée, etc.

2° Histoire de la milice française, Paris 1721 .

On lui attribue l'écrit anonyme : Observations critiques sur l'Histoire de France de Mézeray, Paris 1700. Cf. E. Bourgeois et L. André dans les Sources de l'Histoire de France, xvii*^ siècle, I (1913), 312-315.

L'Histoire de France de Mézeray parut de moins en moins opportune à mesure que l'absolutisme cherchait à dominer même la vie spirituelle. Sa critique hardie, qui ne ménageait même pas des membres de la maison royale et la vigueur de son langage populaire, étranger à la pruderie, parurent également choquants et au parti de la Cour et aux champions du bon goût. Un Jésuite s'imposa la tâche de remplacer l'ouvrage du publiciste libéral par une histoire de France nouvelle dans le style de Louis XIV.

Le Père Daniel dépassait son devancier en érudition, bien que pas autant qu'on l'a prétendu. C'était un travailleur consciencieux de l'école de Blondus, et, le premier, il appliqua systématiquement à l'histoire de France la méthode de la critique saVante. Il mit de côté les derniers restes des annales rhétoriciennes, ainsi que les discours, cita exactement ses sources, s'appuya sur des documents, des décrets de conciles, etc. Son introduction méthodologique marque déjà, dans sa polémique contre l'historiographie humaniste, la transition à la critique du xvni^ siècle, et Voltaire a pu emprunter plus d'un de ses principes critiques à ce Jésuite contre lequel il bataille

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vivement d'ailleurs. Daniel a été le premier à purger de maintes fables l'histoire des Mérovingiens, où il a le plus les coudées franches : il est le premier historien français qui commence l'histoire à Clovis. Il suit fidèlement Grégoire de Tours et Frédégaire : sans en croire toujours ces auteurs (le récit légendaire sur Ghilpéric dans Grégoire de Tours, 11, 12, est qualiiié d'extrait d'un roman : Préf. hist. Art. 2).

Mais il ne creuse pas plus que Blondus. Il ne fait aucune tentative pour constituer les extraits de ses sources en un ensemble ; sa narration manque de couleur et de vie. Avec cela, il n'est pas indépendant. Il pratique en virtuose l'art des historiographes jésuites, leur art, dans les questions épineuses, d'esquiver un jugement décidé. Les souverains des anciens temps sont dressés au style des Cours ; on atténue les témoignages défavorables des sources et les relations d'incidents scandaleux. Son habileté a même triomphé des difficultés que lui créait sa double situation de jésuite et d'historiographe de la Cour. La couronne de France était gallicane, l'ordre, ultramontain. Daniel se rendait bien compte (voir sa préface) qu'il y avait là un conflit insoluble. Mais il chercha quand même un échappatoire, on imagine avec quels sacrifices. Et il n'a pu pourtant écraser Mézeray.

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