‹ Histoire de l'homme au masque de fer, accompagnée des pièces authentiques et de facsimileChapitre 3 sur 12 · PIÈCES JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

PIÈCES JUSTIFICATIVES

PIÈCES JUSTinCATIVES.

A LOUIS XIV

StftC ,

Toèe attester k Votre Majesté ^e parmi les grands ministres que y dans sa sagesse suprême , elle a envoyés'en divers temps en Italie^ son ambassadeur à Venise^ M. l'abbé d'Estrades ^ doit être distingué par son habileté et par son zèle k saisir toutes les occasions qui peuvent lui procurer des avantages et l'agrandissement de ses états.

Cet ambassadeur m'ayant conBé que^ pour réussir dans l'entreprise que vous méditez sur les états de Milan , il seroîl nécessaire de détacher le duc de Mantoue du parti autridiien et de l'attirer dans celui de Votre Majesté , je me suis empressé de contribuer de mes foibles moyens à le mettre à même d'arriver à ce but. Votre Majesté apprendra tout ce qui s'est passé par les dépêches deM.l'Am-

bassadeur. Je béois le sort qui me procure rhoti^ neur signalé de servir un aussi grand monarque^ que je regarde et <pie je révère comme un demi-^ dieu.

Je transmettrai à Votre Majesté tout ce que j'apprendrai de la place de Cazal j qui a été fortifiée par un des plus habiles ingénieurs du Milanais. Cet ingénieur nous a promis des plans de toutes les places de cet état> et même y si Vohre Majesté l'ordonne ^ il se détachera du service de l'Espagne ^ qui ne sait pas récompenser les travaux et les talens de ceux qui la servent avec fidélité.

Je crois qu'il seroit inutile de m'étendre «davantage pour vous faire connoitre de quelle importance est la place de Cazal. Votre Majesté doit se rappeler qu'à différentes époques elle a arrêté la. marche de plusieurs armées j et qu'elle est le seul point d'appui d'où dépend; pour les Espagnols ^ la perte ou la conservation des états de Milan , états qui ; à plus d'un titre ^ devroient appartenir à la Couronne de Votre Majesté.

On sait que dans ce moment les AutricUiens arment pour s'emparer, par surprise, de Cazal^ aa préjudice du duc Ferdinand , mon maître , son possesseur légitime. Ce prince , neveu du prince Charles I^i*. (ce dernier plutôt François qu'Italien, et par l'intervention duquel . Ja place de Pignerol est restée a votre maison royale ) , ce prince, disje , Ferdinand , fera voir en temps et lieu qu'il

fi^est pas dégénéré de ses ancêtres ; il a promis de vous servir avec la plus grande fidélité^ et de combattre pour vous d'une manière digne de sa naissance; et, comme il est extrêmement avide dj gloire , j'espère que Votre Majestd aura lieu d'applaudir à la conduite qu'il tiendra dans les armées. De l'aveu même des observateurs politiques, il est à Tabri des soupçons que peuveat inspirer les autres princes d'Italie. M. l'abbé d'Estrades est instruit que Son Altesse a des liaisons avec de grands personnages qui se plaignent avec raison du joug insupportable des Espagnols , et qui pi'endront les armes avec lui , pour combattre et pour chasser plus promptement de l'Italie une puissance qui s'y établit pour l'opprimer. Si le destin le vouloit ainsi, je ne doute pas que les autres princes de ce pays ue fussent bien aises de jouir d'une paix inaltérable sous les auspices de Votre Majesté. Je fais des vœux pour les progrès de ses armes victorieuses , et je prie le ciel qu'il prolonge ses jours pour la consolation du monde , etc.

Ercolo a. Matthioli (i).

(i) On pent voir cette lettre écrite en chiffires , traduite en italien et puis en français > aux ArchiTes des affaires étrangères. Je dois dire ici qu^il iîit convena , lors de son séjour à Paris y qii^il eoTerrait ses lettres à M. de Ghannoy, commis-

A LOUIS XIV

Venise, le i8 de décemlire 167T.

SinE;

Comme la douleur que je ressentois d'avoir déplu à Votre Majesté éloit extrême , ma joie n'est pas moindre d'apprendre par M. de Pomponne que V. M. a eu la bonté de me pardonner la trop grande facilité que j'ai eue , et qu'elle a bien voulu écouter favorablement les raisons que j'ai pris la liberté de lui apporter pour justifier l'innocence de mes intentions ; mais , Sire , ce mallieur m'obligera d'agir dorénavant en toutes clioses avec une si grande circonspection , que j'espère que Votre Majesté n'aura jamais sujet d'être mal satisfaite de ma conduite.

J'ai différé d'informer Votre Majesté d'un projet^

taire des guerres à Pignerol \ elles devaient être souscrite» quelquefois Costantino Maggi: Costantino était le nom de son aïeul, et Maggi celui de sa mcre. Les lettres étaient adressées aussi à M. de Secournam , à Lyon, à qui Ton avait mandé' dW prendre soin et de les adresser avec diligence,

( Note extraite d*un manuscrit déposé aux Archivée des affcùrts étrangères. )

que la passion que j'ai pour son service m'avoit inspiré; parce que le succès m*ea paraissoit diilicit'ey que je n'ai osé le proposer que je né visse auparavant quelque apparence de le faire réussir; mais comme rafifaire est présentement en bon éiat,.jepuîs presque assurer V. M. qu'il dépendra d'elle de là conclure. Je lui en rendrai un compte exact pour pouvoir recevoir les ordres qu'il lui plaira de me donner et que j'exécuterai très ponctuellement. 11 y a environ quatre mois qu'ayaut appris les divisions de la cour de Mantoue plus particulièrement que je ne le savois, et que M. le duc de Mantoue n'étoit pas si abandonné à ses plaisirs qu'il n'eût de l'ambition et un grand chagrin de l'état où il étoit réduit par madame sa mère et par les ombrages qu'il prenoitdesEspagnolS; j'espérai qu'il neseroît pas impossible de le détacher entièrement d'eux', de le mettre dans les intérêts de V. Majesté, et de lui persuader de traiter réellement de Casai. J'ai cru ne pouvoir employer dans cette affaire une personne qui fût plus propre à la ménager qu'un nommé le comte McUtkioliy qui est entièrement dévoué à ce prince; je le conttoissois déjà depuis long-temps;'il m'avoit témoigné un grand désir de se rendre agréable à Voire Majesté par quelque service. Je savois qu'il avoit été secrétaire-d'état de iPeu M. le duc de Mantoue; que celui d'aujourd'hui itvoit conservé beaucoup d'affection pour lui^ et qu'il étoit bien instruit des intérêts des princes

d'Italie^ mais comme il avoit beaucoup d'habitude dans le Milanais et d'accès auprès des ministres espagnols y je ne voulus prendre aucune confiance en lui que je ne l'eusse bien examiné. Je chargeai le nommé Giulianik qui Votre Majesté eut la bouté de faire , il y a six mois , une gratification ^ et qui a un zèle pour son service qui ne permet pas de douter de sa fidélité^ d'observer Matthioli aivec soin et secrètement; et après avoir été suffisamment informé qu'il étoit fort mécontent des Espagnols qui l'avoient toujours amusé par des espérances et qui l'avoient ensuite abandonné^ j'envoyai dans le mois d'octobre dernier Giuliani k Yérone , ovt il alla sous prétexte de ses affaires particulières ^ mais en effet pour mettre Matthioli y qui y éto't ^ sur le sujet de M. le duc de Mantoue^ suivant Tinstruction que je lui en avois donnée^ et pour lui représenter que ceux qui avoient un attachement pour ce prince dévoient être bien affligés de le voir , à l'âge qu'il avoit^ encore sous la tutelle de madame sa mère^ sans argent ^ sans autorité^ toujours dans la défiance de <:eux qui étoient continuellement auprès de lui , et; qui pis est, dans une si grande insensibilité qu'il ne songeoit qu'à passer sa vie avec des comédiennes ou des femmes publiques; ce qui lui avoit fait perdre l'estime de tout le monde et la considération que son rang lui devroit donner 5 qu'une si étrange façon de vivre et l'opinion qu'on avoit qu'il n'auroit janiais d'en*

fsms dé madame sa femme; quoiqu'elle fût avsri jeune que lui^ portoient les Espagnols à entrelenhr les divisions (jni ëtoient dans cette cour-là pour en profiter et tâcher de s'emparer de Gasalet de tout le Montferrat; que ledit 6ri<///am m'avoit t>ui dire que j'dtois bien averti que l'impératrice Éléonore s'étoit dëjà déclarée sur les prétentions qu'elle a de se mettre en possession de cette partie de l'état de Mantoue; que le roi d'Espagne appuyoit hautement celles d'un seigneur espagnol qui, en vertu de son mariage avec la nièce du duc de Gastalle, dont il a des enfans^ soutient qu'il est l'héritier univei'sel de ce duc au préjudice dé M. le duc de Mantoue quf en a épousé la fille et qui est son plus proche parent; que, d'un autre côté, le pouvoir absolu des états de ce. prince et tous le^ revenus étoient entre les mains de madame sa mère et du moine Bulgarini-; que tous ceux qui lui servent de ministres, les uns sont gagnés par les Espagnols, les autres par rimpératrice Eléonore, les autres par le duc de Gastalle; que madame sa mère en avoit une partie pour elle, mais que le plus petit nombre étoit dans son parti , et qu'enfin c'étoit une espèce de miracle qu'il ne fût pas encore dépouillé; qu'il en couroit tous les jours- le risque, et que ce malheur lui arrive roit peut-être lorsqu'il y penseroit le moins; qu'il n'avoit pas à choisir sur les moyens de s'en garantir, et que la seule protection de Votre Majesté étoit capable de le mettre dans une en-

tière sûreté. Matthioli lui répondit quç tdnt c6 qu'il veuoit de lui dire étoit très^véritable^ qu'il y avoit long-temps qu'il le voyoit avec douleur^ mais qu'il y avoit encore du remède à un si grand mal; qu'il connoîs3oit assez M. le duc de Mautoue pour sçavoir qu'il avoit plus d'esprit et d'ambitioa qu'on ne croit; que si je le irouvois bon ij découvriroit ses sentimeas^ et qu'il se cbargeroit dételle négociation que je voudrois. Que cependant il alloit

aller à pour être plus près de Mantoue^

où il ne pouvoit aller sans se rendre suspect à l'égard des dilférens partis qui s'y gouvernent ^ et que là il attendroit que je lui fisse sçavoir mes intentions. Quelques jours après il me manda qu'il avoit trouvé moyen d'être introduit secrètement auprès de M. le duc de Mantoue^ et que pour concerter toutes choses je lui envoyasse Giulianiy. dont je me suis toujours servi pour les diâerens voyages qu'il a fallu faire ^ parce que sou emploi d'envoyer les nouvelles publiques dans toute l'Italie^ lui donnoit occasion d'aller d'une ville à Vautre, et qu'on n'a aucun soupçon de lui comme l'on en ^uroit i^ifailliblement de quelqu'un de ma maison* Je le dépécbai aussitôt avec une nouvelle instruction^ et non-seulement il eut audience de M. le duc de Mantoue^^à qui Jl parla comme je l'avois diargë de faire y mais même ce prince goûta fort la proposition qu'on lui fît de le délivrer des inquiétudes continuelles que lui causoientles £spa«

gnds^et ée remettre Casai entre les mains de Voire Majesté ^ sur l'assurance qu'on lui donna que }e tûcherois d'obtenir d'elle , en sa faveur, tout ce qu'il pourroit raisonnablement dësirer. Enfin il déclara c[u'il etoit tout résolu, et que pour ajuster mieux les choses il vouloit communiquer cette affaire à deux de ses conseillers en qui il pourroit prendre plus àe ccnHance^ qu'il en donnoit le choix k Matthioliy afin qu'il fiit assure d'eux. Matthioli nomma MM. le marquis Caitriane eft Josçph Verano qui ne lui sont point suspects. Cependant M. le duc de Mantoue me dépêcha Ghdiani pour m'informer de ce qui s'étoit passé, et il lui recommanda de revenir au plus tôt pour prendre le projet qui auroit été dressé et me l'apporter. J'eus bien de la joie. Sire , de voir que l'affaire prenoit un si bon chemin. Je renvoyai promptement Giuliani avec ordre de dire à M. de Mantoue que je le priois de faire en sorte que j'eusse une conférence avec lui ; que Yotre Majesté n'avoit encore aucune connoissance de ce traité , parce que je n'avois osé lui faire une telle avance sans être assuré oupara* vaut qu'il ne me désavoueroit pas de ce que j'aurois l honneur de mandera Votre Majesté, et qu'il seroitenpouvoird'exécuterce qui auroit été arrêté. Giuliani revint hier m^apporter des réponses aussi favorables que je les avois souhaitées. Il me dit que ces deux conseillers de M. de Mantoue s'éloieot, avec toute sorte de précautions, abouchéi

ârvec Mauhioli) qu'ils avoieiit approuvé la résolution de leur maîlre^ et qu'ils avoient réduit dans les articles du mémoire dont ils l'avoient chargé, et que je joins à celte lettre, ce qu'il supplioit Votive Majesté de lui accorder; qu'ensuite M. de Mantoue l'avoit fait appeler; qu'il lui avoit ordonné de me prierd'assurerîVotre Majesté de son respect et de son attachement à tous ses intérêts , et de me dire qu'il avoit remis entièrement ses soins au comte MtHthiolî' qu'il iroit bientôt à Venise, où nous nous verrions commodément et sans ctre observa, à cause du carnaval qui est un temps où tout le monde, mtlme le doge, les plus vieux sénateurs,, les cardinauiE et le nonce, ne vont qu'en masque^ et que )6 ne perdisse point de temps pour rendre compte à Votre Majeslé de toute cette affaire, parce qu'il craignoit quelque surprise des Espagnols; mais que si ]è voulois qu'il tînt sa parole, il. falloit surtout que je ne la communiquasse point à M. le cardinal d'Ëstrée , parce que le bruit étoil si, répandu en Italie qu'il avoit ordre de Votre Majesté d'y négocier avec tous les princes, et que les. Espagnols en avoient une si grande jalousie^ que sur le moindre soupçon qa'ils auroient de lui ils le ruineroient avant qu'il pût être secouru par Votre Majesté, qivi perdroit en même temps l'espérance d'avoir Casai ; qu'il alloit prendre des mesures pour les endormir et leur ôter toute sorte de défîancede sa conduite; et si M. le cardinal d'Eslréc lui faisoit

des proposîtionSy il ne les écauteroit qu'en pleliV conseil pour donner des réponses générales qui ne le rendroient suspecta pei'sonne. Je me vois par-là les mains liées ^pai la confidence que j*a vois d^neinden faire à M. le cardinal d'£strëe qui, je croii , sera bientôt ici y et je suis dans la nécessité dis garder scrupuleusement ce secret jusqu'à ce que j'aie reçu les ordres de Votre Majesté. M. de Mantoue s'ofTre encore de faire un régiment^ pourvu que ce soi taux (lépenr» de Votre Majesté, et il représente qu'en disant battre la caisse à Mantoue et à Casai ^ il fera grand tort aux Espagnols qui y lèvent tous les jours des soldats; que Joseph Yerano^ qui est un des deux conseillers dont j'ai parlé, promet d'en tirer une bonne quantité du Ferrarois où il a du crédit y étant seigneur du Camérigo. Il supplie aussi Votre Majesté de faire un effort pour envoyer une armée ei) Italie, assez forte pour y pouvoir entreprendre quelque chose de considérable; et il l'assure qu'en ce cifs-là il ne se contentera pas d'avoir remis Casai entre les mains de Votre Majesté, mais qu'il a de» liaisons étroites avec d'autres états dltaliedont elle tirera de grands aivaniages. Que l'état de Milan n a jamais été si foible et si dénué de toutes choses qu'il l'est; mais que pour en être plus particulier rment instruit, il a donné ordre à Matthioli de se rendre à Milan, d'y observer tout avec application, et particulièrement de pénétrer l'intention des Génois- »ir le bruit qui court depuis quelque temps en

Italie^ ou l'on y ajoute une entière fbi^ que Votre Majesté y doit envoyer une armée au printemps^ prochain au plus taiti. Comme il peut arriver accident aux paquets, je n'ai osé mettre dans le mien la lettt*e que le comte Maithioliy qui a assu*liment "bien servi Votre Majesté dans cette occa^ sioU; se donne l'honneur de lui écrire^ et j'ai cru qu elle devoit être en chiffres aussi bien que le mé' moire des préten tiens de M. le duc dé Manloue; mais j'en garde les originaux avec le plan de Casai que ]i n'envoyé point à Votre Majesté par la même raison. Je puis assurer Votre Majesté que je n'ai jamais parlé à Ghtlianî ni à Matthioli qu'elle eut dessein de * faire marcher des troupes vers le Milanois^ mais il le marque dans^a lettre parce qu'il s'est servi du bruit qui a été répandu pour porter* M. de Mantoue à ce que je voulois, ayant connu qu'il en vouioit le commandement g^éral avec plus de passion que tontes les autres choses ^ ou plutôt que c'étoit la seule qu'il désiroit fortemeni pour être en considération dans l'Italie comme feu M. le duc de Modène et comme feu M. le duc de Mantoue qui ^ à Tâge de celui-ci^ commanda en chef l'armée de Tempereur, avec le titre de vicaire général de l'empire. Quand ce prince sera ici, il n'y aura dans la conférence que nous aurons ensemble* qœ lui^ Matthioli; à qui il a promis de le rétablir dans la charge de secrétaire-d'état y et de le faire son premier ministre aussitôt qu'il se verra

en autorité^ et que le irailé qu'il pr^end faliv avec Votre Ma jesté sera exéculé ; le sieur Giuliaai|^ le sieur de Fincbesne qui est secrétaire de. cette ambassade et dont M. de Pomponne, qui la mit auprès de moi, peut répondre de la fidélité et de la sagesse à Votre Majesté, et moi. Ainsi le secret, si nécessaire dans cette affaire , sera assurément impénétrable»

J*ai Fbonneur d'étré, etc.

L'abbé d'EsTRADSs (i).

A M. DE POMPONNE

Venise, 1« 24 d« décembre 1677.

MoiVS1£t7I!L.,

Je n'ai que quelques particularités à ajouter h la lellre que je me donnai Thonneur d'écrire au roi la semaine passée ; mais comme M. le duc de Mautoue

(1) Archives des afHiires ëtritTigères,

m'a fait savoir depuis qu'elles peuvent servir a vous faire encore mieux connoître combien il est important à ce prince de prendre des mesures secrètes et d'user de toute la diligence qui lui sera possible pour la conclusion de l'affaire dont j'ai rendu compte à Sa Majesté, j'ai cru. Monsieur , qu*ît ëtoil nécessaire que vous en fussiez informé. Il y a trois jours que M. le duc de Mantoue me donna avis qu'il avoit trouvé moyen d'avoir entre les mains la copie des ordres par écrit, que l'impératrice Éléonore et l'empereur, de concert avec les Espagnols, avoi eut donnés au comte Villaliano Borromei, milanois et commissaire impérial. Ils portent que si les François venoient en Italie , et qu'il lui parût que M. le duc de Mantoue eût quel qu'intention de se jeter dans leur parti, il se servît de ce prétexte pour «c rendre promptement le maître de Casai yely par ce moyen, des partisans qu'ils y ont en grand nombre , et entr'autres le gouverneur de la ville et celui du chAteau, àfîn de conserver celte place et tout le Mont- Ferrât à l'impcratrice Éléonore. Le marquis Canossa a reçu un pareil ordre pour Mantoue. Il est aussi commissaire impérial , et où il lui seroil assez aisé de l'exécuter, le gouverneur de la citadelle étant son beau frère, et le major de la ville son intime ami ; de sorte que M. le duc de Mantoue m'a fait dire que dans la situation où il éloit, et se voyant observé de plus par madame sa mcrc, par le moine Bulgarini, qui la gouverne, et

f>ar la plus grande partie de ses ministres^ qui sont dévoués à la maison d'Autriche, il est obligé de ne témoigner aucune ambition y de paroître n*avoir aucune connoissance de ses affaires , et de ne donner aucun soupçon de sa conduite; mais aussi qu'il ne peut se déclarer ouvertement^ comme il le fera, pour les intérêts du roi^ ni livrer Casai à Sa Majesté^ si elle n'envoie une armée en Italie assez considérable pour se conserver cette place y et pour le «nettre à -couvert des malheurs qui lemenaceni et des desseins que la maison d'Autriche a contre lui ; que c'est ce qui l'oblige do supplier et d'exhorter Sa Majesté de faire un effort pour cela ^ quand même elle n'auroit pas été tout-à-fait résolue de porter la guerre dans le Milanois y puisque <]asal est aine acquisition assez importante pour l'y déterminer^ Mais. Matthioli, à qui M. le duc de Mantoue a remis l'entière disposition de cette affaire^ va plus loin^ et il assure qu'en ce cas on trouveroit bien le moyen de mettre un gouverneur dans la citadelle de Manloue et un major dans la ville, qui fussent autant attachés au service du roi que ceux qui occupent ces deux postes le sont à la maison d'Autriche.

Il y a de plus, Monsieur, à considérer que le • duc de Gastalle étant le plus proche parent de M. le duc de Mantoue, et devant succéder au duché , il y auroit à craindre que si la duchesse sa Aile; qui est fort mal et qui n'a point d'enfans, ve-

noitli mourir, il n'arrivât ht M. le duc de Mantoue quelque malheur qui assureroit son état au sei^ gneur espagnol qui a épousé la seconde lille du duc de Gastalie, et dont les Espagnols, dans cette vue sans doute, ont ti*aité le mariage à Vienne par le moyen de dom Yincenze, qui est revenu depaia quelque temps. Vous connoissez beaucoup mieux que moi , Monsieur, de quelle conséquence il seroît pour le roi, non seulement d'enlever le flfaniouan et le Mont^Ferrat à la maison d'Autriche , qui ne perdra' pas une occasion favorable dç s'en servir, maiseocore d'avoir entre- ses mains ces deux états ^ par lesquels Sa Majesté tiendroit aisément en bridé les princes d'Italie. Ainsi je ne prends pas la liberté d'entrer plus avant dans cette matière, et de mêler mes réflexions à celles que vous y pourrez faire.

' Je suis, etc.

L'abbé d'Estrades (i).

d) Arcbiyes des affaires étrangères.

(95) JL M. DE POMPONNE.

A Venise, le M'.'do janvier 1678.

Monsieur ,

J'ai si peu de chose à vous mander d*iciy aujoard'hui , que je vous aurai bientôt informé de ce que j*ai appris , el que je puis espérer que la longueur de cette lettre ne vous fatiguera point.

Je sais qu'un sénateur, qui est du Prégadi , a dit qiie TeiEpereur et les Espagnols sollicitoient vivement les nonces et les ambassadeurs de Venise, qui- résident' à Madrid et à Vienne, de porter leurs maîtres à s*unir avec eux contre la France , et de leiu* représenter qu'ils avoient un intérêt commun de conserver Tltalie et d'en éloigner les armées du roi dont elle étoit menacée. Je ne crois pas que le pape soit fort disposé à leur faire ce plaisir; mais , Monsieur, j'oserois presque assurer que si la république doit renoncer aux avantages de la neutralité qu elle a jusqu'à présent si bien observée, ce ne sera pas pour partager les malheurs de la maison d'Autriche, et c'est en effet dans ce sens-là que ce sénateur en a parlé.

L'abbé d'ËsTRADSS (i).

(1) Archives des affaires étrangères.

(96) A M. L'ABBÉ D'ESTRADES

Saint-Grermain , 5 )«nTi«r 1678.

Monsieur 7

N'ayant pas encore eu le temps de rendre compte au roi de votre dépêche du 18 du mois passé^ je ne vous informerai point des sentimens de Sa Majesté, touchant ce que vous lui mandez des dispositions de M. le duc de Mantoue. Ce sera seulemeqt par le premier ordinaire

Pomponne (i).

AU MÊME

Du ra ianYier 1678, à Saint<Gennain.

Monsieur y

Vous verrez par la lettre du roi, ci-jointe, combien Sa Majesté a approuvé la négociation que

(1) ArchÎYes des afiaires étraDgèrcs.

VOUS arez Uëe avec M. le duc de Mantoue pour une affaire qaï est assurément très- importante en tous temps ; mais principalement dans cette conjoncture. Vous ne pouviez aussi vous y côudiiire avec plus de piixdence tii plus de secret que vous aVesK fait.

J'ai bien de la joi* dé voir que vous vous soyez attiré cette occasion de téiùoigner votre th\e au service dé Sa Majesté^ et je souhaite que le succès àe l'afiaireaide à vous procurer plus tôt de Sa Majesté la gMcé qu^ vous lui avez demandée^

Nous n' avons présentement aucunes nouvelles k TOUS mander de ce c6té-ci^ les gros bagages du roi partirent lundy malin pour Saint-Quentin , comme je vous l'avois mandé^ mais Sa Majesté ne £aiit pas encore état de les suivre.

Je suis f etc.

Pomponne (i).

A M. L'ABBÉ D'ESTRADES

Du itf janrkr 1679, ^ Saint-Gormftîii.

M. l'abbé d'Estrac|eS| j'ay veu avec plaisir, par

^^■■«MMlaAriaMMka

(i) Ârchiyes des afiaires étrangères.

votre lettre du i8 du mois passe ^ l'application que vous ave2 donnée pour tirer le duc de Mantooe , non-seulement de Tassoupissement des plaisirs et des débauches ou il paroît enseveli ^ mais pour l'ex* citer à secouer le joug de l'archiduchesse sa mère, et du moine Bulgarini qui, sans lui laisser aucune part au gouvernement de son estât, augnuente de jour en jour les liens et la dépendance par lesquels ils l'ont soumis à la mabon d'Autriche. Je m'intéresserois d'autant plus aux résolutions plus gàiéreuses qu'il pourroit prendre, que je le regarde toujours comme sorti d'une nuiison qui a esté si long-temps françoise, et à laquelle le roy mon père a donné de si grandes marques de son amitié et de sa protection.

Aussi desirai -je que, par les mesmes canaux des« quels vous vous estes servi pour lier cette négocia-^ tion , vous luy fassiez cognoistre que j'ay appris avec beaucoup de satisfaction les sentimens qu'il vous a fait paroistre pour mes intérêts et pour prendre des partis plus conformes à sa gloire et k sa naissance; que pour cela j'entre avec plaisir dans les propositions qu'il vous fait faire de s'attacher à moi par des mesures plus estroites^ et de remettre mes armes dans Casai au mesme estât qu'elles y ont été si long-temps. L'expérience a dû luy faire 'cognoistre que jamais l'authorité du duc son père n'a esté plus establie dans le Montferrat, que lorsque cette place et ces estats on tété appuyés

de ma protection; et raffection qat est encore restée dans ses peuples pour le nom François', est UD asses grand témoignage de l'avantage et de la douceur qu'ils en ont tirés.

Mais afin de respondre aux articles qu'il vous a fait communiquer^ je commenceray k respondre par le premier y que, pour l'offre de me remettre la citadelle et le château de Casai, je me contenteray volontiers de les tenir en la mesme forme que je les ay tenus autrefois, c'est-à-dire, de les conserver pour le duc de Mantoue, et de faire payer les garnisons que j'y entretiendrais.

Je pourray mesme, pour seconder l'inclination que ce prince témoigne pour la guerre, prendre des mesures avec luy pour le commandement des armées qne j'enverrois delà les monts.

Mais il doit juger que je ne puis du tout entrer dans l'article par lequel il demande que je luy fasse instiluer les terres du Montferrat qui ontété cédées au duc de Savoye. Elles sont authorisées par tant de traités dans lesquels j'ay esté comme partie principale , que je ne pourrais y donner atteinte; ce qui me re§teroit seulement, seroit de m'employer, ainsi que je l'ay faiit diverses fois, pour accommoder les différends qui restent entr'eux touchant l'évaluation de ces mesmes terres, et les sommes qui dévoient estre payées par le duc de Savoye.

Il n'en seroit pas de mesme des pertes que le

( loo ) duc de iMantoue pourroii faive dans la guerre rà il s'engagerait avec mbj. Xe m'oèli gérais voloatiers k pe point fairede paix sanaqa'il ne fui dédommagé, et j'entrerois de mesme avec plaisir dans le. parti de kii fàfre part des conqaestes que mes armes ferotent dans le Milanois.

Pour la condition qu'il demande du présent^ que je devrois lui faire à cette heure de cent mille pistoles comme d'un simple régale, vous devez luj faire cognoistre qu'autant que cette somme est excessive, autant je seray prest de convenir d'une plus modérée selon les engagemens que ce prince voudra prendre avec moy } et sans vous expliquer le premier quelle elle pourroit estre, vous Fobligérez à parler le premier^ et à se renfermer dans des bornes plus raisonnables.

Vous continuerez cependant à nourrir l'opinion que je dois faire passer cette année une arm^ considérable en Italie, et aurez pour principale vue dans vostre négociation, de la tenir toujours en estât et de la faire durer sans vous exposer au hasard de la rompre, puisqu'il est de mon service de Fentretenir toujours de telle sorte que je sois maistre de la conduire en me relaschant ou mV vançant plus ou moins sur les conditions.

C'est pour ce sujet que comme le comte Matthioli a eu jusqu'à cette heure le principal secret de cette affaire, et qu'il en doit estre le plus fort înstmment, il importe que vous le rendiez toujours

( ïoi )

Davorable par l'assurance du gré particulier que je luy en sca^, et par reapërance des marques que je voudrais bien luy en donner. C'est ce que vous pourrez adjouler à la lettre que je vous envoyé en response à celle qu'il m'avoit escrite.

Je suis, etc.

Louis (i).

Sm«I

19 JtBTÎer 1698.

M. Ut COMTE MaTTHIOLIi

J'ai vu, par la lettre que vous m'avez escrite, et par ce que m'en a mandé l'abbé d'Estrades, mon ambassadeur, l'affection que vous témoignez pour mes intérêts, Vous ne devez pas douter que je ne vous en sache beaucoup de gré, et que je n'aye plaisir de vous en donner des preuves en toutes rencontres; et me remettant encore à ce qui vous en sera dit plus particulièrement de ma part par ledit abbé d'Estrades, je ne vous, ferai la présente plus longue, que pour prier Dieu qu'il vous ait, M. le cortite Matihioli, en sa sainte garde.

Lovis (a).

(1) Archives desalTHirçt étrangères.

(a) Ibid.

( ïoa^)

A M. DE POMPONNE

A Veniiej 1« ag de jaivrier 167 S.

Monsieur ;

Je n'ay rien à adjouter^ Monsieur^ à ce que vous verrez que je me donne l'honneur de mander au roy sur Testai où est l'affaire que je traite avec M. le duc de Mantoue; elle va si vite que je suis réduit à estre fasché de n'y trouver pas des difficultés qui; sans en rendre le succès douteux ^ pourroient faire durer la négociation aussi long-temps que Sa Majesté semble le désirer; mais j'ai toutes les peines du monde à rassurer M. le duc de Mantoue de la défiance qu'il a des Espagnol s ^ laquelle^ à dire vrai; est assez bien fondée ^ et il ne se peut croire en seureté s'il ne se voit appuyé de toute la protection du roy. Néanmoins je ferai en sorte que ce prince ne nous échappe pas y quand la chose ne seroit pas aussy promptement conclue qu'il le désire.

Je vous rends mille grâces très-humbles , Monsieur I de toutes les bontés que vous me faites paroistre dans cette occasion ^ et je puis vousi assurer que je serois beaucoup plus sensible au succès de

cette affaire par le plaisir que j'aurois d'avoir iait cognoistre au roy le zèle que j'ai pour son service, et de m'estre rendu digne de la grâce que vous m'avez faite de me procurer l'emploi dans lequel je suis, que je ne serois touché de l'espérance d'une meilleure fortune

L'abbé d'ËSTAADXs (i).

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