AU ROI
VeniMyU !I9 d« janvier 1678.
SlEEy
Dans le tempjs que j'ay reçeula lettre que Vostre Majesté m'a fait l'honneur de m'escrire du ta de ce mois y ayant appris que le comte Matthioli estoit arrivé à Venise, je l'ay fait avertir que je désirois avoir une conférence avec luy, et il est venu chez moi avec les précautions ordinaires. Je luy ay d'abord remis entre les mains la lettre dont Votre Majesté m'avoit chargé pour luy, qu'il a veue avec
(1) ArchÎTet de* affaires éiraogèref.
toutes les marques possibles de re^ect et de connoissancejf et je luy ay àît, co«AVk« Vostns Ma^jesté me l'a ordonné, qu'elle ne se Gopt^ntok pa& de luy témoigner elle-m^sme le §ré qu'elle lujr sçauroit du zèle <ju'il iaisoit p^roistre poiitr ses m-. térêts y niais qu'elle me commandoit eyiçare espresr sèment de l'assurer qu elle voudroit bien luy en donner tles marques dans la suite; j'y ay adjousté qu'il devait s'estimer heureux d'avoir trouvé une occasion dé mériter la bienveillance et les grâces, de YostrelMajeslé, comme il le pouvoit aysément par la confiance entière qu'aiiroit en luy M. le duc deMantoue^ à qui il auroit la satisfaction de rendre en mesme temps le plus grand service qu'il pouvoit recevoir dé lay< Il m'a répondu d'une manière qui ne me permet pas de douter qu'il ne soit aussy touché qu'on le peut estre des bontés de Vostre Majesté^ et qu'il n'ayt une très-forte passion de la servir. Ensuite je luy ay lu les termes obligeans dont Vostre Majesté se sert pour marquer raffection qu'elle a pour M. le duc de Mantoue, et les autres endroits de la dépesche de Vostre Majesté» que j'ay cru devoir communiquer, pour luy faire connoistre qu'elle a appris avec plaisir les propositions de ce prince, et qu'il tireroit des avantages, considérables de l'estroite liaison dans laquelle il entreroit avec Vostre Majesté par le moyen de Ca? zal , qu'elle tiendroit dans la même forme qu'elle Va déjà eu autrefois; en payant les garnisons qu'elle
entretieudroit dni^ celle place, el ea la otmservanl pour le dite de Manloue* Nous 8omi](ief''epfiii lombes sur les differeads ^'il a avec le duc de Sa^ voye, pQur la reslilution qu'il en pi^teod des terrea du MoDlferral qui lui onl élé cédées, el ce n'a élé qu'après quelques légères c^iKestalions que j'ay fail convenir le comle Maiihioli^ par les mesmes raisons que Yostre Majesté m'a fait l'honneur de me luarquer, qu'elle ne pouvoit entrer autrement dana celle affaire qu'en s'employant pour l'accommo-. der, et que riniercetifiion de Yostre Majesté éioii assez puissante pour en faire obtenir un heureui^ succèf.ji M. le duc de Mantoue.
Le comte Malthioli s'en est contenté, mais il a eu beaucoup plus de peine à se relaschersur la demande du présent de cent mille pistoles. Il s'obstinoil d'autant plus à n'en rien rabattre, qu'il disoil que c'estoil mémo pour les intérêts de Yostre Majesté qu'on devoit s'en servir^ et que M. le duc de Mantoue s'esianl mis en possession deGastalle, sans en donner avis aux Espagnols , il avoit jugé nécesr saire de se précautionner contre les ombrages qu'ils pourroient prendre de cette démarche; que pour cet effet, il avoil fait entrer dans Gaslalle et dans Cazal des soldats qu'il avoil levés et qu'il estoit obiigé de payer; qu'il avoit fait porter dans cette dernière place de grandes provisions de blés et de fourrages, et qu'il ne pouvoit pas soutenir ceue dépense dans Testai où ravoii réduit madame sa
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mère; qui disposoit absolument de ses revenus. J« luy ay répondu que la somme d'argent que M. le duc de Mantoue souhaitoit que Yostre Majesté luy donnast présentement , ne lay estoit poiiit nécessaire pour les^ dépenses qu'il alléguoit; que l'augmentation de la garnison de Cazal et ces grandes prorisions estoient regardées par les Espagnols mesmes comme des seuret^ qu'il prenoît sagement contre les entreprises de la France , dans un temps où l'on ne doutait pas qu'elle ne dus! porter la guerre en Italie f et qu'ainsi les, partisans qu^ils ont auprès de luy^ ny madame «a mère> n'aevoientpu luy refuser l'argent d^nt il auroit eu besoin pour celaj que je sçavois que ses sujets y contribuoient avec plaisir, et qu'ils avoient témoigné de la jore que leur prince s'appliquast luy-méme à ses affaires; que jusques à la conclusion du traitëjy qui le dcYoit attacher si fortement à Yostre Majesté , il n auroit point d^occasion de faire de nouvelles dépenses, et qu'il reccvroit alors tout le secours et tout le soulagement qu'il devi*oit attendre de Vostre Majesté j qu'en s'engageant de payer et d'entretenir les garnisons qu'elle tiendroit dans Cazal, elle cédoit à M. le duc de Mantoue la jouissance de la propriété et des revenus sans aucune charge, et que Vostre Majesté ne trouveroit dans cette affaire d'autre utilité que celle de le délivrer du joug que luy a. imposé la maison d'Autriche, et d'avoir plus de facilité de faire, dans le Mtlanois,
des conquestes dont elle avoit dessein de luy donner part ; de sorte que le présent qu'il demandoit devait estre considërd comme une pure gratification^ cent mille pistoles estoient une prétention si excessive, que Yostre Majesté n'avoit pas jugé àpropos de faire aucune offre là-dessus , et qu'elle m'avoit seulement ordonné de luy dire qu'elle ne s'esloigneroit pas de luy iaire un présent d'une somme plus modérée; qu'il falloit donc qu'il s'expliquast nettement là-dessus.
Le comte Matthioli se deffendit Ion g -temps de parler, et il prit un party fort honneste en apparence, qui fut de se remettre à la générosité de Vostre Majesté. Mais voyant que je m'opiniastrois à vouloir qu'il parlast, il se relascha peu à peu à cinq MBi mille livres. Je luy dis que je jugeois àpeu-près de ce que M. le duc de Mantoue pouvait espérer de Vostre Majesté; mais que je ne me chargerois pas de luy faire cette proposition, et que je ne pouvois m'empescher de luy dire que pour on homme aussy bien intentionné qu'il me témoignoit l'estre, il me paroissoit bien ferme sur un petit intérest , dans une négociation dont il m'advoueroit sans doute que M. le duc de Mantoue tireroit de grands et de solides avantages. Enfin, Sire , je l'ay réduit à se contenter de cent mille escus, à condition néanmoins que Vostre Majesté u en fera le payement qu'après la signature du traité et l'escliange des ratifications, et que si elle ue
veut point donner la somme entière en one seule fois, M, le duc' de Mantoue recevra d'abord dur quante mille escus , et les autres cinquante mille, trois mois après. J'ay encore déclaré au comte Mat-< tbioli que je ne luy répondois pas que Yostre Ma-* jesté trouvast bon que je me fusse fixé à une somme si forte y mais je luy promettois de faire tout ce qui dépendroit de moy pour n'en estre pas désavoué.
Non-seulement les auti'es articles de la dépesche de Yostre Majesté n'ont reçeu aucune difficulté , mais mesme ils ont confirmé puissamment le comte Matthioli dan« la pensée que M. le duc de Mantoue ne pouvoit prendre un meilleur parti que celuy de s'abandonner entièrement à la protection de Yostre Majesté. Il fait un fonds si assuré sur la r^lutioa qu'il croit qu'elle a prise de faire passer cette année une armée considérable ea Italie ^ que je n'aurai pas de peine de l'en persuader toujours plus fortement; mais je suis un peu embarrassé de l'em* pressement que M. le duc de Mantoue a de conclure cette affaire, à cause des frayeurs continuelles que luy donne le dessein qu'il est averti que les Espagnol s ont toujours de se saisir de ses places sur le premier prétexte et à la première occasion fsvorable qu'ils en auront. Cependant je tascheray de tirer cette négocia tien en longueur, autant que Yostre Majesté le trouvera c<Hivenable à ses intérêts, comme ^He me l'ordonne, et je me garderay bien de me ^eltre au hazard de la rompre. Je supplie Yostre^
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Majesté d'esire persuadée que je n'oublierai jamais rien de tout ce qui pourra estre de son service, et luj faire connoistre mon zèle et le profond respect avec lequel je suis,
Sire ,
De Yostre Majesté,
Le très hviid[>le, très obéissant,, et U-èi fidelle sujet etscnriteor,
L*abbé D*£sTRADES (i).
A M. DE POMPONNE
A Venise, le ta férrier 1678. MoKSlEXTR,
Quoiqu'il y ait quinze jours que M. le duc de Mantoue est à Venise , je n'ay pourtant pu le voir encore; mais il m'a fait dire plusieurs fois, par le
(i) Archives des afiaires étrangères.
comte Matlhioli^ qu'il avoit plos d'impatience qvtm moy que nous eussions une conférence ensemble; qu'il ne dlfféroit à se donner celte satisfaction que pour se débarrasser de ceux de ses gens qui luy sont les plus suspects ^ et particulièrement de quatre hommes dont madame sa mère l'a fait accompagner icy pour observer toutes ses actions , ce qu'ils font avec un très-grand soin ; et que deux jours avant que de partir pour s'en retourner dans ses étals, où il n'appréhendoit pas qu'on luy fist une surprise, lorsqu'il y seroit, il m'avertiroît du lieu et de l'heure où nous pourrions nous voir. Il est vray que la démarclie qu'il a faite, de se mettre hautement en possession des estais du feu duc de Gastalle, a si fort inquietté les Espagnols, qu'on voit qu'ils cherchent, par toute sorte de voies, à s'es- • claircir si M. le duc de Mantoue n'a point recherché l'appuy du roy. Son résident à Venise, qui est dévoué au parly de la duchesse-mère, vint demander il y a deux jours au sieur de Pinchesne, de la part de son maistre, si je despeschois un courrier extraordinaire en France, parce que Son Altesse seroit bien aise de se servir de cette commodité pour y envoyer un pacquetde conséquence j il luy répondit que les affaires estoient si peu vives icy, que j'avois toujours escrit par les voyes ordinaires , et que je n'avois présentement aucune raison d'envoyer un courrier ^ si M. le duc de Mantoue le souhaittoit, j'en ferois partir un sur son