III
service. J'ay fait savoir ceiu à ce prince, qui a este sarpris de ce que son résident , en son nom y et sans son ordre y eust fait une demande de cette nature, et comme il a jugé, aussy bien que moy, que ce résident avoit eu dessein de pénétrer par ce moyen si un pacquet qu on disoit que M. le duc de Manloue avoil reçeu de M»ne. la grande -duchesse estoit important , il a agréé l'expédient que je luy avois fait proposer de luy envoyer faire publiquement chez luy les mesmes oflfres qui avoient esté faites à son résident, afin qu'il luy pust tesmoigner devant ses ministres qu'il trouvoit fort mauvais qu'ils les fissent entrer en commerce, sans son aveu, avec l'ambassadeur de France, sçacliant les mesures qu'il avoit à garder. Il a chargé Matlhioli de me dire qu'il avoit eu une lettre de Mnie. la grandeduchesse, à qui il faisait réponse, pour la prier seulement de vouloir appuyer ses droits auprès du roy, ayant appris que M. le duc de Modène avoit porté ses plaintes à Sa Majesté de ce qu'il s'estoit emparé de la succession de M. le duc de Gastalle , sur laquelle il avoit des prétentions. Le sieur de Pinchesne Fa esté trouver chez luy de ma part, et la chose s'est exécutée comme elle avoit esté résolue; mais cette aventure, et plusieurs autres choses que M. le duc de Mantoue découvre tous les jours, luy font bien connoistre que les Espagnols se défient de lui , et il en est dans une si grande inquiétude, qu'il souhaitte avec passion que Sa Majesté
le ttiette biéntost en seureté contre leurs entreprises
L'abbé d'ëstradss ( i )^
A M. DE POMPONNE
À Venise j le 19 de février 1678.
Monsieur ,
Vous aurez veu, par les dernières lettres que je me suis donné l'honneur de vous escrire, que je prenois soin d*entretenir la négociation que j'ai liée avec M. le duc de Manloue, et de la tenir toujours en estai d'estre terminée de la manière que le roy jugera la plus convenable à ses intérêts. Ainsi , Monsieur, je n'ay qu'à vous asseurer que je m'appliquerai, comme vous me l'ordonnez dans vostre lettre du 2 dé ce mois, à gagner du temps, et à confirmer M. le duc de Mantoue dans la résolution qu'il a prise de s'abandonner à la protection du roy. Il est aussy persuadé qu'on le peut désirer
(i) Archiyes deç affaires étrangères.
qu^il ne sauroît prendre un meilleur party, quoique les Espagnols luy fessent depuis peu de grandes offires d'argent et d'ehiploys pour l'obliger à se dé^ ckrer ouvertement en leur faveur, et pour introduire une garnison d'Allemands dans Casai; mais comme il appréhende toujours que l'on ne s'aperçoive du peu d'inclination qu'il a pour la maison d'Autriche , il ne peut se croire en seuretë que lorsqu'il se verra appuyé par un traité , et c'est ce qui luy donne tant d'impatience de conclure celny qu'il a dessein de faire avec le roy
L'abbé d'Estrades (i).
A M. DE POMPONNE
y«niie , le a6fémer 1678.
MONSIBUR,
Je n'ai point eu l'honneur de receveur de vos lettres cette semaine , mais )'ai bien crû que les
(1) Archives des affaires étrangères:
embarras^ du départ du roy m'en priveroient. J'ay sçeu de bonne part que l'on avoit appris icy qi«e lesËBpafpols renouveloient leurs instances poiuforpaer une ligue des princes d'Italie contre la France p et que ç*estoit à Borne qu'ils concertoieni les moyens d'y réussir; c'est sans doute ce qui a donné Utu au bruit qui court depuis quelque»
)oursyi{ue le cardinal Porto Carrero en retournant en Ëspagfie^ou il va prendre possession de Tarcbevdcbé de Tolède^ doit passer par les Cour» d'Italie pour tâcher de les.engager dans le parti qu'ils ap« pellent la cause commune. L'on dit que. M. le grand duc s'estoit déjà fait entendi'e que s'ils avoient à s'unir ;11 faudrait le faire pour le maintenir dans leur liberté; mais non pas pour s'engager dans une grande guerre ^ et à aider une des deux puissances ennemies à les accabler plus facilement dans la suite. Ces advis m'ont obligé à donneur tous mes soings pour pénétrer dans quels sentimens on estoit à Yenise sur ce sujet, et j'ay été bien informé que jusqu'à cette heure l'on y a intention de se délivrer des importunités des Espagnols^ s'ils sont trop pressanS; par une réponse semblable à ce qui s'est dit à Florence; mais il m'a paru que 1^ crainte et ht jalousie qu'on avoit Ici de la puiasioiee du roy>se réveillent fortement , et qu'on y appréhende que les desseins de Sa Majesté ne se bornent pas à la conservation des conques tes qu'elle a faites, ni mesme à celles de Flandre. Le sénat est confirmé
(ii5)
^ns cette opinion par les dernières lettres de M. Gontarini^ qui lai mande qu'il ne faut pas s'attendre à la paiX; parce que le roi ne le veut point. Cette façon de parler me persuade que M. Contarini est mal intentionné ou mal instruit , et elle est bien capable d'augmenter les inquiétudes du sénat. J'ai fait voir, du mieux qu'il m'a été possible, à ceux avec qui j'en ai parlé, qu'on ne pouvoit agir avec plus de sincérité pour la paix, n'y j apporter plus de facilités que Sa Majesté avoît fait. Il n'y a pas lieu néanmoins d'appréhender que , dans l'état cil sont les affaires de la république de Venise, et dans la défiance continuelle où elle est à l'égard du premier visir, elle ose se déclarer en faveur des ennemis du roi ^ mais. Monsieur , je puis vous assurer, sur les lumières que j'en ai, qu'il ne faut compter à l'heure qu'il est que sur la foiblesse des Vénitiens et sur l'épuisement de leurs finances, et non pas sur leur bonne volonté. S'il m'étoit permis de dire mon sentiment sur la conjoncture présente, je croircis qu'il n'y a pas de moyen plus prompt et plus assuré de rompre toutes les mesures des Espagnols en Italie, et de terminer en faveur du roi les irrésolutions du sénat, que de lier M. le duc de Mantoue par le traité qu'il veut faire avec Sa Majesté; non seulement il est toujours dans la même l'ésolution de conclure cette aSkire , que l'empereur lui a fait dire qu'il ne voulait pas le priver de la succession * du doc son beau-père, et qu'il déi^i-
( ri6)
roit seulement (pi'il retirât la garnison qu'il avoi-t mise dans Guastalle p et encore parce que Sa Majesté impériale le presse d'exécuter le traité fai( autrefois avec le feu duc son père, qui s'estoit engagé de n'avoir que des Allemands eu garnison dans Gasal. M. le duc de Mantoue me témoigne une confiance entière^ et il me faitsçavoir, par le comte Matthioli, ce qui se délibère survies affaires, pour sçavoir mes seotimens avant que de rien résoudre. Vous jugez bien, Monsieur ^ que je n'oublie rien de mon côté pour nourrir ses bonnes dispositions et pour tenir toujours la négociation en estât que le roi en soit le maître. M. le duc de Mantoue me fit prier, il y a dix jours, de l'aller voir monter à cheval à l'académie. J'y allai ^ et dans la vérité je trouvai qu'il y étoit très-ferme quoiqu'il n'y soit pas de bonne grâce, parce qu'il a eu autrefois une jambe rompue et qu'on porte icy les estriers fort courts. Comme il se pique d'estre bon cavalier, il m'a sçeu très-bon gré des louanges que le comte Matthioli lui a dit que jeluy donnois, et de ce que je luy ai promis d'en rendre témoignage dans la première lettre que j'aurois l'honneur de vous escrire.
Deux gentils'hommes des plus considérables de cette république, qui sont : Comaro l'aisné, qu'on appelle de la Grande Maison, et un Foscarinî, fout déjà de grandes brigues pour succéder à M. (lontarini dans l'ambassade de France, quoi-
que ce choix ne doive se faire qu'au mois ile septembre prochain; sur lequel des deux qu'il tombe, celuy qui sera nommé remplira dignement cette place, surtout par la dépense, estant tous deux fort riches et fort gâiéreux.
Quoique j'aje pris la liberté, Monsieur , de vous demander, dans ma dernière lettre, votre protection auprès de M. Colbert pour le payement de mes appoîntemens , et surtout des six premiers mois de l'année 1676 dont j'ai les ordonnances il y a long- temps , je n'ai encore pu les toucher. Je suis pourtant forcé par mes pressans besoins de vous en renouveler aujourd'huy les instances', et de vous supplier très-humblement de me procurer cette grâce de M. Colbert. J'espère, Monsieur, que vous me voudrez bien donner cette marque de votre affection^ qui est la plus grande que j'en puisse recevoir dans l'embarras où je me trouve, et que vous serez toujours persuadé que je suis avec un profond respect et un attachement inviolable,
Monsieur, etc.
L'abbé d'EsTaiDES (i).
(1) ArchÏTes des affaires étrangères.
( n8) A M. L'ABBÉ D*ESTRADES
De Cambray, le i^'. mais 1678.
MoifSIEVAy
J'ay readu coipg^te au roy , durant le voyage, de vos dépêches de» 29 janvier et 5 février. Je n'aurai pas le lemps d'y f^ire une fort longue réponse. Je vous dirai seulement que Sa Majesté y a vu la suite de la n^égociation que vous avez liée avec le comité Matthipli; que vous étiez entré dans la discussion des pointa qu'il vous avoit proposés, et de ceux que Sa Majesté ne pouvoit admettre ou refuser; quç même vous étiez descendu dans le détail de lasom|ike qui avoit été demandée^ et que vous l'aviez réduite k cent mille écus. Ce que je puis vous dire, Monsieur,^ sur ce sujet, est que Sa Majesté a bien agréable que vous entreteniez une négociation dont l'effet dans la suite pourroit être fort considérable; mais il faut que les temps se disposent pour cda^ d'autant plus que le fondement de tout ce qui se traite avec vous est toujours sur le pied que le roy envoyé une puissante armée delà les monts. Vous voyez assez^ je m'assure , que jusqu'à cette heure les choses ne se disposent pas à cela; il est bon toutefois de continuer à en nourrir
la créance, et c'est ce que Sa Majesté juge à propos que vous fassiei; mats elle ne Yoit pas que vous dévies contracter aucun engagement sur un point qui ne pourrait avoir de succès et qui rendroit inutile la dépense que Sa Majesté pourroît faire. Ainsi, Monsieur y ce que vous pouvez^est de cultiver toujours les bonnes intentions du comte Matthioli, et par lui celles de son maître; de ne point détruire Vespérance qu ils ont de voir les armes de France en Italie , et de remettre la réponse qu'ils attendent de VOUS; tantôt sur les occupations du voyage et de la campagne où Sa Majesté se trouve engagée, qui vous auronC privé de ses réponses, tantôt sur d'autres raisons, mais enfin de tenir autant qu'il vous sera possible une négociation en estât dont, selon la conjoncture des affaires, Sa Majesté profîteroit avec plaisir i . -
Pomponne (i).
(i) ArckiTei àes affaires étrangèrea.
( lao )
A M. DE POMPONNE
Venise, le 12 de mars 167S*.
Monsieur^
Le» embarras que je sais qu'on a toujours dans les marches d'un voyage, me laissoient peu d'espérance de recevoir de vos nouvelles jusqu'à ce que vous fussiez arrivé à Metz, et je vous suis bien obligé de la bonté que vous avez eue de m'en donner, par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire de Yitry le i5 du mois passé.
Je n'ay encore rien de certain à vous mander aujourd'hui; mais la semaine prochaine j'aurai l'honneur de rendre compte au roi de la conférence que je dois avoir infailliblement demain au soir avec M. le duc de Mantoue. Toutes les mesm-es sont prises pour cela, et ce prince m'a seulement fait dire qu'il m'expliqueroit les raisons qui l'obligent d'envoyer en diligence le comte Matthioli à Sa Majesté; il ne partira pourtant que dans dix ou douze jours, et je lui ai fait comprendre qu'il estoit nécessaire que je fusse instruit auparavant de la commission dont il seroit chargé. J'ai cru devoir en prendre connoîssance, afin que Sa Majesté en soit pleinement informée avant que M. Mat-
( lal )
lliioli se rende auprès d'elle. • Je puis seulement vous assurer dès à présent, que les choses ne sçauroient estre mieux disposées pour former ime ligue puissante en Italie et pour en chasser entièrement les Espagnols, si le roi veut tourner ses armes de ce coté-ci; c'est ce que vous sçaurez plus au long et plus particulièrement dans ma première dépêche, parce que je pourrai vous en parler avec certitude après que j'aurai appris du comte Matthioli le succès d'une négociation qu'il a liée depuis peu avec la république au nom de M. le duc de Mantoue et de concert avec moi. Le prétexte dont nous sommes convenus qu'il se sei*viroK, a été que ce prince désiroit se régler sm* les conseils du sénat, après lui avoir communiqué les droits légitimes qu'il a sur Guastalle, et la juste deffiance que luy donnent les sentimens que la maison d'Autriche lui jfaît paroistre sur cette affaire. M. Malthioli a déjà eu deux conférences avec un sage de Terre^ Ferme, nommé Landoy député par le collège , et il en doit avoir encore trois celte semaine, qui nous découvriront les véritables dispositions du sénat pour Sa Majesté. Il est aisé de juger par la manière dont ce sénateur a déjà parlé, que si une armée de France vient en Italie, la république aimera mieux profiter des malheurs et de la faiblesse de la maison d'Autriche , en joignant ses armes à celles du roi , que de demeurer dans une neutralité ^ui lui sembleroit dangereuse dans le temps qu'elle
verroit un si puissant prince Êiire la guerre à ses portes. Cette politique des Yëni tiens justifie ce que î'ay déjà eu Thonneur de vous en mander^ qu'il ne faut rien attendre d'eux ^ que ce que la crainte ou rintérét les obligera de faire
L'abbé d'Estrades { i).
A M. DE POMPONNE
A Venise, le 19 déniais 16.^6.
Monsieur ;
Je n'ai point eu l'honneur de recevoir de vos lettres cette semaine : vous verrez, par le compte que j'en rends au roi, ce qui s'est passé dans la conférence que j'ai eue avec M. le duc de Mantoue. J'y adjousterai seulement, Monsieur, que s'il convient à Sa Majesté que ce prince s'attache à elle, aux conditions qui ont esté proposées, il meparoît qu'il sera nécessaire, avant que le comte Matthioli parte de la cour, de mettre cette affaire en état de
(1) Archives des afiitires étraof ères.
ne pouvoir plus estre rompue, parce que j*ay vu M. de Mantoue si allarmé ^e9 inenaces que les Espagnols luy font et de la protection qu'ils donnent hautement au comte de Prades y qui prétend que le duché de Guastalle lui appartient, que je n'ai pu le remettre dé ses frayeurs qu'en lui faisant espérer que le retour du comte Matthioii le iireroit de toute sorte d'embarras; et s'il le voyait revenir sans' le consentement du rot pour conclure l'affaire et sans une asseurance infaillible d'un prompt secours^ je ne sçais si la peur d'être dépouillé ne le feroit pas changer de résolution. J'ai cru, Monsieur, vous devoir informer fidellement de la situation où j'ai trouvé l'esprit de M. de Mantoue, afin que vous pussiez vous régler là-dessus.
Le sénat a pénétré que le pape n'a laissé tomber d'elle-même Tafiaire de l'ajustement de la république avec l'Espagne, sur ce qui s'est passé àTrieste, que parce que Sa Sainteté est bien aise d'être seule média tiîce des princes catholiques à l'assemblée de Nimègue, et qu'elle ne veut pas qu'un ambassadeur de Venise partage cet honneur avec son nonce. ' .
Je suis , etc.
L'abbé d'Estrapes (i).
(i) Archives des a£Diircs étrangores .
A LOUIS XIV
A Venise, le 19 de mars 1676.
SlR£>
Il y a huit jours que je mandai à M. de Pomponne que je dey ois avoir le lendemain uae conférence avec M. le duc de Mantoue. Nous nous yisvieSj comme nous l'avions concerté , à minuit^ dans une petite place qui estoit à une distance égale de sa maison et de la mienne. Je fus une heure entière avec luy, et non seulement je luy dis tout ce que Yostre Majesté m'a voit commandé de lui faire sçavoir^ et qu'il avoit déjà appris par le comte Matr thioli y mais encore je le rassurai le mieux qu'il me fut possible sur les de/fiances continuelles çt bien fondées qu'il a des Espagnols. Je ne m'expliquai point avec luy du présent que Vostre Majesté lui feroit en argent^ aussitost après la conclusion du traité 7 e», je me contentai de lui promettre qu'il auroit lieu d'en être content. Il a paru être fort satisfait de noire conversation, et^ de mon costé^ je n'ai pas moins sujet de l'estre , puisqu'il m'a confirmé tout ce que le comte Matthioli m'avoit dit de sa part. J'en ai rendu un compte si exact à Vostre Majesté dans les lettres que je me suis do^né
( ia5 )
l'honneur de lui écrire et à M* de Pomponne , qu'il est inutile que je m'dtende davantage sur cette matière. Lorsque nous fûmes sur le point de nous séparer> M. le duc de Mantoue et moi, il me représénla le risque dans lequel il estoit d'estre accablé par les Espagnob^ dont il ne pouvoit douter des mauvaises intentions, après les instances pressantes qu'ils lui avoient faites depuis peu, d'introduire les Allemands dans Oizal, d'en tirer la garnison de Cuastalle , et de sedéclarer ouvertement et sans délay en leur £akveur.Il adjousla que je pouvois bien penser que dans la résolution où il estoit de servir Vostre Majesté de sa personne et de ses états, il ne feroit rien qui pût être préjudiciable à ses intérêts, mais que si les Espagnols ne lui fournissoient plus l'argent qu'ils avoient accoutumé de lui donner pour l'entretien de la garnison de Cazal , comme ik le lai avoient déclaré , ilneseroit pas en pouvoir d'en soutenir la dépense lui-même et de conserver cette place ; que le danger étoit si présent, qu'il n'y avoit point de temps à perdre pour le mettre en seureté, et que les affaires se traittoient si lentement par la voye des dépesches, qu'il se voyoit dans la nécessité d'envoyer le comte Matthioli à Vostre Majesté pour lui exposer Testât où il se trouvoit réduit, et pour la supplier de l'en vouloir tirer le t>lus tost qu'il seroit possible.
Je n'ai osé , Sire , m'opposer à ce voyage , parce que je me suis apperçu que M. le duc de Mantoue
avoit pris quelque ombrage, ou du moins qu'il a voit eu de Tinquiétude de la longueur de cette nëgociatioD, que j'ai éloignée sur plusieurs prétextes différens autant que je l'ai pu sans rien hazar^ der, comme Vostre Majesté me Tavoit ordonné^ et encore parce que j'ay cru qu'elle seroit plus assurée de la fermeté de M. le duc de Mantoue, lorsque le comte Matthioli, en qui il a une confiance aveugle et qui le gouverne absolument, seroit auprès d'elle. Il fera connoître à Vostre Majesté, mieux qu'on ne le sçauroit faire dans des lettres , les facilités qu'elle trouveroit à conquérir le Milanais, les intelligences qu'on y aura, et le détail de toute la négociation qu'il a eue avec la r^ublique de Venise au nom de M. le duc de Mantoue, qui a detnandé au sénat ses conseils sur l'affaire de Guastalle, et ses assistances en cas qu'on le voulût troubler, par la force, dans ïa possession de ce duché. Le sénat a été dire à Matthioli , par un sage de Terre- Ferme qui a^été député pour ce sujet, que M. le duc de Mantoue devoit conserver Guastalle^ que la république lui rendroit tous les offices qu'elle pourroit, et que quand son intercession seroit inutile, elle l'assisteroit secrètement et de ses avis et de son argent plutôt que de l'abandonner. Ce sénateur lui a fait entendre que si Vostre Majesté envoyoil une armée en Italie , et que M. le duc de Mantoue fut dans ses intérêts , la république ne s'esloigneroit pas d'entrer dans le mesme parti ; et
M« le procurateur Nany; avec qui il a eu deux conversations; s'en est encore explique avec lui plus clairement. '
G>mine le comte Matthioli ne doit recevoir ses instructions qu après-demain ^ il ne partira d'icy que vers la fin de la semaine. J'aurai l'honneur d'informer Yostre Majesté de ce qu'elles contiendront de plus important^ et du temps qu'il pourra se rendre auprès d'elle.
Je suiSy avec toute sorte de respect et de soumission ,
SiaE;
De Yostre Majesté^
Tr^ humble , très obéÎMâiit , et très fidelle serviteur et sujet,
L'abbë d'Estrades (i).
(i) Arcbires des afiairet étrangères.
(ia8)
A M. DE POMPONNE
Venise^ le 36 de mars 1678
MoirsisURy
Mes dernières lettres vou) auront fait voir que j'ai prévenu en partie les ordres que je reçois dans celle que vous m'avez fait l'honneur de m'ëcrire du 4 de ce mois. J'avois jugé que ^ dans la conjoncture présente^ il ne seroit pas facile au roy d'envoyer aussi promptement *qu'on le souhailoit une puissante armée en Italie. U me paroissoit néanmoins que Sa Majesté regardoit la négociation que j'avois liée avec M. le duc de Silantoue ^ par le moyen du comte Matthiolr^ comme une affaire qui lui pouvoit estre utile dans la suite ^ et dont elle seroit bien aise d'estre toujours en état de profiter. Ainsi y Monsieur^ j'ai apporté tous mes soins k nourrir l'opinion qu'on avoit de voir les armes de France dans le Milanois, et à confirmer M. le duc de Mantoue dans les bons sentimens qu'il a pour Sa Majesté ^ et dans la defEance que les Espagnols lui donnent. Je me suis même servi des raisons que 'vous me marquez^ pour modérer l'impatience qu'il avoit de conclure le traité qu'il souhaite de faire avec le roi. Avant que Sa Majesté partit de Saint-
Germain^ je reprëftentois au comle Miltliîoli que ks négociations d'Angleterre Toccupoienl trop pour lui permettre, dans des temps si difficiles , de s'appliquer autant qu'il estoit nécessaire à nne nouvelle ^ entreprise de l'importance de celle qu'elle mcdiloit de (aire en Italie , et depuis je lui ai allégué la difficulté de recevoir des réponses dans les embarras d'un voyage, et dans les occupations de la campagne qui obligeoient le roi de passer souvent d'un N Heu à un autre. J'j ai adjousté que je n'eu étois point surpris, et que les années passées j'avois eu rarement de vos lettres dans ces temps-là. Il s'est contenté, jusqu'à cette heure, des defTaites que je lai ai données; mais M. le duc de Mantoue s'est si fort alarmé du péril dans lequel il croit être, et de la longueur de cette négociation , qu*il a voulu absolument envoyer le comte Matthioli au roi, et ^ue je n'ai osé mi'y opposer de crainte de le jetter dans la deffianc^ et de le rebuter entièrement. Il est vrai. Monsieur, qu'après avoir bien examiné de quelle manière, ce voyage se pouvoit faire, j'ai cru qu'il u'y avoii point de moyen plus facile et plus infaillible que celui-là pour s'assurer davantage de M. le duc de Mantoue et pour faire durer cette affaire autant que le roi le jugera à-propos. J'ai , pour cela , persuadé au comte Matthioli qu'il étoit important qu'il n'allât pas trouver directement Sa Majesté, et qu'il fulloit qu'il allât auparavant dans quelques villes d'Italie , sous le prétexte des in:d-
rt'ls (le son maître et des démele's qu'il a avec M. Je duc de Modène pour le duché de Guasulle, afin qu'on n'ait aucun soup<jon qu'il doive passer en FraBCC, Il en est convenu avec mot, et par le compte que nous avons fait ensemble de sa marche ^t des séjours qu'il fera , je puis vous assurer. Monsieur, que vous ne le verrez de deux mois. Il vous sera plus aisé qu'à moi de le retenir encore autant y pour le moins ; et ainsi la campagne sera presque
iinie sans que M. le duc de Mantoue puisse se plaindre de ce retardement ni prendre des mesures contraires aux intentions du roi. Depuis que ce prince est hors de Venise^ il se promène dans son état sans s'arrêter plus de trois ou quatre jours en un lieu, pour éviter de donner audience aux envoyés des Espagnols qui l'attendent à Mantoue, et a qui il a fait dire qu'ils pouvoient s'adresser à son conseil; que pour lui , il n'avoit rien à répondre à leurs propositions ; parce qu'il attendoit des nouvelles devienne, sur lesquelles il vouloit se régler. < Le comte Matthioli l'est allé trouver dès le commencement de cette semaine pour recevoir ses instructions sur le voyage qu'il va faire à la cour, et pour lui rendre compte de ce qu'il a traité avec la refpublique; ensuite il reviendra ici, expliquer au sénat les sentimens de son maître; et ainsi, Monsieur, je pourrai peut-être éloigner encore son départ pour quelque temps.
Je SUIS; ,
Monsieur^ etc.
L'abb(f d'Estrades (i).
A M. DE POMPONNE
Vcniie , le 2 d'avril 1678.
Moi^SIEUH;
Je n'ai rien à adjouter à ce que j'ai déjà eu Thonneur de vous écrire sur l'affaire qui regarde M. le duc de Mantoue. J'ai seulement reçu ce matin un billet du comte Matlhioli, par lequel il me donne avis qu'il sera ici demain^ et qu'il viendra le même jour me trouver à une heure de nuit Je ne man* querai pas de vous rendre compte ; dans ma première lettre j de la conversation que j'aurai avec
(1) Ârehfves des aflairet étrangères.
)yi. Je suis bien aise qu'il ne soit pas revenu à Venise aussitôt qu'il me l'avoit dit, parce que son> départ pour la cour en sera différé de quelques jours de plus que je n'avoiscru. Je tâcherai de sçavoir pour quel sujet le résident de Manloue a en de fréquentes audiences du collège depuis quelques joui'S.
L'abbé d'Estrades (i).
A M. L'ABBÉ D'ESTRADES
5 Arril 1678.
MorrsiEVR ;
Vous nous voyez à la un de notre voyage, et par-là à la fin de mon peu de ponctualité de vous écrire. Le séjour de Saint- Germain me va rendre plus régulier. J'ai pris hier le temps de rendre compte à Sa Majesté de vos lettres des 5, 12 et 19 du mois passé. Elle témoigna de la satisfaction de la manière dont vous avez suivi l'affaire de M. le
(i) Aicliivei des affaires étrange les.
duc de Mantoue, et elle y a vu qu'après Tentrelî^n «jue vous avez eu avec ce prince, il a voit pris la résolution d'envoyer le coin te Matthioli en France. Tous aurez dv'jk vu par mes dépêches qu'il y avoit peu d'apparence que Sa Majesté put faire passer cette année une armée considérable en Italie, Il a. paru toutefois que cette vue faîsoit le fondement de tous le» desseins que M. le duc de Mantouc TOUS avoit communiqués. Vous jugez assez qu'il n'est point bon deTen détromper, parce que ce seroit rompre une' négociation qui peut autrement avoir de» suites considérables; ainsi, un des avantages du voyage du comte Matthioli, est qu'il fait gagner dur
temps, et que peut-être même pourra lever
des difficultés , et prendre des mesures avec lui qu'il seroit difficile d'établir de plus loin. Ainsi vou» voyez, Monsieur, que le roi ne pouvant guère accorder fes principauic articles qui vous ont été demandés, pnrce qu'ils roulent tou» sur une action en Italie, l'on doit peu se flatter que vous puissiez rien conclure avec ce prince. C'est ce qui me fart croire que s^il- est autant de votre intérêt que vous le témoignez que vous repassiez en France, rien nt5doit vous etnpéclier d'en exécuter la pensée; Sa Majesté me paroit tellement satisfiiite de vos ser*vices , que bien qu'elle en prenne un sans doute de s'en servir dans un lieu où vous trouvassiez um champ plus étendu de lui en rendre qu'à Venise elle vous l'accordera volontiers. Je l'ai m&ae yuss
( iH )
sentie sur ce sujet; et il me paroît que vous élcê maître du parti que vous voudrez prendre ou de Venise; ou d^ Paris*
POMPONICE (i).
*A M. DE POMPONNE
V«Di4e , le g d^airril 167$^
Il j a six )Ours que lé comte Matthioli arriva ici,; j'eus une conversation avec lui le même soir, et le lendemain il partit pour aller à Bologne , où il doit trouver M. le duc de Mantoue, qui Tenvoyera de là à la cour^ après lui avoir donné les derniers ordres. Il m'a assuré qu'il étoit déjà chargé de confirmer à Sa Majesté tout ce que je me suijs donné l'honneur de lui mander^ et que son maître lui avoit seulement recommandé de ne consentir à mettre dans, Casai une garnison frs^nçoise que quand
(1) Archives des alT^u'es.^trdOgcrcss.
3 ne pouiToit pluss'cn dcffeudre. Mais^ Mousicur^ il m*a dit en même tempd qu'il voyoit trop bien que cette condition étoil le fondemeut du traité qui étoit proposé pour le vouloir tourner en négociation^ et qu il avoit fait comprendre à M. le duc de Mantoue qu'il falloit ctjre de bonne foi avec le roi , et ne pas balancer à l^i donner cette sdreté et cette salisfaction^ s'il VQjuloit s'attacher aux intérêts d» Sa Majesté, comme il l'avoit résolu. Je m'aperçus néanmoins, quoiqu'il ne m'en parlât pas ouvertement, que l'elemple de Messine Ijii faisoit Caire àes réflexion» sur les suites de l'engagement que »on maître prendroit avec le roi , qui m'obligèrent de lui représenter combien cette crainte seroit mal fondée, et la dlfTévence qu'il y avoit d'im traité solemnel entre princes souveri^ins, comme seroit celui dont il s'agissoit,,aux assistances que Sa Majesté u'avoit données aux Messinois que par pure géuc*
rosilc
Le comte Malthioli me témoigna qu'il étoit de mon sentiment, et qu'il avoit beaucoup de joye de voir liss choses aussi bien disposées qu'il l'avoit souhaité.
L'abbc d'Estradls {\).
(i) Archives dvs afTaircs clranj^uos.
(i36) A M. L'ABBÉ D'ESTRADES,
Saiot Germain, lé i3aTril iC^Sy-
Monsieur,
Je vous ai déjà mande que le roi a voit fort ap-' prouvé la manière dont vous aviez maintenu la négociation avec M. le duc de Mantoue^ sans Télôigner ni la trop engager. Il est même avantageu:t que pour gagner un temps qui parott assez naturel, ce prince ait pris le parti d'envoyer au roi le comte Matthioli. Selon les propositions dont il sera chargé, on pourra traiter avec lui; mais il seroiC fâcheux que le fondement en fut la condition de faire passer celte année une puissante armée en' Italie, parce que je puis vous dire confidémmenc que le roi n'a pas encore pris ses mesures.
Pompon NJB (i).
(i) Arcbiyes des affaires étrangères.
A M. DE POMPONNE
Venise , le 3o d'aTril 1678*