boites dans Besançon , au lieu de 26 ou
27.000 qu’on contrôlait en l’an XII ; mais ces boites, en majeure partie, étaient des produits d’importation. La Suisse, non contente de nous passer ses montres illégalement par la contrebande, nous les envoyait légalement par la- filière des contrôles. De sorte que si nous contrôlions plus de montres qu’en l’an XII, je ne sais si nous en établissions davantage. En effet, une statistique du département
(1) La loi du 10 brumaire an V prohibait encore l’entrée des montres. Elle ne fut rapportée qu’en 1834.
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du Doubs, pour 18*20, porte la fabrication annuelle à 5,000 montres d’or et 15,000 montres d’argent.
 Montbéliard, dès 1812, la fabrication du petit volume (des montres) avait décliné et était presque uulle en 1822, lorsque M. Vincent! y créait une fabrique de pendules.
Cependant les fabriques suisses avaient pris d’année en année un développement progressivement énorme. On se demande pourquoi le commerce et la fabrication des montres n’avaient pas, en Franche-Comté comme en Suisse: profité de l’accroissement de la consommation générale. Les uns en chercheront la cause dans l’infériorité artistique où nous étions vis-à-vis des Suisses; c’est une erreur ; les autres , dans les conditions désavantageuses qui nous étaient faites, conditions qui sont à peu de chose près les mêmes à l'heure qu’il est, comme l’obligation de travailler au titre, l’essai sur le déroché, à la coupelle, etc.: c’est encore une erreur. D’abord , les montres établies dans nos comptoirs l’étaient avec probité ; elles ne le cédaient pas en général à celles que nous importions de Suisse et que nous vendions ensuite comme nôtres; nous arrivions même, dans la fabrication des montres dites à roaes de rencontre, à un degré de perfection que les fabriques étrangères n’ont jamais obtenu. En second lieu, il faut envisager l’obligation qui nous est imposée de travailler au titre comme une obligation salutaire; nos produits.
parla garantie que leur imprime le poinçonnement, ont au dehors, sur les produits suisses, une supériorité incontestable. Quant à l’essai des boites de la fabrique à peine façonnées, essayées à la coupelle, tandis que les boites étrangères sont , à prix égal , essayées finies, et au touchau seulement, c’est là certainement une mesure inique dont nos fabricants soufirent; mais cette mesure n’est-elle pas compensée et au-delà par les frais de transport et les droits dont sont grevées les montres qui nous arrivent de Genève ou de Neufchâtel. Les deux principales, et peut-être les deux seules causes de notre infériorité, selon moi, c’est d’abord que les montres à roues de rencontre n’étaient plus demandées, et que nous n’avions pas l’habitude de confectionner les mouvements à cylindre; c’est ensuite que la manufacture française n’avait pas encore au-dehors la réputation que le temps, seul peut donner.
Cependant, la Chambre de Commerce, affiigée d’une crise aussi persistante, demandait, en 1816, an Ministre, des secours pour les deux ou trois mille personnes attachées à l’établissement d’horlogerie de Besançon, travaillant, soit pour desôtablisseurs chefs, soit pour des comptoirs dirigés par des capitalistes. Les fonds implorés devaient servir de palliatif en attendant des jours meilleurs. « Si « encore, disait cette Chambre dans sa délibération, f< ces inalheurcox ouvriers étaient dissénqincs dans
'< les campagnes, comme en Suisse, les travaux " des champs les occuperaient, et, à la rigueur, « pourraient les faire vivre. «
Le Ministre fil parvenir à la manufacture, en 1828, 4,500 francs qu’une Commission devait répartir aux artistes les plus besogneux. Â deux reprises déjà, en 1817 et 1820, il avait été accordé, comme encouragement, une somme de 1 ,500 francs à la Société de secours et de prévoyance que quelques artistes avaient fondée à Besançon dans les premières années de l’Empire.
Cette Société modeste, dont la caisse n’a guère en maniement que quelques douze cents francs produits annuellement par une minime cotisation de cinq centimes versés chaque semaine par les souscripteurs, n’a jamais été reconnue ni approuvée par suite des événements de 1815 (1). Mais elle fonctionne ; elle a même , si -nous sommes bien renseignés sur ce point, huit ou neuf mille francs dans son fonds de réserve. Seulement elle n’est plus, à proprement parler, la Société de prévoyance des horlogers , comme elle l’était dans le principe ; elle est la Société des protestants, et le pasteur en est président à perpétuité.
Nous devons, dans cet historique, mentionner l’établissement dans la province des deux impor-
(1) Les Statuts en ont été remis à M. de Scey en 1814, et sont restés dans les cartons.
tantes fabriques deSeloncourt et de Badevel (Berne et la Chapote). La fabrique de Seloncourt, fondée par MM. Beurnier, en 1817, livre annuellement au commerce plus de ô,000 douzaines d’ébauches de montres et exporte en Suisse plus des (rois quarts de ses produits. Celle de Badevel, de MM. Japy, ne fabrique que des mouvements de pendules, dont le quart est vendu à l’exportation. Ces deux établissements occupent aujourd’hui 1,000 à 1,200 ouvriers. (Voir la 2® partie de ce travail. )
Li’Horlo^erie après 1830.
La révolution de 1830 fut nécessairement accompagnée d’un temps d’arrêt dans le mouvement de nos affaires déjà si restreint. Mais la reprise se fit moins attendre qu’on ne l’avait craint. Le Gouvernement nouveau, plus industriel que tous ceux qui l’avaient précédé, s’était empressé d’ouvrir au commerce un crédit de trois millions. Notre établissement ne fut pas des mieux partagés dans la distribution de ces avances : M. Vincenti seul, je crois, fabricant de grosse horlogerie à Montbéliard, fut avantagé d’un prêt de 8,000 fr.; caries 30,000 fr. que MM. Bonjour et G* , établisseurs, avaient obtenus, ne furent pas livrés par suite du mauvais état de leurs affaires. Il fut accordé en outre 2,500 fr. à titre de secours aux ouvriers pauvres de la manufacture.
Le contre-coup de la révolutioji de 1830 se fit ressentir dans la principauté de Neuchâtel, où des troubles éclatèrent en 1831. La France mit adroitement ces discordes à profit; dans l’espoir de renforcer nos ateliers et d’affaiblir d’autant ceux de
nos voisins ; elle fit tenir le plus secrètement possible aux horlogers du Val de St-lmicr, qu’on leur accorderait l’entrée en franchise pour leurs outils et pour leurs effets. Mais le Gouvernement de Neuchâtel eut vent de ces propositions d’embauchage et s’en fâcha; notre Chambre de commerce fut accusée et blâmée d’avoir ébruité l’affaire, comme si elle avait des relations officielles, et il ne fut plus question d’inviter les Suisses à passer la frontière.
Il était presque sûr, du reste, qu’après chaque émeute, la colonie suisse recrutait quelques émigrants. Ainsi nous avions vu, après 1815, arriver dans nos murs une soixantaine de familles neuchàteloises que, p>ar parenthèse, notre municipalité n’accueillit pas très-bien, » attendu, disait-elle, que « ces artistes sont des gens de maigre crédit et dont « Neuchâtel se débarrasse. » Ainsi encore nous voyons, après 1830, les troubles politiques jeter sur le sol français une armée d’ouvriers compromis. Les montagnards de la frontière les accueillirent avec empressement et reçurent, en échange de l’hospitalité qu’ils donnaieut, une heureuse initiative industrielle. C’est ainsi, par exemple, que les Gras sont devenus une importante fabrique d’outils d’horlogerie (1).
L’horlogerie franc-comtoise reprit donc rapidement le niveau que la révolution lui avait fait per-
(t) Voye* page 8t.
dre. Eu c£Fet, il n’élait plus question pour elle de vivre seulement, mais de progresser. Âpres 1830, les apprentissages français se firent plus nombreux qu’auparavant , et de Besançon cette industrie, comme un foyer, rayonna sur les campagnes environnantes, vers la montagne surtout, où bientôt chaque village, chaque hameau eut son artiste à trouer les rubis, à finir ou à pivoter les roues, etc. La haute montagne n’avait même pas attendu pour entrer dans cette voie que le mouvement lui vint de la métropole : les fabriques suisses l’y avaient poussée. Pour ces pauvres habitants d’un sol infertile, c’était tout profit de faire de l’industrie à temps perdu. Depuis longtemps on fabriquait pour Genève aux Rousses, à Morez, qui depuis 1794 avait la spécialité des horloges et des tournebroches.
En 1835, la municipalité de Morteau, pour assurer du travail aux familles pauvres en même temps que pour arracher la jeunesse du pays aux entraînements du vagabondage et de la contrebande , traita pour l’établissement d’une école d’horlogerie avec MM. Bouttey et Yallangin (des Gras), moyennant une allocation annuelle de 2,100 francs. Cette école, qui obtint à différentes fois du Conseil général des encouragements pécuniaires, multiplia les ateliers dans Morteau, mais ne put y amener la fondation d’un comptoir d’horlogerie, qui exige une avance de fonds considérable. A Morteau , comme aux Allemands et aux Gras, comme dans
les cantons de Maiche, du Rnssey, de Saint-Hippo- Ijte, etc., on ne fabrique que des mouvements qui sont à peu près tous livrés aux établisseurs de Besançon, duLocle et de la Ghaux-de Fonds.
Cependant la loi du 10 brumaire an Y qui prohibait l’importation et la vente des marchandises anglaises ou réputées telles, avait été sinon complètement au moins exceptionnellement abrogée par l’ordonnance royale du 5 mai 1819 en ce qui concernait les montres suisses. La loi du 20 mai 1834 en leva définitivement les prohibitions, et l’ordonnance du 5 juin suivant fixa le droit d’entrée à 6 p. O/o de la valeur sur les montres d’or, à 10 p. 0/q sur les montres d’argent et les mouvements de toutes sortes sans boîtiers. Ce droit n’avait rien d’exorbitant; il fut néanmoins abaissé en 1836, et ramené à 4 p. O/q de la valeur en moyenne des produits d’importation. Ce n’était plus alors un droit protecteur, mais simplement un tarif de concurrence destiné à décourager la contrebande. En effet, la contrebande n’avait plus de raison d’étre du moment où l’on élevait à peine les droits d’importation au-dessus du taux de la prime exigée par le contrebandier. Si donc la contrebande cessa d’être aussi lucrative pour les montagnards qui s’y livraient , en revanche les recettes de la régie augmentèrent sensiblement, et la iabrication française resta la même, sans rétrogradation ni progrès. De 1836 à 1846, si les bénéfices du contrôle ont pres-
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que doublé, c’est à l’importation seule qu’on le doit (1).
Si donc l’horlogerie s’étendait dans la Franche- Comté qui avoisine la Suisse, il n’en était pas ainsi dans Besançon où elle restait presque stationnaire, grâce au peu de sollicitude qu’on loi portait. A Besançon, il n’était guère question de cette industrie vraiment avantageuse, et l’on s’y préoccupait peu de sa décadence ; il ne fallait pas moins que le merveilleux développement qu’elle a pris depuis, pour qu’on s’occupât d’elle. Cela tient un peu à ce qu’elle s’exerce sans bruit, modestement et en famille, derrière les vitres bien éclairées d’une mansarde. Âh! si les ateliers d’horlogerie avaient frappé les yeux des passants, s’ils avaient occupé de longs édifices sales , enfumés et mugissants , surmontés de cheminées monumentales, et si, chaque soir, de ces casernes manufacturières l’on eût vu sortir une armée d’artisans hâves et noircis , on s’y fût intéressé bien davantage!
Cependant, en 1842, une mesure vraiment de protection fut adoptée en faveur de la fabrique bisontine : on n’admit plus au contrôle des montres à l’état fini. Cette mesure entrava quelque temps la concurrence qui nous était faite ; mais la fraude devint assez 6ne pour éluder la loi , et la rendre
(t) Voy. Mémoire présenté par les fabricants et horlogers de Besançon (18t8).
complètement inefficace. Tant il est vrai qu’en matière d’indostrie le succès appartient toujours en dernier lieu à celui qui produit le mieux et à plus bas prix! Nous verrons que, sous le rapport de la qualité et du bon marché des produits, l’horlogerie française peut, à l’heure qu’il est, lutter sans grand désavantage avec l’horlogerie suisse, et noos dirons les conditions qui nous semblent propres à lui assurer le succès dans le temps.
Comme progrès, notons que vers ce tempslà (1842), des personnes pieuses organisaient aux Carmes de Battant, des ateliers d’apprentissage pour les jeunes garçons. Cette institution , connue sous le nom d’œuvre de St-Joseph, fut établie dans des vues charitables, mais sans éléments de durée : elle vivait de quêtes, dépensait beaucoup et rapportait peu. La crise qui suivit la révolution de 1848 vint à point pour en compléter la ruine. Toutefois cette école fournit de nombreux élèves, dont quelquesuns soutiennent et honorent présentement la manufacture bisontine.
Je ne passerai pas sous silence l’heureuse application qui fut faite, en 1844, d’une découverte scientifique, à l’industrie horlogère: je veux parler du dorage à la pile. Anciennement on dorait an feu, c’est-à-dire qu’appliquant sur un objet l’amalgame d’or, on chauffait de manière à volatiliser le mercure. Ce procédé de dorage altérait gravement la santé des ouvriers par l’absorption inévitable des
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vapeurs mercurielles. On voil encore aujourd’hui des victimes de cet empoisonnement; quelquesuns, comme Maillard, etc., sont en partie rétablis ; mais les autres, comme Himette, Krans, Richel, se reconnaissent de loin à leurs membres tremblants ou paralysés. La galvanoplastie découverte , on essaya, à Besançon comme en Suisse, d’en faire application aux pièces d’horlogerie. Jacot - Girod , Ducommun, Maillard, et surtout Balsigre (1), dont les dorages étaient si estimés, essayèrent de dorer par ce procédé les mouvements des montres qu’ils établissaient. Ils réussirent au-delà de ce qu’ils espéraient, et bientôt l’ancien procédé fut délaissé pour le nouveau, qui donnait, à la vérité, des résultats moins durables, mais aussi plus variés, moins coûteux, plus productifs, et surtout d’une complète innocuité.
(1) Ruolz revendiqua, en vertu de son brevet, la propriété de cette industrie. CJn procès fut commencé. Les uns, effrayés, se réfugièrent en Suisse ; les autres cessèrent de travailler. MM. Jacot-Girod obtinrent pour eux seuls la concession du droit de dorer à la pile jusqu’à l’expiration du lirevet de Ruolz.
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lj*Horlogerie après iS48.
Avaut 1848, l’horlogerie franc-comtoise faisait annaellement contrôler 170,000 montres, desquelles, à la vérité, la bonne moitié provenait d’importation; elle occupait et faisait vivre plus de trois mille personnes dans Besançon seulement. Mais comme cette industrie s’exerçait sans bruit , isolément et à domicile, je sais bien des gens qui ne connaissaient guère l’importance manufacturière de notre cité. La révolution de février fit tomber tout à coup la fabrique, et notre industrie, Jusqu’alors presque obscure et cachée , se décela par ses souffrances : on vit les pauvres artistes , que la tourmente politique avait dévoyés, s’enrôler en foule dans des ateliers nationaux , et ferrer , faute de mieux, les chemins de la municipalité. On cite cependant certains établisseurs qui , persuadés que la crise serait passagère, ont vaillamment continué d’opérer, et, grâce au bas prix de la maind’œuvre, ont réalisé d’imporlauts bénéfices.
Notre fabrique aux abois fit rédiger un mémoire dans lequel, après avoir exposé le tableau trop réel
de ses souffrances, elle réclamait la révision des droits d’importation, de marque et de garantie, et demandait un secours ou prêt gratuit de 240,000 fr. Le mémoire fut soumis à l’Assemblée nationale et au conseil du département , qui, dans sa délibération du 30 novembre 1848, émit les vœux les plus favorables à la révision qu’on réclamait, tout en exprimant le regret de ne pouvoir, en ce qui le concernait , accéder à l'emprunt demandé. Il va sans dire que malgré les vœux formulés par le Conseil général, en 1848, renouvelés en 1849 et 1850, l’administration supérieure n’eut aucun égard aux plaintes de nos fabricants.
Cependant, dès 1850, le contrôle accusait un chiffre de 106,960 boites poinçonnées, dont 59,000 et plus avaient été fabriquées à Besançon. C’était là un fait insolite et bien encourageant pour nous. La Suisse n’avait donc plus la priorité dans nos comptoirs!
Les années suivantes, ainsi qu’on s’en convaincra en parcourant les tables de la garantie , la fabrication française se maintint ferme en agrandissant encore les avantages qpi’elle avait obtenus et qu’on peut , dès à présent , considérer comme définitifs.
Ces tables ont une éloquente signification .