‹ Histoire de l'Hospice-Général de Rouen, 1602-1840Chapitre 19 sur 21 · PHARMACIENS · texte numérisé non relu

PHARMACIENS

Avant redit de 1681, les médicaments étaient fournis aux malades de THôpital-Général par les apothicaires de la ville, et le plus souvent par les chirurgiens mêmes, que nous avons vus entreprendre comme à forfait la guérison des vénériens du Bureau. Pas plus que les chirurgiens, les apothicaires, dont le nouvel ordre de choses lésait les intérêts privés et corporatifs, ne se hâtèrent de se conformer à cet édit et de désigner à l'Administration un compagnon gagnant maîtrise pour servir six années gratuitement.

Les gardes du métier d'apothicaire, mandés au Bureau du 23 juin 1682, pour déclarer si un candidat qui s'était présenté avait les qualités requises, demandèrent du temps afin de pouvoir en conférer avec leurs confrères.

BÉNARD. — Le 3 juillet, l'Administration passe outre, en observant que des remontrances ont éié faites plusieurs et diverses fois à la corporation, et cela sans résultat. D'un autre côté, le Bureau avait trouvé Isidore Bénard, natif d'Hennebont en Bretagne, faisant sa demeure chez Houppeville, apothicaire à Rouen, où il exerçait et pratiquait la pharmacie depuis dix ans, et qui acceptait de venir faire sa demeure dans l'Hô-

pilai. On nomma de suite Bénard à la place de gagnant maîtrise. Les gardes apothicaires, sommés de donner leur avis, apportèrent un écrit où il était consigné, entre autres choses, qu'ils s'inclinaient pour obéir à Tédit. Cela était signé des sept anciens de la corporation. Ils ajoutaient que les Commissaires administrateurs pouvaient proposer tel qu'il leur plairait pour jouir du bénéfice porté par l'écfit.

Comme pour les chirurgiens, il arriva que la place fut plus tard disputée par plusieurs candidats.

Delaforge. — Deux ans plus tard, Bénard, sans attendre le bénéfice de son service à l'Hôpital-Général, demanda à passer sa maîtrise. Un garçon apothicaire, Vital Borderie, natif de Pézénas en Languedoc, demanda à lui succéder. Les Administrateurs, qui étaient alors Bigot, Godescar, Marye, de Beaudoin, Bence et Turgis, le renvoyèrent pour subir l'examen devant les maîtres et gardes de la corporation, sous la présidence de Néel et Houppeville, médecins royaux (29 août 1684). •

Mais les choses traînent en longueur, les maîtres apothicaires de Rouen opposent la force d'inertie aux demandes répétées de l'Administration, et, comme en 1685 ils n'ont encore présenté personne, celle-ci nomme d'office Delaforge, apothicaire h Saint- Valery-en-Caux et venant d'Evreux (6 février 1685).

Les deux premiers apothicaires durent acheter directement les drogues dont ils avaient besoin, car, le 31 juillet 1691, sur la présentation d'une note à payer

de 487 1. 8 s. pour drogues achetées pour l'Hôpital, TAdministration s émeut. Elle décide que Lemesnager, alors quartenier, fera un inventaire de Tapothicairerie, afin de se rendre compte de remploi des drogues, et qu'à lavenir il n'en sera fait aucun achat sans Tordre exprès de TAdministrateur spécial.

Havard. — Le 15 mars 1693, Delaforge a fini son temps, et on déclare sa place vacante, après lui avoir délivré un certificat nécessaire pour sa maîtrise gratuite.

Plusieurs candidats se font inscrire : Besnard, Anthoine et Havard d'abord, puis Hamelin, garçon à Domfront, et Jean Plassac. Havard fut nommé, sans que les registres mentionnent à la suite de quelles épreuves.

A cette époque, Tapothicairc avait un jardin sur le rempart. Il fut supprimé en 1694 pour servir à l'agrandissement du cimetière de l'Hôpital. La même année, les gages de l'apothicaire, comme ceux du chirurgien et des autres officiers gagnant maîtrise, furent supprimés pour être rétablis Tannée suivante, avec remboursement des gages passés.

Thomas. — A l'expiration des six ans d'Havard (16 juin 1699), trois candidats se présentent : Garin, Vasse et Thomas. Suivant les règles, ils passent un concours devant les sieurs médecins ordinaires et les gardes apothicaires. Le 23 juin, sur certificat de Houppeville et Néel, Roland Thomas obtient la place pour six ans.

Jamet. — Les concours se font maintenant avec régularité; en 1705, Philippe -Romain Jamet est nommé, contre Tautre candidat, François Mallet. C'est lui qui est atteint par la mercuriale que nous avons citée à propos du service du chirurgien Jourdain. On lui rappelle aussi, en 1707, que Tapothicaire est tenu de suivre la visite avec le chirurgien ; qu'il ne doit acheter les remèdes que par Tentremise du commissaire ; qu'il doit en tenir registre aussi bien de leur entrée à Tapothicairerie que de leur sortie ; enfin, qu'il ne doit distribuer aucun remède en dehors de l'Hôpital sans ordre exprès du Bureau. En 1711, on l'autorise à distribuer des remèdes aux officiers externes de l'Hôpital, selon que la nécessité le requèrera.

Au même mois de mars, Jamel demande que, vu ses six ans de services et la saison favorable, en travaillant à la distillation des eaux et sels nécessaires à la pharmacie pour les besoins de l'Hôpital, il en puisse aussi distiller pour son utilité et le besoin de la boutique qu'il montera et ouvrira après ses six années de service, qui doivent expirer vers le mois d'août prochain, auquel temps il ne serait pas saison d'y travailler. A considérer que la même grâce a été accordée à son prédécesseur. Cela lui est accordé, à condition qu'il laisse la pharmacie de l'Hôpital suffisamment fournie des eaux et sels nécessaires.

Blin. — Jean-François Blin et Jacques-Michel de Laizement, garçons apothicaires, présentent leur re-

quête pour la place du gagnant maîtrise et sont renvoyés devant le jury habituel après Quasimodo.

Le 5 juin I71I, un certificat de Lenoble et de Néel, médecins du Roi, de Boos, Quillebeuf et Dubusc, gardes et maîtres apothicaires, atteste que après examen de Blin, originaire de Lons-Ie-Sauhiier, en Franche-Comté, diocèse de Besançon, a été reconnu capable de remplir l'emploi de gagnant maîtrise à THôpital-Général.

Blin, nommé, prête serment et sera nourri au réfectoire des officiers. Il sortira le dimanche et deux jours par semaine, soit le matin, soit le soir, pourvu que son service n'en souffre pas. Il rentrera pour les heures de repas et ne découchera pas. Mais Blin a des velléités d'indépendance. Il sort plusieurs jours de suite et découche une nuit. Puis il se réunit le soir dans une chambre avec le teilleur, le fouleur, le cordonnier, le brasseur, le boulanger. Les Administrateurs les rappellent au règlement ; mais il y a récidive. Blin, avec les autres officiers, se réunissent avec Crispin, cordonnier, dans la chambre de Marin Collé, loilier. Blin et Collé sont congédiés dès le lendemain (25 novembre 1712). Blin apportait de Teau-de-vie, du sucre et du thé de la pharmacie ; aussi le congédie-t-on définitivement, alors que Collé rentre en grâce. ^

Intermède. — Le service de la pharmacie est assuré par Thiphaigne de la Roche, employé à l'officine, qui reçoit 100 sous de gratification par an.

Religietcse apothicaire. — Les choses allèrent ainsi

jusqu'en 1715, où, dans la séance du 22 mars, TAdministration décide qu'il serait nécessaire que la pharniacie soit gouvernée par une fille s'y connaissant, qui y ferait de Téconomie et de la propreté. Les apothicaires de la ville seraient avertis d'y venir voir préparer les remèdes et donner leurs instructions. La Supérieure est chargée de chercher cette personne; mais il est spécifié, toutefois, que cela ne portera aucun préjudice au privilège de l'Hôpital de mettre dans ce poste un apothicaire quand on le jugera à propos.

BocQUET. — Ce fut une religieuse choisie par M"® de la Coudraye qui tint la place pendant vingt-quatre ans. Le 5 juin 1739, en effet, le garçon apothicaire Jean Bocquet se présenta, sur le conseil qu'on lui avait donné de demander la place vacante. Il avait été cinq ans à Rouen, chez Délaissement, puis à Paris, et il était actuellement, depuis six mois chez la veuve Quillebeuf. Un certificat signé des sieurs Delesnault et Larchevêque, médecins, Hédou, Jamet et Mossous, gardes apothicaires, constatait qu'ils avaient fait subir au dit Jean Bocquet les examens et chef-d'œuvre de la pharmacie galénique et chimique, qu'il avait satisfait à ces épreuves, si bien qu'ils l'avaient d'une voix unanime jugé capable de travailler pour le service des pauvres dans l'Hôpital. Bocquet, admis aussitôt, prêta serment.

Jamet père. — 11 exerça peu de temps, car l'année suivante, le P'' avril 1740, Philippe- Romain Jamet représente au Bureau qu'en raison de l'accident arrivé

à Bocquel, la place reste vacante, personne ne se présentant pour la remplir. Il rappelle qu'il a toujours fidèlement servi les pauvres pendant le temps qu'il a gagné maîtrise dans THôpital. 11 se déclare prêt à reprendre les mêmes fonctions gratis. L'Administration Tadmet jusqu'à ce qu'il se présente un candidat convenable gagnant maîtrise.

Jamet fils. — Trois ans plus tard il présente son fils comme candidat et demande qu'il soit envoyé devant le jury du concours. Celui-ci ayant subi les épreuves avec succès, est nommé gagnant maîtrise le 23 août 1743. Vingt ans plus tard (1763), on enferme conjme fou un Robert Jamet fils, sans qu'il nous ait été possible de savoir s'il s'agit d'un membre de la même famille.

Jalama. — Jalama, de Montgiscard, diocèse de Toulouse, fut reçu gagnant maîtrise le 14 juin 1754, sur certificat de Boisduval et Pinard, médecins, Besserue, Hédou et Ledanois l'aîné, gardes apothicaires. A l'expiration de ses six années, il fut prorogé tant que l'Administration le jugerait à propos. On lui donna cependant un certificat pour passer maître. Nous avons trouvé dans les archives des pharmaciens le parchemin suivant :

« — L'an de grâce mil sept cent soixante et un, le » vingt-trois avril, devant nous Jean-Pierre Borel, » Conseiller du Roy, lieutenant particulier civil et de » police au Bailliage, Ville et Vicomte de Rouen, s'est * présenté Pierre Jalama, garçon apothicaire, lequel

nous a remontré quMl a servi depuis six années dans THopilal-Général des pauvres valides de cette ville, où il a exercé les fonctions d'apothicaire et art de pharmacie et médicamenté les pauvres malades, officiers et domestiques y enfermés, dont il 8*est bien acquitté au soulagement et satisfaction des dits pauvres, ayant été reçu au dit Hôpital le 14 juin 1754, après avoir subi les interrogatoires des gardes en charge de Fart d'apothicaire, le tout suivant le certificat de MM. les Gouverneurs et Administrateurs, du seize may mil sept cent soixante ; nous requérant de recevoir son serment de maître apothicîiire en cette ville, en présence des sieurs François Bout, Pierre Absolut, Jean-Baptiste Besserve, Etienne Delaunay-Desbarrets, Jean-Baptiste Ledanois et Toussaint Bonnet, maîtres et gardes année présente du dit art d'apothicaire épicier cirier en cette ville, lesquels, en considération des six années de service que le dit Jalama a rendus aux pauvres, ont consenty sa réception, en exécution de la déclaration du Roy du mois de may 1681. Néantmoins, sauf et sans préjudice des droits de la communauté pour Tavenir. A ces causes, vu la déclaration cv dessus datée, le certificat des dits sieurs Administrateurs, nous avons, du consentement du Procureur du Rny du siège, le dit Pierre Jalama juré et reçu maître apothicaire épicier cirier en cette ville de Rouen, pour lui en jouir et Texercer de ce jour et à favenir, ainsi qne les autres maîtres du dit art, et conformément à la déclaration du Roy

» faite comme dessus. » (Ont signé les maîtres nommés, ajoutant à leur nom la mention : gratis.)

Voici, d'autre part, un mémoire que présentèrent au Bureau de l'Administrai ion de THôpital-Général les maîtres et gardes de la Communauté des apothicaires de la ville de Rouen, en mai I76I, et qui contient des renseignements intéressants à plus d'un titre :

€ Les maîtres et gardes apothicaires auxquels l'Administration a renvoyé le sieur Vallemonl de Bomare, à l'effet de lui faire subir les examens nécessaires pour décider s'il est capable de remplir la place de gagnant maîtrise de l'Hôpital -Général et d'y conduire et exercer la pharmacie, ont l'honneur de représenter à MM. les Directeurs et Administrateurs qu'auparavant de procéder aux examens du sieur Bomare, ils ont cru devoir faire quelques observations tendantes à l'exécution de l'édit d'établissement du dit Hôpital.

» La liberté que l'Administration a accordée au gagnant maîtrise de demeurer hors l'Hôpital est un abus contraire aux dispositions de l'édit et à l'intérêt du corps des apothicaires.

» Le sieur Jamet fils a été le premier qui ait donné lieu à cet abus contre lequel les apothicaires réclan. ent; ils y firent d'autant moins d'attention que le dit sieur demeurait chez son père, qui avait lui-même occupé la place du privilège dont il continua le service pendant près de trente années.

» Mais le sieur Jalama, dernier gagnant maîtrise, auquel l'Administration avait donné la liberté de

demeurer ailleurs que dans rHôpital, a loué une maison et s'est ingéré à composer, vendre et débiter tout ce qui dépend du commerce des apothicaires, quoiqu'il ne dût exercer sa profession dans la ville qu après les six années de service expirées. 11 traila ensuite des fonds de la dame Quillebeuf, sous le nom de laquelle il a eu boutique ouverte environ deux ans avant l'époque de sa maîtrise.

» Les apothicaires ont été plusieurs fois sur le point de porter leurs plaintes à l'Administration, dont ils connaissent l'esprit de justice et d'équité, et Ton ne peut révoquiT en doute que de pareilles contraventions ne soient irès préjudiciables à l'état des apothicaires; elles sont aussi contraires aux dispositions de l'édit; leurs plaintes sont donc à tous égards fondées.

» L'obligation où est l'apothicaire gagnant maîtrise de demeurer dans l'Hôpital est très sensible dans l'article 21 de l'édit de 1681; c'est l'usage qui s'est pratiqué de tout ten^ps; sa loi est la même que celle du chirurgien. Dans tous les hôpitaux du royaume, l'apothicaire gagnant maîtrise y demeure pendant six ans, comme le chirurgien, et à Rouen môme, les sieurs Havard, Thomas et Jamet père ont demeuré six ans dans l'Hôpital-Général.

» Si c'était l'esprit de ménagement du revenu des pauvres qui eût porté MM. les Administrateurs à dispenser les deux derniers gagnant maîtrise de demeurer dans la maison, les maîtres apothicaires auraient dans ce cas l'honneur de proposer à l'Administration de faire eux mômes personnellement, chacun à leur tour

et par mois, le service de l'Hôpital-Général, en ce qui concerne leur art. L'avantage que les pauvres en retireraient est sensible, en dehors de la capacité plus grande chez un maître que dans la personne d'un jeune apprentif ; le service serait fait gratuitement et sans qu'il en coûte rien au Bureau, au lieu que le gagnant maîtrise en pharmacie doit, comme celui de la chirurgie, demeurer dans l'Hôpital, y êlre logé, nourri, chauffé avec les autres officiers.

» Lors de l'enregistrement de l'édit, la Cour y apporta des modifications, et notamment n l'article 21, en ordonnant qu'il ne serait point dérogé à l'usage qu'ont les médecins et chirurgiens de la ville et faubourgs de venir servir chacun à leur tour et par mois au dit Hôpital-Général. On pourrait adopter d'autant mieux cette modification, que l'obligation des apothicaires est la même que celle des chirurgiens, et que l'article 21 les confond et les assimile les uns avec les autres.

» C'est en cet état que le corps des apothicaires s'adresse à MM. les Directeurs et Administrateurs pour être autorisés, conformémeni à l'édit de 1681, à faire le service chacun à leur tour et par mois à THôpital-Général, pour tout ce qui concerne la pharmacie. Cependant, dans le cas où, contre tout attente, l'Administration se porterait à rejeter la proposition des apothicaires et voudrait s'éjouir de son privilège, auquel les apothicaires sont loin de vouloir donner atteinte, alors il lui plaira ordonner qu'à l'avenir le gagnant maîtrise de la pharmacie sera tenu de résider

dans i*HôpitaI, sans pouvoir avoir aucun domicile dans la ville, ni y exercer sa profession qu'après les six années expirées. >

Robert Vallemont de Bomare, candidat en 1764, fut admis à concourir et déclaré apte à remplir la place de gagnant maîtrise à i*Hôpital-Géuéral ; mais TAdministratibn demanda que le concours fût repris à cause d'un vice de forme, et il ne paraît pas que Vallemont de Bomare ait eu à prêter serment. On connaît la brillante carrière qu'il fournit à Paris.

Langlois. — Il n y eut plus de gagnant maîtrise jusqu'en 1775, année où Marc-Cliarles-Nicolas Langlois présenta ses certificats constatant qu'il avait été en apprentissage tant à Rouen qu'à Paris. II avait appris que la place d'apothicaire de l' Hôpital-Général était vacante depuis plusieurs années et demandait à passer l'examen. Delaroche et Daurignac, médecins, Baillère, Lecarpentier et Lecarbonnier, gardes apothicaires, après l'avoir examiné sur la pharmacie galénique et chimique, le déclarent apte à être reçu. 11 est nompaé à l'Hôpital et prête serment le 26 juillet 1775, et Iç 21 août 1781 on lui délivre un certificat pour passer gratuitement maître de son art.

Rémy Taillefesse. — Nicolas-Rémy Taillefesse, natif de Sommery , garçon depuis dix ans chez Baillère et Délaissement, se porta candidat à la place vacante depuis plusieurs mois. 11 est admis et prête serment le 17 avril 1782, sur certificat de Lepecq et Daurignac^ médecins, Descroizilles , Lechandelier ot

Lecarbonnier, maîtres et gardes apothicaires, qui Tont interrogé sur la pharmacie galénique et chimique. Son certificat pour la maîtrise est daté du 23 avril 1788.

lvis au public

lOMPAGNON APOTHICAIRE

AGNANT MaîtriCe à V Hôpital Général des

Pauvres Valides de Rouen ,

Page 1