‹ Histoire de l'Hospice-Général de Rouen, 1602-1840Chapitre 9 sur 21 · STUDIO, CONSILIIS, DONIS · texte numérisé non relu

STUDIO, CONSILIIS, DONIS

PRO GENII BENEFICENTIA FOVIT ET NUTRIVIT

ANNO SALUTIS MDCCLXXXV

ARCHITECTO BERNADO VAUQUELIN ROTHOMAGUS

L'édifice ne fut consacré qu'en 1790 par l'abbé

Papillaut, chanoine, administrateur, délégué par TArchôvêque retenu à Paris par les travaux de l'Assemblée nationale. On y plaça les trois cloches qui provenaient du couvent des Célestins et qui avaient été achetées par M. Quesnel, quartenier, pour 1,050 livres, en 1784, à M. Le Ber, supérieur du séminaire de Saint-Nicaise. On plaça, en même temps, une plaque commémorant les donations de M. de Germont pour les enfants trouvés, et rappelant que le 24 février, date de sa mort, un service devait être dit à perpétuité, auquel tous les pauvres devaient assister. Une autre plaque, posée en même temps, rappelait les services que le chirurgien Leschevin avait rendus pendant trente-deux ans à la maison.

En 1791, les Administrateurs demandent au Conseil général les confessionnaux et les autels de marbre de Téglise des Jacobins et les chandeliers des Chartreux, que la pénurie de leurs finances les empêchait d'acquérir. En 1790, les prieurs et juges consuls avaient fait don d'un tableau du Christ et de cinq lustres en cristal, ainsi que M"* de Saint-Germain, la supérieure, le fit connaître par un rapport au Bureau.

L'ancienne église réparée fut mise à usage de filature, ce qui permit d'agrandir le dortoir des enfants abandonnés, enfants si nombreux alors que les lits manquaient et qu'on était obligé, dit le rapport de M. Prevel, quartenier, d'en mettre deux dans le même, malgré le règlement.

La première pompe à incendie fut achetée 600 livres en 1765.

Nous avons déjà exposé en g4ande partie les sources des recettes qui permettaient à TAdministration de faire face à d'aussi lourdes charges. Ces recettes n'augmentaient pas dans la même proportion que les charges. Les dons volontaires sans restrictions, les dons destinés à assurer la présence des pauvres aux obsèques, ceux qui servaient à la fondation des messes perpétuelles, etc. , se rencontrent jusqu'à la Révolution, mais ils deviennent plus rares quand la misère publique s'accroît ou quand Tinsécurité des temps augmente dans les dernières années du siècle.

Les quêtes donnent des résultats de moins en moins stables. Le produit de ces quêtes à la procession de Saint-Thomas et de Saiiit-Barnabé devint même si précaire, que les distributeurs des pauvres nommés parmi les bourgeois notables, et qui tendaient lescarcelle le long du parcours, ne rapportaient plus rien; aussi, le 8 juin 1790, MM. Hellot et Lefebvre, quarteniers, proposaient-ils au Corps municipal de la commune de Rouen de supprimer ces processions, ce qui fut décidé après délibération.

Au cours du siècle, on voit les ressources venir de plus en plus des octrois sur les boissons ou les viandes dont le droit de perception était renouvelé périodiquement aux hôpitaux, et pour laquelle ils étaient obligés d'entretenir tout un personnel aux diverses portes de la ville. L'obtention de ce renouvellement de droit était la grosse préoccupation de la Commission. Le Roi y joignait de temps à autre, sous la supplication de « ses chers et bien amez » Adflai-

nistrateurs, quelque nouvel avantage. C'est ainsi qu'en 1771, il leur donne pour quatre ans 80,000 livres annuelles sur les droits réservés des octrois; mais cela ne suffit pas à combler le déficit que creusait de plus en plus la lourde charge des rentes viagères ajoutée à celle des dépenses de chaque jour. Il y avait bien aussi ce qu'on appelait le don gratuit, et qui était assimilable aux droits réservés; mais en 1766, par exemple, il ne produit que 277 livres ! Pour augmenter les ressources on eut de plus en plus recours aux loteries. Ce fut, d'abord, la « loterie des enfants trouvés deSaint-Sulpice », qui produisit, du T'mai 1751 au 31 mars 1759, un bénéfice de 60,831 livres; en juillet, août et septembre 1767, elle donna 1,717 livres.

Puis avec la loterie des enfants trouvés de Saint- Sulpice, le Bureau s'occupa de la loterie générale de communauté et de piété, dont les distributeurs à Rouen étaient Patin et Monmanière, qui devaient payer au fur et à mesure des billets pris à THôpital (août 1775).

Le 10 juillet 1776 on apprit que toutes les loteries étaient supprimées pour être réunies en une seule.

M. Lecoulteux, échevin, ^lla à Paris pour voir les directeurs de la loterie royale. 11 prit pour l'Hôpital une des six places de distributeurs qui avaient été allouées à la ville de Rouen, et versa la caution de 10,000 livres exigée i\ ce sujet. Le Roi faisait la rente à 5 0/0 de cette caution. Guesnet, marchand à Rouen, rue des Carmes, fut nomnié receveur pour l'Hôpital. L'Hôpital gagnait un sol par billet et 10 livres par

mille billets. Les appointements du Receveur étaient les deux cinquièmes du produit net, plus 200 livres pour frais de bureau. Pendant les six premiers mois, les trois cinquièmes revenant à THôpital produisirent 1,8841. 13 s.

En 1777, THôpital demanda un second bureau de loterie, et paya de nouveau 10,000 livres de caution. Lhuillier en fut chargé, et Duquesnay nommé adjoint à Guesnet. Celui-ci, en trois mois, versait 2,005 livres 18 s. 2 d. nets, tout payé. En 1781, le cautionnement fut élevé à 30,000 livres, et THôpital dut déposer 40,000 livres pour parfaire les 60,000 exigées pour ses deux bureaux.

En 1782, Lhuillier et Guesnet furent révoqués à la demande de l'Administration de la loterie, à cause de leur mauvaise gestion, et Besançon et Lecœur nommés à leur place, en fournissant chacun un cautionnement de 1,500 livres. Ils avaient la moitié des bénéfices et 200 livres de frais de bureau. En 1786, Besançon donna sa démission et fut remplacé par Aubry. L'année suivante, l'Administration de Paris, afin de faire cesser les bureaux clandestins , nomma Lemoine directeur et Manoury inspecteur à Rouen. En six mois (1788), le produit fut de 1,278 livres.

Coton. — Afin d'augmenter les ressources de l'Hôpital, on décida le 17 septembre 1705 de faire filer du coton aux filles qui gagnaient trop peu à tricoter des laines. Deux ans plus tard, le filage du coton et de la laine, aussi bien dans la maison qu'en ville, rapporta

951 1. 5 s. 6 d., sauf le prix du colon. En 1710, les pauvres de la ville qui étaient à Taumône avaient produit douze balles ào coton filé. En 1750, le bénéfice de ce chef pour Tannée fut de 24,103 livres, et de 12,098 livres 6 s. en 1759. D après le rapport de Lebouvier, du 9 juillet 1777, le bénéfice net pour trois années était de 75,924 1. 1 s.

Au nombre des héritages de THôpital-Général, il convient de citer celui qui lui échut de la confrérie de Saint' Romain y le 14 août 1777. Par ordonnance du Parlenaent et des Echevins, les biens de cette confrérie furent partagés entre la Cathédrale et THôpilal qui reçut deux maisons, 4,341 1. 7 s. 9 d. en argent et divers objets. Les héritages étaient, nous lavons dit, fréquents, ainsi que les dons en argent. La liste des bienfaiteurs de la maison remplit tout un livre d'honneur conservé aux archives.

Les représentations théâtrales au bénéfice des hôpitaux apparaissent dans les registres des délibérations, pour la première fois, le 13 février 1777. Ce jour-là, les Echevins avertissent qu'en vertu du traité passé avec les entrepreneurs de spectacles, il y aura une représentation en faveur des deux hôpitaux, et que le programme comprend : Iphigénie en Aulide, suivi de Isabelle et Gertrude. Une seconde représentation eut lieu en mars, et les deux produisirent 1,690 livres 6 s. 6 d. pour chaque hôpital.

En 1784, on joua : L'homme à projets, suivi d'Arianne, puis La fausse suivante et L'amant jaloux.

En 1789, la pari de l'Hci|fiiai-Géiii.-ral fui de 1.102 1. 18 s. 1» d.

En 1790, on joiiaii : Le jaloux, puis Les Irois fer- 7niers.

Enfin, signalons parmi les recettes les 600 livres annuelles qui étaienl payées par la Ville à l'Hôpital, à partir de 1782, pour que les vieillards hospitalisés lialaienl les quais et le porl.

Plan V.— Vue prise de la cdte Sainle-CatLerine et destituée à l'ouvrage de Létal «m* le climat de Rouen, dessini^e et gravée en 176H par Bacheley.

Le nombre des personnes enfermées dans la maison était toujours fort élevé, dépassant 2,000, sans compter les indigents du dehors venant à la paie du Bureau et les enfants assistés. Aussi l'équililjie du budget était-il la grosse préoccupation des Administrateurs. Les Trésoriers mettaient souvent plusieurs années avant de rendre leurs comples, et c'était chaque foig

un désarroi quand ils arrivaient avec leurs chiffres montrant que le gouffre du déficit allait toujours se creusant. On équilibrait bien de temps à autre les dépenses par les recettes de Tannée counmie ; mais les reliquats, les rentes viagères s'accumulaient, et à mesure que Ton approche de la Révolution la détresse du Bureau apparaît de plus en plus aiguë.

Au budget présenté le 10 avril 1759, les dépenses, qui ont été de 391,506 livres, sont couvertes par les recettes, qui donnent 379 livres d'excédent! L'année suivante, on ne dépense que 353,738 livres, et il y a Jv326 1. 10 s. 6 d. d'excédant de recettes. Mais il ne s'agil là que des dépenses d'entretien. En effet, le 2 décembre 1760, le Bureau tient une assemblée extraordinà«irê au palais archiépiscopal sous la présidence de rarchëvêque de La Rochefoucauld, assisté de Hue de y Mîromèsnil, premier président ; Le Planquois, de Saint- Martin, Chauffert, de Fleurigny, maîtres des comptes; Le.Fébvré, administrateur perpétuel; Cécile, ochevin ; Malâlastre, Lalleniand, de la Barre, Huré, quarteniers; Le Boursier, Delamotte et Cornier, trésoriers.

L'Archevêque propose qu'on demande ou Roi , pour tirer l'Hôpital - Général de sa fâcheuse position budgétaire, le doublement du pied -fourché sur les bestiaux et viandes qui entrent dans la ville et qui est de 9 livres par bœuf, 4. 1. 10 s. par vache , 30 s. par porc, 20 s. par veau, 10 s. par mouton, 6 s. par jambon et 4 den. par livre de viande, et cela outre et par dessus le droit que ledit Hôpital perçoit actuellement depuis quatrevingt-quatre ans, et qui est de 6 1. 15 s. par bœuf.

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N \ — \uL prise lie la cute SamlP-Callierine et destinée à l'ouvrage de Lecat iur ie (.[imat de Rouen, dessinée et gravée en 1768 par Bacheley.

Le nombre des personnes enfermées dans la maison était toujours fort élevé, dépassant 2,000, sans compter les indigents du dehors venant à la paie du Bureau et les enfants assistés. Aussi l'équilibre du budget était-il la grosse préoccupation des Administrateurs. Les Trésoriers mettaient souvent plusieurs années avant de rendre leurs comptes , et c'était chaque foi^

un désarroi quand ils arrivaient avec leurs chiffres montrant que le gouffre du déficit allait toujours se creusant. On équilibrait bien de temps à autre les dépenses par les recettes de Tannée courante ; mais les reliquats, les rentes viagères s'accumulaient, et à mesure que Ion approche de la Révolution la détresse du Bureau apparaît de plus en plus aiguë.

Au budget présenté le 10 avril 1759, les dépenses, qui ont été de 391,506 livres, sont couvertes par les recettes, qui donnent 379 livres d'excédent! L'année suivante, on ne dépense que 353,738 livres, et il y a- 1,326 1. 10 s. 6 d. d'excédant de recettes. Mais il ne s'agil là que des dépenses d'entretien. En effet, le 2 déccrnbre 1760, le Bureau tient une assemblée extraordinaire au palais archicpiscopcil sous la présidence de Farchevéque de La Rochefoucauld, assisté de Hue de Miromèsnil, premier président; Le Planquois, de Saint- Martin, Chauffert, de Fleurigny, maîtres des comptes; Le Fébvre, administrateur perpétuel; Cécile, ochevin ; Malfllastre, Lalleniand, de la Barre, Huré, quarteniers; Le Boursier, Delamotte et Cornier, trésoriers.

L'Archevêque propose qu'on demande ou Roi , pour tirer l'Hôpital - Général de sa fâcheuse position budgétaire, le doublement du pied -fourché sur les bestiaux et viandes qui entrent dans la ville et qui est dé 9 livres par bœuf, 4. 1. 10 s. par vache, 30 s. par porc, 20 s. par veau, 10 s. par mouton, 6 s. par jambon et 4 den. par livre de viande, et cela outre et par dessus le droit que ledit Hôpital perçoit actuellement depuis quatrevingt-quatre ans, et qui est de 6 1. 15 s. par bœuf.

3 1. 7 s. 6 d. par vache, 22 s. 6 d. par porc, 15 s. par par veau, 7 s. 6 d. par mouton, 4 s. 6 d. par jambon et 3 d. par livre de viande.

Il demande encore qu'on tire sous les yeux de l'Administration les pièces concernant le chauffage usager; qu'il soit rendu compte du droit de hanse par le greffier de la ville , comme des droits pour les ouvertures de boutiques et les adjudications. Il demande aussi qu'il soit payé une somme par ceux qui seront revêtus d'une charge de distributeur du bien des pauvres, et un arrangement pour les legs testamentaires à l'égard des paris faites chez les douze notaires de la ville. Enfin, qu'il sera tenu un Bureau conjointement avec l'Hôlel-Dieu pour régler l'indemnité que l'Hôpital a droit de demander à l'égard des enfants trouvés dont il est entièrement chargé depuis que l'Hôtel -Dieu est établi au Lieu -de -Santé, et pour tous les malades qui ont besoin de bains et qu'on y envoie.

Les distributeurs des pauvres furent astreints à verser 12 livres en entrant en charge. Ils étaient nommés à l'élection, à l'Hôtel-de-Ville, parmi une liste des bourgeois notables. Les premiers qui durent ainsi payer furent Guérin, bourgeois de Rouen, demeurant rue des Bons-Enfants, paroisse Sainte-Marie-la-Petite, et Le Febvre, fabric«int de bas à Saint-Hilaire.

Le 20 janvier 1763, les dettes sont de 175,960 livres 16 s. 11 d., et les nouveaux octrois n'ont produit que 15,000 livres apportées par Messieurs de la Ville.

En 1766 apparaît le premier compte imprimé des forces et charges de l'Hôpital que nous ayons pu trou-

ver. L^aonée suivante , les recettes de Tannée sont de 483,565 1. 7 s. 3 d.; les dépenses, de 477,701 livres 11 s. 10 d., laissant un excédent de 5,863 1. 7 s. 3 d., qui ne comble pas le déficit antérieur.

Afin d obvier à cette situation, le Parlement demande que la réunion du Bureau ait lieu le mercredi au lieu du vendredi , qui est aussi le jour de la réunion de la Commission de THôtel-Dieu, si biBn que ses membres ne peuvent assister aux deux à la fois. Les notables , réunis le 18 juin 1769, décident d'appeler Taltention du Roi sur la détresse des deux hôpitaux en demandant la continualion de toutes les recettes. La même assemblée demande Tannée suivante la totalité des octrois du don gratuit. En 1774 on envoie une délégation à Paris pour obtenir la continuation des 80,000 livres annuelles données à propos de la construction de Téglise et qui sont accordées pour Tannée suivante.

En 1771, la dépense avait été de 498,182 I. 14 s. 4 d., excédant la recette de 152 I. 4 s. 1 d.

Les dettes accrues par les dépenses de construction de Téglise déterminent en 1778 TAssemblée des notables à nommer une Commission pour chercher les moyens d'augmenter les subsides. Un édit du Roi de 1780 autorise la vente des immeubles de THôpital , ce qui devra permettre de se débarrasser de vieilles bâtisses toujours en réparation.

La situation embarrassée de THôpital de Rouen ne parait pas avoir été isolée, car à cette même époque THôpital de Poitiers écrit à M. Dansay de la Villette, demandant des conseils pour se tirer d'une situation

analogue, et Defontenay, quartenier, est chargé de répondre comment on procède à Rouen.

Cepéridànt on construit une nouvelle salle d'audience, la salle actuelle, dont les lambris sont dessinés par Vauquelin , architecte, dans le bâtiment neuf du côté des hommes, et ces lambris sont exécutés par Hubard, menuisier ( 1781 ). On y place un ciirist avec un cadre doré donné par Ribard, échevin et ancien àdhjinistrateur. 1/archevêque de La Rochefoucauld donne son portrait , qui est placé au-dessus de la cheminée piir M. Moulin, quartenier.

Le bois de chauffage devient difficile à se procurer. Paris s oppose à ce qu on s'approvisionne dans la forêt de Pont-de-r Arche, qu'il se réserve. (Bureau de 1783: Taillet de Bérengeville, maître des comptes ; de Bonne, échevin; Chapais, Méry fils, Lecoulleux, Demulter, Quesnel jeune, quarleniers.)

En 1787, Louis XVI passe par Rouen en revenant de Cherbourg et envoie 10,000 livres aux pauvres du Bureau, dont les Administrateurs sont alors : Camus de Pontcarré, premier président; de Combon et Gressent, conseillers au Parlement; Jourdain, du Verger, Le Petit, de Belaunay, maîtres des comptes; labbé Gaillard, chanoine; Hurard, échevin; de Bonne fils, Prevel, Asselin, Duval d'Imberville, quarteniers ; Gosselin, Beaudoin, Dupont et Jorre, trésoriers.

Les quatre quarteniers furent députés près de TAssemblée provinciale de la Généralité de Rouen qui était chargée d'asseoir l'impôt, afin de lui demander

son appili et son crédit , ce qui leur fut promis par rArchevêque, président.

Cependant les temps deviennent durs. Eu juillet 1789 on décide d'aller trouver le premier Président pour lui communiquer que l'Hôpital n'arrive pas à s'approvisionner en blé et demander que le Gouvernement en accorde 25 muids au plus juste prix.

On sait qu'à celte époque l'autorité du Parlement de Normandie, affaiblie peu à peu, achevait de sombrer, et que sur ses ruines on voyait grandir de jour en jour celle de la Municipalité. Aussi les requêtes s'adressent-elles maintenant au Maire et aux autorités nouvelles du district et du déparlement qui s'organisent. Le retentissement de l'état social de la province est assez, intéressant à suivre dans les registres des délibérations de l'Hôpital-Général. Peu à peu, les membres du Parlement disparaissent des séances; celles-ci arrivent à n'être plus suivies que par les quarteniers toujours fidèles et quelques échevins.- En 1791 même, un ou deux quarteniers, Hellot fils, Prevel fils, signent seuls les registres. L'Administration du Bureau marcha tout de môme, mais très péniblement , jusqu'à la réorganisation qui se fit en plusieurs étapes et que nous essaierons d'esquisser.

En 1790, le Maire et les Echevins avisent l'Administration que les hôpitaux seront exempts des droits d'octroi, que tout le monde doit acquitter, jusqu'à ce que l'Assemblée nationale ait pourvu aux revenus de ces maisons de charité. L'année précédente, la disette de grains, due à la rigueur de l'hiver et à une mau-

vaise récolte, avait été cause de désordres dans la ville. Sous la conduite de Bordier et de Jourdain , le peuple avait pillé un peu partout et les préposésr au pied-fourché avaient eu leurs caisses enlevées et incendiées ; aussi avait-on été obligé de leur faire remise de leurs comptes pour le mois de juillet.

D'un autre côté, M. Gasnier, chargé de toucher à Paris pour THôpital, écrit en avril 1790 qu'il ne peut arriver à tenir les 80,000 livres accordées chaque année, et on envoie Lecoulteux de Cantcleu vers le Ministre pour lui remontrer qu'on en a besoin le plus vite possible. Quelques jours après on reçoit une lettre du duc de Liancourt, chargé par l'Assemblée nationale de faire une enquête sur la situation des hôpitaux de France. Il demande quels sont les ressources, charges, régime, personnel, etc., avec les observations que l'on a h présenter. On décide d'envoyer simplement le compte rendu de 1789. Ce compte rendu présenté par Hellot fils accuse 208,005 I. 17 s. 4 d. d'excédent des dépenses sur les recettes, et le droit de pied -fourché expire en juillet! On envoie un mémoire sur cette situation précaire à Lecoulteux de Canteleu pour qu'il en saisisse l'Assemblée nationale et qu'on avise à venir promptement au secours de cette détresse. Les Trésoriers ont fait des avances, les fournisseurs qu'on ne peut payer se plaignent. Aux séances viennent encore Le Viguier de Dampierre, conseiller au Parlement ; l'abbé Papillaut , chanoine ; Lefebvre de Saint- Sever, ancien échevin ; Hellot fils, Ribard fils, quarteniers; Lefebvre et Rocque, trésoriers.

Le 15 juin 1790, Lecoulteux de Canteleu écrit qu'il a obtenu du Conseil des finances et de l'Assemblée nationale un décret spécifiant que le droit de demidoublement du pied-fou rché continuera provisoirement jusqu'à ce que, sur l'avis du département de la Seine-Inférieure, il soit pourvu aux besoins de l'Hôpital-Général proportionnellement à ses charges. Le Conseil général de la commune autorise un emprunt de 200,000 livres pour acquitter les dettes.

Pendant tout ce temps, les dépenses marchent. Le 11 août, Hurard fils et Rocque, trésoriers, exposent qu'ils ne peuvent plus payer les nourrices. Depuis longtemps ils sont en avance chacun de 15,000 livres, et les fournisseurs se plaignent amèrement. On envoie les quarteniers près du Directoire du département et du district. Le Directoire du département propose d'aliéner une partie des immeubles de l'Hôpital. On propose de vendre les terres et les fermes, l'époque n'étant pas propice pour les maisons de ville. Hélot fils donne lecture d'une lettre au Maire exposant le budget de 1791 avec 227,800 livres de déficit par suite de vente de biens et de la diminution des ressources. Il demande que la commune vienne au secours de l'Hôpital.

Le 10 septembre 1790, on annonce une enquête du Procureur syndic du district qui réclame un exposé de l'état actuel de l'Hôpital pour la session du 15 septembre du Directoire du district. On répond qu'on envoie la lettre déjà adressée à la Municipalité avec le compte de 1789 et l'aperçu de celui de 1791, afin qu'on

se rende compte de Tétat effrayant des dettes et de^ besoins immédiats pour subvenir à 2,481 personnesactuellement dans la maison.

Les enfants abandonnés étaient de plus en plus nombreux, bien que beaucoup fussent repris au bout d'un certain temps par leur famille; mais on en apportait jusque de Louviers, qui étaient mis en nourrice suivant larrêt du 10 janvier 1779. A ceux de ces enfants qui avançaient en âge et allaient à lecole, on délivrait, en séance spéciale, des livres choisis par les quarteniers.

A la séance d'octobre 1790, M. Prevel rend compte de la réunion des Administrateurs du district, où la demande de secours a été admise très favorablement et transmise au département. Les sieurs Gaube et Grandin, députés par le district, apportent à l'Administration l'assurance qu'ils travaillent à tout organiser, et ils remettent les lettres- patentes données par le Roi et l'Assemblée nationale ordonnant que le droit de demi-doublement du pied-fourché, et autres octrois au bénéfice de THôpital, continueront provisoirement. — Beaucoup de promesses, peu d'argent.

Les besoins sont toujours pressants. On envoie les quarteniers Prevel et Hellot avec les trésoriers Hurard et Rocque en députation près de Messieurs du département pour exposer la détresse croissante et demander leur appui.

Les deux discours suivants, qui sont bien du style de l'époque, nous montrent les Administrateurs. solli-

citant les secours du département, et le Président du département les consolant de son mieux.

M. Hellot, quartenier, s'exprima en ces termes :

Messieurs, c'est au nom de l'huipanité souffr^te que J'Adminisfration de rH6pital-Gôip^ral réclame une poriJk)n des {^*écieux moments qw vous destinez à la félicité publique. Vous savez déjè combien sont pressants les )>e&oins 4e x^Ue maison : il ne faut pas m,oins que le coQcows 4e votre zèle et de vos lumière3 pour écarter les inquiétudeis qui assiègent cet asile de l'infortune. Vous êtes ajpjpielés à soutenir et proléger les établissements publics et utiles par le plus beau 4es titres, par la confiance du peuple. Vous saurez y répondre et remplir votre bienfaiaan4a mission par Taccroissement nécessaire du patrimoine desiçc^tbeureux. Vous consoliderez cette institution, Tunique re98C^U:rce de l'enfance et de la vieillesse délaissées. Telles sont nos espérances dans les moments difficiles que nous avons encore à passer. Elles ne seront pas déçues; elles sont fondées sur vos talents et vos vertus.

A quoi 'M. d'Herbouville répondit :

Messieurs, la recbercbe des moyens propres à soulager l'humanité souffrante fut toujours l'objet des méditations des hommes sensibles et des administrateurs vertueux ; mais ce but intéressant ne pouvait être rempli lorsque les subsides perçus sur les peuples étaient rendus insuffisants par les dilapidations qui avaient lieu dans chaque partie du service. Espérons, Messieurs, qu'un temps plus prospère accroîtra les revenus destinés à ce noble usage, et que le pauvre, eompté pour beaucoup sous une Constitution dont

les Droits de rhomme font la base, que le pauvre, dis-je^ trouvera partout des secours et des consolations.

Mais ce moment heureux n'est pas encore venu, et l'Administration bornée dans ses ressources est loin de vous en offrir de proportionnées à ses désirs. Ce lui sera sans doute un véhicule pour redoubler d'efforts, afin d'obtenir de r Autorité supérieure l'équivalent nécessaire aux besoins de THôpitaUGénéral. En se conduisant ainsi, l'Assemblée accomplira le plus cher de ses vœux : celui de subvenir à une classe indigente. Elle y trouvera, de plus, un plaisir bien vif : celui de faciliter la gestion des administrateurs intègres que leur bienfaisance a portés à conserver une manutention aussi pénible dans ses détails que noble dans son principe et utile dans ses effets.

A la séance suivante du Bureau arrive M. Thieullent, membre de TAssemblée générale du département, qui échange avec le président Taillet de Bérengeville de nouveaux discours aussi pompeux que vides.

— Mais pas le moindre grain de mil !

En novembre 1790, on écrit à Paris au Cardinal, à Thouret et à Lecoulteux de Canteleu, qui sont de l'Assemblée nationale , d'appuyer près des Comités ecclésiastiques et du Comité de mendicité les demandes de secours de l'Hôpital, qui ne peut plus subsister. En mônje temps on fait un appel énergique aux corps administratifs de la ville. L'Hôpital est à bout. 11 faut nommer un Trésorier pour Tan prochain ; cette nomination est présentement impossible suivant les formes anciennes. Les Administrateurs sont débordés et iront jusqu'à la fin de Tannée; mais ils demandent qu'une

loi leur donne des successeurs. On écrit à ce sujet, sous la présidence de Taillet de Bérengeville, maître des comptes, au département, au district et à la municipalité.

En décembre on est forcé de supprimer les honoraires que Ton donnait jusqu'alors à Thouret, avocat de l'Administration près la Cour des Aides et le Parlement, qui consistaient en six pains de sucre de deux livres chaque avec 12 livres 10 sous à son garçon, ainsi que ceux de Guisier, aussi avocat, qui étaient les mêmes, avec 6 livres à son garçon.

La Municipalité annonce qu'elle s'engage h continuer à payer les 1,200 livres annuelles pour les écoles ; mais le Conseil général diffère de statuer pour les 1,200 autres livres qu'on lui demande, et que payait jusqu'alors l'Archevêque, ci-devant Cardinal. La Municipalité nomme pour trésorier Amiot Quesnel, qui prête serment pour 1791.

Le Procureur de la commune se plaint de ce qu'on ait fait une neuvaine dans l'hôpital , ce qui a fait du bruit dans le public. M"^ de Saint-Germain, supérieure, et l'économe assurent que c'est un faux bruit (janvier 1791). On rappelle, à ce sujet, que depuis 1758 il est défendu de faire dans la maison aucune conférence ni mission sans la permission de l'Archevêque.

Le trésorier Rocque, transmettant l'argent à son successeur Amiot, est encombré d'assignats qu'il a touchés et demande à les changer, malgré la perte qui doit en résulter, pour payer en numéraire les nourrices et les rentes viagères inférieures à 50 francs.

Le 1®' mai 1791, les droits d'entrée en ville sont supprimés, ce qui cause une vive inquiétude au Bureau. On écrit à ce sujet à la Municipalité en lui demandant de nommer un quatrième quartenier, parce que la Révolution a privé TAdministration du plus grand nombre de ses membres. En réponse, la Municipalité nomme une Commission composée de Hellot et Vulgès Dujardin pour s'entendre avec le commissaire du Bureau Prevel et celui de l'Hôtel-Dieu, dont les plaintes sont les mêmes. Déjà, en mars, la Municipalité avait demandé un état des pertes que THôpital allait éprouver du fait de la suppression des droits et de rétablissement du nouveau régime, afin de le transmettre à la Commission de mendicité de l'Assemblée nationale. Hellot fils avait été chargé de dresser cet état.

Réorganisation. — A la séance du 4 mai , le Procureur de la commune informe les Administrateurs restant que le bureau de THôpital-Général est réorganisé de la façon suivante, par décret du Conseil général du 13 avril, et au moyen de l'élection au scrutin de liste :

MM. Lemaire et Leboucher, officiers municipaux'; le procureur de la commune Vimard, ou son substitut Duval ; Béré, Manger et Turgis, notables ; Hellot tils, Al. Prevel, Prosper Ribard, Constant Lequesne, quarteniers; Hurard fils, Rocque et Amiot Quesnel, trésoriers. (Le présent arrêté homologué au Directoire du département le 3 mai.)

A la même séance , M. Prevel informe que Tintro-

duction de journaux divers suscite parmi les pauvres de l'hôpital des dissensions contraires au vrai patriotisme. On délibère de les supprimer tous et de s'abonner pour un an à « La feuille villageoise » , qui sera seule lue tout haut dans les réfectoires et aux pitiés.

La division de la ville en paroisses est supprimée et remplacée par quatre divisions ou catégories : Est, Sud, Nord, Ouest.

Est : Quartenier , Lequesne fils. ( Saint-François , Saint- Vivien, Saint-Hilaire.)

Sud : Quartenier, Ribard. ( Saint -Sever, Saint- Maclou . )

Nord : Quartenier, Hellot fils. (Saint-Ouen, Saint- Godard, Saint-Jean, Saint-Patrice.)

Ouest : Quartenier, Prevel. (la Madeleine, Saint-Vincent, Saint-Eloi, Notre-Dame.)

Dès leur première séance , les Membres du nouveau Bureau écrivirent aux Députés de la Seine-Inférieure pour les prier d'appuyer les demandes de secours près de l'Assemblée nationale. Aux Administrateurs du district , qui demandent à faire entrer en payant un épileptique de Petit-Quevilly, on répond que c'est impossible, qu'il n'y a pas assez de place pour les malades de la ville et qu'on ne peut admettre d'étrangers, surtout incurables.

A une séance de juin, le Substitut du procureur de la commune fait décider que les preneurs des maisons de la ville ne seront plus tenus de venir le jour de la Sainte-Croix (14 septembre) pour faire ofl*rande comme il est accoutumé, à peine d'aumdne, attendu que cette

clause est regardée comme tenant à la féodalité, et par cette raison ne doit plus avoir lieu.

Ressources. — Le 8 juin 1791 , Desonne fils et Lebourgeois, députés par les Administrateurs de THôlel- Dieu , viennent lire au Bureau un décret de TAssemblée nationale du 10 mai, sanctionné le 15, portant que les deux hôpitaux devront recevoir sur les caisses de l'extraordinaire 500,000 livres , à raison de 41,666 1. 13 s. 4 d. par mois. En conséquence, ils demandent qu'on écrive de suite à M. Lessart , Ministre de rintérieur, à Tefifet de faire accélérer la délivrance de ce traitement urgent. Les deux Administrations signent de suite cette requête.

Eglise fermée. — Le Procureur de la commune signale que le dernier dimanche vingt-trois personnes sont venues communier dans 1 église de THôpital- Général pour ne pas aller dans celles des paroisses et afin de continuer à recevoir les sacrements de prêtres non conformistes. M. Petit, chapelain, appelé, avoue que cela se fait depuis longtemps. Il est décidé, en conséquence, que seules les personnes de Thôpitai pourront communier dans Thôpitai.

A la séance suivante, l'Administration ayant été instruite que cette décision n'a pas été observée , fait comparaître les chapelains. Ceux-ci répondent qu'ils ont bien informé le public de la délibération du 8 juin, mais que celui-ci a murmuré de telle sorte, qu'ils ont ont été obligés d'administrer le sacrement pour éviter

— noie scandale. Sur la demande de Turgis , procureur de la commune , on arrête que les portes extérieures de Téglise donnant sur le boulevard seront fermées dorénavant. Elles le furent tout à fait pendant la semaine de Pâques suivante. Puis les chapelains quittèrent la maison, car, le 2 mai 1793, levéque de Rouen Gratien écrit à la Municipalité pour mettre à sa disposition les vicaires de la Cathédrale qui offrent de faire le service, en attendant que les chapelains soient remplacés.

Hellot fils et Prevel sont remplacés par Isambert et Payenneville, comme quarteniers, par un vote de la Municipalité, jusqu'à ce que l'Assemblée nationale ait décrété un nouveau mode d'administration pour les hôpitaux.

Le Procureur de la commune obtient que toutes les armoiries intérieures ou extérieures de la maison seront retirées, et aux lieu et place de celles de M. et M"* de Germont, il sera substitué leurs noms, avec le titre de bienfaiteurs. On renvoie en deux fois dix pauvres qu'on ne trouve pas assez infirmes.

Le 2 juillet 1791, les Administrateurs de THôtel- Dieu et ceux de l'Hospice-Général s'assemblent à la Maison commune pour prendre connaissance d'une lettre de M. Amelot, administrateur de la caisse de l'extraordinaire, annonçant l'envoi d'argent, à titre de prêt, aux deux hôpitaux. M. Lemoine, greffier de l'Hôtel-Dieu , a reçu la veille une boîte scellée. On l'ouvre en séance. Elle contient un bordereau de 303 assignats montant ensemble à 41,666 I. 13 s. 3 d. On en donne

réception à M. Lecoulteux, trésorier de Textraordinaire. En attendant que Messieurs du Directoire du département aient statué sur la part revenant à chacun des deux hôpitaux sur les 500,000 livres votées , THôpital- Général reçoit 29,666 1. 13 s. 3 d., et THôtel-Dieu, .12,000 livres.

Le 12 juillet arrive, aussi par la messagerie, le second envoi mensuel de 41,666 livres, dont l'Hôpital- Général touche les deux tiers et THôtel-Dieu un tiers, suivant délibération du Directoire du département.

Cette mensualité suffit, à la rigueur, pour faire vivre THôpital au jour le jour; mais reste toujours le déficit de 1788-, 1789 et 1790, qui se monte à 277,807 livres. Le Bureau écrit à ce sujet à la Municipalité et demande d'y consacrer le seizième du produit de la vente des biens nationaux.

On nomme une Commission composée de Bornainville, Bademer, Thiessé, Debonne, Machuel et Guisier, chargée de rendre compte au Conseil général de la commune de la gestion de l'Hôpital pendant Tannée, suivant la loi du 5 novembre 1790. — Les séances du Bureau sont peu suivies. Un jour même il ne s'y trouve que trois quarleniers : Hellot , Prevel et Ribard. Une autre fois, Taillet de Bérengeville préside; mais il n'y a en séance que les trois quarteniers et Rocque, trésorier.

Chalon, négociant à Rouen, est nommé à l'élection, par le Conseil général de la commune , trésorier pour

Il reste à payer 91,886 livres pour la construction

de l'église. Le Directoire envoie la noie des entrepreneurs, et on est obligé de lui répondre qu'il n'y a plus un sou dans la caisse. A ce sujet le Comité de secours de l'Assemblée nationale demande des éclaircissements par l'entremise du maire Defontenay.

Pendant les premiers mois de 1792, la Municipalité, qui date ses lettres de l'an IV de la liberté, s'occupe, avec l'Administration, des moyens de secourir les pauvres , car les versements de la caisse centrale ne sont pas réguliers. Le 7 avril, le Ministre écrit qu'il ne peut, sur le fonds de 1,500,000 livresque l'Assemblée nationale a mis à sa disposition, prélever une somme aussi forte que les 307,031 livres que la Municipalité lui demande pour les huit derniers mois de l'année ; mais il offre de pourvoir aux besoins jusqu'au mois de juillet, époque à laquelle l'Assemblée aura indubitablement décrété une nouvelle organisation.

Le 25 avril 1792, an IV de la liberté, comme le consigne le registre des délibérations, on agrandit, après avis du Procureur de la commune, le jardin des dames, en reprenant le terrain loué derrière la buanderie à un M. Lenôtre. — Le 2 mai , le Maire demande qu'on mette la salle d'audience à la disposition de la vingttroisième section des citoyens de la garde nationale, pour procéder à l'élection de leurs officiers ; à la même séance, on annonce que Ministre envoie 76,557 livres pour les deux hôpitaux.

Dans la dernière séance dont nous avons retrouvé le compte rendu, le 16 mai 1792 le Directoire du département demande des renseignements sur les écoles et

les fondations qui s'y rattachent. Les membres présents sont : Leboucher , officier municipal ; Turgis le jeune, Mauger, notables; Ribard, Payenneville, Maubert, Lequesne, quarteniers ; Rocque, trésorier.

Le registre des délibérations qui va de cette date à la proclamation de la République et à la réorganisation de THôpital a disparu depuis longtemps des archives.

Dans les documents du Conseil général, on trouve pour r Hospice-Général que, en 1792 :

Les dépenses sont de 550,000 livres,

Les recettes — 384,858 —

avec un déficit de 165,141 1. 9 s. 4 d., et une dette ancienne de 829,651 1. 12 s. 8 d.

Le 23 messidor, le Gouvernement met sous sa main Tactif des hôpitaux.

A ce moment , il y a dans la maison 2,432 pauvres enfermés, 830 enfants trouvés et 120 orphelins; hors de l'hôpital et à secourir : 2,092 pauvres, 40 enfants au berceau, 200 orphelins en nourrice, et encore 160 autres.

L'Administration ayant à fournir un état des pertes que lui fait subir la Révolution, compte, entre autres choses, que son passif est augmenté de 1,500 livres, représentant l'augmentation d'appointements qu'elle va avoir à donner pour le chirurgien, le pharmacien, les serruriers, tailleurs, cordonniers, menuisiers, qui se trouvaient jusqu'alors en partie payés par le privilège de gagner maîtrise.

Les appointements des officiers internes étaient, en 1791 :

Premier économe, 600 livres; deuxième économe, 450 livres.

Chirurgien, 120 livres; blanchi, logé, etc. (décédé; à remplacer) .

Premier garçon chirurgien (Bailhastre), 250 livres (150 livres d'appointements et 100 d'entretien).

Deuxième garçon chirurgien, 200 livres (Pottier).

Aumônier (Ancelin, prêtre), 573 1. 16 s. (appointements, 200 livres ; entretien , 100 livres ; messes, 273 1. 16 s.).

Duhamel, maître d'école, 200 livres.

Saint-Léger, deuxième maître d'école, 200 livres.

Charles, garde-magasin, 50 livres.

Pasdeloup, employé aux écritures, 150 livres.

Maupas et Gervaizot, idem, chacun 36 livres.

Officiers externes chapelains : Petit, Huby et Lefrançois, chacun 650 livres.

Les cadeaux à Gosseaume, médecin, équivalent à 100 livres.

Lecomte, greffier, 3,000 livres.

Perrot, sergent, 650 livres.

Porel, boucher acheteur, 1,000 livres.

Levasseur, conducteur des nourrices, 400 livres.

On évalue les pertes éprouvées par la suppression des cotisations des prieurés, abbayes, commanderies, réceptions, adjudications, quêtes, dispenses, aumônes, droits spéciaux, pied- fourché, octrois, droits réservés, à 353,261 livres (28 mars 1792),

Les nouvelles charges : contributions foncières, perte sur les assignats, timbre, augmentation des officiers qui gagnaient maîtrise (2,000 livres), etc., montaient à 369,761 livres.

L'état des biens de THôpital- Général porte 112 maisons en ville, rapportant 26,608 1. 15 s.

Les biens à la campagne et les divers bénéfices donnent 2,639 livres d'une part et 2,325 de Tautre.

Les rentes hypothèques fournissent 25,573 livres 11 s. 11 d.

Les revenus casuels, 94,053 livres.

En tout, 165,270 1. 5 s.

Il résulte des comptes que le déficit total, à la fin de 1792, sera de 445,146 1. 9 s. 7 d.

En transmettant ces chifl'res à la Municipalité, les Administrateurs insistent une fois de plus sur Fétat misérable de la maison et sur sa profonde détresse. Ils demandent qu'on liquide la situation au moyen d'un prélèvement sur les 3 millions votés par l'Assemblée nationale pour les hôpitaux.

Les Administrateurs sont alors : Defontenay, maire; Mauger, Turgis, Mordant, Hardouin, notables; Ysambert, Payenneville, Lézurier fils. Le Griel, quarteniers; Rocque, AmiotGuenet, Chalon, trésoriers; Bazire, procureur de la commune, et Lecontour, substitut.

Le blé manque; les Administrateurs de la commune sollicités décident qu'on en prélèvera sur celui qui vient du dehors pour Paris; mais en octobre il n'y en a plus que pour un mois. Payenneville va trouver la Municipalité pour demander qu'on en donne de 60 à

80 muids. On lui répond d'acheter du seigle, ce qui donnera du pain pareil à celui que consomment les autres citoyens.

Tout le monde escompte toujours une nouvelle orgasition que doit décréter TAssemblée , et les subsides , qui jusqu'alors avaient été régulièrement versés, ne le sont plus. On a pu en obtenir pour mai et juin; mais les Administrateurs voient avec effroi s'approcher la fin de 1792 sans savoir comment subsister. Les Trésoriers ont fait de fortes avances et ne peuvent plus acquitter de mandats. La masse des dettes s'accroît de jour en jour. On doit à des veuves chargées de famille. Les entrepreneurs de l'église réclament leur argent; mais on ne peut les payer, puisqu'on n'a même pas de quoi faire face aux dépenses journalières. II faudrait 700,000 livres pour 1793.

La nomination d'un Trésorier en remplacement devieat ardue. Masselin, nommé, se récuse aussitôt. Le département de la Guerre ne veut payer que 14 sous pour la journée des militaires, alors qu'elle revient à l'Hôpital à 1 1. 14 s. 3 d. pour un vénérien, et 1 1. 2 s. pour un galeux.

Le 23 janvier 1793, le ministre Roland accorde 123,855 1. 15 s.; mais la caisse de l'extraordinaire ne les délivre pas, et les fournisseurs sont de plus en plus pressants. On écrit au district pour demander 1,000 quintaux de blé sur les 4,000 qu'on lui a donnés. On a bien reçu 25 sacs de farine, mais qui n'approvisionnent que pour quatre jours.

•Payenneville envoie sa démission de quartenier (sep-

tembre 1793), à cause de Ti m possibilité d'administrer sans secours. Cette année, dit-il, on n'a reçu que 136,000 livres, alors qu'il en faudrait plus de 500,000. On ne veut pas permettre de vendre les biens les plus à charge à THôpital. Les choses sont au point que personne ne veut vendre pour la maison , bien qu'on ait toujours fait espérer un règlement. « J'ai tout fait, écrit-il à la Municipalité ; mais je vous remets les pouvoirs dont vous m'avez investi, puisqu'ils n'ont pas d'effet dans mes mains. »

Le ministre Roland a écrit aux Administrateurs du département que c'est à la Municipalité à prendre des mesures, pour les approvisionnements, avec les Administrateurs de l'Hôpital ; mais qu'il faut, tout d'abord, faire rentrer au Trésor public le prix des 2,741 quintaux de blé qu'on lui a fait prêter au mois de juillet (21 novembre 1792). Cette lettre était en réponse à un nouvel appel désespéré des Administrateurs de l'Hôpital.

Renvoi des religieuses. — Le 28 février an II a lieu le renvoi des religieuses (18 décembre 1793). Une communication signée de Courtin, Cartier, Dumesnil, rappelle aux Administrateurs que la loi du 3 octobre (vieux style) prescrit la déchéance des filles attachées aux ci-devant congrégations qui n'ont pas prêté le serment exigé par la loi, et ils demandent qu*on fasse connaître à la Municipalité celles qui sont dans ce cas à l'Hospice-Général. La citoyenne de SaintrGermain est aussitôt appelée devant la Commission réunie et déclare

n'avoir pas prêté le serment, ni elle ni ses compagnes. Elle se retire et on décide séance tenante qu'elle et ses compagnes seront remplacées. A cet effet , on rédige un avis adressé aux bonnes citoyennes, qui présentent les forces piiysiques et morales propres au service de THospice-Général, d'aller se faire inscrire chez Lecomte, 32, rue des Charrettes (29 frimaire an II de la République une et indivisible [ 19 décembre 1793]).

Pasdeloup, économe en second, est nommé à la surveillance générale de la maison, et, encore dans la même séance , on décide que la femme Saint-Germain et ses compagnes seront invitées, et même requises, au nom de la chose publique, de continuer leur service jusqu'à ce qu on ait pourvu à leur remplacement. Lecture de cette délibération est aussitôt donnée à la femme Saint-Germain et à ses compagnes assemblées.

Entre temps, TAdministration était désorganisée; plusieurs Membres manquaient, et le 15 frimaire (6 décembre 1793) la Municipalité demande une réorganisation.

Réorganisation (archives de la Mairie). — La réorganisation commence dès les jours suivants. Le 17 nivôse an II (7 janvier 1794), on nomme un direcrecteur provisoire, qui est Crosnier, et le 1^*' pluviôse (20 janvier 1794) a lieu une séance extraordinaire dans laquelle on discute et on adopte le projet d organisation qui va suivre, présenté par deux Membres de l'Administration dont nous navons pas trouvé les noms. Les dispositions de ces statuts ont subsisté , au

moins dans leurs grandes lignes, depuis cette époque. L'exemplaire envoyé à la Municipalité est précédé de considérations qui peignent bien Tesprit du moment :

« L'Administration, considérant qu'il existe dans le service actuel de T Hospice-Général une infinité d'abus qui chaque jour compromettent l'intérêt de œt établissement et l'humanité ; qu'il est instant de le rappeler aux principes de sa véritable institution et de faire disparaître jusqu'à la moindre trace du régime corrompu, du fanatisme et des préjugés qui les ont altérés ; qu'il est du devoir des Administrateurs de régénérer au plus tôt cette maison sur les bases et d'après les principes républicains ; considérant que pour opérer cette régénération, pour améliorer le régime de l'Hospice-Général, atterrer le fanatisme et les préjugés, et pour faire cesser les abus multiples qui se commettent , il convient d'établir des agents dont le civisme , la probité , le zèle , l'intelligence soient connus ; qu'il convient aussi d'assurer à chacun de ces agents un traitement proportionnel à ses talents et à sa responsabilité, a délibéré que le projet d'organisation de l'Hospice-Général est adopté ainsi qu'il suit et qu'il sera envoyé au Commissaire général de la commune :

— L'Administration sera composée du maire de Rouen, d'un officier municipal, de deux notables et de quatre citoyens nommés par !e Conseil général de la commune. La présidence sera exercée par le membre présent dans cet ordre de nomination.

— Le directeur, le trésorier, l'officier de santé, au-

ront entrée aux séances et voix représentative et consultative chacun en ce qui concerne sa partie, et non voix déiibérative.

— Le maire restera président pendant tout le temps de son exercice ; Tofflcier municipal sera nommé tous les ans immédiatement après le renouveUemeut de la Municipalité ; les deux notables et les quatre citoyens seront élus par moitié, tous les ans, à la même époque.

— Les séances auront lieu une fois par décade.

— Il y aura deux agents principaux : un directeur et un secrétaire-trésorier qui , ainsi que Tofficier de santé, seront nommés par le Conseil général du département et son Directoire, après avoir été présentés par l'Administration de THospice-Général.

— Le directeur sera logé dans la maison. Il aura un commis aux registres, un commis dépensier, un commis garde-meubles, une lingère en chef.

— Le secrétaire- trésorier sera logé et aura la charge des archives, de la caisse, etc. Il donnera une caution de 25,000 livres en immeubles. Il aura sous ses ordres deux agents et des commis.

— On nommera trois inspecteurs aux salles.

— L'Hospice est divisé en offices et ateliers avec un chef pour chaque.

— Officiers de santé. — Article V\ — Il y aura un officier de santé et un pharmacien permanent qui sera logé. Ils seront tenus tous les deux de faire des cours d'enseignement pour les élèves chacun dans leur partie.

— Art. 2. — Chaque officier de santé sera chef de

tous les élèves de sa partie et responsable de leur service. Les élèves seront tenus de lui obéir en tout ce qui concerne son art. Il reprendra, punira ceux qui manqueraient aux règlements ou d'assiduité à leurs devoirs. Pour les cas graves nécessitant le renvoi, il en référera au Bureau.

— Art. 3. — Tous les élèves qui se présenteront seront admis à instruction après avoir été présentés à TAdministration, sauf le cas de renvoi ci-dessus déterminé.

— Art. 4. — Parmi les élèves, il en sera choisi deux par le Bureau, sur la présentation de Tofficier de santé en chef, qui seront appointés sous le nom d'internes.

— Art. 5. — Ces deux élèves résideront habituellement dans la maison pour le service tant de jour que de nuit, et seront alternativement de garde de semaine en semaine, pour être à portée de remédier aux accidents qui peuvent arriver en Tabsence de l'officier de santé, le jour et la nuit, pour visiter les malades et les faire placer dans les salles qui leur seront destinées, par rapport à la nature des maladies, et pour leur donner ou faire donner les secours provisoires.

— Art. 6. — En cas d'accidents graves et pressants, les chirurgiens internes et de garde enverront prévenir l'officier de santé, suivant l'espèce des dits accidents.

— Art. 7. — Ils tiendront la main à ce que les infirmiers fassent leur devoir et exécutent ce qui leur sera commandé pour le service des malades.

— li y aura un instituteur en chef nommé au concours et qui aura des aides.

— L'Administration se pourvoira d'infirmiers et d "infirmières.

— Les chefs d'ateliers des arts et métiers seront un cuisinier en chef, un boucher, un brasseur, un jardinier, un tailleur, un serrurier, un cordonnier, un menuisier et un boulanger. Ils auront les aides nécessaires. Il y aura aussi un charretier. Tous seront sous l'autorité du directeur.

— On élaborera un règlement pour la police intérieure.

— Traitements, ^- Directeur, 3,500 livres ; commis aux entrées, 600 livres; dépensier, 1,000 livres; garde-meubles, 600 livres; lingère, 800 livres; inspecteurs (logés et nourris), 300 livres; l'officier de santé (ni logé, ni nourri), 3,000 livres; internes (logés et nourris), 300 livres; pharmacien (logé et nourri), 1,500 livres; l'instituteur (logé et nourri), 100 livres; ses aides, 300 livres ; les chefs d'office (logés et nourris), 200 livres; celui de la buanderie, 500 livres; les infirmiers, 150 livres ; les chefs d'ateliers, de 3 à 400 livres; le trésorier-secrétaire (logé et nourri), 4,000 livres; le commis aux réparations, 1,200 livres, etc. »

C'est à partir de ce document que l'on trouve employé officiellement le vocable de l'Hospice-Général ; jusqu'alors, la maison avait toujours été désignée sous le nom d'Hôpital-Général.

Le 26 pluviôse an II de la République française

une, indivisible et impérissable (15 février 1794), a lieu la première séance de la nouvelle Administration composée de Roumy, Pinel, Lambert, Guttinguer, Bellanger, Hays, Milcent et Arvers, substitut de TAgent national. Lequesne remplace Lecomte comme greffier. On nomme Crosnier directeur, Lequesne secrétairetrésorier, et Maury officier de santé.

Pour le pharmacien, on est d'avis de différer jusqu'à ce qu'on ait les renseignements nécessaires pour un choix le plus convenable, et on écrit au département, en annonçant les autres nominations, que cette place peut être remplie provisoirement, au gré de l'Administration, par celle des hospitalières qui en est chargée, la citoyenne Desmarest.

A la seconde séance, le 28 pluviôse, le maire Pillon préside. Le gros événement à l'ordre du jour est l'annonce du mariage projeté entre Pasdeloup, ex-deuxième économe, et la citoyenne Delaître, ci-devant gagnant maîtrise de couturière. Le passage du registre des délibérations rédigé par Lequesne est à citer. Les deux fiancés sont introduits :

« Le citoyen Maire leur dit que l'Administration, informée qu'ils ont le projet de s'unir par mariage, cette même Administration désire entendre de leur bouche s'ils sont mus d'une affection réciproque et si aucune vue d'intérêts ne les porte à cette union. Il entre à ce sujet dans beaucoup de détails pour les^engager à participer leurs sentiments.

» Pasdeloup répond que foulant aux pieds les préjugés qui ont si longtemps maîtrisé les hommes, il a

manifesté le désir de s'associer pour compagne la citoyenne Delaître, uniquement parce qu'il a remarqué en elle un caractère tel qu'il pouvait faire son bonheur.

» La citoyenne Delaître, de son côté, a protesté que si elle se portait à cette union, c'était parce que le moral du dit Pasdeloup lui promettait un sort heureux.

» Les dits Pasdeloup et Delaître entendent par l'organe du Maire que l'Administration verra avec plaisir leur union et ils se retirent. »

On écrit au Conseil général de la commune pour lui annoncer cette union, lui demander qu'elle soit contractée au temple de la Raison, et l'inviter à la plantation d'un arbre de la liberté, qui aura lieu le même jour dans l'enceinte de l'Hospice, après la fête du décadi. On ouvre une souscription pour la dot de Marguerite Delaître, et l'Administration s'inscrit pour 2,000 livres.

On procède ensuite à l'installation du directeur, du secrétaire-trésorier et de l'officier de santé. Elle se fait par le Bureau dans les divers ateliers et salles de l'Hospice aux acclamations de « Vive la République ! vive la Montagne ! »

On charge le directeur de remplacer dans la salle des séances les tableaux et objets rappelant l'ancien régime par le tableau des Droits de l'homme et la statue de la Liberté.

On invite au mariage de Pasdeloup et au reste de la fête le représentant du peuple Guimberteau, alors à Rouen, tous les corps constitués judiciaires et mili-

taires, la Société populaire, les Administrations du département, du district, la Municipalité, le Comité de surveillance de la commune, avec délégation d'un de leurs membres pour le banquet qui suivra.

Le Bureau décide (l'*' ventôse) que « désormais les enfants de THospice ne seront plus habillés uniformément, et qu'au lieu de leur costume ancien, marqua non équivoque de l'avilissement où ces infortunés étaient plongés, ils en auront un nouveau qui se composera d'un gilet el d'un pantalon de diverses couleurs, avec cette restriction pourtant que cliaque classe ou atelier aura sa couleur. Cette distinction étant nécessaire pour le maintien de l'ordre ». On ne les appel lera plus dorénavant des enfants trouvés, mais des enfants de la patrie.

Cependant, autre cloche : Crosnier, directeur, à la même séance présente un état, par aperçu, des besoins de l'Hospice, tant en comestibles, combustibles, que tous autres objets de consommation. Il expose particulièrement que, par la défaut de grains, il s'est trouvé et se trouve encore dans la nécessité de ne délivrer à chaque individu qu'un quarteron de pain par jour; que cette ration, extrêmement médiocre leur fait soufifrir la faim et les expose à- périr d'inanition. Le Bureau, convaincu que les magistrats du peuple voudront bien considérer que les individus de cet Hospice, enfants adoptifs de la patrie, et que l'arbre de la liberté couvrira bientôt de ses rameaux, font partie de la commune, demande une augmentation de vingt sacs de blé par décade.

Le citoyen Barbier fait œuvre de civisme en envoyant seize aunes de mousseline. On fait deux fichus pour la citoyenne Delaitre, dont le contrat sera fait par Curay et Castel, notaires. On trouve aussi mention de renvoi naïf fait par Guisier, commissaire national au Tribunal du district, d'un poisson destiné à être mangé par les pauvres ou vendu à leur profit. La vente en rapporte cinquante sols. Puis, des dons faits à la citoyenne Delaître, il reste douze serviettes données par Langlois, chirurgien, un coupon de toile rayée, par Benneville, un coupon de toile pour six chemises, par Bérat le jeune, qui serviront pour le prochain mariage.

En même temps, les citoyens Martin et Akerman demandent dix à douze enfants de THospice pour la fonte des balles. Roumy demande à adopter un enfant mâle de la patrie. Torcat et Long, fabricants d'indiennes, en demandent quatre pour leur apprendre pendant un an le métier de graveur et imprimeur en indienne. Crosnier en veut aussi un pour son frère, indienneur.

Le Bureau applaudit à cet empressement et décerne à ces citoyens une mention civique dont on envoie copie à la Municipalité. On n'accordera à l'avenir d'enfants de la patrie qu'à des républicains avérés.

Puis on nomme les agents de l'Hospice. Barré est préposé à l'entrée, Pasdeloup à la dépense, Bavent au garde-meubles ; sa femme est lingère en chef avec la citoyenne Canivet comme première ouvrière; Delattre première couturière ; Daniel est chargé des réparations pour les biens de ville pu de la campagne.

Puis on organise le jeu des registres nécessaires à tout le personnel, et surtout au Directeur et au Trésorier. On nomme encore les chefs d'office :

Marie Barjac, femme Samson, à la buanderie.

Marguerite Levavasseur, à Toffice d'Humanité.

Marie-Anne Delattre, à Tofflce de la Reconnaissaôce.

Françoise Saint-Pierre, à l'office de la Fraternité.

Madeleine Lesueur, à Tofflce de la Révolution.

Geneviève Mazier, à l'office de la Régénération.

Marie-Catherine Lenfant, à l'office de la Patrie.

Catherine Bernard, à l'office de l'Espérance.

Marthe Dolé devient chef en second des sans-cu)ottides.

Les autres chefs d'office antérieurs sont maintenus en considération de leur grand âge et des services rendus.

La Supérieure des religieuses ainsi remplacées réclame ses meubles et ses effets restés à l'Hôpital, ainsi que la rente de 400 fr. qu'elle tenait de M""® de Germent. On répond à la fille Bordel, ci-devant dite de Saint-Germain, que les meubles resteront à l'Hôpital, à qui ils appartiennent, et que la rente étant une substitution d'une nommée Germont à la fille Bordel tant qu'elle serait supérieure, le fait de n'être plus supérieure lui enlève tous ses titres.

Un an plus tard, en fructidor an HI, les ci-devant sœurs hospitalières reviendront k la charge réclamant les objets leur appartenant et achetés avec les deniers de plusieurs d'entre elles. Elles n'avaient pu réclamer plus tôt parce qu'elles n'étaient pas libres. On recon-

naîtra alors le bien-fondé de leur demande, entre autres de la rente viagère de 400 fr. faite par la citoyenne veuve de Germont à la citoyenne Elisabeth Bordel, dite de Saint-Germain.

Dans cette troisième séance de la nouvelle Commission, ouverte comme les deux précédentes et celles qui suivront pendant quelque temps au cri de : « Vive la République ! », il faut s'occuper du train-train intérieur : admissions, pensions, bandages, enfants en nourrice, notes des fournisseurs à vérifier, etc. Il se se présente entre autres six infirmes indigentes soignées jusqu'alors dans Thôpilal François, qui sont réduites au dénuement le plus complet et demandent à entrer à THospice-Général. Trois peuvent payer une petite pension comme elles le faisaient avant à rhôpital François ; mais il faut recevoir les trois autres gratuitement.

A la séance extraordinaire du V^ floréal se présente un citoyen, ex-curé de Grugny, ayant prêté tous les serments prescrits par la loi et déposé ses lettres de prêtrise, qui demande à se marier avec une citoyenne de THospice. On lui demande s'il en a une à désigner; il répond que non. On décide de ne pas tenir état de sa demande, puisqu'il ne peut désigner celle qui pourrait lui convenir, et que si on en désignait une il pourrait se faire qu'elle ne lui convînt pas.

On sévit contre les filles de la buanderie qui ne portent pas de cocarde. On place des numéros aux aîtres (le chaque office pour remplacer les noms de saints. L'église sert à loger les écoles, et Lamine, dont le ci-

"visme et le zèle sont bien connus, est chargé d'examiner si on n'y pourrait pas loger des infirmes.

Le 3 prairial, l'organisation de THospice avance beaucoup; le Directeur dit qu'il a déjà acquis beaucoup d'expérience, et que pour les infirmières qui restent à nommer, cela fera une grosse somme de les payer chacune 150 fr. Il va s'efforcer de les trouver dans l'Hospice même, en les partageant en trois classes, à 150, 25 et 18 livres par an.

Séances publiques. — Le 5 prairial on décide qu'en principe les séances seront publiques, et les portes sont aussitôt ouvertes aux cris de : « Vive la République! » L'annonce en est faite dans les journaux et par affiches. Les internés assistent en nombre, et, dès le premier jour, un d'eux réclame deux paires de bas. On le prie d'attendre. Un autre se plaint qu'il n'y ait pas assez de pain dans la soupe. Ceux de sa salle, convoqués sur l'heure, disent le contraire.

Détresse. — Les biens des Hospices avaient bien été déclarés biens nationaux; mais ils n'avaient pas encore été remplacés par des subsides fixes; ils ne le furent, d'ailleurs, que peu à peu; aussi allons-nous voir les diverses Administrations qui se succédèrent pendant la période révolutionnaire aux prises avec des difficultés inouïes et sans cesse nouvelles.

En cet an II, le dénuement est atroce. Le linge, entre autres, manque, même pour panser les plaies. On demande à l'Administration révolutionnaire du district

de Rouen, qui détient tout, de faire délivrera THospice la linge de la chapelle et celui des autres églises; puis Tautorisation d'acheter 3,000 sabots et 1,800 œufs avec 8 douzaines de fromages par décade, et encore 10 barriques de vin, 30 muids de poiré, 10 muids de cidre et 40 mines d'orge.

Parmi les recettes, on compte 10,923 1. 4 s. 1 d., produits par la vente des cotons filés en magasin, avec 1,513 1. 2 s., produits des deniers à Dieu dans les boîtes placées chez les marchands, avec encore 1,385 1. 18 s. 1 d., produits par la vente du cidre des caves de Capet dit d'Orléans.

Avec ces faibles ressources, les Administrateurs cherchent des vivres de tous les côtés, et les approvisionnements deviennent de plus en plus difficiles. Le Directeur a des déboires; il achète à Fécamp un fort lot de harengs; mais il y en a trop, et il faut les revendre vite, parce qu'ils se gâtent. Sur six barils qui restent, un seul peut encore être utilisé. Le Directeur étant retenu à l'Hôpital par la réorganisation, on envoie Pasdeloup aux emplettes. Le Directeur finit par partir aussi pour Louviers acheter des fèves, sans résultat. Milcent a plus de chance à Neufchàtel pour le beurre et les œufs. Au 12 thermidor, il n'y a plus que pour cinq à six jours de vivres. Milcent et le Directeur n'ont rien pu tirer des gens de Louviers. On assure cependant les fournisseurs que le Secrétaire a reçu l'ordre de les payer, et Milcent retourne à Neufchàtel en quête de provisions. Le résultat de ses démarches est nul, ou presque, et on obtient du département l'au-

torisation d'acheter des vivres où il s'en trouve au prix officiel maximum.

Cependant, la Commission des secours publics envoie, à cette même date du 12 thermidor, 150,000 livres pour subvenir aux besoins de THospice-Général jusqu'en vendémiaire.

Cabousse, directeur du théâtre de la Montagne, demande 18 garçons et 6 citoyennes de l'Hospice pour figurer dans une pièce patriotique. Le Directeur envoie les garçons, mais refuse les citoyennes, de peur qu'elles ne se trouvent gênées devant une société si nombreuse, dont elles n'ont pas l'habitude.

Les Commissaires de l'atelier de salpêtre de la Montagne obtiennent l'emplacement d'un four dans l'Hospice pour incinérer des plantes; cependant, le feu ayant pris au hangar du four, on leur conseille d'aller le reconstruire au bord de la rivière, vers le boulevard.

Le décret de messidor an 11 fait espérer que la fin des temps difficiles approche. Hélas ! il n'en est rien. Ce décret ordonne que l'actif des hôpitaux et maisons de secours devienne biens nationaux et soit géré comme tel et que les dettes soient dettes nationales. La Commission des secours publics pourvoira aux dépenses journalières des hôpitaux et au paiement des intérêts de la dette jusqu'à ce que la distribution des secours soit définitivement décrétée par l'Assemblée. 11 y a tant à organiser qu'on attend toujours les secours.

Entre temps, le 2 fructidor, sur le rapport de Fontenay, et pour que les enfants abandonnés soient mieux soignés, on décide que la pension payée sera de 100

livres par an au lieu de 60, comme cela avait été voté en 1789. Le dépla4îement des nourrices sera payé 30 sous pour la première lieue et 20 sous pour chaque lieue suivante. Pendant les deux premières années, on leur donnera une recompense de 57 livres, au lieu de 48, et, comme auparavant, 24 livres pour la nourrice qui ramène Tenfant à Tâge de sept ans. Les Officiers municipaux de chaque commune seront prévenus de renvoi de chaque enfant afin qu'il soit surveillé. Il y aura au plus trois enfants par nourrice. Enfin, on continuera à accorder des pensions aux mères pauvres élevant leurs propres enfants.

Cela était parfait en principe, mais fut loin d'être réalisé en pratique. Après une courte période pendant laquelle on put se procurer des vivres de toutes sortes (fructidor), grâce à l'intervention de la Municipalité près de la Commission du commerce, une cruelle période de disette recommença. L'Hospice était obligé de se garder contre les voleurs, et des patrouilles, organisées avec des vieillards pendant la nuit, durent être faites par le poste chargé de garder les prisonniers militaires hospitalisés, entre autres des Anglais vénériens.

Le 19 fructidor de cet an II, le Directeur met sous les yeux de l'Administration la position de l'Hospice, relativement aux subsistances et approvisionnements. Il résulte de son exposé qu'il est dans le dénuement total de comestibles, combustibles, boissons, linge et étoffes, dénuement qu'il n'a pu éviter, soit qu'il s'adressât à des foMrniiBseurs anciens ou à des nouveaux. La plupart ont

fait des promesses qu'ils n'ont point exécutées et n'ont jamais voulu faire de traités et marchés par écrit, vu la disette des subsistances, des toiles et étoffes, et à cause des nombreuses réquisitions mises sur ces objets pour les besoins des armées. Il a fait lui-même ou fait faire par des agents de nombreux voyages dans les communes des départements de la Seine-Inférieure et de l'Eure ; le résultat en a été peu fructueux. Il n'y a plus de vivres que pour huit jours.

La pénurie du linge est telle qu'on ne peut plus faire faire le change d'usage.

On appelle sur ce fait l'attention des Représentants du peuple alors à Rouen, et on demande à la Municipalité assez de blé pour que chaque individu ait une livre de pain par jour au lieu de trois quarts de livre, afin qu'on puisse faire trois repas : déjeuner, une soupe ; dîner, de bonne chère avec du pain ; souper, du riz avec du pain.

Le quatrième jour des sans-culottides, le Directeur est aux abois. Il ne peut plus approvisionner l'établissement et attribue cette difficulté à la disette qui a précédé la récolte, à l'inexécution du maximum, aux réquisitions pour les armées. Il n'y a pas plus de vêtements que d'aliments.

La Commission du commerce et des approvisionnements de la République fournit une provision de harengs. Le Directeur en fait mettre une portion rôtie sur le bureau et tous les Membres y goûtent. On trouve le hareng bon et on décide d'en donner aux deux repas

jusqu*à consommation. La Municipalité envoie aussi du blé.

Milcent trouve bien de la tourbe à acheter à Jumièges, mais il ne peut la faire charrier, et on n'a plus de bois. On supplie l'Administration de la guerre de prêter des voitures réquisitionnées. Les 150,000 livres touchées servent à payer les dettes pressées. On achète un cheval de selle pour l'agent chargé d'aller aux approvisionnements.

Le 6 vendémiaire an III (28 septembre 1794), le nouveau Bureau nommé par le Département se compose de Le Boucher, maire; Victor Lefebvre, officier municipal; Gérôme Lefebvre et Gorlier, notables; Le Contour, agent national; Milcent (Grande-Rue), Fontenay (rue des Charrettes).

La discipline ne paraît pas très rigoureuse à cette époque dans la maison, car la Commission nouvelle demande au Conseil général de la commune s'il ne serait pas bon d'empêcher les citoyens et citoyennes de l'Hospice d'aller aux spectacles, ce qui est nuisible au bon ordre et dangereux pour les mœurs.

A la fin de l'an II, le Trésorier, qui n'a reçu que 301,503 livres, n'en a cependant dépensé que 197,910, parce que la loi de messidor n'autorise à dépenser les subsides envoyés que pour les besoins urgents et les rentes viagères, de sorte qu'il n'a pu payer aucune dette.

Les vivres sont toujours aussi rares. Le Directeur, en rentrant de voyage, le 25 vendémiaire an III, raconte qu'il n'a pu rien se proc^irer. Tout se vend au-delà du

maximum. I^ cidre, maximum 30 livres, se vend 100 livres le muids. A Louviers, les fèves et les pois, dont le maximum est 18 livres la mine, se vendent de 75 à 80 livres, et il faut payer d'avance. Les fournisseurs anciens ne veulent plus rien donner si on ne leur solde leur compte. Le beurre à Isigny, maximum 20 sous, se vend de 50 sous à 3 livres pour Paris.

Le 6 brumaire on décide d'envoyer un courrier spécial à la Convention pour lui demander de faire mettre en réquisition les objets qu'on désigne avec le lieu d'approvisionnement.

L'orge, dans le district de Dieppe; le cidre, dans celui de Pont-FÉvêque ; le vin, à Auxerre; les pois, fèves et navets, à Louviers; le beurre salé, à Isigny; les œufs, à Montivilliers ; les fromages, à Neufchâtel et Gournay ; les combustibles, fagots, bûches, charbon et huile, à Lyons-la-Forêt ; les étoffes, linge, molleton, breluche, tordouet, froc brun, serge, à Beauvais; les toiles, langes et couchettes, à Alençon; enfin, quatre mille paires de sabots à Gournay.

Au P"" frimaire arrivent deux arrêtés du Comité de Salut public d où résulte que l'approvisionnement des hospices civils et militaires pour les objets de première nécessité est dévolu au Directoire du district. On s'adresse aussitôt à ce dernier, qui accorde les réquisitions. Des citoyens sont aussitôt désignés pour leur exécution et on demande 25 chariots aux convois militaires. Ces réquisitions accordées à l'Hospice-Général et les secours en espèces sont en grande partie dus au citoyen Lecomte, représentant du peuple à la Conven-

tion, ainsi qu'au citoyen Montlinot, chef de bureau de la Commission des secours, touchés de la position de THospice. Le Bureau leur exprime toute sa reconnaissance par l'entremise de Pasdeloup, toujours à Paris pour suivre tout cela de près.

Pasdeloup écrit, le 24 frimaire an III, que la Commission des secours vient d'accorder 300,000 livres à toucher chez le Trésorier-payeur général du département. De même, en ventôse, 500,000 livres. Cela permet de rembourser à la Municipalité le blé qu'elle a fourni depuis messidor dernier, et fait espérer des jours meilleurs, car l'hiver a été rude. A cause de la température on a dû cesser de conduire au temple de l'Eternel les vieillards et les enfants, comme on le faisait chaque décadi. Le Directeur, qui était allé chercher des grains à Mantes et à Pontoise, n'en avait pas trouvé, pas plus que Dubuc dans la Somme et l'Aisne. Seul, Hardoin, commerçant au Havre, avait pu fournir du riz et de l'orge pour l'amalgamer.

Malgré l'argent dont dispose l'Administration, elle ne peut cependant se procurer du blé ni à Calais ni à Dunkerque. Le Directeur est envoyé près de Castillon, représentant du peuple, en mission au Havre avec son collègue Duport, qui promettent une part sur la première cargaison qui entrera. Le P' germinal an III, il n'y a plus de pain que pour seize jours. On en diminue la ration à une demi-livre, sauf pour les travailleurs, qui en gardent trois quarts, et il est remplacé par des pommes de terre, du riz, etc. Quelques jours plus tard, cette ration est réduite à un quart de livre pour le

commun et une demi-livre pour les travaiUeurs. On supplée avec du riz.

Le mécontentement du peuple se manifeste par des attentats aux arbres de la liberté. Un matin, Tlnspecteur trouve celui de Tavenue, à côté de la chaussée, scié à moitié. Celui de la cour des hommes est abattu et couché par terre; aussi le Directeur a-t-il été dans la nécessité de le mettre en lieu sûr. Les auteurs de ces attentats seraient trois enfants de quatorze ans, ayant agi à rinstigation de gens qui rôdent aux environs et les ont poussés à détruire, ici comme ailleurs, les signes de la liberté. Beaucoup des pensionnaires refusent de porter la cocarde. En exécution de la délibération de la Municipalité, on enlève tous les bonnets rouges de THospice.

Le directeur Crosnier donne alors sa démission pour des raisons de santé. Il se trouve affaibli et surmené. On rinvite à aller se reposer quelque temps à la campagne et on nomme A sa place Lemonnier, qui est installé le 25 noréal.

A ce moment la vie est toujours difficile pour la maison. Le passif non couvert est de 1,651,823 livres, et il n'y a plus de pain. On décide de vendre diverses petites choses laissées par les malades, ce qui produit 414 livres que Ton emploie à acheter directement du grain.

Le 10 prairial il n'y a plus de pain que pour quatre jours. On écrit à Pasdeloup, installé à demeure à Paris, pour qu'il sollicite 920,000 livres de la Commission de secours publics. La semaine suivante, le Directeur a

pu acheter pour 35,000 livres de grains et farines à des particuliers, mais à condition de n'établir ni reçus, ni papiers, afin que les vendeurs ne puissent être inquiétés à cause du prix. C'était une condition absolue. La Commission en avertit le district, en spécifiant que s'il n'approuve pas il n'a qu'à faire mieux, mais que l'Hospice est à bout.

Nous sommes maintenant en plein règne des assignats; aussi les prix des choses les plus usuelles atteignent-ils des majorations curieuses.

La vente des cotons filés produit 114,704 livres.

Le trésorier Lequesne demande qu'on le remplace pour raisons de santé, étant donné qu'en acceptant ses fouettons il était déjà fatigué par dix-sept ans de travail dans une étude de notaire. Sa charge le préoccupe beaucoup, car en partant il. laisse un déficit de 842,8091. 7 s. 9 d. (21 juin 1795 [3 messidor an III]). Il est remplacé comme secrétaire-trésorier par Lebarbier, secrétaire du Bureau municipal.

Coupé, représentant du peuple au Havre, accorde 60 quintaux de blé et 45 de riz pour l'Hospice-Général. On lui demande pour un mois 25,800 livres de riz et 16,800 de blé ou farines, faute de quoi le Directeur achètera comme il pourra. Il accorde encore 30 quintaux de riz à prendre sur les masses en magasin à Rouen. Le Directeur est envoyé pour traiter avec la Municipalité, qui possède des fèves de vallée.

On est obligé de réglementer sévèrement les visites et les sorties pour arrêter les vols de linge et de denrées qui ont lieu dans la maison.

Enfin, Pasdeloup annonce de Paris Tenvoi de 842,000 livres de secours. A ce moment (25 thermidor an III), le déficit atteint 3,214,892 livres (13 août 1795). Au 15 brumaire an IV (8 novembre de la même année), il atteint 11,066,281 livres. Pasdeloup transmet cette situation au Comité de secours publics. Le 3 décembre (II frimaire), le Ministre de l'intérieur Benezech écrit, par l'entremise du département, qu'il accorde à THospice-Général 4,596,000 livres , à toucher par le Trésorier.

Meslin et Willart sont nommés par la Municipalité pour remplacer Milcent et Hays. Defontenay et Lequesne démissionnent. Ils sont remplacés par Duvergier, de la rue du Gros-Horloge, et Gontaut Taîné, de la rue de Voltaire. La population de THospice est alors de 2,122 individus.

Les vivres sont toujours rares. On en demande aux représentants du peuple Frémauger au Havre et Casenave à Rouen. Les prix continuent à augmenter de la façon suivante :

Les bandages fournis par Pelou sont admis.

I bandage herniaire à I côté , 60 1 . , puis 200 et 350 1.

— — 2 côtés, 70 —

— à ressort, à 1 côté, 100 —

— — à 2 côtés, 120 —

I pessaire 12 —

1 suspensoir 20 —

Pour les denrées, il en va de même :

6 barriques de vin à Thibout 90,000 livres.

Pommes de terre à Lavoisier 95,000 livres.

3 paquets d'osier 180 —

17 douz. 1/2 de balais (3 1. 50 le balai) 730 — 2,518 livres de riz (86 1. la livre). . . 214,030 —

675 œufs ( 3 1. Tœuf ) 1,890 —

284 fromages (20 1. le fromage). 5,736 1. 13 s. 4 d. 12 sacs de blé pesant 3,672 livres. . . 146,880 livres.

Le boucher Poret fait jusqu'à 600,000 livres d'avances par mois, et obtient 2,000 livres de traitement en valeurs ou assignats au cours.

On vend la peau de mouton 163 livres la pièce.

12,000 livres d aiguilles et de ruban pour la provision en nivôse an IV.

129 boisseaux de pommes de terre pour 37,410 livres.

Le Ministre de Tlntérieur accorde de nouveau 8 millions que Pasdeloup demande en assignats au nom de FAdministration. Il donne, de plus, 300 livres tournois par mois pour les enfants en nourrice. De plus, on rend à l'Hospice -Général la jouissance de ceux de ses anciens biens qui n'ont pas été vendus comme biens nationaux.

Les fournisseurs ne voulant vendre que contre numéraire, on demande 1,000 quintaux de grains à prendre sur les magasins militaires de Rouen , en les payant au Trésorier du département, ce qui est accordé par le Ministre. Alors, la ration de pain est augmentée d'une once par jour.

Le 15 germinal an IV, le citoyen Marinier, commis-

saire du Directoire exécutif, passe Tinspection de la maison, où sont hospitalisés 2,320 individus.

Les prix continuent à augmenter, et pour ses trois derniers voyages à Paris, Pasdeloup compte 21,494, 48,611, puis 74,582 livres. On est obligé de relever, sous forme d'indemnité, le traitement des agents. Les 3,000 livres de Maury sont portées à trente fois leur valeur pour les six mois encourus (germinal an IV [21 mars 1796]); on le loge gratuitement et on lui remet ses loyers échus. Les autres traitements sont aussi portés à trente fois leur valeur, sauf ceux des agents nourris, qui ne sont majorés que de dix fois.

Lemonnier, directeur , meurt le 14 prairial ( 3 juin 1796). Le 21 prairial, Crosnier, ancien directeur, est réélu au scrutin ratifié par le département.

Le Ministre semble accorder dorénavant plus volontiers des grains. Il en concède sur les provisions de Nesie et d'Amiens, que Pasdeloup va chercher. La ration de pain remonte à une livre par jour et à dixhuit onces pour les travailleurs. Le chiffre des prix est toujours étonnant. Une seule provision de savon, le 2 fructidor, revient à 118,455 livres. En prairial, le boucher a fourni pour 1,925,500 livres de viande.

Nouvelle monnaie. — C'est le 15 messidor de Tan IV qu'apparaît, dans les registres de l'Hospice- Général, la comptabilité en francs et centimes, et en thermidor, on compte la viande à 34 centimes la livre, c'est-à-dire 6 sous 9 deniers. C'est aussi à partir de cette même date que le compte-rendu des séances

de la Commission ne porte plus à Touverture la mention de « Vive la République ! »

Les secours continuent à arriver plus fréquents. Le 29 messidor, le Ministre met à la disposition de THospice 950,000 francs en valeur fixe; aussi, ce même mois, la note du boucher Poret n'est plus que de 101,200 francs. Le Ministre accorde encore 1,290 quintaux de grains à prendre dans la Somme, dans l'Oise, à Granvilliers et au Havre. Le transport de Clermont revient, entre autres, jusqu'à 37,500 francs. Le 21 fructidor, Pasdeloup annonce un nouveau secours de 186,500 francs, valeur métallique. Il trouve aussi à acheter à Paris des chemises dont on a lant besoin. Il y a aussi des bénéfices moindres, comme l'envoi par le citoyen Lecontour, commissaire au Tribunal civil, d'un panier de lard dont on lui a fait cadeau.

L'Hôpital militaire de Rouen étant supprimé, une partie de ses malades, les vénériens et les galeux, sont désormais envoyés à l'Hospice-Général, qui demande pour eux les choses indispensables, et surtout du linge, de même qu'un corps de garde pour la police.

L'Administration s'occupe de nouveau des fermes qui lui sont restées, et elle abonne l'Hôpital au journal « La Législation », du citoyen Périaux (18 fr.).

La réorganisation recommence et reçoit un fort appoint par la loi, attendue depuis si longtemps, du 16 vendémiaire an V. On trouve le compte-rendu suivant de cette notable amélioration, acheminement vers une organisation complète.

Installation de la Commission nommée en exécution de la loi du 16 vendémiaire an V.

Cette installation eut lieu dans une séance solennelle, le 25 brumaire (16 nov. 1796), en présence d'une délégation de TAdministration municipale composée de Lézurier, président; Pinel l'aîné, Monnier, officiers municipaux, et Marinier, commissaire du Directoire exécutif, ainsi que du citoyen Godet. Le motif en était dans lexécution de la loi du 16 vendémiaire qui conservait les hospices civils dans la jouissance de leurs biens et réglait la manière dont ils seraient administrés.

La résolution du Conseil des Cinq-Cents disait que les Administrations municipales auraient la surveillance immédiate des hospices civils établis dans leur arrondissement.

Elles nommeraient une Commission composée de cinq citoyens résidant dans le canton, qui éliraient entre eux un président et choisiraient un secrétaire et un receveur pris hors de son sein, chargé de rendre tous les trois mois un compte qui passerait par la municipalité pour être soumis au département. Les hospices civils étaient conservés dans la jouissance de leurs biens et des rentes et redevances qui leur étaient dues par le Trésor public ou par des particuliers. Ceux de ces biens qui avaient été vendus par suite de la loi du 23 messidor, rapportée par la présente, seraient remplacés par des biens nationaux du même produit, après estimation d'experts. Jusqu'à ce que

cette remise soit effectuée, il serait payé aux hospices une somme égale à celle que leur produisaient en 1790 leurs biens vendus.

En revanche, tout autre secours aux hospices devait être sanctionné par le Corps législatif, et la Trésorerie nationale était dégagée du paiement des renies perpétuelles et viagères des hospices. (Cette résolution était signée de Pastorel, président ; Peyre, Maille, Bourdon, secrétaires, et contresignée de Ducos-Roger, président; Poulain, Grandprey, Ligeret, Fauvre la Brunerie, Marbot, secrétaires; expédition par La Revellière- Lepeaux et Merlin, ministre de la justice; enjBin, collationnée par le secrétaire en chef de l'Administration municipale de la commune de Rouen Dumouchel.)

En conséquence, la Municipalité avait nommé une Commission pour chaque hospice. Celle de THospice- Général se composait des citoyens Meslin, Willart, Gontaut, Victor Lefebvre fils et Godet.

Le Président prononce alors le discours suivant :

« Citoyens Membres de la Commission de THospice- » Général, TAdministration municipale, en vous délé- » guant les fonctions les plus chères à l'humanité, » vous donne une preuve authentique de sa confiance. » Elle se repose sur vous d'un soin touchant, celui de » protéger l'enfance abandonnée, de soulager et con- » soler la vieillesse indigente.

» L'unanimité des suffrages s'est réunie sur vous, » ainsi que l'unanimité d'estime et d'attachement. » Plusieurs de vous sont déjà veisés dans cette admi- » nistration, et vous allez continuer ensemble des tra-

» vaux qui vous ont mérité, avec Testime publique, la » reconnaissance de TAdministration municipale. »

Willart est nommé président. Le Barbier, secrétaire et receveur.

Les Administrateurs municipaux s'étant retirés, ceux de THospice nomment pour directeur Crosnier, qui exerçait ces fonctions précédemment. De même, Maury est renommé officier de santé en chef et présente comme internes Bailhastre et Vigne.

Les meubles de Tancienne salle des séances avaient été dispersés; le Bureau demande un tapis sur la table et quelques fauteuils. La population de THospice est alors de 1,951 individus.

A la séance suivante du 26 brumaire, on nomme tous les agents el officiers, entre autres la citoyenne Desmarets, pharmacienne; puis la vie de la maison reprend son train-train : admissions, pensions, bains, enfants trouvés, nourrices, enfants rendus, vénériens, gales, etc.

Cependant, le ravitaillement est toujours difficile. Le Trésorier-payeur général fait toujours des difficultés pour verser les subsides en numéraire, à cause de la pénurie de sa caisse. On confère avec les Administrateurs (le rhospice d'Humanité, aux prises avec les mêmes difficultés, pour s'entendre sur les intérêts mutuels des deux hospices. C'est ainsi que les deux hôpitaux réclament ensemble (18 ventôse an V [8 mars 1797]) les deux représentations k bénéfice du Théàtredes-Arts. On s'appuie, pour cette revendication, sur ce que l'article 8 du contrat de fief des terrains sur les-

— ISS —

quels est construit le Théâtre-des-Arts porte qu'il sera donné chaque année, au profit des deux hôpitaux, deux représentations. L'exécution de cette clause ayant été interrompue pendant le temps que les hospices ont été privés de leurs biens et revenus, et la jouissance leur en étant maintenant rendue, la Commission arrête qu'il sera écrit à TAdministration municipale pour revendiquer le produit de ces deux représentations comme faisant partie du revenu des hospices.

C'est là une faible ressource, de même que celle fournie par la filature du coton qu'on fait venir de Saint-Domingue, et qui est vendu de gré à gré par le Directeur. 11 arrive même un moment où il n'y a plus d'argent pour acheter la matière première, et où on est obligé d'accepter la proposition de Godet, qui fournit le coton, à charge par lui de revendre les filés.

La détresse à la fin de 1796 (P' nivôse an V) paraît atteindre son paroxysme. Le crédit est épuisé; on doit plus de 80,000 francs de numéraire. 11 n'y a plus de pain que pour huit jours. Les habits et le linge, insuffisants, tombent en lambeaux et sont couverts de vermine. 11 n'y a aucuns fonds en caisse pour les dépenses courantes. Meslin et Gontaut sont dépêchés vers les corps administratifs qui joignent leurs eff'orts aux leurs. Le Trésorier-payeur général arrive h promettre 1,000 à 1,200 francs. Pasdeloup, que l'on a chargé de demander 96,000 francs au Corps législatif, écrit de Paris qu'il y a pénurie à la Trésorerie nationale.

On se retourne vers le citoyen Hardy, représentant du peuple, et le Directeur est envoyé, avec Meslin et

Gonlaut, vers la Municipalité, pour lui exposer qu'on en est réduit à ne plus faire d'admissions, pour ne pas augmenter le nombre des malheureux.

Poret, boucher, écrit qu'il cesse toute fourniture si on ne le paye à bref délai de ses avances. On lui envoie 600 francs d'acompte.

Enfin, la Trésorerie accorde 25,000 francs annoncés par Pasdeloup ; mais on ne les tient pas encore. Alors, on demande des grains au département, qui en accorde sur le dépôt d'Amiens. Pasdeloup va pour en chercher 1,200 quintaux; mais comme il n'a pas d argent pour payer le transport, qui est coûteux, il est forcé de revenir les mains vides. Il faudrait l'équivalent de ces grains en numéraire, qui permettrait d'acheter des farines sur place.

D'après le tableau navrant que le Directeur fait de la situation, on manque de tout : vêtements, bois, vin, bière, viande, etc., et on est au fort de l'hiver. Les nourrices non payées rapportent les enfants qu'on leur a confiés. Le Directeur lui-même est envoyé h Paris et remplacé pendant son absence par le Secrétaire.

Entre temps, la religion bannie de l'hospice a commencé à y reparaître. On accorde l'oratoire que les vieillards demandent dans leur réfectoire, en considération de la liberté des cultes et pourvu que l'ordre ne soit pas troublé.

Péniblement, la Conunission administrative de l'Hospice-Général arrive jusqu'en ventôse, où cesse officiellement l'individualité isolée de la maison. Désormais, une seule Commission régira les dqux hôpitaux. Leur

histoire administrative et médicale va se mêler insensiblement. Ils seront les deux principaux établissements de TAssistance publique à Rouen, et notre histoire devrait s'arrêter là si, en dépit des édits, la vie spéciale de THospice-Général ne se continuait pas pendant longtemps encore, tout en perdant de plus en plus de son originalité.

Installation de la nouvelle Commission des hospices civils.

Aujourd'hui, 29 ventôse, an cinquième de la République une et indivisible (20 mars 1797) :

Les citoyens Willart, Gontaut, Bornainville, Lambert et Lachenez-Heude neveu, se sont réunis à 11 heures du matin (v. s.) dans la salle d'administration de THospice-Général, où se sont trouvés les citoyens Crosnier, directeur. Le Barbier, secrétaire provisoire, receveur, Maury, officier de santé en chef de THospice-Général, et Lemoine, secrétaire provisoire, receveur de Thospice d'Humanité.

Le citoyen Bornainville, comme plus ancien d'âge, prend le fauteuil et annonce que cette séance a pour objet l'installation de la Commission administrative des hospices de cette commune, nommée par l'Administration municipale, suivant la délibération du vingtet-un de ce mois, remise sur le bureau, et dont la teneur suit :

« (Extrait du registre des délibérations de TAdmi-

» nistration municipale de la commune de Rouen, * séance du 21 ventôse an V de la République.)

» Un Membre observe que Tordre du jour est des- » tiné à la nomination d'une seule Commission, com- » posée de cinq Membres, pour administrer les hos- » pices de cette commune, conformément à la délibé- » ration du 17 de ce mois.

» L'Administration procède au scrutin. Le dépouil- » lement fait du dit scrutin, il en résulte que les » citoyens Wiliart, Gontaut, Bornainville, Lambert et » Lachenez-Heude neveu, ont réuni la majorité des » suffrages.

» Le Président, au nom de TAdministration, les pro- » clame Membres de la Commission administrative » des hospices de cette commune. (Collationné par le » secrétaire en chef de l'Administration soussigné; » signé : Dumouchel) . »

Les Membres sus-nommés procèdent entre eux, par la voie du scrutin, à l'élection d'un président, aux termes de l'article V" de la loi du 16 vendémiaire dernier.

Le dépouillement fait, il en résulte que le sieur Bornainville réunit la majorité des suffrages et est proclamé président.

On procède par la même voie au choix d'un secrétaire; il résulte du dépouillement que le citoyen Le Barbier est nommé à l'unanimité à cette place.

En exécution de l'article 3 de la loi précitée, la Commission procède à la nomination d'un receveur; à cet effet, le scrutin est ouvert; le résultat du dépouille-

ment donne tous les suffrages au citoyen Lemoyne, qui est nommé à cette place.

La Commission délibère que les citoyens Crosnier, directeur, Maury, officier de santé en chef, Desmarest, pharmacienne, Gamaud, aide-instituteur, Lepeinteur, aide-institutrice, et Perrot, commissionnaire de TAdministration, sont continués dans leurs fonctions à THospice-Général. Le citoyen Crosnier présentera à la prochaine séance la liste des autres agents du même hospice.

La Commission délibère aussi que le citoyen Lemoyne continuera à être chargé de la surveillance intérieure de Thospice d'Humanité.

Le citoyen Roussel, médecin en chef, Laumosnier, chirurgien en chef, Robert, pharmacien en chef, et Le Huile, dépositaire au dit hospice, sont aussi continués dans leurs fonctions. Les autres agents seront nommés sur une liste présentée par le citoyen Lemoyne.

Enfin, la Commission arrête qu'elle tiendra deux séances le même jour, tous les sept jours, à compter du 2 germinal prochain : l'une à dix heures du matin (v. s.), enclave de l'Hospice-Général, pour les affaires de cet établissement; l'autre à cinq heures de relevée (v. s.), enclave de l'hospice d'Humanité, pour les affaires qui le concernent. On continue à tenir deux registres distincts des délibérations.

Dès cette première séance, on écrit à la Municipalité que, à moins d'un prompt secours en argent, cette nouvelle Commission n'a plus qu'à abdiquer en pré-

sence de Télat critique des deux hôpitaux. Voici, en effet, le tableau que Ton retrouve dans les archives nDunicipales à la date du l'*" germinal an V :

Etat des hospices et de leur population.

(Envoi de la Commission nouvellement installée des hospices

civils de Rouen d l'Administration municipale

du canton du même lieu.)

L'Hospice-Général renfernoe :

— 80 enfants au berceau nnourants, entassés les uns sur les autres, aucune nourrice ne se présentant pour s'en charger.

— 590 orphelins des deux sexes couverts de haillons et rongés par la gale et la vermine, à défaut de rechange.

— 522 vieillards aussi des deux sexes. Mêmes observations que pour les enfants.

— 80 militaires vénériens et galeux, et 50 non militaires, dont la guérison ne peut être opérée ou se trouve au moins retardée, Thospice manquant des médicaments qui leur sont nécessaires.

— 120 individus en démence à la chaîne et 100 épileptiques et idiots couchés sur leurs châlits quelquefois sans paille, souvent sans linge, toujours sans vêtements, et ne recevant qu'une nourriture grossière qu'on peut à peine leur fournir.

— 430 caducs paralytiques, cacochymes, incurables, etc., privés pour la plupart des objets de première nécessité et attendant avec impatience le terme de

leurs maux, parce qu'il doit être celui de leurs besoins.

— 300 enfants en nourrice tout nus et journellement rapportés par leurs nourrices à qui le salaire ne peut être payé.

— 52 chefs d'office, d'atelier et agents, parmi lesquels il règne un découragement général causé par la vue continuelle du tableau déchirant de la misère où se trouve Thospice, et par la perspective d'un mal plus grand encore.

— Il faut ajouter 250 femmes, au moins, qui gardent leurs enfants chez elles et qu'on aidait avec un salaire analogue à celui des nourrices.

Il n'y a rien en caisse et il reste au maximum pour huit à quinze jours de provisions quelconques.

Il faudrait 120,000 francs dus aux fournisseurs depuis le V^ vendémiaire et 1,400 francs par jour pour subsister.

Il y a bien 58,000 francs à toucher chez le Trésorierpayeur général pour les deux hospices, mais celui-ci ne peut pas payer, faute de rentrées dans sa caisse.

Les employés ne peuvent être payés. On leur donne parfois quelques acomptes; mais on leur doit jusqu'à six mois de gages.

Bien que le Ministre, après maintes réclamations transmises par la Municipalité et la Préfecture, ait mis à la disposition des hospices civils 363,400 francs, le 9 messidor an V, la détresse continue toujours navrante.

Le Directeur est obligé d'aller à Paris, et Pasdeloup n'en bouge guère. On doit même lui rembourser le

prix de sa valise perdue au bureau des omnibus, et, quand il revient, comme sa place est prise, on le nomme commis à la comptabilité.

Le Directeur ne peut louer les immeubles que pour trois ans, et comme on ne peut réparer les maisons, elles ne trouvent plus preneurs. C est autant de revenu de moins.

Entre temps, la Commission est invitée officiellement à toutes les fêtes républicaines, comme celle du 14 juillet ou celle de la Souveraineté du peuple qui tombe le 30 ventôse. On délègue à celte dernière deux vieillards de quatre-vingt-trois et quatre-vingt-un ans, Joseph Decaux et Nicolas Carpentier, et quatre garçons de riiospice sont chargés d orner de guirlandes la porte de l'asile des vieillards qui doivent représenter le peuple. Le 30 brumaire an VI, c'est la pompe funèbre de Hoche. Le 10 germinal vient la fête de la Jeunesse, et le dernier décadi du même mois, la fête des Epoux.

A la fête de la Reconnaissance, du 10 floréal an VII, la Municipalité se propose de faire figurer douze septuagénaires tenant chacun par la main un orphelin de sept à dix ans. Il y a aussi la fête de la Liberté, celle des Vieillards au 10 fructidor et lanniversaire du 18 fructidor.

L'Administration met, en floréal an V, douze hommes de THospice-Général à la disposition de la Municipalité, et moyennant paiement de 600 livres par an, pour parcourir chacun un quartier avec une sonnette et rappeler aux habitants de balayer devant leurs maisons.

On confie le plus possible d'enfants aux industriels de la région, entre autres aux Lemaître, de Bolbec.

La journée des militaires donne longtemps lieu à des échanges de lettres entre Administrations. D'abord calculée à 1 1. 12 s. 11 d., elle est fixée en pluviôse à 2 fr. 13. Le Ministre ne consent jamais à traiter sur cette base et prétend ne payer que 1 franc. Il ne paie même pas du tout pendant des mois et accorde des acomptes en Tan V et Tan VI.

Au reste, on est plus que jamais en période de transformation. A chaque demande de secours, la Préfecture ou le Ministère exige des états en double ou triple expédition et les renvoie fréquemment pour quelque vice de forme. En floréal an VI, le Ministère doit plus de 40,000 francs pour le traitement des militaires à THospice-Général , et il n'envoie pas un sou. Aussi n'a-t-on pas même de linge à leur donner, et à l'Officier de santé inspecteur qui se plaint, on ne peut qu'exposer la situation.

Les deux Hôpitaux finissent par s'entendre pour mettre en commun le peu de subsides qu'ils peuvent recevoir, afin de s'en servir au mieux des intérêts de chacun au moment présent ( octobre 1797). C'est une tentative de budget unique.

Le théâtre recommence à fournir sa contribution annuelle à partir du 8 nivôse an VI par une représentation spéciale. Le droit des pauvres, fixé au vingtième de la recette, produit au 30 ventôse an VI 1,112 fr. 71.

Pendant cet an VI (1798-99), les réclamations à la Municipalité continuent. Il y a 2,300 individus à entre-

tenir dans la maison, et la pénurie de linge est extrême. Il n'existe plus de crédit. Il faut de suite 8,500 francs pour les besoins de la décade du 11 prairial : 4,000 livres de viande, 1,600 fr.; 50 sacs de farine, 2,450 fr.; 4,000 œufs, 150 fr.; 100 douzaines de fromages, 350 fr.; 5 barils d'huile à brûler, 400 fr.; 50 cordes de bois, 2,650 fr.; 1,200 paires de sabots, 600 fr.; 200 couvertures à blanchir, 300 fr. Le département répond en demandant des statistiques, et le 18 messidor le citoyen Lelièvre, président de l'Administration municipale, vient faire l'inspection des locaux.

Le prix du pain est alors de 11 centimes la livre, et celui de la viande de 42 centimes. En vendémiaire an Vil, on achète 13,000 boisseaux de pommes (treize pour douze ) à Léry, au citoyen Le Rat , pour 80 centimes le boisseau. La corde de hêtre se paie 54 francs.

Le chef de l'état- major de l'armée d'Angleterre demande la liste des jeunes gens de l'Hospice capables de servir dans l'armée ou la marine. C'est à cette même époque que Vigne ouvre son cours d'anatomie, auquel, le 3 frimaire, assiste tout le Bureau.

La vie continue toujours précaire, et les secours que Ton reçoit d'une façon irrégulière et par petits paquets sont insuffisants. La Commission administrative, dont le mandat a été renouvelé à l'unanimité par la Municipalité, excédée d'être obligée d'intercéder constamment et de tous côtés , incapable d'assurer le service dont on l'a chargée, donne sa démission en bloc le 21 frimaire an VII. Le département envoie aussitôt 10,000 francs pour les deux Hospices. Il y en a à peine

pour huit jours. La Commission persiste dans sa résolution. C'est alors que, le 4 nivôse, la Municipalité et le Commissaire du Directoire exécutif présentent au déparlement un projet de taxe départementale et municipale destinée à subvenir aux besoins des Hospices et autres établissements de bienfaisance. Enfin, la Commission accepte de rester , mais à titre de Commission temporaire non responsable des événements qui pourraient résulter du défaut de fonds. L'argent arrive par petits envois de 10 à 15,000 francs, et chaque fois avec une demande d'états détaillés.

Bornainville se retire et est remplacé par Bourgeois, de la rue aux Ours ; Villart, nommé régisseur de l'Octroi , est remplacé par Delarue neveu ; Lambert est nommé président.

Les biens vendus au profit de la République, et dont le revenu était de 49,254 fr. 65 , seront remplacés par des recettes équivalentes. En l'an VIII apparaissent les bons d'octroi, autorisés par la Municipalité. C'est le début de la subvention municipale. Les besoins sont alors, pour une décade, de 12,000 francs pour l'Hospice- Général , et de 3,000 francs pour l'hospice d'Humanité. La loi du b vendémiaire an VIII ordonne le prélèvement sur les contributions directes pour le service courant et l'arriéré des Hospices.

Directeur-Secrétaire. — Le directeur Crosnier étant décédé le 22 brumaire an VIII (10 novembre 1799), on met les scellés sur son armoire et on arrête tous ses registres. Le registre des délibérations porte mention

de l'hommage rendu h ses rares talents d'administrateur. Il n'est pas remplacé. Par économie, sa place est réunie à celle de Secrétaire de la Commission, tenue par Lebarbier (26 brumaire an VIII [18 novembre 1799]).

Afin d'augmenter les ressources, car les fonds accordés arrivent toujours difficilement, la Commission administrative imagine d'insérer dans les journaux un appel h la charité publique. La Municipalité autorise le placement de troncs dans les halles, les temples publics , chez les négociants , dans les Bourses couvertes ou non, partout enfin où il en existait autrefois. Les personnes qui ont des anciens troncs sont priées d'en informer le Directeur (nivôse an VIII).

Quelques personnes charitables envoient des secours destinés aux nourrices afin d'augmenter leur zèle à soigner les orphelins. Puis des aumônes sont données : 24 francs et 200 livres de pain , parce qu'on a envoyé dix-huit jeunes filles aux obsèques du citoyen Belleville et huit hommes à ceux de la veuve Féron. C'est le retour aux traditions anciennes qui dataient des origines du Bureau. C'est encore une tradition, que le placement des enfants chez les manufacturiers, comme celui de trente jeunes filles chez Pavie, qui devra leur donner, après six ans, un petit trousseau. Il y a des envois curieux, comme celui d'un lièvre qu'un inconnu avait déposé chez M. Thieulin, président de la Cour d'appel.

Réouverture de V église. — Le citoyen Le Blanc-

Beaulieu, évêque métropolitain de Rouen, vient à la séance du 18 ventôse de Tan VIII et demande la réouverture de Téglise au culte catholique, en faisant valoir les avantages au point de vue moralité et consolation. Cette demande est prise aussitôt en considération. On accorde encore à TEvêque douze vieillards pour le lavement des pieds à la (Cathédrale, et il promet de leur donner une aumône.

L'église est ouverte au culte le 3 prairial an IX (24 mai 1801). Le citoyen Josse, ancien chapelain et prêtre soumissionnaire, est rétabli dans ses fonctions. En germinal , le Maire autorise de prendre Torgue de Saint-Nicolas. Le chapelain rapporte les objets du culte. Ils sont, d'ailleurs, peu fastueux, et plusieurs sont en fer-blanc d'Angleterre. Enfin, le 22 vendémiaire an X, Taccès de la chapelle par la ville est rétabli. Le groupe du portail est gracieusement restauré par Lemoine, peintre. L'Administration est invitée par le Préfet à l'installation de l'archevêque Cambacérès, le 6 prairial an X, et celui-ci est nommé par les Consuls, le 24 vendémiaire, membre du Conseil des Hospices de Rouen.

Dans le même ordre de faits, le christ est replacé dans la salle des audiences. On rétablit à l'angle du bâtiment n*" I la plaque de marbre commémorant les bienfaits de M. de Germont. Les religieuses sont rappelées le 17 février 1803, et Pasdeloup, Samson, Ouin et Buchy, employés, sont obligés de déménager en ville pour leur faire de la place dans la maison , pendant que les offîcières laïques qui avaient remplacé les religieuses donnent leur démission Tune après l'autre.

On nomme un second chapelain : Vienne, pour aider Josse, qui a trop à faire. La nourriture des chapelains est ainsi fixée : midi, soupe, bouilli, entrée; le soir, rôti; les jours maigres, légume et poisson, une livre et demie de pain, un pot de cidre et une demi-bouteille de vin. Le premier reçoit 400 fr., et le second 300 fr. par an. Puis on leur accorde un lutrin en fer.

Un décret impérial du 3 vendémiaire an XIII autorise l'exercice du culte dans les oratoires des deux Hospices. Le 19 brumaire, on chante un Te Deum auquel TAdministration est invitée par le chapelain Josse. L'éclipsé du culte est bien finie, au point qu'en 1814 les valides sont tenus d'assister aux offices des dimanches et fêtes.

C'est à la fin de 1799, de nivôse an VIII, que paraît dater le début de l'organisation, si longtemps attendue, des finances des hôpitaux de Rouen. De cette époque existe une lettre de l'Administration centrale du département annonçant que l'Etat s'occupe d'améliorer la situation des Hôpitaux. Leurs dettes énormes seront payées par acomptes, et leur avenir assuré. Les recettes actuelles doivent être employées exclusivement aux dépenses de l'an VIII, et il importe de régulariser tous les papiers.

C'est au Préfet que Ton devra s'adresser dorénavant pour les Hospices, et non plus au Ministre. Une partie de l'Octroi est affectée à leurs besoins sous le nom d'Octroi de bienfaisance; c'est un retour au principe antérieur du droit de pied-fourché et du droit sur les boissons que l'Hospice percevait directement par

ses agents. On envoie de la Préfecture des bons sur cet Octroi et une certaine quantité de numéraire. En messidor de l'an IX { 1801 ) , le Préfet adresse ainsi 19,753 francs en numéraire et 20,000 francs de bons. Le mois suivant, ce sont des mandats destinés à solder les dettes arriérées pour 723,652 fr. 98 d'une part, el 105,043 francs d'autre part, pour les enfants abandonnés.

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^^^mm^mi

Plak VI, — Fragment d'un plan de Rouen de 1i^l7,

dressé par Héliot et Boutigny, sous ta direction de Lfifosse, architecte.

Le territoire alors occupé par l'Hospice a été ombré.

Peu à peu, le budget de l'Hospice-Général va entrer ainsi dans le budget du Département et de la Ville de façon à y occuper la place qu'il y tient maintenant. Cependant cela ne paraît pas avoir été sans à-coups.

Ainsi, à propos du budget de la Ville de 1807, le Ministre écrit qu'il nadrnet pas que les secours à accorder aux Hôpilaux sur TOctroi dépassent 500,000 francs. Le Maire en informe la Commission, qui en prend acte en protestant contre l'insuffisance de ce chiffre dans Tétat actuel .

Pendant cette période d'organisation, Lambert, président de la Commission des Hôpitaux, ex-directeur de la Monnaie, avait refusé la place d'Adjoint au Maire, afin de rester à la tête des Hospices, alors très obérés.

A côté des Hospices existaient déjà des Bureaux de bienfaisance qui rendaient de grands services.

La Commission administrative se compose, en Tan XI (1803), de Defontenay, maire, Bourgeois le jeune, Garvey l'aîné, Aviat, Dassonvillers, Dupont-Boisjouvin. A cette époque, le Ministre de l'Intérieur Chaptal vint à Rouen et visita l'Hôtel-Dieu. Il se plaignit du trop grand nombre d'assistés dans la ville, goûta le bouillon et le vin, et promit de s'employer à faire réussir une demande de 100,000 francs de linge qu*on lui exposa.

Le 18 brumaire de cet an XI, la Commission se rend à la Préfecture pour être présentée au premier Consul, et lui demande aide pour ses administrés. Bonaparte répond qu'il ne devrait y avoir que 2,000 individus dans les Hôpitaux, puisqu'à Paris il n'y en avait que 18,000 pour 900,000 âmes. On lui fait observer que le pourcentage plus élevé à Rouen tient à sa situation de ville manufacturière, et que les étrangers y affluent des autres villes du département; aussi a-t-on un

arriéré de plus de 900,000 francs pour lequel on a bien deux ordonnances sur le département de la Seine- Inférieure et celui du Morbihan, mais qu'on n'arrive pas à toucher. Le premier Consul consent à promettre un secours pour le linge.

Le 13 prairial de Tan XII (3 juin 1804), sur l'invitation du Maire, la Commission et les principaux agents vont à THôtel-de- Ville prêter serment à TEmpereur.

Un décret impérial du 7 germinal an XIII ordonnant que les Administrateurs des Hospices soient renouvelés par cinquième chaque année, on fait tirer au sort par un orphelin le nom d'un membre sortant. C'est Garvey, qui est remplacé sur une liste de cinq candidats par Méry de Bellegarde. Puis, les années suivantes Dupont-Boisjouvin cède la place à Rabasse, Aviat à Manoury (13 janvier 1808), Bourgeois à Le Brument (1809), Dassonvillers à Duvergier le jeune, Méry de Bellegarde à Garvey le jeune (1810), Rabasse à M. de Germiny (1811), Manoury à de Martainville (1812), etc.

Les dates du calendrier Grégorien reparaissent, dans le registre plumitif des délibérations, à partir du 1*' janvier 1806.

On trouve, vers la fin du premier Empire, trace dans les registres de l'Hospice-Général du besoin d'hommes dont Bonaparte fil une si effroyable consommation. En 181 1, le Préfet demande état des enfants qui ont atteint quinze ans au P'' juillet. Il s'en trouve trente-trois, destinés au recrutement des pupilles. En 1813, le Maire demande la liste des jeunes gens de

dix-neuf à trente-deux ans, devant faire partie de la levée de 300,000 hommes.

Le 19 avril 1814, visite à THospi ce-Général de Son Altesse royale le duc de Berry, que le Président assure du dévouement sans bornes des Administrateurs. « Leurs Hospices, jadis l'asile de la pauvreté et de la vieillesse valitudinaire, se sont vus, par le malheur des tempk, tranformés en hôpitaux militaires. Le retour de Tauguste famille des Bourbons va nous rendre la paix et le bonheur. » (Brument, président; de Martainville, de Germiny, Garvey, membres.) Sa Majesté accorde la décoration du lys aux Administrateurs et h TOfflcier de santé, en récompense des soins donnés aux militaires blessés, et le 13 octobre on se rend à THôtelde- Ville pour prêter serment de fidélité au Roi. En même temps, on lui envoie une supplique pour lui exposer que les militaires blessés ont endetté le Bureau de 796,068 fr. 21.

Peu à peu les finances s'organisent, et l'Hospice approche du moment où il va sortir du perpétuel provisoire dans lequel il a vécu jusqu'alors. En 1816, le département prend à sa charge le chapitre des enfants trouvés et inscrit de ce fait à son budget 133,730 francs, indépendamment d'une autre somme de 300,000 francs, qui devra être répartie proporlionnellement sur les budgets des communes.

L'année suivante, en 1817, l'Administration demande qu'on lui accorde une augmentation sur les ressources de l'Octroi pour combler un déficit de 234,652 francs. On s'adresse au Préfet, qui répond qu'il veut bien aider

pour les enfants abandonnés qui sont à la charge des communes, mais que le reste regarde la Municipalité. Après un échange de lettres multiples entre la Préfecture, la Mairie et le Bureau de THospice-Général, envoi de circulaires, de modèles, d'états à fournir, etc., grâce surtout, semble-t-il, au zèle des bureaux de la Préfecture, l'organisation actuelle s'ébauche, c'est-à-dire que le budget de l'Hospice-Général et celui de l 'Hôtel- Dieu rentrent dans le budget de la Ville, qui se charge après épuration, si c'est nécessaire, de combler le déficit annuel.

Entre temps, les Administrateurs se sont succédé : Ribard a démissionné en 1814 ; Pinel remplace Duver-r gier (1815); Faucon remplace Garvey (1816).

Cette même année 1816, Le Barbier, directeur depuis la Révolution, est nïis en demeure de donner sa démission {V mai). On en trouve seulement l'explication dans le registre de 1819, l'inscription en ayant été retardée jusque-là par égard pour sa famille. Sa gestion avait soulevé des plaintes. Il aurait laissé se commettre dans l'Hôpital des désordres et des abus de toute espèce dont il aurait profité et qui soulevaient l'opinion publique. Cependant, les griefs ne sont pas très nets, et il semble bien que la politique de réaction du Bureau actuel, que préside le marquis de Martainville, contre un agent de la Révolution, y soit pour quelque chose. On accuse Le Barbier d'étaler un luxe qui est l'objet de la censure universelle. Il fréquente habituellement le théâtre et ne donne aucun exemple de piété ! La seule accusation précise est qu'il

paraît avoir fait réédifier une maison qu'il possède rue de l'Épée aux dépens des pauvres, avec des matériaux de THospice-Général et des ouvriersde l'Administration. * On ne peut continuer à lui confier un poste qui nécessite Testime publique. II y a des débauches infâmes dans l'Hôpital. Le temps est passé où on inculquait comme seule morale aux enfants de l'Hôpital qu'ils devaient suivre exactement les principes de la loi naturelle. La pureté de la morale religieuse de nos pères doit enfin triompher de la philosophie pernicieuse du dernier siècle; c'est le premier souci de la Commission. »

La lecture de cette sentence fut faite par M. de Martainville à Le Barbier qui, après avoir été Secrétaire pendant vingt-et-un ans et Directeur pendant seize, donna aussitôt sa démission sous prétexte de santé.

En 1831, comme il était âgé de soixante-dix ans et tombé dans la misère, la Commission d'alors lui accorda une pension de 1,200 francs.

Il fut remplacé par Le Grand, qui fut nommé directeur provisoire avec Maraine comme adjoint. En 1819, les fonctions de Secrétaire de la Commission administrative et celles de Directeur deTHospice-Général furent disjointes comme étant trop lourdes pour un seul agent. Le Grand resta directeur chargé de surveiller la totalité des services de l'Hospice, et Maraine nommé secrétaire chargé de tout ce qui se rapportait à Taduiinistration des deux Hôpitaux.

Parmi les petits faits qui peuvent offrir quelque

intérêt documentaire pendant cette période, il convient de signaler une recette de 186 fr. 43, qui fut versée à la caisse des Hospices le 25 mars 1816. C'était le produit d'une rétribution que MM. Jouffroy el Andriel, administrateurs de la navigation accélérée, avaient établie au profit des pauvres pour tous ceux que la curiosité portait à visiter le bateau à vapeur V « Elise » sur lequel ils étaient arrivés à Rouen.

Rémy Taillefesse succède à M. de Germiny comme membre et président de la Commission administrative. Son installation eut lieu le 23 juillet 1817, en présence du maire Ribard qui, suivant Tusage de Tépoque, et comme Rémy Taillefesse Tavail fait lui-même Tannée précédente à 1 installation du chirurgien Lamauve, prononça un discours pompeux. Après avoir loué longuement les vertus dos Membres de la Commission en général, il ajoute :

« La personne qui doit remplacer M. de Germiny » au milieu de vous, Messieurs, et que j'ai Thonneur * de vous présenter en ce moment, se recommande » non seulement par ses qualités personnelles, mais » par des circonstances toutes particulières et bien j> rares dans la carrière administrative, car c'est le plus 9 souvent par le service des pauvres qu on y débute, » et c'était même autrefois le premier degré, comme » le noviciat des fonctions municipales. M. Rémy, au » contraire, vient aujourd'hui couronner par cette » bonne œuvre une vie consacrée tout entière à la » chose publique. C'est après vingt années d'adminisâ tration, c'est après avoir souvent tenu d'une main

» habile et ferme le timon des affaires et exercé les » fondions de Maire dans des temps difficiles, qu'il » veut bien ajourner un repos qui lui était si juste- » ment acquis et faire à la patrie, dans la personne * des pauvres, un dernier sacrifice.

» Rendons hommages, Messieurs, à ce généreux » dévouement, et félicitons TAdministration du pré- » cieux avantage qu'elle va en recueillir. Expérience, » sagesse, connaissances profondes, voilà le tribut » que lui apporte votre nouveau collègue. Je me » trouve heureux de pouvoir lui payer ici le tribut de » la reconnaissance publique pour les services qu'il a » rendus et pour ceux qu'il va rendre encore. Mais ils » ne seront pas perdus pour lui. J'en appelle à vous, » Messieurs, et je vous prends à témoin des douces » jouissances et des ineffables consolations qu'un » Administrateur des pauvres trouve dans l'accomplis- » sèment de ses devoirs. »

Même cérémonie en 1818 pour l'installation de M. de Vallory , nouveau membre , avec discours d'Elie Lefebvre, maire de Rouen.

Chaque jour voit disparaître les traces de la Révolution. En 1820, l'école des garçons de l'Hospice est de nouveau confiée aux frères des Ecoles chrétiennes. L'Archevêque intervient en faveur des chapelains dont l'ancien logement est occupé par le chirurgien Lamauve, et pour lesquels on acquiert d'un sieur Dupas une maison avec jardin.

La vie de l'Hospice-Général continue dorénavant assez calme au point de vue purement administratif.

L'équilibre du budget est assuré par le budget municipal. C'est là la principale question. Il ne reste plus à signaler ^pour le cours du xix^ siècle que les changements dans le personnel des agents ou dans la composition de la Commission, citations nécessairement assez arides.

Les Administrateurs nommés chaque année en renouvellement se succèdent dans Tordre suivant : 1820, Pain d'Etancourt; 1821, Elie Lefebvre; 1821, Faucon; 1823, vicomte de Rafïetot; 1824, Delaunay; 1825, André Chapais; 1826, Caumont; 1827, Lequesnel; 1828, Duvergier ; 1829, Tuvache ; 1830, Le Picard; 1832, Pinel; 1833, Legris de la Chaise; 1834, de la Prévôtière; 1835, Cosserat et Bouctot; 1836, Le Picard, qui démissionne ; 1838, Prat et Lemire ; 1839, Le Tendre de Tourville et Le Picard; 1840, Le Taillandier.

Le directeur Legrand fut révoqué le 30 décembre 1823 et remplacé provisoirement par Maraine jusqu'à l'année suivante, où Vauthier fut nommé sous le nom d'Agent de surveillance au traitement de 3,600 francs. Ce fut enfin Gervais qui lui succéda et faisait fonctions de Directeur au moment où cesse notre histoire de l'Hospice-Général et où commence la période contemporaine.

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