‹ Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec [microforme]Chapitre 10 sur 86 · Balzac · texte numérisé non relu

Balzac

la cour et dirigeait ses pas vers le monastère des Carmélites de Paris, pour aller respirer le parfum d'amour céleste qui s’exhalait à travers les grilles. Elle se persuada que Dieu l’appelait à la vie religieuse, et un matin, l’on apprit que Madame de Combalet était entrée au noviciat du Carmel.

Longtemps après, Fléchier, prêchant sur la tombe de la duchesse d’Aiguillon, dans l’église de ce même monastère où elle avait demandé de reposer après sa mort, n’ayant pu y reposer pendant sa vie, rappelait ce souvenir aux anciennes religieuses qui l'avaient vue ageno”illée à côté d'elles dans ces mêmes stalles d'où elles entendaient son éloge funèbre.

“ Vierges de Jésus-Christ devant qui je parle, disait-il, s’il en est encore parmi vous qui aient porté la croix depuis si longtemps, et vieilli saintement sous le joug de l'Evangile, vous l'avez vu, sinon vous l'avez appris, qu'avec des ailes de colombe elle vola sur le Carmel, pour y mener, comme vous, au pied des autels, une vie austère et pénitente, et pour cacher une gloire importune qui la suivait, sous le même voile dont on l’a vue couverte après sa mort. Je vois au travers de ces grilles ce chœur où elle a chanté tant de fois les cantiques de Sion ; ces oratoires où elle a pleuré ses péchés, et passé tant de jours et de nuits dans la contemplation des choses célestes ; ce cloître où elle a répandu l'odeur de tant de vertus, qui y sont encore

comme vivantes ; et, pour recueillir tout ensemble, ce -:onastère qu’elle a soutenu par ses libéralités,t : elle a édifié par ses exemples.” :

Le cardin»i de Richelieu et sa famille s’ opposèrent vivement à l'entrée de Madame de Combalet en religion. Elle serait cependant 4emeurée sourde à leurs réclamations, si sa complexion trop délicate n’eût fléchi sous les effrayantes austérités de la rèsle de sainte Thérèse. Elle se vit donc forcée de reprendre les chaînes du siècle qu’elle avait quittées avec tant d'’allégresse, Mais quelles larmes ne versa-t-elle pas sur le seuil de cette chère retraite où elle avait esr éré finir ses jours ? “ Combien de fois tournat-elle ses tristes regards vers l’autel d’où l’on venait de l’arracher, renfermant dans son cœur sa vocation tout entière, et se faisant au milieu d'elle-même une solitude intérieure et secrète, où le monde ne püt la troubler ? ”

Dieu ne lui en demondait pas davantage ; ou plutôt il l’appelait à une vocation différente, mais non moins fructueuse ‘“ C'était, assez que la victime se présentât devant l’autel. Son sacrifice fut agréable quoiqu'il ne fût pas accepté. Celui qui sonde les cœurs, et qui voit nos volontés dans le fond de l’âme, se contenta de ce désir qu'il avait lui-même inspiré, et ne permit pas qu'on laissât dans une étroite et sombre retraite

1. Fléchier dit dans un autre endroit qu'elle en a été la *“ seconde fondatrice.”

celle dont les exemplesdevaient être si éclatants, et dont la charité devait s'étendre jusqu'aux extrémités de la terre.”’

Rentrée dans le monde, Madame de Combalet ne songea plus qu'à se dévouer aux œuvres de piété et de charité. Elle devint la dispensatrice des libéralités et des aumônes de son oncle.

Celui-ci, pour lui donner une marque éclatante de son estime et de son affection, lui fit présent du duché d’Aiguillon et l’en fitrecevoir duchesse et paire. : Elle n’en profita que pour augmenter ses aumônes, fonder des hôpitaux, des asiles, adoucir le sort des prisonniers, racheter des esclaves, établir des missions en France et dans les pays étrangers. Elle fut la principale fondatrice du grand hôpital de Paris. Mais ce fut surtout à la suite de la famine qui désola quelques-unes des provinces de France, déjà ravagées par la guerre, qu’elle se surpassa elle-même. ‘ Sa charité, dit son panégyriste, comme un fleuve sorti d’une source vive et abondante, et grossi de quelques ruisseaux étrangers, rompit ses bords, et s'épandit sur tant de terres wiides. Unissant à ses aumômes celles qu’elle avait soilicitées et recueillies, elle fit couler dans ces . provinces désolées un secours de trois à quatre cent mille livres.” Son ingénieuse et infatigable charité n’attendait pas même le cri du malheur pour le secourir ; elle allait elle-même au-devant

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