En 1638. Diclionnare Hislorique
du pauvre et du délaissé, pénétrant dans ‘“ ces tristes demeures où se retirent la misère et la pauvreté, où se présentent tant d'images de morts et de maladies différentes, recueillant les soupirs des uns, animant les autres à la patience, laissant à tous des fruits abondants de sa piété.” Elle savait découvrir jusqu'à ‘‘ ces lieux sombres et retirés, où la honte tient tant de langueurs et de nécessités cachées, versant à propos des bénédictions secrètes sur des familles désespérées qu'une sainte curiosité lui faisait découvrir pour les soulager”
Mais de toutes ses œuvres de charité, celle qu’elle chérissait avec plus de prédilection, pour laquelle étaient réservées ses largesses les plus abondantes, était l’œuvre des missions. Le saint directeur qu’elle s'était choisi, lui avait inspiré une véritable passion pour le salut des âmes, cet enthousiasme de l’apostolat, dont nous arons dit quelques-unes des merveilles. On n’en sera pas surpris en apprenant le nom de cet ange conducteur de la duchesse d’Aïguillon : c'était cet admirable Vincent de Paul, dont la sublime figure se rencontre à l’avenue de toutes les œuvres de sainteté et de charité de cette époque. Au contact de l’âme brûlante du saint apôtre, la flamme évangélique s'était allumée au cœur de notre pieuse duchesse. Elle n'avait plus de pensées, de soupirs que pour l'extension du règne de Jésus-Christ. Son imagination se transportait sans cesse au-delà des mers, parmi “es peuples
infortunés qui gémissaient dans les ténèbres et dans les ombres de la mort; on l’entendait s’écrier dans ses ferventes oraisons : ‘“ Seigneur, que votre nom soit sanctifié parmi ces nations infidèles ! ”
Aussi n’épargnait-elle rien pour préparer les voies aux hommes apostoliques qui allaient conquérir de nouveaux héritages à Jésus-Christ. Le palais de la duchesse était le centre de la charité d'où psrtaient les secours qui alimentaient ces lointaines missions. Elle équipa presqu'entièrement à ses frais un navire pour faire parvenir en Chine, avec des missionnaires, d'immenses aumônes aux églises naissantes de cette contrée. Malheureusement le vaisseau qui les portait périt en mer. Dans une autre circonstance, elle engagea par contrat, en un seul jour, cent-quatrevingt mille livres de fonds, parce qu’on lui avait donné l'espérance que dix mille livres de rente seraient un moyen efficace qui ferait rentrer dans le bercaïl de l'Eglise un grand nombre d’âmes égarées.
En un mot, se retranchant tout superflu, vivant dans la plusstricte simplicité, avare pour elle-même, afin d'être prodigue pour Jésus- Christ, notre sainte veuve était l'image vivante de cette femme forte de l’Ecriture, ‘ plus précieuse que les perles qui viennent des extrémités de la terre,” et que le sage nous montre ayant toujours le cœur et la main ouverts pour répandre les bienfaits.
Tels étaient le caractère et l’âme de Marie- Madeleine de Wignerod, duchesse d’Aiguillon, paire de France, que Dieu choisit pour être la fondatrice de l'Hôtel-Dieu de Québec, et dont le souvenir brille aujourd’hui, comme une pure et céleste apparition, parmi ce groupe de femmes héroïques, anges de lumière et d'amour, qui veillent autour du berceau de notre jeune histoire.