‹ Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec [microforme]Chapitre 9 sur 86 · Fléchier : Oraison funèbre de la duchesse d'Aiguillon · texte numérisé non relu

Fléchier : Oraison funèbre de la duchesse d'Aiguillon

fit discerner le vrai du faux, le vil d'avec le précieux, cette grandeur d'âme qui la soutint également dans la bonne et la mauvaise fortune, cette tendresse et cette compassion qui la rendirent sensible à toutes les misères connues, et cette attention perpétuelle qu’elle eut à rendre aux uns tout ce qu’elle leur devait, et à faire aux autres tout le bien dont elle s’estimait capable.

‘ Ces vertus qui sont le fruit de l’expérience et d’une longue réflexion dans les personnes ordinaires, étaient, ce semble, le fond de l'esprit et du tempéramment de celle-ci.”

La faveur inouïe dont commençait à jouir le cardinal de Richelieu devait naturellement rejaillir sur sa nièce. Elle fut appelée à la cour et nommée dame d’atours de Marie de Médicis. Le cardinal eut toujours pour sa nièce une singulière affection, parce qu’elle avait comme lui l'âme noble et généreuse, l'intelligence des grandes et belles choses, le sens et le goût des arts. Il lui fit épouser un des premiers partis de la cour, Antoine de Beauvoir du Roure de Combalet, neveu du connétable de Combalet. Cette alliance fut de courte durée, car Antoine de Beauvoir, jeune et bouillant de courage, après s'être couvert de gloire à l’armée, se fit tuer sous les murs de Montpellier en 1622. Cette mort inopinée fit au cœur de la jeune veuve une blessure qui ne se ferma plus. Ce deuil acheva de la désabuser du monde et deses fragiles et éphémères félicités.

“C'est vous, mon Dieu, s’écrie l’évêque de Nîmes en racontant cette mort, qui pour attirer à vous seul les désirs et les affections de cette âme choisie, rompiez ces liens aussitôt qu'ils étaient formés, et mêlant * ces premières douceurs des amertumes salutaires, l’accoutumiez à ne s'attacher qu’à votre souveraine grandeur, et à votre immuable vérité.”

Richelieu, ‘“ cet esprit, dit un de ses contemporains, : à qui Dieu n'avait point donné de bornes,” étreignait alors de ses puissantes mains le sceptre de Louis XIII. Roi par le génie, Richelieu en avait le pouvoir, n’en laissant que l'ombre à celui qu'il appelait son Maitre, et qu'il tint, pendant dix-huit ans, sous sa main, par l'irrésistible fascination de son intelligence, et par l’ascendant de sa volonté.

Quels rêves d’ambition ne pouvait pas former et réaliser la nièce de ce grand ministre, qui joignait à cet avantage tous les dons extérieurs, “lo beauté, la douceur, la sagesse, toutes les grâces du corps et de l'esprit,” et dont l'influence surpassait celle de la reine elle-même ? Mais son âme s'était éprise d’une autre passion. Dédaignant toutes les dignités d’un grand royaume, elle ne soupirait qu'après l'éloignement du monde et la retraite. Ses regards se tournaient sans cesse vers les douces et paisibles solitudes du cloitre ; souvent elle s’échappait furtivement de

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