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CHAPITRE SIXIÈME

Québec mis en état de siège par les Iroquois—Aventures de deux prisonniers—La sauvagesse Marguerite.

L'année 1660 est la date la plus critique de nos annales. Harcelés sans cesse par les Iroquois, les colons en étaient réduits à se demander s’il ne valait pas mieux s’en retourner en France et abandonner complétement le pays à cet ennemi insaisissable.

Il s'était répandu sur tout le parcours du fleuve, pillant ou brûlant toutes les habitations qu'il pouvait surprendre, massacrant ou faisant prisonnier un grand nombre de Français et de sauvages alliés.

Quelque temps auparavant, une de leurs bandes avait fait une descente dans l'Ile d'Orléans, où elle était tombée à l'iraproviste sur une bourgade huronne dont elle avai exterminé

une partie et trainé une autre en captivité. Les débris infortunés de cette bourgade étaient accourus tout épouvantés se réfugier à Québec. Quelques prisonniers iroquois amenés au fort Saint-Louis avaient déclaré que l'intention de leurs chefs était de s'emparer de Québec et d’anéantir tout le reste de la colonie. Un des projets de cette expédition qu'ils caressaient depuis longtemps était, disait-on d'enlever les Filles-Vierges. Toute la population était plongée dans l’effroi et la consternation : les plus calmes ne pouvaient se défendre d’un sentiment de stupeur à la vue des faibles moyens qu'on avait à opposer aux ennemis. Le danger paraissait si imminent que le gouverneur, M. le comte d'Argenson et l'évêque de Québec jugèrent, après avoir pris conseil des anciens du pays, que les religieuses n'étaient plus en sûreté dans leur monastère. Elles reçurent l'ordre de se réfugier chez les Pères Jésuites, où un corps-de-logis leur fut assigné.

“ Comme on croyait que le danger n’était que pour la nuit, nous sortions de chez nous tous les soirs ayant le coucher du soleil, et nous revenions tous les matins quand il était grand jour.

“ Il ne restait à notre maison que trois ou quatre religieuses, tant pour avoir soin de quelques malades qui étaient dans l’hôpital que pour empêcher les désordres qui auraient pu arriver dans un couvent abandonné. Mais pour la sûreté de celles qui s’exposaient ainsi au péril,

M. le gouverneur fit faire la garde toutes les nuits autour de notre monastère pour arrêter les Iroquois. Les sentinelles criaient à tout moment ici comme par toute la ville : qui va là. Et cette précaution fut si utile que l’on apprit par les Iroquois que l'on fit prisonnier quelque temps après, que cela seul les avaient empêchés de mettre le feu aux maisons de Québec, parce qu'ils voyaient bien que nous étions sur nos gardes et qu'ils ne pouvaient nous surprendre.

“ Ce qui nous afiligeait encore plus sensiblement, c'est que, durant quelques jours, on nous ôta le Saint-Sacrernent, dont la présence nous rassurait et nous consolait au milieu de toutes ces calamités.”

Pendant ces jours d'alarme, la mère de Saint- Augustin déploya un courage et une sérénité d'âme qui étonnèrent même les soldats, et qui contribuèrent puissamment à rassurer le reste de la communauté. Comme la mère de l’Incarnation aux Ursulines, la mère de Saint-Augustin réclama le privilège d’exposer sa vie pour ses sœurs en faisant l'office de gardienne de nuit dans l’Hôtel-Dieu.

“ Nous sommes entre la vie et la mort, écrivait-elle, quelque temps auparavant. Il n’y a personne qui soit assuré d’être garanti de la fureur de ces barbares. Tout cela, je vous assure, ne me fait aucune peur. Je sens mon cœur disposé à faire et à souffrir tout ce qu’il plaira à mon bon Maître de m'envoyer. Il connaît mes

forces, et je crois qu'il ne permettra rien que pour le mieux.

“ On vous demande pour l'an prochain un nouveau secours de Bayeux, quelques filles choisies. Je vous prie au nom de Dieu, mon cher Père :, de bien éprouver leur vocation, et de n’en point envoyer, à moins qu'elles n'ayent un désir extrême d’y venir; car un désir médiocre n’est pas assez. Il n’est pas croyable combien l'épreuve que l’on m'a fait subir, avant que de venir, m'a servie et fait plus aimer ma chère vocation du Canada.”

“ Notre heureuse Catherine de Saint-Augustin, ajoute le Père Ragueneau, désira que le sort tombât sur elle pour la garde de la maison et ce fut presque toujours elle qui fut choisie : ce qui était une consolation merveilleuse, et pour les sœurs qui y restaient et pour les domestiques qui, courant avec elle le même péril de leur vie, se promettaient par ses prières une protection particulière de Notre-Seigneur. Ils se sentaient tellement ranimés de ce qu’elle leur disait, avec une ferveur, et une force toute divine, qu'ils se fussent estimés heureux de mourir avec elle. Le plus puissant motif qu’elle avait était de pouvoir en ces occasions passer en prière devant le Saint-Sacrement une plus grande partie de la nuit, et de pouvoir consommer les saintes espèces qui étaient dans le saint ciboire, en cas

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