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CHAPITRE SEIZIÈME

Dons faits à l'Hôtel-Dieu par Mgr. Dosquet et le P. de Charlevoix—Histoire de la statue de Notre-Dame-de-Toute-Grâce — Le premier centenaire.

En 1735, Mgr. Dosquet, évêque de Québec, à son départ du Canada pour l’Europe, fit présent à l’Hôtel-Dieu d’un tableau d’une grande valeur qu'il avait apporté d'Italie dans un voyage précédent. Il lui avait fallu une permission d'un cardinal pour ie faire sortir de Rome, parce au’on ne laissait pas alors passer des pièces d'une telle beauté dans d’autres états. C’est une nuit de Noël du fameux Stella qu’on peut voir encore aujourd’hui dans la sacristie de l’église conventuelle. :

1. Jacques Stella, natif de Lyon, était contemporain de Nicolas Poussin et d’Eustache Lesueur. ‘ Il contribua comme eux, dit un de ses biographes, à fonder une école française, à

L'année suivante, les Hospitalières reçurent par l'entremise du R. P. de Charlevoix, auteur de l'Histoire de la Nouvelle-France,une précieuse collection de reliques provenant du cimetière de Saint-Calixte à Rome. Ces reliques insignes se composent d’une partie des ossements des martyrs saint Théodore, sainte Colombe et sainte Christine.

Lorsqu'on entre aujourd'hui dans l’église de l’Hôtel-Dieu où se trouve exposée une partie de ces reliques, on remarque, dans la chapelle latérale qui s'ouvre du côté de l'évangile, la célèbre statue de Notre-Dame de Toute-Grâce, dont la légende forme un des épisodes les plus intéressants de cette histoire. Nous citons, sans y rien changer, le récit simple et naïf qu’en a fait une contemporaine, la mère Duplessis de Sainte-Hélène.

“ Vers la fin du siècle dernier, un vaisseau nommé La Madeleine, dans lequel il y avait trente hommes d'équipage, partit de Québec à la fin de l’automne et fut surpris, sur les bancs de Terre-Neuve, par une furieuse tempête dont le vent impétueux le poussa avec une violence extrême sur les côtes d'Angleterre. Pendant

constituer, par un choix habile de certaines qualités de composition, de dessin et de coloris, le caractère d’un art de peindre, un style national, dirons-nous, qui n’est ni celui des Italiens, ni celui des Flamands, ni celui des Allemands, ni celui des Espagnols... La manière de Stella est sage, savante et correcte.”

plusieurs jours, quoiqu'ils fussent à mats et à cordes, ils dérivèrent plus de cinq cents lieues. Quand ils se virent proches des rochers de Plymouth, tous ceux qui étaient dans le vaisseau ge crurent perdus inévitablement, et pensaient n'avoir pas une heure à vivre. Le capitaine nommé Jeffrey et le pilote qui en jugèrent comme les autresfirent sonner la cloche d'alarme et ordonnèrent à tout le monde de passer sur le tillac. Ils n’eurent pas besoin d’exagérer le péril où ils étaient pour le faire craindre ; chacun se sentant saisi de peur. Ils s'exhortèrent à la confiance en Dieu, qui seul pouvait les tirer de cet écueil. Les principaux officiers du bord proposèrent à l'équipage de s'adresser à la Très- Sainte Vierge pour obtenir cette faveur, en lui promettant que, si elle les préservait de cet accident, ils feraient chanter une grand'messe en son honneur dans la chapelle de Notre-Dame de Toute-Grâce qui est à trois lieues du Hävre, et d'y communier en action de grâces. Tous y consentirent bien volontiers et le vœu ne fut pas plutôt prononcé que sur le champ il s’éleva un vent de terre qui les repoussa au large avec une grande vitesse, ce qui changea leur consternation et leur crainte en joie et en reconnaissance envers la Mère de Dieu. Ils furent tous pénétrés de la plus sensible dévotion et ne manquèrent pas en arrivant en France de s'acquitter de leur promesse et de faire une fête solennelle en mémoire de ce miracle.

“ Mais le plus jeune de cette troupe, plus touché que les autres, ne crut pas avoir assez fait, quoiqu'il eût accompli son vœu. Il porta longtemps dans son cœur le désir de rendre sa gratitude plus éclatante envers la très-sainte Vierge, e: forma le dessein de la faire honorer au Canada sous le titre de Notre-Dame de Toute- Grâce, qui lui avait été si favorable. Il voulut bien choisir notre église pour accomplir son pieux dessein, et, comme il ne voulait pas être connu, il fit écrire à la supérieure de l'Hôtel- Dieu de Québec, en 1737, pour lui demander si on recevrait chez elle l'image de Notre-Dame de Toute-Grâce. Elle répondit que la sainte Vierge étant la Mère et la Supérieure perpétuelle de la maison, on se porterait toujours avec plaisir à tout ce qui pourrait marquer notre tendre dévotion, qu'on n'avait qu'à envoyer son image et qu'elle serait la très-bien venue. Nous ignorions alors ce qui s'était passé. L'année suivante, 1738, la statue arriva, le douzième de scptembre, d'une manière toute sirgulière. On avait chargé la caisse qui la renfermait sur un navire pêcheur,venant du Hävre à l'Ile Royale. : Quand on la débarquea, il ne s’y trouva point d'adresse. Le capitaine se souvenait seulement qu'on lui avait donné cette caisse pour l’Hôtel-Dieu de Québec ; il pria M. de la Richardière, officier de ce pays, de la prendre pour nous la remettre,

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