FIN
IDÉE GÉNÉRALE DES RÈGLES Er ConsrITUrIoNs des Hospitalières de la Miséricorde de Jésus, et de la VIE D’UNE HOSPITALIÈRE depuis son entrée en religion jusqu'à sa mort.
Ces éclaircissements sont adressés spécialement aux personnes qui, ayant de l'attrait pour la vie religieuse, ne savent pas encore en quel ordre particulier Dieu les appelle. Ils répondront aux principales questions qu’elles peuvent se faire sur l'esprit de l’Institut, sur les obligations qu’il impose et sur la carrière qu'ont à suivre celles qui l’embrassent.
Les Hospitalières de la Miséricorde de Jésus sont érigées en religion sous la règle de saint Augustin. Cette règle .est expliquée et commentée par des constitutions qui, comme on l’a vu, ont été rédigées
au commencement dû 17e siècle et approuvées par l'Eglise.
‘ L'esprit de notre vocation, disent les constitutions, est l'amour de Dieu et du prochain. C'est la plus haute perfection à laquelle une âme puisse aspirer sur terre. Toutes les familles religieuses visent là, et leurs règles et leurs constitutions sont les voies et les chemins assurés par lesquels Dieu les y veut conduire ; si bien que ce n’est pas la fin quinousdistinguedes autres religions, puisque nous tendons toutes au même but, mais la façon et les moyens d'y parvenir... Le propre de notre vocation est de joindre Marthe et Marie : l’action et la contemplation ; de rechercher l’amour de Dieu en sa pureté et l'amour du prochain en sa perfection : servant Notre-Seigneur sans aucun intérêt, purement et simplement pour lui complaire ; secourant le prochain en sa pauvreté et en ses maladies ; exerçant en son endroit toutes les œuvres de miséricorde, corporelles et spirituelles, sortahles à notre sexe et condition, sans attendre autre récompense de nos petits travaux que d’agréer à Celui qui nous a assuré qu'Il tieadrait comme fait à lui-même ce que nous ferions au moindre des siens.
‘ Voilà ce qui nous distingue des autres familles religieuses. C’est là où nous conduisent nos règles et nos constitutions; et celle qui les gardera plus exactement obtiendra plus tôt cette haute et sublime perfection. C'est la fin qu'on doit proposer à toutes les filles qui veulent emb'ass®r notre Institut, afin qu’elles appliquent toutes leurs forces à obtenir l'esprit de notre vocation qui n’est autre que l'esprit de Jésus : esprit d'amour envers son Père céleste ; esprit de douceur et de charité envers ses frères,
les assistant avec autant d'affection, de soin et de persévérance que si elles servaient Jésus-Christ mème en sa propre personne. 1 ”
Les moyens d'acquérir cetespric et de parvenir à cette haute perfection, sont étudiés pendant le noviciat, durant lequel on exerce les novices à la pratique des vœux et des règles, ainsi qu'aux vertus conformes à la vocation qu’elles se proposent d’embrasser : c’est-à-dire l'humilité, la douceur, la condescendance, le dévouement et l'esprit de sacrifice, qui les portent à se consumer au service des pauvres malades avec une parfaite charité et un grand zèle pour le salut de leurs âmes.
Les constitutions établissent deux classes de religieuses. Les unes, désignées sous le nom de sœurs converses, sont employées aux travaux manuels de la communauté afin de soulager les religieuses de chœur. Elles ne sont point obligées à la récitation de l'office divin ; ne partagent les fatizues du service des malades ni le jour ni la nuit.
Les autres, ayant le titre de religieuses de chœur, sont obligées à la récitation de l'office divin en commun ; chargées de l'administration des différents offices; ou journellement occupées auprès des malades. Elles doivent, autant que leur santé le permet, aller au moins une fois chaque jour à l’hôpitai pour rendre quelque service aux pauvres. Deux d’entre elles doivent veiller chaque nuit à leur tour dans les salles.
Toutefois s’il y a entre ces deux classes de la société des attributions distinctes, il n’y a entre
1. Constilulions des Religieuses Hospilalières de la Miséricorde de Jésus. Traité fer, chap. ler, page |.
elles qu'un mème esprit et qu'un même cœur.
Toutes sont les enfants de la même famille monastique ; toutes sont liées par les vœux de pauvreté, de chasteté, d'obéissance et de perpétuelle clôture, auxquels les religieuses de chœur ajoutent celui de s’'employer au service des pauvres tous les jours de leur vie, le tout selon la règle et les constitutions de leur ordre.
L'institut est sous la dépendance de Notre Saint Père le Pape, représenté par les évèques diocésains.
Le chapitre se compose de toutes celles qui ont dix années de profession. Elles ont droit d’élire une supérieure triennale, mais dont la charge ne peut pas être prolongée au delà de six années consécutives. De plus, elles élisent Les principales officières savoir : l’assistante, la maitresse des novices, l’hospitalière, la dépositaire de la communauté, celle des pauvres et quatre discrètes, outre les trois premières officières qui le sont par leur charge. Ces dernières élections se renouvellent tous les ans. Les mêmes officières peuvent être continuées tant qu'elles ont la majorité des voix du chapitre.
1. On a discuté pendant longtemps pour savoir si ces vœux sont simples ou solennels. Une déclaration du Saint-Siége adressée à Monseigneur Turgeon, archevèque de Québec, en date du vingt-six juin 1853, a fait connaitre que les religieuses Ursulines de Québec et celles de l'Hôtel-Dieu et de l'Hôpital- Général de la même ville ‘“ doivent être regardées comme professes faisant des vœux simples, perpétuels toutefois de la part du monastère et de celles qui font vœu, dont cependant dispense peut être accordée par le Siége Apostolique, s’il intervient des causes justes et graves.” Habendas esse lanquam professas cum volis simplicibus, perpeluis quidem ex parte monasterii ct voventium, allamen justis et gravibu: intervenientibus causis ab Apostolica Sede dispensabilibus.
Quant au costume des Hospitalières, il est entièrement blanc, avec un voile noir pour les professes et un voile blanc pour les novices. Ainsi que nous l'avons déjà remarqué, au premier chapitre de cette Histoire, ce costume est celui que portaient autrefois les chanoinesses de Saint-Augustin. Une robe avec une ceinture de cuir, un rochet, une guimpe, un bandeau et un voile en composent les différentes parties, auxquelles on ajoute une chape de serge noire pour les offices du chœur. :
La jeune fille du monde qui veut entrer au monastère, et ‘ prendre le Seigneur pour son partage ” jusqu’à la fin de sa vie, n’a besoin pour être admise ni d'un beau nom, ni d’une belle fortune. Il suffit qu’elle soit d’une famille sans tache, d'une réputation intacte et d’une santé assez forte pour supporter les fatigues de l'hospitalité. On exige un esprit droit, un caractère doux, humble, docile et courageux avec une humeur plus gaie que sombre. L’'instruction doit être bonne avec des dispositions pour acquérir ce qui lui manque. Mais ce qu'on requiert avant tout, on le conçoit, c’est un cœur ouvert à la charité, une âme tendre et compatissante pour les malades.
Le jour de l'entrée d'une postulante, à l'heure assignée, la communauté se rend à la porte conventuelle. Toutes les religieuses ont le voile baissé. La jeune aspirante, avertie qu’on l'attend, se présente à la porte du monastère qui lui est aussitôt ouverte. Ayant franchi le seuil du cloitre, elle se jette aux genoux de la supérieure et lui demande
1. Depuis la veille de la Toussaint jusqu'â Pâques, ainsi qu'aux cérémonies de vêture, de profession et d’inhumation.
sa bénédiction puis se relève pour recevoir le bciser de paix de toutes les religieuses présentes. Pendant cette cérémonie, la porte restée ouverte, permet aux parents d'être témoins de la réception de leur enfant. Le baiser de paix donné, la supérieure confie la nouvelle postulante à la maîtresse des novices ; celle-ci la conduit immédiatement au chœur pour faire à Dieu l'entière offrande d’ellemême, puis ensuite au noviciat où elle la présente à ses sœurs, qui par leur affection, s'efforcent d’adoucir son sacrifice et de remplacer, le mieux possible, les êtres aimés à qui elle vient de dire adieu.
Dès lors commence le temps du postulat, qui doit durer six mois. La postulante reste revêtue de ses habits séculiers : honnêtement, selon sa condition, modestement néanmoins, et sans ornements de vanité.
Pendant ce temps, ci'e étudie ses devoirs et en fait l'essai. Elle passe successivement quinze jours dans les différents offices, comme l'hôpital, l’apothicairerie, la sacristie, l’infirmerie et la dépense où, entre ces exercices du noviciat, elle aide aux officières, et cela afin de connaître et de se laisser connaître. Connaître d’abord, c’est-à-dire examiner et approfondir ses dispositions, ses aptitudes, les devoirs qu’elle devra remplir, les obligations qu’elle aura à contracter Se faire connaître ensuite, et pour cela ouvrir son âme comme un livre devant ses supérieures et son directeur spirituel, afin qu’ils puissent lire jusque dans ses plus intimes replis et prononcer plus tard avec une pleine certitude sur sa vocation. Enfin, et avant tout, prier, invoquer les lumières de l’Esprit-Saint, être fidèle aux moindres grâces afin d'attirer les regards et de
toucher le cœur de Celui dont elle aspire à devenir l'épouse. Ces devoirs accomplis, se reposer en paix dans une sainte indifférence, en attendant la sentence qui, à la fin de son noviciat, devra décider de son avenir, se persuadant que cette sentence sera l'expression de la volonté même de Dieu.
Après six mois d'épreuves, les supérieures jugent si la pestulante est digne d’être admise à la vêture. Au jour fixé elle est remise à ses parents qui la conduisent parée des vêtements du siècle dans l’église où elle entend la messe et communie. A la suite de la messe ses parents l’amènent à la porte conventuelle où les religieuses, ayant chacune un cierge à la main, vont la recevoir. La porte s'ouvre et la postulante vient se mettre à genoux devant la supérieure qui lui adresse ces paroles :
—Ma fille, que demandez-vous ?
—Ma révérende Mère, quoique j'en sois trèsindigne, je demande l'entrée de la sainte religion vous suppliant très-humblement de me l’accorder.
La supérieure lui donne alors l’eau bénite, et lui présente la croix à baiser. On entonne l'hymne 0 gloriosa virginum, et toute la communauté retourne processionneilement au chœur.
La postulante vient s'agenouiller devant la grille où l'évêque lui adresse la même question que la supérieure et lui représente ensuite en ces termes toute l'étendue des obligations qu’elle veut contracter.
—Ma très-chère sœur, dit-il, êtes-vous résolue de persister constamment sous le doux joug de Jésus- Christ, pour son seul amour, de mépriser et fouler aux pieds toutes les vanités, richesses et vains plaisirs de ce siècle, et d'endurer ce qui vous a été
enseigné des austérités, peines et travaux qu'il convient d'embrasser pour le service de Dieu, avec une continuelle mortification de votre propre volonté et jugement en ce saint état et vocation religieuse *
—Monseigneur, répond la postulante, appuyée sur la grâce et miséricorde de Dieu et les prières de cette sainte communauté, j'espère le pouvoir faire.
L'évèque ajoute tout haut :
—Notre-Seigneur vous en fasse la grâce, afin que vous puissiez parvenir au royaume des cieux.
Alors l’assistante et la maitresse des novices conduisent la postulante hors du chœur où elles lui ôtent ses vêtements séculiers et lui mettent les habits de religion hormis la ceinture, le rochet et la chape, qu’elle reçoit après son retour au chœur, des mains de la supérieure. L'évêque lui met ensuite sur la tête le voile blanc, et la cérémonie se termine par le baiser de paix que la novice va donner à la supérieure et à toutes les religieuses rangées dans leurs stalles.
La prise d'habit lui ouvre une seconde époque d'épreuves. Elle étudie de plus en plus les obligations qu'elle désire contracter, prenant Jésus pour modèle, suivant ce que les règles lui enseignent, surtout en ce qui concerne les vœux.
‘ Lo, pauvreté de Jésus, disent les constitutions, est l’idée et la forme de notre pauvreté, laquelle ne consiste pas seulement à ne rien posséder, mais encore à ne rien désirer ; à n’aimer, ni à s'attacher à aucune chose d’ici-bas et à se réjouir de se voir privées des choses nécessaires, s’il arrivait qu’elles nous manquassent... 71