‹ Histoire de l'hydroscopie et de la baguette divinatoireChapitre 5 sur 17 · MÉLISSE , ROGER · texte numérisé non relu

MÉLISSE , ROGER

MÉLISSE

Que je suis malheureuse ! Je vois tout le monde en joie ; mais pour moi , je ne saurais rire.

ROGER

Qu'avez-vons donc, la belle larmoyeuse ?

MÉLISSE (pleurant).

J'avais un mari.... hé ! quand je fus enchantée.... hé ! et je ne le trouve plus.... hu ! hu !

ROGER

Quoi ! la perte d'un mari vous afflige si fort ? Vous avez beau pleurer en musique , vous ne trouverez guère de veuves qui fassent la contre-partie avec vous.

MÉLISSE

Monsieur le sorcier , vous qui êtes si habile homme , ne pourriez-vous pas me faire retrouver mon cher époux ?

ROGER

Rien ne m'est impossible. Par la vertu de cette baguette, je découvre les eaux et les trésors les plus cachés; c'est avec cette baguette que je suis les meurtriers à la piste , par mer et par terre ; et c'est eofio avec cette baguette que je trouve les maris perdus.

MÉLISSE

Est-il possible ? Je crois que saos moi vous n'auriez guère de pratiques ; car un mari est un meuble qui ne se perd pas aisément , et je n'ai point encore vu d'affiches pour des maris perdus.

ROGER

Mais il est bon de vous avertir que ma baguette n'a de vertu que pour les maris d'une certaine espèce. Parlez-moi franchement, avez-vous toujours été bien fidèle au vôtre ?

MÉLISSE

Si j'ai été bien fidèle ? J'aurais dévisagé un homme qui aurait eii la hardiesse de me regarder seulement entre deux yeux.

ROGER

Tant pis ! Je ne saurais rien faire pour vous.

MÉLISSE

Et pourquoi ?

ROGER

C'est que ma baguette est un présent qui m'a été fait par Vulcain : elle n'a point de vertu pour les maris dont les femmes ont été fidèles ; mais quand elle approche d'un mari tant soit peu vulcanisé.... Voyez ^ examinez bien voire conduite. Pour peu que vous ayez écorné la fidélité matrimoniale, je réponds de retrouver votre mari.

MÉLISSE

Et mais Mais....

ROGER

Allez, allez ; parlez en toute assurance.

MÉLISSE

Il venait chez nous autrefois un certain petit plumet, qui était terriblement sémillant. Monsieur , estce assez pour la baguette ?

ROGER

Ho ! non, non.

MÉLISSE

J'ai reçu aussi des présents d'un banquier , qui faisait tout ce qu'il pouvait pour faire profiter son argent auprès de moi. Monsieur, est-ce assez pour la baguette ?

ROGER

Eh ! non, vous dis-je, non.

MÉLISSE

Oh, dame ! s'il faut tant de choses !

ROGER

Mais que diable ! il faut ce qu'il faut, une fois.

MÉLISSE

Attendez, attendez.

ROGER

Hé ! là, voyez, voyez.

MÉLISSE

Il fréquentait aussi au logis^ un petit blondin à rabat, qui....

ROGER

Doucement. Cet homme à rabat était-il de la grande qu de la petite espèce ?

MÉLISSE

Mais son rabat était de trois doigts plus court que celui d'un conseiller, et nous allions souvent nous promener ensemble.

ROGER

Il n y a pas encore là de quoi faire tourner la baguette.

MÉLISSE

II me mena une fois promener hors la ville ; mais malheureusement la flèche de son carrosse rompit, et

nous fûmes obligés de couchera sa maison de campagne.

ROGER

Oh ! en voilà plus qu'U n'en faut. Nous retrouverons voire mari, fùt-il au centre de la terre.... Voyez la vertu de ma baguette.

( Roger fait tourner sa baguette , qui prend la figure d'un croissant , aussitôt le mari de Mélisse paraît. )

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