‹ Histoire de l'Ile-aux-Coudres [microforme]Chapitre 10 sur 40 · LE FLÉAU DES CHENILLES · texte numérisé non relu

LE FLÉAU DES CHENILLES

L'été de 1779 a laissé dans l: mémoire des habitants de l'Ile-aux-Coudres un souvenir qui se pe. pétuera de génération en génération. M. Pierre-Joseph Compain était alors curé de l’île.

Vers le milieu de la saison, ies hibitants virent comme sortir de la terre, sans cause apparente, une quantité immense de chenilles, dont quelques-unes étaient d'une grosseur extraordinaire, [l y en avait tant qu’on assure qu'elles couvraient entièrement la surface de la terre. Elles | entraient dans les maisons en quantité effrayante. Elles en couvraient les planchers, les cloisons, les chaises, les tables. Elles se jetaient dans l’eau que l’on buvait, dans la nourriture que l’on voulait prendre ; elles pénétraient jusque dans les lits. Les ravages qu’elles causèrent, en quelques jours seulement, n’eurent point de bornes. Elles détruisirent co:nplétement les pâturages, les tiges des semences, le foin des prairies, les feuilles même des arbres. Les clôtures, les toitures des maisons et des granges, le corps même des animaux en était couvert.

On ne se fera jamais une idée de la désolation qui se répandit dans la population de l’île. Mais que faire pour chasser ces innombrables et hideux insectes, dont le séjour un peu prolongé allait amener une disette entière dans l’île ? Que pou- | vaient les moyens humains contre un tel | fléau ? Oh! que l’homme est impuissant, | puisqu'il n’est pas capable de se défendre contre de vils insectes qui peuvent détruire tout *e qu'il possède et le réduire ainsi à la plus profonde misère ! Et cet homme, impuissant à se protéger contre de faibles insectes, n'ose-t-il pas dresser sa tête orgueilleuse contre le Tout-Puissant, qui peut déchaîner contre lui non pas seu-

lement des insectes, mais la nature touto entière ! !

Comme tous ceux qui croient à l’action de la Providence sur les choses de ce moude, les habitants de l’Ile-aux-Coudres comprirent que Dieu, dans des desseins toujours adorables, avait fait sortir de la terre ces légions d'insectes et que seul il pouvait en délivrer leurs champs, leurs maisons et leur ile.

Aussi, sans recourir aux moyens humains contra ce fléau de Dieu, ils implorèrent l'assistance de celui que l'Eglise avait placé au milieu d'eux, et qui était le ministre de Dieu.

M. Compain leur fit comprendre qw’il fallait, sans le moindre délai, partir pour Québec, afin d'obtenir de leur premier supérieur religieux la permission de faire des prières publiques et de béair leurs champs. Une députation putit imimédiatement pour la ville, et, après deux jours et deux nuits, elle était de retour à l’île.

Un jour de grand jeûne fat ordonné pour tous les habitants de l'endroit. Une grande messe, où toute la population assista, fut chantée, Cette messe terminée, toute la paroisse en silence, muchant à la suite du clergé, dont les chantres imploraient les secours des saints du ciel par le chant des grandes litanies, se rendit au pied de la butte qui se trouve en arrière du moulin de l'éslefte, au bout ouest de l'île, M. Compain, accompagné du clerwé, monta sur cette butte, pendant que toute la population, à genoux, s’unissait de cœur et d'âme aux prières de Ia sainte Eglise, récitées par celui dont Dieu recunnaît toujours la voix, parce qu'il est le pasteur légitime de ses enfants.

Cette suite de prières et de pénitence ne fut terminée qu'assez tard dans l’apr'smidi. La population de l’'Ile-aux-Coudres, confiante dans la bonté de Dieu qui, alors même qu'il est irrité contre ses enfants coupables, sait toujours se ressouvenir de sa miséricorde, chaque fois qu'ils implorent sa protection avec des cœurs humbles et repentants, la population de l'ile retourna silencieuse à ses demeures pour y continuer les prières commencées le matin.

Et voici ce qui arriva.

| Pendant la nuit qui suivit ce grand

jour de jeûne, de prières et d’humbles supplications, Dieu avait ordonné à ses messagers célestes de réunir tous ces milliards d'insectes dans les fossés et dans les ruisseaux, et de les exterminer.

À leur révail, les habitants virent avec un étonnement mêlé d’une joie incroyable, leurs maisons, leurs bâtisses et leurs champs débarrassés de ces insectes, L'é.

tonnement redoubla quand ils s’apeiçurent que, par la puissance de Dieu, ils étaient amoncclés dans les cours d’eau et privés de vie, ;

A cette vue, leur joie fit place à une crainte soudaine de n'avoir été débarrassés de ces insectes vivants que pour être infectés par leurs cadavres, et ce n’était pas sans raison. Car ces masses énormes de chenilles privées de vie allaient bientôt entrer en putréfaction, et il y avait grandement à appréhender que l'air en allait être infecté jusqu'au point de mettre la peste dans l’île. Que l’on veuille faire attention que cette crainte était pleinement justifiée par la quantité énorme de ces chenilles mortes qui encombraient les cours d’eau alors entièrement desséchés,

Mais Dieu ne fait pas les choses à demi, quand ses enfants coupables ont su s’humilier dans leurs cœurs sous sa main vengeresse. Ayant délivré l’île des ravages de ces insectes vivants et les ayant comme miraculeusement réunis dans les cours d’eau, il allait achever l’œuvre de miséricordieuse bonté qu’il avait commencée.

La tradition nous dit que le lendemain du jour des bénédictions de la sainte Eglise, vers le soir, survins un grand orage, accompagné d’une pluie abondante qui dura plusieurs heures. Par l'effet de cette pluie, les cours d’eau se gonflèrent et leurs courants entraînèrent ou fleuve cet amas de débris avant qu'ils fussent entrés en putréfaction. L'œuvre de Dieu avait reçu son complément, et les habitants de l'île en rendirent de sincères actions de grâces par une grande messe, à laquelle toute la population assista,

Plus tard, des chenilles visitèrent encore l’Ile-aux-Coudres, mais en bien moindre quantité. On eut recours aux mêmes moyens ; Dieu se laissa encore toucher, et ce fléau disparut sans avoir laissé des traces bien marquées de son passage.

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