‹ Histoire de l'Ile-aux-Coudres [microforme]Chapitre 11 sur 40 · TITI LE GRAND TREMBLEMENT DE TERRE DE · texte numérisé non relu

TITI LE GRAND TREMBLEMENT DE TERRE DE

On sait que les montagnes de la côte du nord du fleuve, entre la Malbaie et la Baie-Saint-Paul, éprouvent des frémissements qui se font sentir jusque sur la rive sud. Depuis trente ans, ces commotions, qui se faisaient sentir à peine deux fois chaque année, arrivent maintenant presque tous les mois, et surtout pendant l'hiver.

Heureusement qu’elies ne sont que rarement violentes. Elles n’en présagent pas moins quelque grande catastrophe qui, tôt ou tard, bouleversera cette partie du pays, comme déjà il cst arrivé près de la rivière de la Malbaie et près de celle du Gouffre.

L’Ile-aux-Coudres, placée à une petite distance de ces montagnes, se ressent de ce voisinage, et éprouve elle-même les socousses qui agitent les masses énormes de ces montagnes. ‘

Douze ans s'étaient à peine écoulés depuis le terrible fléau des cheniiles, que l'Ile-aux-Coudres éprouva les secousses d’un grand tremblement de terre, resté vivant dans le souvenir des insulaires, malgré qu'il se soit passé près de quatrevingts ans depuis 1791, époque où il eut lieu. L

Je vais laisser raconter cet événement par une personne qui en a été témoin et qui, dans son langage sans prétention, n'en a envoyé la relation. Cette nersonne, alors âgée de douze ans, et aujourd’hui parvenue à quatre-vingt-douze ans, m'a écrit en 1870. Elle a conservé toute la remarquable intelligence qu’elle avait reçue de Dieu. La nommer suffit pour garantir la véracité de son récit: c’est la vénérable mère Jean Lapointe. Voici ce qu’elle dit:

La première secousse de ce tremblement de terre se fit sentir vers les huit heures du soir, la veille de la fête de Notre-Dame des Avents, en l’année 1791. Notre famille jouait aux cartes avec deux voisins, venus passer la veillée avec nous, Cette première secousse fut telle qu’une corde de bois, entrée dans la maison par précaution, fut oulbutée de fond en comble ; la maison fut en partie décrépite ; la cheminée fendue et toute délabrée, et de ce crépit tombé sur le plan-

cher s’éleva une poussière tellement épaisse qu'on pouvait à peine respirer et voir Les objets,

Les voisins qui veillaient avec nous courarent chez eux. L'un trouva la lampe qui éclairait sa maison détachée de la crémaillère + où elle était suspendue, et tombée sur le

lancher. Tous les deux trouvèrent leurs poêles not et leurs familles dans la plus grande consternation.

Après la première secousse du 7 de décembre, la terre fut agitée pendant toute la nuit par de petits coups. Elle nous semblait dans un cahot. tement continuel. Toute la population de l’île fut saisie de terreur, car nous nous attendions que la terre allait s’entr'ouvrir et nous engloutir. J'ai vu de mes yeux une peusne clouée sous une poutre, se déverser tellement qu’elle laissait échapper ce qu’on avait placé dessus.

Les moins dévots comme les autres passèrent toute cette première nuit en prière, et je vous déclare que nous priions tous ardemment, sinon de dr. cœur et dévotement.

ans leur désolation et leur frayeur extrême, les gens de l’île eurent recours à Dieu et à M. Charles Duchouquet, qui était alors notre curé, et je vous assure qu’il était bien aussi effrayé que nous, et ce n’était pas sans raison.

Le lendemain de cette effrayante nuit que nous avions passée, c'était le jour de Notre- Dame. Plusieurs habitants furent trouver notre curé pour le supplier d’intercéder auprès du bon Dieu, afin d’apaiser sa colère ; car nous com-

renions bien qu’il était irrité contre nous. M. Écéhorauet leur dit qu’il fallait envoyer quelques-uns des hommes de l’île à Québec, pour avoir de Mgr Hubert la permission de faire des Qrees publiques pour implorer la miséricorde de

jeu.

Non contents de s'être adressés à notre curé,

lusieurs habitants décidèrent d'aller voir M.

ierre-Prisque Gagnon, curé de la Baie-Saint- Paul, pour le prier de nous aider à implorer la miséricorde de Dieu t.

Le lendemain de la fête, le 9 de décembre, malgré les difficultés de voyager par eau à cette époque de l'automne, quelques-uns de nos hommes les plus capables s’emparèrent d'un des

os canots de bois et traversèrent à la Baie-

aint-Paul pour voir M. Gagnon. Ils revinrent le lendemain, et les rapports qu'ils nous firent augmentèrent encore notre dévotion. M. Gagnon

+ La crémaillère était une tringle de bois dentelée que l’on suspendait à une poutre de la maison et à laquelle on accrochait une lampe que l’on montait et baissait au besoin.

+ Il est peut-être à propos de faire connaître ici que M. Pierre-Prisque-Amable Gagnon (comme me l'écrivait M. Trudelle, ancien curé de la Baie-Saint-Paul) avait quitté de lui-même la desserte de la cure de la Baie le 28 août 1788, pour se retirer dans une maison qui lui appartenait. Les habitants de l’Ile-aux-Coudres ayant en lui une grande confiance, avaient été le consulter, C'est lui, disent-ils, qui leur avait prédit le temps que durerait ce tremblement de terre, et qui avait désigné les jours où s’en feraient sentir les plus violentes secousses, -

leur avait dit que deux fortes secousses se feraient sentir huit jours après la première, et à la même heure, et qu'une dernière secousse, plus forte que toutes les précédentes, aurait lieu au bout de quarante jours, aussi à la même heure ; enfin, qu'entre la première et la dernière, des secousses auraieut lieu très-fréquemme nt, de jour et surtout de nuit, mais moins violentes que celles qu'il avait désignées.

Tout cela arriva à la lettre. Les coups des premiers huit jours furent épouvantables, et ils se renouvelaient très-souvent.

Au bout de ce temps, nous ne pouvions plus vivre. Il fut résolu de suivre la décision de notre curé, et d'envoyer à Québec deux hommes auprès de monseigneur pour avoir la permission de faire des prières publiques. Deux hommes des plus capables se firent traverser au nord et se rendirent à Québec avec de grandes peines et des fatigues extraordinaires. Ils ne furent de retour que huit jours après leur départ. Monseigneur prescrivit une neuvaine publique, aux messes de laquelle le Saint-Sacremeut devait toujours être exposé.

Malgré toutes nos prières et les messes que nous faisions dire, les secousses du tremblement continuaient toujours, et notre frayeur avec elles. Pendant le jour, où elles nous semblaient moins violentes, chacune des familles demeurait dans sa maison, mais lorsque la nuit arrivait, les familles de l’île se réunissaient par quatre ou par cinq, dans les maisons qui paraissaient les plus solides, pour y passer la nuit, pendant laquelle nous ne pouvions guère dormir, car bien souvent les maisons craquaient, étaient agitées, tremblaient sur leurs fondations. Combien le temps nous paraissait long ! Et les dernières secousses que nous attendions nous effrayaient d'avance.

Enfin, au milieu de ces craintes, de ces terreurs et de ces angoisses arrivait le seize janvier, où nous nous attendions d’être engloutis tout vivants dans la terre. La veille de ce dernier jour, où nous devions périr ou êtré délivrés de nos terreurs, chacun de nous conjura la in:séricorde de Dieu de se laisser enfin toucher par nos larmes et les larmes des petits enfants, dont la crainte et la peur étaient portées à leur comble.

Il arriva, ce seize de janvier, et, sur les huit heures du soir, une effrayante secousse survient tout-à-coup, sans se faire annoncer. Et toutes les maisons et la terre furent agitées d’une manière épouvantable. Nous pensions être à notre deruière heure. Nous nous jetâmes tous à genoux en criant vers Dieu de nous prendre en compassion. Mais nous ne devions pas périr. Dieu eut pitié de ces pauvres insulaires de l’[le-aux- Coudres. Après plusieurs minutes, longues comme des mois, les commotions semblaient di. minuer de violence, Et après, je pense, un gros quart-d'heure, elles cessèrent complètement, Nous reprimes courage, Nous étions sauvés de la destruction.

Depuis ce temps, toute commotion cessa.'

Nous respirämes enfin. Mais la crainte que d’autres secousses ne survinssent plus tard, tint

toute la population de l’île dans l’appréhension pour le reste de l’hiver +.

RELATION DU TREMBLEMENT DE TERRE DU 20 OCTOBRE 1870, TEL QU’IL A EU LIEU A L’ILE-AUX-COUDRES

Après avoir fait connaître les impressions produites sur la population de l’Ileaux-Coudres par le tremblement de terre du 7 décembre 1791, il convient, ce me semble, de donner ici les effets produits sur la même population par celui du 20 octobre 1870, éloignés l’un de l'autre de soixante-dix-neuf ans.

Une iettre, reçue de l’Ile-aux-Coudres va me fournir tous les renseignements désirables sur cet événement qui à marqué son passage par la terreur et la destruction dans tant d’endroits du district de Québec. Je laisse parler mon correspondant, qui en a été le témoin :

Quoique le tremblement de terre qui eut lieu dans l’Ile-aux-Coudres, il y a près de quatrevingts aus, ait été, au rapport des vieillards de l'île, tellement fort qu'après un si long ‘espace de temps, les gens n’en parlent encore qu'avec effroi, il est cependant certain que celui du 20 octobre dernier (1870), qui a frappé la même localité, a été pour le moins aussi fort et aussi effrayant par sa longue et forte secousse. ‘Au dire des habitants de l’île, ce tremblement de terre a causé beaucoup plus de dommages que le premier. Aussi les impressions qu'a laissées celui du 20 octobre dernier, dans l'esprit et la mémoire des pères, passeront, j'en suis sûr, à leurs enfants. |

Le vingt octobre au matin, il faisait un calme parfait. Cependant le ciel était sombre et couvert de gros nuages qui étaient suspendus immobiles à la voûte du ciel. La température était douce pour la saison, mais un peu humide. Aucune goutte de pluie ne tombait des nuages. Tout annonçait donc une de ces journées tranquilles qui se passent sans commotion et sans trouble.

Ce calme parfait, cette douce température se continuèrent sans variation sensible jusqu’à

+ La boine mère Lapointe, dont la famille

vivaii @°ns ‘2 ciainte de Dieu, n'eut sans doute pra cc". nee de certains désordres qui rever leur sou, après que la crainte du trem-

"nt se fit ue peu effacée des esprits. En ça de ia desserte de M. Duchouquet, je sigporte ai 5: émoignage écrit. (Ce témoignoge 386 jurt peu en faveur des habitants de l'Ile-aux-Coudres à cette époque.

onze heures et demie de l’avant-midi. M:

ce moment précis, se fit entendre un épot table bruit courant du nord-ouest vers le est, Ce bruit, plus fort que celui que fon tendre les plus violentes tempêtes, imita roulement des grands tonnerres qui trave l’atmosphère. Lorsque ce courant de bruit venait à pas de géant, arriva sur les bâtiss y moduisit un effet semblable au choc puissante machine de guerre qui viendrait per contre une tour. Le bruit de ce coup ir absolument la détonation d’un gros canon.

même instant, les maisons les plus solides ft remuées et secouées d’une manière étrange, dant au moins une minute longue comme minutes ordinaires, avec une violence telle des poêles se démontèrent, des meubles ft renversés et brisés dans leur chute, et pre toutes les cheminées plus où moins démoli

Les maisons en bois purent soutenir ce rible choc sans être brisées, mais sur six sons en pierres qui se trouvent dans l’île, qi furent en partie déraolies. Les dommages sés en ce seul jou: dans l’Ile-aux-Coudres s ment furent évalués à sx cents louis, au m

Les personnes qui se trouvèrent dehors dant le temps de la terrible minute, fi grandement effrayées par l'agitation de la t Elle ressemblait à une mer secouée par un violent ; des rochers se feadirent ; les cran les grèves semblaient se rapprocher les un autres. On découvrit, plus tard, dans la t des fissures mesurant jusqu’à dix-huit pic profondeur +.

+ Le même correspondant m'écrivait, date du 12 janvier 1871: ‘ Il tremble e ici presque toutes les semaines. Le 26 décet dernier, vers une heure et demie de l’après-r nous avons eu une secousse qui a fortement craquer les maisons, à plusieurs reprises.

“Ily a des fissures presque partout dan côtes qui environnent l'île, et notamment Augustin Leclerc, sur le rivage de la Ba!

A cet endroit un bloc de six pieds sur la pre deur de la côte composée de crans s’est sépai reste et s’est éboulé. Dans la partie nord de chez François Tremblay (Dorval), le che pratiqué dans la côte, a été coupé vers le m et une partie s’est enfoncée de deux pieds encore, j'ai vu des fissures dans plusieur.

droits le long de la côte. Celle chez David biens (autrefois Louis Demeule), plantée bres, s’est éboulée sur une longueur con rable, emportant les arbres dans sa chute, pêches aux poissons, sur le rivage de la Baz sont chargées de grosses pierres afin de préserver d'être emportées par la houle grands vents. Eh! bien, ce qu'on ne crc pas sans l'avoir vu, c’est que des claies e coffres, chargés de grosses pierres, ont ét barrassés de ces pierres, on ne sait commen sont venus à la surface de l'eau, penda grande seconsse du 20 octobre, temps où la r.e était demi-haute.

‘ A la pointe des Eboulements, les arbres verger qui, l'automne dernier, ont donné

D'après l'opinion commune, ici, si cette secousse eût duré une minute de plus, il est certain que pas une maison ne fût restée debout.

Ce tremblement de terre ne brisa pas seulement le sol de l’île et ne porta pas l’effroi et la terreur seulement parmi les habitants, mais encore parmi les animaux. Ces pauvres bêtes étaient si épouvantées, qu'elles fuyaient effarées comme des animaux sauvages poursuivis par une meute de chiens. Elles ne s’arrêtèrent que longtemps après que se fàt terminée la redoutable secousse.

Quant aux personnes, elles étaient impressionnées par la peur et troublées jusqu’au point que toutes celles qui voulaient raconter comment les choses s'étaient passées, avouaient qu'elles ne

ouvaient le dire au vrai, parce que la terreur es avait tellement saisies, qu'il ne leur était resté qu'une faible connaissance, ne sachant presque plus ni ce qu’elles faisaient ni où elles étaient. Leur système nerveux fut tellement aftecté que deux mois après le 20 octobre, elles croyaient encore éprouver les effets du tremblement de terre. Le moindre bruit, le plus léger choc, quelque chose qui tombait sur un plancher, une porte qui s'ouvrait tout d’un coup, les faisait tressaillir ou pousser un cri.

Tel fut, en toute vérité, le tremblement de terre du 20 octobre 1870, dans l’Ile-aux- Coudres; tels furent les effets et les alarmes qu’il y produisit sur les habitants, sue les animaux. Puisse le bon Dieu avoir pitié de nous et ne pas nous frapper encore une fois par une semblable épreuve.

D'après des témoins oculaires et auriculaires, ce tremblement de terre se fit sentir encore plus fortement dans le nord sur la terre ferme, y causa de plus grands dommages et y eut des effets beaucoup plus prodigieux. Nous avons donc à rendre à Dieu des actions de grâce pour avoir été moins maltraités que nos voisins de la Baie-Saint-Paul et des Eboulements.

L’effrayante secousse du 20 octobre passée, nous pensions que tout allait rentrer daus son état normal ; mais il n’en devait pas être ainsi. Pendant toute cette lamentable journée du vingt d'octobre, nous demeurâmes sous l’impression de notre première terreur par cinq autres commotions qui, quoique beaucoup moins minots de pommes, ont été renversés et complétement détruits.”

Enfin, le même correspondant m'écrivait à la date du 16 mars (1871): ‘ Les deux derniers coups de tremblement de terre ont eu lieu le 10 et le 17 février. Ces coups se sont fait sentir assez fortement. Depuis le 17 février on n’a rien entendu sur l’Île-aux-Coudres, mais il a tremblé depuis dans le nord.”

C'a donc été pendant la durée de quatre mois que la population de l’Ile-aux-Coudres a ressenti les secousses de ce tremblemeut de terre, commencé par l’épouvantable secousse du 20 octobre 1870. Par une lettre reçue en mai 1871, on m'apprend qu'une très-forte secousse s'était encore fait sentir. (C’est la dernière qu'on ait eutendue à l’Ile-aux-Coudres.

YT

fortes que celle de onze heures et demie, se firent cependant assez violemment sentir pour nous faire croire que le danger n’était pas encore passé. Celles qui suivirent la grande secousse nous firent craindre qu’elles ne füûssent que comme les préludes de quelque autre encore plus terrible.

Depuis le 26 octobre jusqu'à ce jour (15 décembre 1870), il ne s’est pas passé une semaine sans que la terre n'ait tremblé, et parfois assez fortement pour ébranler et faire craquer les bâtisses. Il est assez remarquable que les plus fortes secousses ont toujours eu lieu lorsque la température était douce et humide et le temps calme. C'est alors qu’on entendait répéter par une'foule de personnes : Aujourd'hui, cette nuit, la terre va trembler ; car le temps est doux et calme somme il était Le jour de la grande secousse. Et on ne se trompait guère +.

Malgré ces nouvelles cornmotions, les grandes terreurs étaient passées. On s'était accout'umé à ces frémissements de la terre ; car on espérait que le danger était passé et qu’il ne reviendrait plus. Puisse-t-il en être ainsi ! Car, je le dis encore une fois, je ne sais trop ce que nous deviendrions si une autre secousse, semblable à celle du 20 d'octobre, venait encore renouveler nos terreurs. Il y a certes bien assez de la première pour qu'elle reste à jamais gravée dans Île souvenir des habitants de notre Ile-aux-Coudres.

Tel est le récit que me fait mon correspondant sur le tremblement de terre du vingt octobre 1870. Il était alors sur l’Ileaux-Coudres et il -a été le témoin intelligent de ce qui s’est passé. Il raconte cet événement près de deux mois après qu’il a eu lieu, n'étant plus sous l'impression qu’il avait éprouvée au moment du terrible tremblement. D'ailleurs, son récit porte les marquesd’une parfaite tranquillité d'esprit, comme on peut en juger. On ne peut donc le soupçonner d’avoir écrit sous l'impression d’un moment de terreur, et, en conséquence, d’avoir outré son récit.

Si, maintenant, nous Comparons ce récit avec celui du tremblement commencé le 7 décembre 1791 et terminé le 16 janvier de l’année suivante, nous devons conclure :

lo. que celui du 20 octobre a été, dans ses effets matériels, beaucoup plus désastreux que celui de 1791 ; 20. qu’en com-

+ On renurquera que, pendant le tremblement de 1653, l'atmosphère subissait la même influence. Quoiqu’on fût en hiver, des bouffées d’une chaleur étouffante se succédèrent pendant toute la nuit du 6 au 6 février. Pendant l'été, des exhalaisons brûlantes, qui sortaient du sein de la terre, produisirent une si grande sécheresse, que les herbes et les blés jaunirent comme g'ils eussent été à maturité.

parant la violence des secousses, celle du 20 octobre fut certainement plus violente que la première, la seconde et la troisième de 1792 ; 30. quatre maisons de pierre démolies, la terre entr'ouverte en plusieurs endroits, toutes les cheminées ou fracassées ou grandement endommagées, cinq exceptées (comme on me l'écrivait à une date plus récente), font connaître que la secousse du 20 octobre a été plus fatale que les trois de 1791, qui n’eurent pour effet que de briscr quelques cheminées ; 40. quant aux impressions produites sur la population de l’île, je ne puis admettre qu’elles aient été plus grandes ou même aussi grandes, pendant le dernier tremblement que pendant le premier. On en conviendra, je pense, si on fait attention que le 20 octobre 1870, il n’y eut qu’une seule grande secousse, au lieu que, pendant celui de 1791, il y en eut deux pendant les premiers huit jours, et que la population de l’île fut, pendant quarante jours, sous l’appréhension ; 5o. il est à peu près certain que les secousses qui suivirent celle du 20 octobre furent beaucoup moins violentes et plus rares que celles de 1791, qui avaient lieu chaque nuit, chaque jour ; 60. la relation du dernier tremblement nous apprend que la population s'était comme familiarisée avec les commotions qui suivirent la première, et n’en tenait presque plus compte, au lieu que la relation de 1791 nous apprend que cette population, sous le coup de ses terreurs, “se réunissait chaque soir, par quatre et cinq familles, dans les maisons les plus solides ” pour y passer la nuit; 70. la grande secousse du 20 octobre se fit sentir pendant le jour, alors qu’on peut voir le danger et prendre les moyens de s’en préserver, au lieu que les trois plus fortes commotions de 1791 eurent lieu pendant les ténèbres de la nuit, temps où l’on est naturellement plus disposé à la terreur et moins en moyen de se sauver du danger.

En donnant les motifs qui me font croire que les terreurs causées par le tremblement de 1791 ont dû être plus grandes que celles causées par celui du 20 octobre 1870, je ne prétends pas faire entendre qu’elles ne furent pas telles que la relation du 15 décembre nous les représente. Mon but n'est autre que de montrer quelles

dûrent être les frayeurs produites par le premier tremblement, si celles du dernier furent telles que plusieurs personnes en furent affectées au point de ne savoir presque plus ce qu'elles fuisuient.

C’est un fait connu que les commotions des tremblements de terre qui menacent l'Ile-aux-Coudres d’un bouleversement général, ont leur origine dans les montagnes du nord, surtout depuis la Baie-Saint-Paul jusqu’à la Malbaie. Ilest plus que probable que ces montagnes renferment dans leurs vastes flancs des matières en fermentation qui, tôt ou tard, amèneront quelque catastrophe qui causera des malheurs infinis dans cette partie du Canada. Car c’est un fait que, depuis un certain nombre d'années, les secousses, d’éloignées qu’elles étaient il y a cinquante ans, se font maintenant sentir à chaque mois et même plus souvent, comme j'en ai fait la remarque ailleurs.

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