‹ Histoire de l'Ile-aux-Coudres [microforme]Chapitre 12 sur 40 · LES PERDRIX BLANCHES · texte numérisé non relu

LES PERDRIX BLANCHES

L'hiver de 1791, qui avait commencé par le grand tremblement de terre dont un témoin nous a donné la relation, fut encore très-remarqué par les habitants de l'Ile-aux-Coudres pour une autre raison.

La même tradition qui nous a conservé le souvenir du tremblement de terre, nous a conservé aussi celui de la grande quantité de perdrix blanches que l’on vit sur l’Ileaux-Coudres, où il n’y a ni perdrix blanches ni autres perdrix quelconques.

Dans un des mois de cet hiver, dont on n’a pas cru devoir nous transmettre le nom, des pluies abondantes et continuées pendant plusieurs jours, et suivies de fortes gelées, formèrent un verglas si épais, que les plus gros arbres en furent courbt:

presque Jusqu'à terre, et qu'un gran.l nombre des moins forts en furent cassés.

La couverture des granges et des maisons en eût été écrasée, si on n'avait eu la précaution de les décharger, au moins en partie, de l'amas de glace qui s’y était formé.

Ce fut quelques jours après ce verglas qu’une tres-grande quantité de perdrix blanches traversèrent sur l’île. Il en vint un nombre si prodigieux qu'elles cou-

vraient la couverture des granges et les devants des étables où elles grattaient pour chercher de la nourriture que le verglas les empêchait de pouvoir trouver sur les arbres. Car on prétend, avec assez de raison, que ces perdrix, qui vivent dans l'extrême nord, ne descendent au fleuve que dans les hivers où des pluies forment de grandes couches de verglas sur les arbres des endroits où elles vivent. On en tua à l’île autant qu’on voulut.

M. Charles Duchouquet, qui, comme je l'ai dit plus haut, était alors curé de l’île, aimait beaucoup la chasse au fusil. Il voulut profiter de cette manne, se mit au nombre des chasseurs, et fit avec eux le coup de fusil. Mais les chasseurs de l’île, et surtout celui qui passait pour leur chef, engendrèrent. querelle à leur curé, et lui dirent des paroles fort déplacées, sous le prétexte que Dieu n'avait pas envoyé ces perdrix pour lui, mais pour les chasseurs de l’île

La tradition rapporte que ce fut une femme qui se chargea de la défense de son curé. Et cette femme avait tout ce qu'il fallait pour donner une verte et bonne leçon à celui qui s'était ainsi oublié envers son pasteur. (Cette femme, que je puis nommer sans crainte, c'était la mère Elie Mailloux. L’insolent ne répliqua pas, et il fit bien de prendre ce parti, car il s'en fût souvenu longtemps.

Depuis l’époque de 1792, il est arrivé plusieurs fois, et notamment vers l’année 1813, que les perdrix blanches sont sorties de la profondeur des grandes forêts du nord pour visiter l’Ile-aux-Coudres, mais jamais on ne les y vit en aussi grand nombre que du temps de M. Duchouquet.

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