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CHAPITRE SEPTIÈME DES PÊCHES AUX MARSOUINS EN GÉNÉRAL

Comme les pêches aux marsouins ont été d’une importance majeure pour les habitants de l’'Ile-aux-Coudres, je crois devoir en parler un peu longuement,

Je me suis d’abord demandé à quelle époque on avait tendu des pêches aux marsouins sur les battures du bout ouest

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de l’Ile-aux-Coudres, et quel est celui q a donné l'idée et la forme de ces pêche Je ne puis répondre directement à c< questions,

Après informations prises auprès d habitants, j'ai appris qu’une tradition, co servée sur l’île, constatait, lo. que les sa vages tendaient une pêche aux marsoui sur les battures de l’île, à l’ouest de la poin dite Pointe-à-Antoine ; 20. que cette pêc se tendait avant l’arrivée des Français | ce pays ; 30. que cette pêche s'était tend peu après la découverte du pays.

Cette tradition a conservé le souver d’un fait qui n'a rien d'impossible, pu qu'il n'était pas bien extraordinaire q des sauvages si habiles dans toute espè de chasses eûssent découvert la mani de prendre ces poissons qui fréquentaie les abords do l’île par milliers.

Une autre tradition, également cons vée dans l’île, c'est que les messieurs « Séminaire de Québec avaient tendu d pêches aux marsouins, sur les battures l'ile, à plusieurs reprises, entre l’ann 1686, époque où ils firent l'acquisition | la seigneurie da l'ile, et celle de 172 date des premiers contrats donnés à d colons, et même qu'ils avaient continué faire tendre ces pêches pendant un ce tain nombre d'années après avoir concé les terres de l'ile,

J'avoue n'avoir pu trouver la preuve cette dernière tradition dans les archiv du Séminaire de Québec. Mais il mef raît difficile de ne pas admettre la vér de cette tradition conservée sur l'ile. C il est peu croyable que les messieurs « Séminaire de Québec n'aient point prof des revenus que ces pêches pouvaient le donner sans frais bien notables.

Si on refusait d'admettre la vérité de première de ces deux traditions, il faudr:

trouver celui qui a inventé les pêches a marsouins depuis la découverte du pa; et à une époque où l’on possédait très-p d'esprit d'invention. Car il est bien st prenant qu'on ait cru que, par le moy de harts ou de perches plantées à une ass grande distance sur une batture où courants de baissant sont d’une extrê:

rapidité, on pouvait retenir un poiss de seize à vingt pieds de long et dont force et l'agilité sont étonnantes.

On sait que la Rivière-Ouelle, qui a été

oncédés longtemps avant l'Ile-aux-Coures, possède des battures que fréquente : marsouin. On pourrait dire que des êches pour prendre ce poisson ayant été endues à la pointe de la Rivière-Ouelle vant qu'on en ait tendues à l’Ile-auxjoudres, il a dû arriver que les habiants de l'ile ont appris d'eux que des arts ou perches plantées dans des battures le sable pouvaient renfermer ce poisson t l'empêcher de s'échapper. Mais qui a nseigné aux habitants de la Rivière- Juelle qu'on pouvait prendre ce gros et rigoureux poisson dans une enceinte fornée avec des perches pliantes et qui ne auraient lui opposer une résistance séieuse ? Ne pourrait-on pas supposer, sans rop d’invraisemblance, que là, aussi, les aturels du pays tendaient des pêches ux marsouins, comme la tradition le dit les sauvages qui fréquentaient l’Ile-auxoudres ?

Mais je ne veux pas insister davantage ur ce chapitre ; car on pourrait croire que e suis d'opinion que, même à l'époque de a découverte du pays, les hommes civiliés avaient moins de génie que des saurages, quand il était question d'inventer in moyen de prendre des marsouins dans ane pêche.

le cette question à quiconque voudra se lonner la peine de la discuter t.

Je n'ai pu connaître l’époque précise où les nouveaux habitants de l’Ile-aux-Coudres commencérent à tendre des pêches aux marsouins sur les battures de leur ile,

+ Les traditions dont parle ici M. Mailloux ne paraissent avoir aucun fondement sérieux.

Les anciens découvreurs ctles missionnaires qui ont écrit des relations si étendues et si approfondies sur les mœurs et les habitudes des sauvages, et qui ont décrit maintes fois les diffé. rentes mauières dont ceux-ci prenaient le poisson, ne font aucune mention de la pêche aux marsouins par les naturels du pays. Si une invention aussi ingénieuse avait existé, elle n'aurait point manqué d'être remarquée et notée par ces observateurs attentifs. D'ailleurs, La Potherie, qui écrivait au commencement du siècle dernier, donne la description des premiers essais de pêche aux marsouins dans le fleuve. Ceux qui désireraient avoir de plus amples détails sur ce sujet peuvent consulter les articles que j'ai publiés dans L’Opinion Publique en 1870 et 1878. L'abbé H.-R, CASGRAIN.

J'abandonne donc la décision |

La preuve écrite n'en remonte qu’à l'année 1763, dans un bail notarié en faveur de François Tremblay, un des premiers concessionnaires d'une terre sur l’île, et de quelques autres dont les noms se trouvent dans ce bail, qui porte la date du 19 d'octobre, D'autres baux, aussi notariés, que j'ai vus portent les dates de 1764, 1767, 1778, etc., etc. f.

On se tromperait si on prenait la date de ces baux comme une preuve que d 3 pêches aux marsouins n'ont été tendues par des habitants de l'Ile-aux-Coudres qu'après l’époque de 1760, Je vais bien- {tôt donner la preuve qu'elles ont été tendues avant le siéxe de Québec.

Les messieurs du Séminaire, par l’entremise d’un agent qui demeurait sur l’île, veillaient avec le plus grand soin à ce que les bornes de chaque pêche ne fûssent point dérangées. Les baux ou permis devaient se renouveler chaque année, Ils contenaient les noms des associés à la même pêche, avec défense de passer dans une autre société pour une autre pêche, sans la permission du Séminaire,

Un président ou directeur était nommé par les seigneurs, et c'était lui qui décidait les différends. On aimera, je pense, à voir un document, émané du Séminaire et qui prouve, ou qu’on avait contesté le droit des seigneurs, ou que des diflicultés graves étaient survenues entre les associés.

Dans le préambule, les messieurs du Séminaire rappellent les titres qu’ils ont sur les pêches de l’île en général, et ils règlent ce qui regarde les pêches aux marsouins :

Le Séminaire des Missions étrangères de Québec possède l'Ile-aux-Coudres par une concession à lui faite du 29 octobre 1687, par M.

Jacques René de Brisay, chevalier, marquis de Denonville et autres lieux ; gouverneur et lieu-

+ On a tendu sur les battures de l'île, à différentes époques, sept pêches aux marsouins : lo. quatre à la Pointe-à-Antoine, dont les noms étaient : La pêche de terre, celle du milieu, celle du large, et la pêche dite supérieure ; 20. une autre au bout de l'îilette du bout ouest de l'île ; 30. une devant les côtes de la Baleine ; 40. une au bas sud de l'île, à l'endroit appelé le evp aux pierres. Dans celle du bout de l'ile, on ne prit qu’un seul marsouin, qu'on courut pendant huit jours avant de pouvoir le tuer. Quelqu'un me disait qu'il était maigre comme ur éplan (éperlan), tant on l'avait pourchassé.

tenant-général pour le Roi, en Canada, Acadie, Ile de Terreneuve, et autres pays en Canada, et monsieur Jean Bochard, chevalier, seigneur de Champigny, Noraye et Vaneuil, conseiller du Roi en ses conseils, intendant de justice, police et finances en Canada et susdits pays. Ladite concession, à titre de fief, avec droit de chasse et de pêche, sur toute l'étendue desdits lieux, à la charge de foi et hommage, qu’il portera ou fera porter au château Saint-Louis de cette ville (de Québec) duquel ledit fief relève.

Le premier mars 1688, le Roi étant à Versailles, Sa Majesté confirma et ratifia la susdite concession faite au Séminaire ; lequel brevet pour assurance de sa volonté, a signé de sa main et fait contresigner par son conseiller-secrétaire d'état et de ses commandements et finances.

Le 28 février 1689, le susdit brevet de confir-

mation fut enregistré au greffe du conseil souverain à Québec, suivant son arrêt dudit jour et an.

* Au moyen de ces actes si authentiques, le Séminaire était en plein droit de concéder des terres sur ladite Ile-aux-Coudres, aux charges, clauses et conditions et réserves qui lui sembleraient bonnes, sans que personne ne put réclamer.

Ce fut aussi en conséquence que, vers l’année 1728, il jugea bon d’en concéder, et en concéia, en se réservant les grèves et le droit de pêche, puisqu'il ne concéda et ne concède encore qne depuis la plus haute marée, comme il parait par tous les actes de ces concessions, en sorte que jamais personne ne est avisé de prétendre à ce droit. Les foins des grèves et la pêche ont toujours été dans les mains du seigneur et il ne s'en est jamais désaisi, ce qu'on prouvera en-

core par les baux à ferme qui ne se donnent que |

pour un an et à des conditions qui fout bien voir le plein droit du Séminaire.

Il n’y avait jamais eu de réglement pour ces pêches (aux marsouins) ; chacun reconnaissait assez l'importance dont il était pour que la paix et l'union régnât entre les associés, parce que cette union fuisait le bien de la société et des associés en particulier. On goûtait les douceurs de la paix. Si ouelquefois il s'excitait de petites querelles, elles étaient facilement assoupies et, après cette tempête, l’on jouissait d’un grand calme.

Mais aujourd’hui les esprits sont plus emportés, les caractères plus durs ; la désunion a étendu son empire dans presque toutes les 80ciétés ; cette paix si avantageuse et si désirable est disparue, les soupçons et la défiance se sont emparés des cœurs. Le Séminaire est donc obligé de donner un réglement auquel on puisse recourir pour faire disyaraître les soupçons et la défiance, afin de rétablir la paix et l'union, afin d'adoucir les caractères et les esprits.

À ces causes et de notre plein droit, nous, Supérieur et directeurs du Séminaire des Missions étrangères de Québec, avons statué et établi, statuons et établissons les règles contenues dans les articles suivants :

Article premier, Dans chaque pêche, le Séminaire nommera un des associés pour en être le

directeur, lequel pourra avoir deux des associés pour conférer comme avec son conseil. Ces deux associés seront nommés à la pluralité des voix.

Article second, I] y aura quatre pêches, savoir, la pêche de terre, celle du milieu, celle du large et la pêche supérieure *, si ce n’est que le Séminaire ne jugeât à propos d'en supprimer quelqu’une.

Article troisième. Les pêches seront tendues avec un tel ordre respectif, qu'aucune ne puisse nuire aux autres. Ce sera au Séminaire à connaître de cela.

Article quatrième. Tous les habitants de l’Ileaux-Coudres seront pour leur part dans quelqu'une desdites quatre pêches.

Article cinquième. Autant que faire se pourra, le nombre des associés sera égal dans chaque pêche. k

Article sixième. Les associés d’une pêche ne pourront s'associer avec ceux d’une autre pêche, sans une permission expresse et par écrit du supérieur où du procureur du Séminaire.

Article septième. Aucun associé ne pourra souslouer «t sousfermer ses droits, sans une permission du Séminaire par écrit.

Article huitième. Aucun des associés ne pourra se décharger, sur une autre personne, des soins et des travaux nécessaires, sans l'agrément

| des autres associés.

Article neuvième, Les associés de chaque pêche seront tenus d’avertir le Séminaire, avant la fin de novembre, en cas qu’ils ne voulussent plus tendre, et pour lors il sera libre audit Séminaire d’affermer à d’autres,

Article dirième. Si quelqu'un contrevenait aux réglements ci-dessus et s’obstinait, après avoir été dûment averti par le directeur ou quelqu'un de sa part, il est déclaré déchu de ses droits par le seul fait. Il faudra toutefois que lo directeur prenne acte de son refus, soit par les mains de M. le curé, s'il veut s'en donner la peine, soit par les mains de toute autre personne sachant écrire.

Ce réglement, trouvé dans les archives des messieurs du Séminaire, ne porte point de date, Mais il est évident qu’il a été fait avant l’année 1763, et qu’il a donné lieu de passer des baux pardevant notaire, afin d'empêcher les divisions et les chicanes qui s’élevaient de temps à autre parmi les associés, qui trouvaient dans les

+ Ces quatre pêches se tendaient les unes à côté des autres, en gagnant vers les battures du large, à la pointe ouest de l’île. La première permission de tendre cette pêche supérisure fut accordée par M. Antoine Bédard, procureur du Séminaire, à la date du 10 novembre 1778. Lies associés étaient au norabre de 28, dont le premier était Jean-Marc Demeule.

pêches aux marsouins une source considérable de richesses.

A une époque plus rapprochée, le Sémivaire ne fit plus passer de baux pardevant notaire, Ce fut alors que monsieur le procureur du Séminaire donna lui-même ou permit de tendre ces pêches. Ils devaient les renouveler chaque année.

Suivant la teneur de ces permis +, le Séminaire avait letiers du produit net des huiles provenant des marsouins tués dans les pêches. (Ce tiers devait se prélever

+ On aimera à connaître les charges et les conditions de ces permis. Les associes sont tenus :

‘1o. De se fournir de tout ce qui sera nécessaire pour ladite pêche, le Séminaire ne devant y contribuer en rien.

‘20. De livrer au Séminaire le tiers des huiles qui proviendront de ladite pêche, de l'entonner dans des futailles qui seront rendues aux fonderies aux frais du Séminaire, et de les embarquer dans le bâtiment que le Séminaire enverra pour les prendre.

‘ 30. Ne pourront lesdits habitants se partager leurs parts qu’apiès que le Séminaire aura prélevé son tiers sur la totalité desdites huiles.

‘ 40. Ne pourront les associés, cy-dessus nommés, substituer un autre à leur place, sans la permission du Séminaire.

‘ 5o. Ne pourront lesdits associés mettre hors de la pêche qui que ce soit qui la troublerait, sans l'avis du plus grand nombre et de celui qui sera préposé cy-après, pour être à la tête desdits associés.

‘ 60. Lesdits associés auront à leur tête le sieur Joseph Dufour, lieutenant-colonel de milice dans la susdite île, ou, à son défaut, le sieur Pierre Lorre (Boudreault), premier des associés ci-dessus nominés.

70. Ne subsistera ladite présente association et ne vaudra la présente permission que pour l’année 1807 ; le Séminaire se réservant le droit de mettre les choses sur un autre pied pour l’année 1808, s’il le juge convenable.”

Ce réglement fait pour la péche supérieure, ou

uatrième pêche sur les battures, porte la date du 15 novembre 1806. Il est signé par M. Antoine Robert, procureur du Séminaire. Les perches nécessaires pour tendre ces pêches étaient un vrai fardeau pour les habitants de l’île, où le bois est d’une valeur considérable. Le Séminaire exigeait le fiers des huiles. Ce n’était pas exhorbitant quand on prenait beaucoup de marsouins ; car alors les tendeurs pouvaient s’indemniser de leurs frais ; mais, quand ils en prenaient peu, c'était autre chose. J'aime à constater que, dans ce cas, le Séminaire n’exi-

eait pas ce tiers à la rigueur, surtout pendanl La années qui suivirent celle de 1840. Le Séminaire ne prenait le tiers du produit de ces pêches qu'après que les associés avaient prélevé ce qu'il leur fallait d'huile pour leurs besoins.

avant le partage des huiles entre les associés de la même pêche. Afin de régulariser cette mesure, le Séminaire a constamment eu, sur l’Ile-aux-Coudres, un chargé-d’affaires qui s'occupait de cette

l'Ile-aux-Coudres établissent d’une inanière certaine que ces pêches aux marsouins dorraient parfois de très-grands profits à ceux qui les tendaient. Dans certaines marées, on à tué jusqu’à 10, 20, 30, 40, 50 marsouins. Le père Jacques Bouchard a souvent répété à ses enfants, dont quelques-uns sont encore vivants, que, dans une seule marée, on avait tué trois cent vingt marsouins, mais qu’on n'eut pas le bonheur de tous les sauver, Dans certaines années, on en à pris et tué audelà de deux cents. Des hommes encore vivants, les sieurs Ulric Bouchard et Bernard Tremblay, assurent que les pêches aux marsouins ont donné aux habitants de l’île au-delà de deux mille louis dans une | seule année. M. le curé actuel de l’île me dit qu’en une seule année, on a fait cing cents louis avec l'huile des pêches aux | marsouins.

besogne.

Des informations que j'ai recueillies sur

Voici ce que m'a écrit une personne très-âgée et tout à fait digne de foi :

En l’année 1802, les pêches aux marsouins ne se tendaient presque plus, parce qu'on ne voyait plus de marsouin autour de l’île. Il semblait qu'ils s'étaient retirés ailleurs. À cette époque, on ne tendait plus guère que les deux pêches de terre et celle du large.

Plusieurs associés de ces deux pêches avaient acheté des terres et, n'ayant pas les moyens de les payer, ils s'avisèrent de tendre la péche supérieure qui avait été abandonnée depuis un an ou deux. C'était dans le printemps de 1802, Au mois de mai, ils eurent A bonheur de prendre treize gros marsouins, ce qui les encouragea beaucoup.

Mais, après cette bonne chance, survint une faillette jusqu’à la Saint-Pierre. A cette époque, on vit une telle quantité de harengs que les eaux du fleuve en étaient épaisses. Il y en avait tant que, avec les rames, on les faisait sortir de l’eau pour les jeter dans les chaloupes.

Soupeonnant que cette quantité de harengs attirerait le marsouin dans les pêches, les associés se mirent à soigner leur pêche, à laquelle ïis ne faisaient plus attention depuis la fin de mai. | Un matin done, à la pointe du jour, alors qu’il | faisait encore brun, quatre bateaux furent visi-

ter la pêche supérieure, En y arrivant, ils trou- | vèrent qu'elle était littéralement pleine de marsouins.

Malheurensement pour les associés, la mer ne baissait presque pas, parce que c'était dans la petite mer. S’apercevant qu’elle devait bientôt remonter, ils se jetèrent à travers les marsouius pour les darder. Mais ils avaient à peine commencé, qu'ils’éleva tout à coup un vent de nord-est qui, en quelques minutes, devint une tempête furieuse. La mer n’ayant presque pas baissé, comme je viens de le dire, les lames se soulevèrent d’une manière effrayaute. I fallut laisser là cette abondante pêche et, malgré qu’on n’en voulût, il était urgent que chacun pourvût à sa sûreté personnelle, et se hâta de gagner le rivage, avant que l'eau, devenue plus profonde, donnât à la tempête le temps de soulever de plus grosses lames, contre lesquelles les lourds canots dont on se servait alors n'auraient pas été capables de se défendre. Le colonel Dnfeur, qui gouvernait un des bateaux, voyant passer un marsouin près de lui, lui sépara la tête du corps

ar un coup de dard, mais on ne put le saisir. 1 fallut donc tout laisser là. Et ce ne fut qu’après ‘un travail et des fatignes extraordinaires que les quatre bateaux purent revenir au rivage.

Aucun homme n'avait péri, mais pas un seul de cette immense quantité de marsouins ne fut sauvé. D'après l'estimation des hommes qui se trouvaient dans les bateaux, il y avait certainement plusieurs centaines de marsouins dans la pêche.

Malgré ce grand coup manqué, les associés de cette pêche prirent, dans ce même été, audelà de deux cents marsouins.

Un des pêcheurs de l’île, homme d’une grande respectabilité, aujourd’hui âgé de 88 ans, Bonaventure Mailloux, m'a raconté le fait suivant : j'ai malheureusement oublié l’année où il s’est passé.

Deux gros poissons, armés de dards tranchants, ennemis redoutables des marsouins dont ils tranchent le lard avec cet arme Ÿ, étaient venus auprès de l’Ile-aux- Coudes et avaient fait une guerre redoutableaux marsouins qui, éperdus et fuyants, ‘s'étaient réunis ensemble comme pour se protéger contre ces féroces poissons, que les habitants de l’île appellent Miniques. Ces marsouins s'étaient réfugiés dans la pêche, en nombre extraordinaire,

Bonaventure Mailloux et un autre des associés avaient été voir à leur pêche; c'était dans les grandes marées. La pêche était à sec. Elle était complétement remplie de marsouins, qui, en se roulant, avaient renversé une grande partie des harts. Ils en tuèrent un nombre considé-

+ Les gens de l'île doivent se rappeler d'avoir trouvé au rivage des grillades de mursouins à cette épuqne.

rable. D'autres associés, auxquels ils avaient fait des signaux, se mirent en devoir de venir leur aider. Mais le temps qu'ils prirent pour trainer du rivage jusqu’à basse marée, leurs canots de bois, tit que lorsqu'ils arrivèrent à la pêche, la murée avait considérablement monté. Pur malheur pour eux, avec la marée montaute s'était élevée une vraie tempête de vent de l'est. Bonaventure Mailloux et son associé avaient embrochés, par dix et douze, une partie des marsouius qu'ils avaient tués. Et, pour ne pas se noyer, il: s’étaient hissés sur les harts. Personne ne pensa à essayer d'amener à terre quelques brochelées de ces marsouins ; c’eût été s’exposer à être submergé.

Les canots eurent mille et mille peines à gagner le rivage, et tous ces marsouins furent perdus pour les associés. Deux seulement, dont l’un avait le ventre ouvert et l’autre était attaché au pied d’une hart, restèrent dans la pêche. Des brochetées de ces marsouins furent trouvées à la Rivière-Ouelle et ailleurs.

On a beaucoup exagéré la valeur, en argent, que peut donner un marsouin, même dans le temps du printemps où il est très-gras. Suivant les témoignages des pêcheurs de l’Ile-aux-Coudres, qui doivent le savoir, on évalue les marsouins à qu«runte piastres, les uns dans les autres.

La cuuleur des marsouins varie avec leur âge. A leur nuissance ils sont eus ; on les nomme des bleus. A leur seconde année, ils ont encore conservé, en partie, cette dernière couleur ; on les appelle des blancheons. A leur troisième année et plus tard, ils sont complétement lunes et ils portent le nom de blunes. La longueur d’un marsouin, à sa naissance, est de cinq à six pieds de long. Parvenus à leur grosseur, ils ont de seize à dix-huit pieds et rarement vingt Ÿ.

+ Voici une exception à cette règle fort remarquable, Vers l’année 1851, les associés de la seule pêche qui se tendait à cette époque, au nombre de trente-quatre, avaient acheté des messieurs du Séminaire de Québec, pour la somme de £110 ou $440, toutes les battures à ja tête de l’Ile-aux-Coudres, L'année suivante, 1852, ils prirent dans leur pêche cent vingtdeux marsouins d'une longueur extraordinaire et telle qu’on n’en avait jamais pris de sem blebles, Ces marsouins avaient de 20 à 22 pieds

Tant que les jeunes marsouins ne sont pas assez forts pour suivre leurs mères (qui n’ont ordinairement qu’un seul petit à la fois), et surtout pendant les grands vents, ils se placent sur leur dos. Mais comment peuvent-ils se tenir sur cet épiderme uni comme la glace d’un miroir et glissant comme la côte de la basse-ville de Québec, l'hiver, dans un temps de verglas ?

Je ne le comprends pas.

Depuisun certain nombre d'années, le marsouin ne fréquente plus les abords de l'Ile-aux-Coudres comme autrefois, soit par la raison qu'il diminue en nombre, soit, comme le pensent les pêcheurs, par l'effet du bruit que font les bateaux à vapeur qui passent plusieurs fois, chaque semaine, par le chenal entre le nord et l’île que fréquente ce poisson ?.

Dans la seule pêche aux marsouins que l'on tend aujourd’hui, il y a trente-quatre grandes parts, dont quelques-unes sont divisées entre plusieurs. (Cette pêche est tendue sur les battures, à la tête de l'île.

Chacune de ces parts, partagées ou non, doit fournir cent vingt harts ou perches de 15 à 20 pieds de longueur, ce qui oblige à détruire 4,000 jeunes arbres, chaque année, dans les bois de l'ile, que la prudence demande de ménager, afin de ne point manquer de bois. Déjà un certain nombre des associés, n'ayant pas assez de bois sur leurs terres pour fournir ces perches, sont obligés d'en aller chercher sur les terres du nord de l’ile et de les payer. Ces perches doivent être renouvelées chaque année, par la raison qu'il n’y a pas moyen de les arracher après la saison de la pêche, qui ne dure jamais plus tard que le commencement du mois d’octobre.

On tend cette pêche aux marsouins bien de bonne heure le printemps, et aussitôt qu’il n’y a plus de danger pour le passage des glaces. C’est pendant les grandes ma-

de longueur, m’a assuré le sieur Ulric Bouchard, encore vivant. Ces marsouins, extrêmement gros, donnèrent de l'huile en telle abondance, que les associés en firent assez d'argent pour payer le montant de leur achat, et eurent encore

aucoup plus d'huile qu'il ne leur en fallait pour leur provision.

+ Depuis 1876 jusqu'à cette année, 1878, les habitants de l’île ont recommencé à reprendre du marsouin.

rées du mois d'avril, et lorsque les battures sont asséchées, qu'on tend, en se servant de bateaux que l’on attache deux par deux pour transporter les perches. Autrefois, et quelquefois encore aujourd’hui, les tendeurs sont obligés de se jeter dans l’eau froide pour tendre cette pêche.

Un des associés, demeurant sur le cap, est chargé de veiller sur la pêche, par le moyen d’une longue-vue. C’est lui qui doit avertir les autres associés quand des marsouins sont entrés dans la pêche,

Les marsouins, tués dans la pêche, sont amenés, à la marée montante, au rivage de l'islette, où est la maison des pêcheurs. On enlève le lard du marsouin avec la peau que l’on sépare elle-même de la graisse, avant de partager ces graisses entre les associés, qui en tirent partie en les faisant fondre chez eux ou dans la maison commune. Les peaux sont vendues et les associés partagent le produit de la vente,

On laisse sur le rivage les carcasses des marsouins, quisont charnues et renferment beaucoup d'huile. Les tendeurs feraient bien de les couper par parties et de les mettre sur les terres sablonneuses, Ce serait un très-bon engrais.

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