‹ Histoire de l'Ile-aux-Coudres [microforme]Chapitre 16 sur 40 · LES CLOCHES DE LA CHAPELLE ET DE L'É- GLISE DE L’ILE-AUX-COUDRES Ÿ · texte numérisé non relu

LES CLOCHES DE LA CHAPELLE ET DE L'É- GLISE DE L’ILE-AUX-COUDRES Ÿ

Dans les campagnes, beaucoup plus que dans les villes, on aime à entendre la

+ On aimera peut-être à connaitre les deux

cloche de sa paroisse. Toute petite ou iusignifiante qu’elle soit, c'est toujours la cloche qui fait le plus d'impression sur le cœur, et dont le son rappelle les plus précieux souvenirs. C’est elle, c'est la cloche de notre paroisse qui a annoncé à nos parents et aux fidèles que nous venions d’entrer dans la société des enfants de la:ainte Eglise catholique ; c’est elle qui nous a appelés à l’église pour être instruits des vérités de la foi et de la morale chrétienne ; c'est elle qui nous à convoqués dans la maison de Dieu, et qui a réuni les fidèles de notre paroisse au grand jour de notre première communion ; c’est elle qui, trois fois chaque jour, nous a avertis de saluer notre divine mère Marie, et de nous souvenir du bienfait de la Rédemption ; c’est elle qui nous a convoqués tant et tant de fois aux offices divins ; c’est elle qui s’est unie à nous pour pleurer la perte d’un père, d’une mère, d’un frère, d’une sœur, d'un ami, d’un bienfaiteur signalé, d’un vénérable supérieur, de tous ceux dont nous n'avons plus que le souvenir, etc.

La cloche de notre paroisse à un son que nous distinguous entre les sons de toutes les autres cloches, comme nous distinguons la voix d'un père, d'une mère, d’un ami, de celles de toutes les autres personnes, în voyageant, nous entendons le son de beaucoup de cloches, peut-être plus doux, plus fort, plus harmonieux que le son de la cloche de notre paroisse ; mais ces chants ne vont jamais à notre cœur, ne remuent jamais notre âme, ne nous rappellent jamais à Dieu, à nous-mêmes, au temps de notre jeune âge, aux doux ou amers souvenirs de notre existence, comme ceux de la cloche de notre paroisse. La cloche de notre paroisse à sa place dans notre âme, et elle la conserve sans partage tant que nous vivons.

En parlant de ma gentille petite Ileaux-Coudres, je n’ai pas cru devoir oublier de parler de ses cloches, que moi, comme tous ceux de ma paroisse qui sont venus avant et après moi, nous avons entendues, que nous avons aimées, et dont les notes

vers suivants qui expriment la destination d’une cloche :

Laudo Deum verum, plebem voco, congrego ele.

Defunctos ploro, pestem fugo, festa decoro. [rum,

sont pour nous toujours belles, toujours aimables et toujours aimées. ‘

Depuis l’époque des premiers établissements sur l’Ile-aux-Coudres, vers l’année 1720, jusqu’à celle de 1748, il n’y avait pas de cloche dans l’île, par la raison qu'il n’y avait point de chapelle, et que la sainte messe était dite dans les maisons de quelques particuliers.

Ce ne fut qu’à cette dernière époque de 1748 que fut construite la première chapelle sur l’Ile-aux-Coudres, par le premier curé de l’île, M. Charles Garrault, Les Révds Pères Jésuites, dont, comme on le verra plus tard, plusieurs avaient desservi l'île, voulurent donner à ses habitants un souvenir de leur bienveillance, par le don d’une cloche du poids d'environ cinquante livres. Les fidèles de l’Ile-aux-Coudres eurent peu après une chapelle pour entendre les offices divins, avec la petite cloche pour les y convoquer. Cette petite cloche, je suis heureux de le dire, fut celle qui sonna le jour de mon baptême, que Dieu me fit la grâce de recevoir le 19 de février 1801. Il n'y eut que cette cloche jusqu’à l’époque de 1812, c’est-àdire pendant la durée de soixante-quatre ans.

Dans l’automne de 1811, messire Pierre- Thomas Boudreault avait pris possession de la cure de l’Ile-aux-Coudres. Il crut, l’année suivante, 1812, faire plaisir à la petite cloche des Jésuites en lui associant une autre cloche, dont le prix, les frais de transport compris, était de £26.16.0. L’année suivante, 1813, il lui vint en la pensée de faire un carillon de trois cloches, et, pour mettre sa pensée à exécution, il en acheta une seconde, dont le prix, sur les comptes de la fabrique, est de £7.10.0. Je ne puis me rappeler quel effet avait ce carillon de cloches, qui, probablement, n’avaient pu être choisies de manière à s’accorder. Quoi qu'ilen soit de l'harmonie qu’elles envoyaient aux oreilles des habitants de l’île, elles chantèrent ou sonnèrent ensemble pendant la durée d’une vingtaine d'années. Vers l’année 1830, trouvant peut-être que ces trois cloches ou ne s’accordaient pas, ou ne faisaient pas assez de bruit pour des hommes accoutumés au fracas de la mer, les habitants de l’île déci-

dèrent d’en avoir un autre qui, avec les |

trois déjà dans leur clocher, ferait le nombre de quatre cloches, ni plus ni moins.

C'était, comme on le voit, un véritable luxe de cloches. Cette dernière pesait 180 livres environ. Arrivée à l’île, elle fut bénite puis montée dans la seconde lanterne du célèbre clocher bâti par Jacob Fortin, et puis on voulut faire de l’harmonie. Mais il arriva que toutes ces cloches, mises en branle, secouèrent tellement le clocher, qu'on s’aperçut qu’il fallait ou abandonner le carillon ou se résoudre à voir tomber le chef-d'œuvre de Jacob Fortin.

Ce ne fut cependant pas le seul mécompte qui résulta de cet amour d’entendre du son en plusieurs parties et par des voix différentes. Car il advint que cette dernière cloche fit ententre des sons si maussades, si criards, si aigres, si vilains ; elle se mit dans un tel désaccord avec celles qui, déjà, étaient au clocher, que, pour ne pas rendre sogrdes toutes les oreilles des habitants et des habitantes de l’île et ne pas faire aboyer, dans un infernal concert, tous les chiens un peu nerveux, il fallut la descendre du clocher et la reléguer dans le grenier de la sacristie, car sa seule vue pouvait donner des crispations de nerfs, par le souvenir du vacarme qu'elle avait fait dans le clocher.

Elle resta ainsi, dans une position fort peu honorable, jusqu’à l’époque où on l’a fit servir à une nouvelle chapelle qu’on venait de bâtir à Saint-Hilarion, démembrement de la paroisse des Eboulements.

Ce ne fut pas comme une marque de mépris envers les nouveaux paroissiens de Saint-Hilarion qu’on se décida à la leur céder, mais parce qu’on espérait que, placée dans un autre clocher, ses sons deviendraient tolérables, € Sur la demande qu’en firent les Suinthilarioniens, les fabriciens de l’île consentirent à la voir s'éloigner de leur sacristie, mais à la condition d’une indemnité, qu’ils fixèrent à a modique somme de vingtquatre piastres. Cette somme fut généreusement fournie par les habitants de l'Ile-aux-Coudres, qui firent ainsi l’acquisition de cette cloche et la donnèrent à la chapelle de Saint-Hilarion, à laquelle déjà le vénérable père François Leclere, habitant de l’île, avait donné cent louis en or.

J'aime à ajouter, et je le tiens de bonne

itorité, que depuis qu’elle est seule à anter, elle s'acccorde bien avec elleême et que son chant est assez tolérable.

Malgré tous les désagréments qu'ils raient éprouvé: par l'achat de leur derère cloche, les habitants de l’île ne crunt pas devoir se décourager pour si peu.

leur fallait du bruit dans le clocher de ur église, comme ils en avaient sur leurs vages ; et ils voulaient en avoir, coûte 1e coûte. Ils se décidèrent donc, encore ne fois, de se procurer une autre cloche ur remplacer la mauvaise chanteuse.

‘était en l’année 1848, juste cent ans deais la construction de la première challe sur l’île, et depuis la première fois 1e le son d’une cloche s'était fait entendre x oreilles des nouveaux habitants de la tite île.

Une cloche du poids d'environ deux nt quatre-vingt-huit livres fut donc achee et transpogtée sur l’île ; c'était la quaième depuis trente-six ans. Mais, comme at échaudé craint l’eau froid, redoutant l'en associant la nouvelle arrivée avec s trois qui déjà étaient au clocher, elle > fît le même vacarme que la précédente, 1 Ôta du clocher la petite de cinquante vres, donnée par les Jésuites Ÿ, et la us petite des deux qu'avait achetées M.

oudreault. On les donna en à-compte du ix que coûtait le dernier achat.

Cette nouvelle arrivée, comme c’est la gle, fut bénite et hissée au clocher pour ire du bruit, en société avec la plus osse achetée par M. Boudreault, On lait donc avoir un carillon à deux oches après en avoir eu un à quatre oches. Mais, hélas ! on fut étrangement ompé. Cette dernière n'eut pas sonné axelques semaines, qu’elle se cassa, et lieu le concert à deux cloches. Il fallut nc, quoiqu'à regret, la descendre du ocher, pour en vendre les débris à vil rix, parce que le métal dont elle était

+ 1lest vraiment regrettable qu’on ait cru voir se défaire de cette cloche, qu'on eût dû rrder, ce me semble, comme une relique, Il y ait cent ans qu’elle était au service de l’église » l’Ile-aux-Coudres. Elle avait sonné tant de piémes et de messes, qu'elle aurait dû avoir , moins le sort des vieux serviteurs que l’on de à la maison jusqu’à leur mort, en souveus bons services qu'ils ont rendue à la faile, S

composée était fort mauvais et presque de nulle valeur.

Il ne restait donc plus au clocher qu’une seule cloche ; elle venait de la célèbre fonderie de Meurs. Une seule voix au clocher! C'était un contraste bien douloureux pour ceux qui, pendant les offices divins, ont un si grand nombre de bonnes et belles voix qui roulent sous la voûte de leur belle petite église ! Aussi, après quinze . ans d'attente, tous demandérent à avoir au moins une seconde cloche, mais beaucoup plus grosse que celle qui était au clocher, et dont la faiblesse des sons n'était bonne qu’à endormir. M. le curé de l’île crut devoir céder aux désirs de ses paroissiens.

En conséquence, il demanda à Québec une grosse cloche, qu'on lui envoya. On la disait originaire d’une fonderie française, Mais, encore cette fois, les habitants de l'île furent trompés. Elle ne faisait entendre que des sons sourds et très-désagréables. C’était uniquement une cloche pour sonner aux enterrements, et faire pleurer ceux même qui n’en avaient guère l'envie.

On ne savait trop que faire, lorsque j'arrivai sur l'ile dans le but de me reposer un peu chez le bon et aimable curé, après une longue et fatiguante tournée.

J'avais à peine posé le pied sur Pile, que j'entendis dire tant et tant de mal de la nouvelle cloche française, que, ne pouvant croire ce qu’on m'en disait, je me plaçai à une certaine distance et je chargeai quelqu'un de la sonner. Cette cloche n'avait pas encore eu l'honneur de monter au clocher. Elle ne m'avait pas envoyé ses tristes et lamentables sons pendant une minute, qu’il me fut évident qu’on ne l’avait pas calomniée.

Le dinanche arriva, tous les hommes étaient à l’église, selon la louable habitude des h itants de l'ile. Une assemblée fut convoquée à la sacristie; on m'y appela, et j'eus la charge importante d’être établi

| juge pour décider du sort de la nouvelle |eluche, Pour ne pas perdre ma réputation d’honme équitable, je crus devoir préparer avec soin le jugement que j'allais rendre, en donnant des raisons de première qualité. Enfin j'abordai franchement le prononcé de mon jugement, qui condamnait la nouvelle arrivée à être ren-

POSE Er EEE N

à HISTOIRE DE L'ILÉ.AUX.COUDRES

voyée comme indigne de demeurer au mi- | rendre au lieu du sinist:

lieu d’une population qui aime à entendre des voix fortes, belles, justes et sonores.

J'eus l’assentiment de tous les intéressés.

En conclusion, je leur proposai de faire venir trois cloches de la célèbre fonderie de Mears, dont l'accord, comme celui des belles cloches de Qué bec, donnerait les notes Fa, Sol, La.

A part un ou deux, qui avaient perdu la clef de leur coffre-fort, tous furent d'avis d’avoir des cloches telles que je leur conseillais.

Les hommes do l'Ile-aux-Coudres sont énergiques et, une fois décidés, ils marchent vite et ferme. On prit aussitôt la largeur de la lanterne du clocher, puis on décida de placer la plus petite cloche dans un clocheton qu'on devait élever sur la partie du comble de l’église située audessus du chœur.

Je m'étais chargé de commander les trois cloches à M. Hardy, marchand de Québec, et, dans le printemps de 1864, elles étaient arrivées d'Angleterre.

Une goëlette, appartenant à Symphorien Lopointe, reçut la mission de les descendre à l’Ile-aux-Coudres. Mais voilà que, pendant la descente, un accident des plus déplorables faillit jeter au fond du fleuve les trois belles petites cloches que l’on attendait avec tant d’impatience.

Arrivée à l’endroit des caps appelé les Islets du Sault-au-Cochon Ÿ, un coup de vent soudain fit chavirer l’embarcation.

Les trois hommes de l'équipage eurent la bonne fortune de pouvoir monter sur le flanc de la goëlette, où ils auraient passé de fort mauvais quarts-d’heure, si, par une autre bonne fortune, une goëlette du nord n'eût passé près d'eux et ne les eût recueillis à son bord. Le capitaine de cette goëlette eut encore l’obligeance de les amener à l’Ile-aux-Coudres, où ils jetèrent l’alarme au milieu de la population, en lui annonçant que les cloches attendues étaient en grand danger d'aller voir le fond de l'eau, si déjà elles n’y étaient pas.

A cette désolante nouvelle, on s’empressa de prendre deux chaloupes et de se

+ C'est le 1m peu honorable qu'on leur a donné, et j'ai :. malheur de n’étre pas autorisé à leur en douner un plus poli.

nœuvre habile, ces deux cèrent sous les mâts de l:

tait que mollement coucl on réussit à la redresser ; enfin, on eut le bonheu cloches et leurs accom] deux chaloupes revinren l’île avec leur précieux f:

Ces trois cloches furer février 1864, par Messi alors curé de la petite r çois-Xavier. Et, ce jou grandeetsolennelle fête à Le sermon de circonstan l'abbé Colfer, alors vic:

ments.

Les sons argentins e produisent ces trois bell joie et la gloire des hal placées à l'extrémité oues sont assez fortes pour © sonner de toutes les mai:

quand le temps est prop:

bâtie sur le bord du fleu s’approchent jusqu’à un les grandes marées, le s se fait entendre à une tr sur le fleuve quand, à m:

ne se mêle pas d’en trout n'est plus doux, plus su:

pour l'oreille que cette ] sur les eaux paisibles comme notre Saint-Laur

J’aientendu cette harm jour, à une grande dist:

l’île, et je ne me rappel entendu de si ravissant ces cloches qui, ensembl puis une par une, sembl.

les eaux pour venir jusq avoir épuisé leurs voix | pide, elles me semblaier le grand fleuve comme

| Quel est celui qui, con pas senti profondément nie de trois belles cloche

La voix des cloches n rable ici-bas. La réuni bande d'instruments de t lement comparable à cloches. Les instrume n'offrent qu'un son à | jours le même, et il a 1

ir pas de vibrations ; aussitôt qu'il s'est it entendre, il s'éteint. Jes cloches, au ntraire, frappées avec plus ou moins de rce, donnent des sons toujours différents.

trien n'égalera jamais le bruit de ieurs brations qui, se prolongeant et se renouslant sans cesse, tant qu’elles sont en ranle, forme comme un nuage d'harmois qui ne disparaît que longtemps après u'elles ont cessé de sonner, Et puis ce uage se dissipe graduellement comme une gère vapeur que le vent disperse.

Les cloches ont la faculté de se mettre ‘accord avec le sentiment qui domine en ous. Sommes nous dans le deuil par la ort de quelques personnes chéries, elles nvoient des sons d’une incroyable mélanlie ; ce sont des glas funèbres qu'aucune oix humaine m'imitera jamais. Elles leurent avec nous (morfuns ploro), et, zcevant la douieur qui s'échappe de notre œur, elles l’expriment au dehors par leurs ns plaintifs et pleins d’une indiscible iélancolie. Oh! quelle est triste, qu’elle st plaintive l'harmonie des cloches qui leurent sur un mort et sur sa dépouilie ortelle, au moment qu’elle approche de à maison de Dieu !

Mais, par un changement dont on ne peut e rendre compte, voilà que leurs accords ont devenus joyeux, brillants, pleins d'une xpression de bonheur, quand elles font ntendre leurs concerts aux jours des randes fêtes qui font naître l'espérance et a joie dans le cœur des enfants de la sainte iglise. De même qu'en ces jours nous hangeons nos habits de travail et de peine our revêtir nos habits de fête, ainsi les loches, qui le jour précédent avaient pleuré ur la tombe ouverte d’une personne bienimée, se sont transformées pour ne faire ntendre que des sons joyeux, comme une armonie céleste qui prépare les fidèles à ouir du bonheur de ces autres choses plus élestes qui se passent dans la maison de Dieu. Oh ! qu’elle est belle, noble, grande, divine, l'harmonie des cloches de Dieu !

Dh ! qu'elle entrait profondément dans 108 jeunes cœurs d’écoliers, l'harmonie des ncomparables cloches de la cathédrale de québec, alors que, marchant e: file, nous précédions vers l'antique cathédrale l’enrée de Mgr Plessis, qui venait monter au aint autel, afin d'y prier pour nous, pour

la bonne ville de Québec, pout tous ses nombreux enfants! J'ai assisté, pendant ma vie de prêtre déjà bien longue, à de nombreuses processions se dirigeant vers une église, j'ai entendu les sons d’un grand nombre de cloches ; pourquoi ces processions et les sons de ces cloches n'ontelles fait qu'augmenter mon admiration pour les cloches de Québec et pour les m1jestueuses entrées de cet incomparable évêque, Mgr. Plessis ? Car Mgr Plessis et les cloches de sa cathédrale étaient bien faits pour aller ensemble.

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