‹ Histoire de l'Ile-aux-Coudres [microforme]Chapitre 18 sur 40 · L'ANCIEN ET LE NOUVEAU PRESBYTÈRE · texte numérisé non relu

L'ANCIEN ET LE NOUVEAU PRESBYTÈRE

En l'année 1771, comme nous le verrons plus tard, M. Jean-Jacques Berthiaume, second curé de l’Ile-aux-Coudres, fit bâtir la seconde chapelle de la paroisse, un peu à l’Est de la première, que M. Charles Garrault avait fait bâtir en 1748, comme nous l'avons vu plus haut. Après avoir donné à l'Homme-Dieu une demeure plus convenable que celle qu’il avait habitée jusque là, M. Berthiaume crut qu’il devait penser à construire un logement pour les curés qui desserviraient l'ile. Jusqu'à cette époque, ils avaient été obligés de loger dans une maison, dont une partie était à l’usage des paroissiens.

Les frais pour la construction de la chapelle, qui était très-grande et plus que suffisante pour l'usage de la population, à cette époque, devaient avoir épuisé toutes les ressources. Cependant, M. Berthiaume se mit en frais de construire une autre bâtisse considérable dont les dimensions devaient être de 45 pieds sur 26. Mais les habitants ne savaient pas refuser leur curé, dont ils connaissaient le zèle, la capacité et le dévouement.

Qu'on fasse attention que le nombre des familles établies sur l’île n’excédait pas alors frente-six, et on n'aura que de l’admiration pour ce petit peuple si courageux et si dévoué à la gloire de Dieu, à l'honneur de la religion et au bien-être de son curé. Qu'on fasse encore attention au peu de terres en culture que devaient avoir des nouveaux colons, et à la gène inévitable qu'éprouve toujours une population nouvelle sur des terres en bois debout, et on comprendra

| quels sacritices dûrent faire Jes habitants

de l’Ile-aux-Coudres pour bâtir en même III temps une grande chapelle et un grand i presbytère. Je dois cependant ajouter que le | REDEVANCES QUE LES HABITANTS DE L'ILBgrand nombre de marsouins que l'on pre-| AUX-COUDRES SONT OBLIGÉS DE PAYER nait alors dans les nombreuses pêches que A LEUR CURÉ lou tendait sur les battures de l'île, devait | L'Ile-aux-Coudres n'a que soixante-onze être une des principales ressources d'où ils | terres, dont les propriétaires ne peuvent tiraient les moyens do subvenir à des dé-| agrandir la partie destinée à la culture, penses bien au-delà des ressources d'une | comme on le fait généralement dans les population commençante. [autres paroisses, parce qu'il faut, sous Quoi qu’il en soit, le presbytère fut bâti | peine de périr de froid pendant les hivers, presque en même temps que la chapelle. | conserver une assez grande étendue du Et, ce qui prouve que M. Berthiaume sa-| sol en forêt pour se procurer du bois vait faire faire de bon et solide ouvrage, | do chauffage, Do là s'en suit que le c'est qu'à la date de 1854, co presbytère | curé de l'ile ne peut avoir qu’un revenu

servait encore de logemont aux curés de | très-insuffisant par la dime, ce qui a obligé l’île. Il y avait alors au-delà de quatre- | d'établir un supplément,

vingts ans que cette maison avait été bâtie, J'aime à consigner ici le témoignage

Ce fut à cette époque que Mgr P.-F.! mérité que les habitants de l'Ile-aux- Turgoon, archevêque de Québec, ordonna | Couüres se sont toujours fait et se font enaux paroissiens de l’Ile-anx-Coudres de | co:e un devoir, je devrais dire un bonheur, bâtir un autre presbytère sur le même em- d'acquitter avec la plus scrupuleuse fidéplacement. Ce nouveau presbytère devait | ]ité ces redevances. evoir 40 pieds de longueur sur 34 de lar-| Les suppléments qu'ont toujours payés geur, mesure française, et devait être bâti | les habitants de l'[le-aux-Coudres remonen bois, piece sur pioce, tent à un siècle, Il m'est doux de dire

L'année suivante, 1845, on se mit vail-| ici que les bons paroissiens de l'ile que lamment à l’œuvre, et je dois dire que M. Dieu ne cesse pas de bénir, ne cessent le curé actuel de l'ile, M. l'abbé J.-B. | non plus jamais de bien remplir leur de- Pelletier, ne fut pas celui qui contribua le voir envers leurs pasteurs, moins à la construction de ce beau pres- Malgré ma bonne volonté, je n'ai pu bytère. Par une générosité qui mérite | trouver l'époque où les paroissiens de l’île toute la reconnaissance des habitants do | commencèrent à payer à leur curé la dîme l'Ie-aux-Coudres, il n'exigea d'eux que le | 4e patates et à se charger de l'entretien bois de charpente, la pierre, la cha x et | 4u chemin passant sur la terre de la fal'ouvrage du petit mur pour les fonili- brique. Ce que je puis assurer, c'est qu'à tions, et un mois de travail pour aider à la l'époque de 1814, les habitants de l'île construction. Les habitants n’eurent point | bayaient cette dime et ésaient chargés de d'argent à fournir, La fabrique donna | l'entretien de ce chemin, comme on le voit £50. Mais, pour sa part, monsieur le curé | bar une ordonnance de monseigneur Plesde l'île donna £278. Ce fut un ouvrier | sis, faite dans une de ses visites pastorales du nom de François Goulet, des Eboule- | et conservée dans le livre des délibérations ments, qui fit les ouvrages de charpente et | de la fabrique, et dont voici la copie : de menuiserie. ;

Ca presbytère est bien divisé; l'ouvrage |, NOUS tres convenu are le habitants ne est très-bien fait, et, co qui, au Canada, = manière de supplément, la dime de

mérite d'être pris en considération, c'est | patates et d'huile de marsouins, et qu'ils contiqu'il est parfaitement bien clos contre le SAHARA SNS le ce devant la terre a

: ée par ledit curé, enfin que ceux qui ont des vent et le froid. Eotities sur leurs terres “ TT douze et six piquets, chaque année, pour entretenir les clôtures de ladite terre, au moyen de quoi ils ne payeront point l’offrande du pain bénit, qui est d’un cierge ou de sa valeur.

Ce réglement, ou cette confirmation de

réglements passés antérieurement, est porté sur le livre des délibérations à la date du 2 de juillet 1814, et signé de la main de monseigneur Plessis.

J'aime à faire connaître : Lo. que l’entretien du chemin, tracé le long de la terre du curé, entre la grève et le terrain renfermé par une clôture, passant presque partout sur un sol dur et solide, n’a jamais causé de grands travaux d'entretien ; 20.

que depuis une époque assez reculée, les habitants de l’île ne fournissent plus qu'une demi-corde de bois de chauffage, comme en font foi les lettres de mission données aux curés ; 30. que les habitants de l’île, au lieu de donner les douze perches et les six piquets, dont il est parlé dans ce réglement de 1814, ont la liberté de donner un chelin à leur curé, qui pourvoit comme il l'entend aux clôtures de la terre qu’il occupe; 40. enfin, que les autres redevances sont acquittées avec une fidélité fort remarquable.

Pour conclure ce petit paragraphe, je dirai, à la louange des habitants de l’Ileaux-Coudres, que tous les curés qui les ont desservis depuis que je suis prôtre, n’ont eu qu’une seule voix pour me dire qu'ils payaient la dîime avec une scrupuleuse fidélité et qu'il était inoui qu'un seul d’entre eux eût soustrait quoique ce fût sur les grains qu'il devait donner à son curé. Je prie instamment les habitants de mon Ile-aux-Couures de toujours en agir ainsi avec leurs curés, les assurant que celui qui fait tomber la pluie et luire le soleil pour réchauffer la terre et mûrir les moissons, ne manquera jamais de leur donner de quoi se nourrir et se vêtir, selon leur état.

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