‹ Histoire de l'île d' OrléansChapitre 3 sur 18 · HISTOIRE Ï)É · texte numérisé non relu

HISTOIRE Ï)É

prières publiques qui se font à l'église. A peine distingue-t-on les jours d'ouvrage du dimanche et des fêtes, sinon par la fréquence des communions que l'on fait en ceux-ci, et par le chapelet que l'on vient réciter sur jour, qu'ils disent hautement à deux chœurs en la place des vêpres

<' La beauté de leur voix est rare par excellence, pairticulièrement des filles. On leur a composé des rantiques hurons, sur l'air des hymnes de l'Eglise ; elles les chantent à ravir. C'est une sainte consolation, qui n'a rien de la barbarie, que d'entendre les champs et les bois résonner si mélodieusement des louanges de Dieu, au milieu d'un pays, qu'il n'y a pas longtemps, qu'on appelait barbare

" Ce qui a le plus aidé à mettre l'esprit de ferveur dans cette colonie huronne, c'est la dévotion qu'ils ont prise cette dernière année, pour honorer la Vierge. Nos Pères qui en ont le soin, pour les y donner davantage, ont fait une Congrégation où ils n'admettent que ceux et celles qui sont d'une vie exemplaire, et qui par leur vertu se rendent dignes de cette grâce. Les dimanches et les fêtes ils s'assemblent dès le point du jour. Au lieu de l'office de la Sainte- Vierge, qu'ils ne peuvent réciter, ils disent leur chapelet à deux chœurs, les hommes d'un côté, et les femmes de l'autre » (1).

Les Dames Ursulines avaient adopté plusieurs jeunes filles huronnes, auxquelles elles procuraient gratuitement la nourriture et l'éducation. Lors de l'incendie du monastère de ces saintes femmes, les

(1) Relation de 1654.

Hurons voulurent en cette occasion montrer la compassion qu'ils éprouvaient pour elles, et témoigner leur reconnaissance. Gomme la façon des sauvages, dans de semblables circonstances, est de porter quelques présents aux personnes de grand mérite pour les consoler dans leur malheur, les Hurons décidèrent de leur présenter deux colliers de porcelaine, chacun de douze cents grains. Ils allèrent donc trouver ces bonnes religieuses, qui depuis l'incendie s'étaient retirées à l'Hôpital. Un capitaine, nommé Louis Taiaeronk, leur présenta ces deux colliers au nom de ses compatriotes, et leur fit le discours suivant :

« Vous voyez, saintes filles, de pauvres carcasses, les restes d'un pays qui a été florissant, et qui n'est plus. Du pays des Hurons, nous avons été dévorés et rongés jusques aux os par la guerre et par la famine. Ces carcasses ne se tiennent debout qu'à cause que vous les soutenez : vous l'aviez appris par des lettres, et maintenant vous le voyez de vos yeux, à quelle extrémité de misères nous sommes venus. Regardez-nous de tout côté, et considérez s'il y a rien en nous qui ne nous oblige de pleurer sur nous-mêmes, et de verser sans cesse des torrents de larmes. Hélas ! ce funeste accident, qui vous est arrivé, va rengregeant nos maux et renouvelant nos larmes, qui commençaient à tarir ! Avoir vu réduite en cendre en un moment cette belle maison de Jésus, cette maison de charité, y avoir vu régner le feu sans respecter vos personnes toutes saintes qui y habitaient ; c'est ce qui nous fait ressouvenir de

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