ST. JEAN
Limites de la paroisse de St. Jean. — Eglises de cette paroisse. — Curés et desservants de St. Jean. — Population. — Ecoles.. — Quai de St. Jean.
La paroisse de St. Jean, située à l'ouest de St. François, du côté du sud de llle, a deux lieues et un quart de longueur, depuis la rivière Bellefine jusqu'à la rivière Maheu, qui la sépare de St. Laurent.
La rivière Bellefine traverse une partie des terres de St. Jean, et est un des cours d'eau les plus considérables de l'Ile : elle fait fonctionner deux moulins à farine et deux à scies. Ce n'est pas là le véritable nom de cette rivière. Nous voyons par la carte de l'Ile de 1689 qu'elle était alors appelée rivière Dauphme^ probablement ainsi nommée, en l'honneur de madame la Dauphiue de France, par M. Berthelot,
propiiétaire de l'Ile, et ancien secrétaire des commandements de madame la Daupliine.
Une première église fut commencée à St. Jean vers 1675. Elle était située un peu à l'ouest de l'église actuelle, le long du cimetière : le chemin royal passait alors sur la grève. C'était un bien modeste édifice, fait de colombage, qui n'avait que 45 pieds de long sur 20 de large. En 1683, elle n'était pas encore terminée. St. Jean n'avait à cette époque que 32 familles françaises (I).
Il n'y a rien dans les archives qui indique la date précise de la construction de l'église actuelle. Cependant, la tradition rapporte qu'elle fut commencée sous M. René Portneuf, curé de St. Jean en 1735. Cette église, qui a été agrandie de 25 pieds en 1852, a maintenant 125 pieds de long sur 44 de large. Elle est la plus grande de l'Ile d'Orléans.
A une époque reculée, le presbytère de St. Jean a aussi servi pendant quelque temps de chapelle.
Les premiers actes que l'on trouve dans les archives de St. Jean, datent du 19 mai 1683. M. Pierre de Francheville desservait alors cette paroisse. On a dû cependant commencer à y tenir des registres dès 1679, comme dans les autres paroisses. Jusqu'en 1759, ces registres manquent en partie, et ceux qui restent sont souvent indéchiffrables, ayant été grandement détériorés par l'humidité. On pense qu'ils ont été cachés dans un lieu humide lors du siège de Québec par les Anglais.
(1) Voir la note B de l'appendice.
Vingt prêtres ont desservi cette paroisse depuis 1683 jusqu'à ce jour. Voici leurs noms :
Pierre de Francheville prêtre, de 1683 à 1688
P. Germain Chabaud « 1688 1690
G. Thierry Erbory « 1690 1692
Antoine Danion « 1692 1698
George Cœur de Roy « 1698 1707
Nicolas Boucher « 1707 1727
Jean-Bte. Bréault » 1727
Charles Rageot « 1728 1829
Jean Valois « 1729 1732
René-Philippe Portneuf.... « 1732 1735
François-Charles Mazurier u 1736 1739
François Guillory « 1739 1758
Dominique Devoble « 1758 1765
Joseph-Nicolas Martel « 1765 1766
Pierre Menard « 1766 1777
Charles Perrault « 1777 1778
Alexis Pinet « 1778 1800
Jean-Marie Fortin « 1800 1828
Edouard Faucher « 1828 1829
Jean Bte. Marenda u 1829
Antoine Gosselin « 1829
M. Nicolas Boucher mérite à tous égards un souvenir éternel dans le cœur des habitants de St. Jean. Né à Boucherville, de vieille noblesse française, ce digne prêtre se trouvait héritier d'wn riche patrimoine, plus que suffisant jjour vivre indépendant : aussi fit-il d'abondantes aumônes à ses paroissiens et à son église. On voit par son testament, resté aux
archives de St. Jean, qu'il laissa en mourant une vingtaine de mille francs à la fabrique. Il fut vingt ans curé de la paroisse.
M. François Guillory, arrivé au Canada en 1738, fut placé l'année suivante dans la paroisse de St. Jean, qu'il desservit pendant dix neuf ans. Il mourut en 1758, victime de son dévouement pour les malades, frappé lui-même de la maladie qui décima cette année les habitants de sa paroisse. Il fut inhumé le 19 avril dans le sanctuaire de l'église.
M. Jean-Marie Fortin^ ordonné prêtre lô 17 août 1777, fut chargé en 1800 de la direction de cette paroisse. Après 29 ans d'une sage et ferme administration, il quitta St. Jean pour l'Hôpital-Général, où il mourut en décembre de la même année. Après sa mort, tous ses paroissiens allèrent recevoir son corps au bout de l'Ile et le conduisirent en pleurant à son ancienne église, oii il fut enterré dans le sanctuaire, du côté de l'évangile, en présence de presque tous les habitants de l'Ile.
Fut aussi inhumé dans l'église de cette paroisse M. Charles Genest, ancien curé de St. Constant, décédé à St. Jean le 8 septembre 1827. Il était natif de cette paroisse, et il avait été ordonné prêtre le 25 novembre 1787.
Qu'il nous soit permis de donner ici au Révérend M. Antoine Gosselin, le présent curé de St. Jean, quelques paroles de respect et de considération, qui ne seront que l'écho des sentiments des habitants de l'Ile et surtout de ses bien-airaés paroissiens. Bien qu'il ne soit pas natif de l'Ile d'Orléans, celle-ci peut en quelque sorte le réclamer pour un de ses enfants,
VU que l'aïeul de ce vénérable vieillard était originaire de l'Ile, et qu'il a passé lui-même plus de la moitié de sa vie au milieu des insulaires, dont il a acquis l'estime et l'afléction.
Né à Belœil en 1793, M. Gosselin se destina au sacerdoce, et fut ordonné prêtre le 12 juin 1824. Il lut quelque temps secrétaire de Mgr. Panet, qui résidait alors à la Rivière-Ouelle, et un an et demi vicaire de cette dernière paroisse. Chargé ensuite de la direction de la paroisse de St. Michel de Bellechasse, il y demeura jusqu'en 1829. C'est alors qu'il fut nommé curé de St. Jean, paroisse qu'il a administrée jusqu'ici avec tant de sagesse et de zèle.
D'après le recensement fait en 1861, la population de cette paroisse se monte à 1433 âmes : en 1821 elle était de 1300. C'est la plus considérable paroisse de l'Ile d'Orléans. Cette population se compose de 204 chefs de famille dont 81 sont cultivateurs, les autres sont navigateurs et artisans de toutes sortes.
De tout temps, Tlle d'Orléans, surtout la paroisse de St. Jean, a fourni à la navigation un grand nombre d'habiles marins. Dès les premières années de son établissement, vers IGGO et 16G6, René Maheu et Nicolas Godbout exerçaient les fonctions de pilotes. Aujourd'hui, pas moins de cent cinquante jjersonnes se livrent à la navigation ; de ce nombre l'on compte environ soixante pilotes pour le fleuve St. Laurent, en bas de Québec. La seule paroisse de St. Jean en fournit quarante. Ces marins ont montré jusqu'ici une grande habileté dans l'exercice de leur art, et plusieurs ont occupé ou occupent encore des postes de confiance.
Le 26 avril 1830, la fabrique de St. Jean acheta pour rétablissement d'une école la maison et le terrain qu'occupe maintenant l'académie, et le 3 mai de la même année, les classes furent ouvertes. C'est la première école établie dans l'Ile d'Orléans, si l'on en excepte le couvent de la Ste. Famille. Avant cette époque, les enfants ne recevaient l'instruction que par des maîtres qui passaient par les maisons, et elle se bornait à la lecture, à l'écriture et à un peu de calcul (1). Deux autres écoles furent établies pins tard à chaque extrémité de la paroisse. En 1855, l'école centrale fut érigée en académie.
Au printemps de 1858, plusieurs personnes entreprenantes de St. Jean, ayant à leur tête le Rév. M, Antoine Gosselin et MM. N. LaRue, notaire, et F. X, Turcotte, marchand, entreprirent la construction d'un quai pour l'usage de la paroisse. Le conseil de
(]). M. Pierre Descombes a été près de vingt ans instituteur de l'Ile d'Orléans. Il était né à Bordeaux, paroisse de Ste. Croix, le 1^ janvier 1746. Il servit sous Napoléon dans la marine, et fut fait prisonnier et jeté dans les pontons ancrés dans la Tamise. Affaibli parles souffrances qu'il y endura, il eut le malheur d'accepter du service dans la marine anglaise contre sa patrie. Il assista à la bataille d'Aboukir et à celle de Trafalgar, et vit tomber à ses p"eds l'amiral Nelson, frappé d'un coup de feu. Vers l'année 18 )0, tourmenté par l'idée de sa position, et niù par les sentiments d'un repentir honorable, le vaisseau dans lequel il se trouvait étant dans la rade de Québec, il résolut de déserter, et se jeta à l'« au avec son frère, qui avait jusqu'alors partagé son sort. Il parvint à gagner ten-e, mais il eut le malheur de voir périr son frèi-o dans les eaux du St. Laurent. Il se retira à l'Ile d'Orléans, et, pos;édant une certaine éducation, il se livra à l'enseignement de la j' unesse, état qu'il exerça près de vingt ans. Comme il n'y avait pas encore d'écoles, il passait par les maisons. Il fut dans la .^uite tantôt l'instituteur de l'école de St. Jean, tantôt de celle de la Ste. Famille. Il est mort en 18.58, à l'âge patriarchal de 111 ;ins et dix mois ; il conserva jusqu'à ses derniers moments toute.'^ ses facultés intellectuelles. Il était le doyen des instituteurs du Canada, et peut-être du monde entier..
la paroifsp fit k cet effet, sur les fonds municipaux de la province, un emprunt de deux mille louis ; mais peu après il céda ses droits à vingt propriétaires qui se rendirent responsables de la somme chacun pour le montant de cent louis. Le quai fut aussitôt commencé, et, dès l'automne de la môme année, il était achevé. Une ligne régulière de trois fois par semaine fut dès lors tenue par le vapeur Grosse-lsle^ et elle a été depuis continuée par Vlndustrie^ le Fashion et le St. George.
Ce quai, situé dans un endroit tout à fait central, à neuf arpents environ à l'ouest de l'église, a 660 pieds de longueur sur 30 de largeur. Il offre toutes les commodités requises, et présente un abri sûr et commode aux goélettes et autres petits vaisseaux.
Les associés ont fait preuve de la plus grande habilité et de la plus stricte économie dans la construction d'un ouvrage aussi considérable, avec une si faible somme. Tls méritent certainement la reconnaissance des habitants de l'Ile, pour avoir procuré à ceux-ci un avantage aussi précieux.
De l'église de St. Jean à celle de St. Laurent, il y a une distance d'un peu plus de deux lieues. Le chemin royal passe au pied des côtes : il est toujours beau et bien entretenu. Grand nombre de bâtisses de pilotes et d'artisans sont construites le long de cette route ; celles des cultivateurs sont toutes bâties sur les côtes, où un chemin privé les y conduit.
Les scènes les plus grandioses et les plus variées sont partout répandues à profusion. Quel plaisir, quel agrément l'on éprouve, dans la belle saison
d'été, à parcourir cotte route, ombragée cà et là d'un bouquet d'antiques érables ou de longs peupliers de Lombardie, ou bordée de champs couverts d'une riche moisson et de magnifiques jardins qui en^ tourent une élégante demeure, parfois longeant le rivage couvert de beau sable où les flots viennent expirer avec mollesse à quelques pas seulement du voyageur ! Quel coup d'oeil magnifique l'on embrasse encore, si l'on porte ses regards sur le fleuve, sillonné en tout sens par de nombreux vaisseaux, et sur les riches villages de la côte du sud î Paysage tout à fait enchanteur, que la nature a enrichi de toutes ses merveilles!
La rivière Maheu fait la ligne de séparation entre St. Jean et St. Laurent. Elle tire son nom du premier habitant qui vint s'établir sur ses bords : René Maheu.