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«Dès que la nouvelle fut arrivée à Québec que la floite française, envoyée pour réduie la colonie, était réunie au bas du fleuve, l'alarme fut grande, car jusque là on n’avait pas ajouté foi aux projets des Anglais. De bon printemps, au commencement de mai, les ordres avaient été envoyés dans toutes les paroisses au-dessous de Québec, de contraindre les cultivateurs et les chefs de famille de faire dans les bois des lieux de refuge, et de les approvisionner, puis de s’y rendre avec leurs enfants et tous les effets de ménage, ustensiles de culture, bestiaux, etc., dès qu'on aurait la nouvelle de l'approche de l’ennemi. On fit donc partir des courriers pour mettre ces ordres à exécution, avec injenction de faire évacuer entièrement l’île d'Orléans et l’île aux Coudres.
«Ces ordres si précipités, et, sans doute, irréfléchis, furent gauchement interprétés et bien mal exécutés. La crainte, la peur et l’animosité, sont de fort mauvaises conseillères. La maladresse et la précipitation firent à des milliers de propriétaires plus de tort que l'ennemi n’en aurait pu faire. Nombre de familles ont été ruinées par cet empressement inutile; les trois-quarts des bestiaux périrent et de longtemps les cultivateurs de l’île aux Coudres et de l’île d'Orléans, qui renfermaient au moins cinq m'Ile têtes de gros bétail, ne se relevèrent de cette erte, sans parler des personnes, femmes et enfants, qui malheureusement périrent dans la bagarre, ayant été rassemblés à une extrémité de ces îles, sans
qu'on eût auparavant procuré des bâteaux pour les :
transporter, ni songé à y amasser des vivres pour les
soutenir. On avait moins encore pensé à y élever des abris pour leur retraite
«Vers le dix jui”, on rapporta, à Québec, que les habitants de l’ile d'Orléans, avant d’évacuer Pile, avait caché tout leur grain dans les bois, mais de telle façon qu’il était aisé de le trouver. L'autorité donna aussitôt ordre de l'enlever; mais à cette condition, toutefois, de le payer à ceux qui s’en déclareraient propriétaires. La quantité de blé ainsi reconnue, monta à vingt mille minots, quantité vraiment prodigieuse à cette saison, et pour une île qui ne contenait pas 2,500 habitants, sans compter les au: >" œuantités cachées, en des endroits qu’on ne put a. :vrir, ni ce que les particuliers avaient dû
« On plaça un détachement dans l’île d'Orléans. Vers le 20 juin, on fit reconnaître les dispositions de l'ennemi, et l’on fit passer quatre canons dans l'Île, mais ils furent sans effet. On prit en même temps le parti de renforcer le détachement qui y avait été envoyé, en y ajoutant cinq à six cents Canadiens et quelques troupes sauvages, arrivées des pays d'en haut, soit pour empêcher les Anglais de mettre pied à terre, jusqu’à ce que leur floite fût supérieure, soit pour retarder seulement leur descente, lorsqu'ils seraient en état de l’opérer.»
Ce projet de fortifier l’Iie et d’empèche: le débarquement des Anglais fut abandonné, à cause de la supériorité numérique de l’ennemi. Le détachement de troupes françaises évacua l'ile le trois juillet, et traversa au camp de Beauport.
Quelle dut être la douleur des habitants de l'Ile,
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lorsqu'ils se virent contraints d'abandonner si subitement leurs paisibles demeures et de les livrer ainsi au pillage des troupes. Chaque paroisse dit adieu en pleurant à ses foyers, et se retira à Charlesbourg sous la conduite de son vénérable curé. Des vieillards et des malades y furent transportés sur des lits, et ne revirent plus le toit paternel. Plusieurs enfants naquirent dans les bois et y furent baptisés.
Les habitants de l'Île passèrent dans cet endroit trois longs mois dans la plus grande inquiétude et le plus entier dénuement. De là, ils pouvaient voir les dégâts et les dévastations que causaient les Anglais, qui y avaient établi leur camp. Plusieurs eurent la profonde douleur de voir brûler leurs habitations. De temns en temps, des jeunes gens hardis étaient envoyés pour voir ce qui se passait sur l'Ile, et revenaient raconter les tristes détails du pillage.
Ce fut près de l’église de St. Luurent que débarquèrent, le 27 juin 1759, les troupes anglaises, commandées par le général Wolfe. Presque aussitôt après leur débarquement, une violente tempête s’éleva, et causa à la flotte des dommages considérables. Plusieurs transports dérivèrent sur leurs ancres et furent jetés à terre ; un grand nombre de barques et autres petits vaisseaux se brisèrent les uns contre les autres et coulèrent à fond. Ce premier échec affligea beaucoup le jeune général anglais. Les Français, voulant profiter du désordre causé à la flotte par cette tempête, lancèrent plusierrs brülots contre les vaisseaux ennemis ; mais le feu y ayant été mis trop tôt, les Anglais les remorquèrent loin
de la flotte Jusque sur le rivage, où ceux-ci achevèrent de se consumer inutilement.
En arrivant à l’Île d'Orléans, Wolfe adressa au peuple canadien une longue proclamation, qui demeura sans effet. Il conduisit ses troupes à l’extrémité sud-ouest de l’fle, où il établit son camp. Il y fit construire des redoutes et des hôpitaux pour les malades et les blessés. (1)
Le camp des Anglais se trouvait en face de Québec et du camp de Beauport. En considérant la formidable itadelle toute hérissée de canons, et dont les approches étaient défendues par un retranchement qui s'étendait jusŒu’au saut Montmorency, Wolfe trouva son entreprise plus difficile qu’il ne lPavait d’abord pensé.
Le 30 juin, il fit passer une partie de ses troupes à la Pointe-Lévis pour bombarder la ville. Dans l’espace d’un mois, Québec fut presque complétement réduit en cendres.
Il résolut ensuite d’aller attaquer l'aile gauche de l’armée française au saut Montmorency, et fit traverser le gros de ses troupes de l'Ile d'Orléans à l’Ange-Gardien. Le 31 juillet, le combat s’engagea entre les deux armées. Mais les Français prirent si bien leurs précautions, et se défendirent si énergiquement, que l'ennemi fut défait complètement et prit la fuite dans le plus grand désordre. Une pluie abondante qui tomba au même moment favorisa sa retraite sur l'Ile.
La perte de cette première bataille abattit Le cou-
(1) History of Canada, by Smith,
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