‹ Histoire de l'île d'Orléans [microforme]Chapitre 4 sur 20 · OU · texte numérisé non relu

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rage du général anglais. Il s’en vengea par le pillage des campagnes, de”: il ordonna la dévastation, afin de contraindre les Canadiens à aller défendre leurs propriétés et d’affaiblir par là l’armée française. Toutes les paroisses depuis la Malbaie jusqu’au saut Montmorency furent brûlées et dévastées: on fit la même chose de la côte du sud. L'Ile d'Orléans ne fut pas plus épargnée : « Elle fut ravagée d’un bout à l’autre..», dit notre historien Garneau. « Du camp de Beauport on apercevait à la fois les embrasements sur la côte de Beaupré, dans l’île d'Orléans et sur une partie de la rive droite du fleuve... plus de 1400 maisons furent réduites en cendres dans les campagnes...» (1)

Les Anglais avaient d’abord fait preuve de générosité en épargnant l’église de St. Laurent, sur laquelle était un placard qui les priait de respecter cet édifice; mais par malheur ils ne continuèrent pas longtemps cette conduite. Six compagnies de troupes firent le tour de l’Ile et revinrent au camp avec une quantité d'effets.

Dans cette excursion, qui du:a deux jours, beaucoup de maisons furent incendiées. Les vieillards rapportent avoir entendu raconter par leurs pères que, depuis le moulin de la Ste. Famille jusqu’au commencement de St. Pierre, il ne resta qu’une vieille mâsure. Les temples mêmes ne furent pas respectés. Les soldats anglais se campèrent plusieurs jours dans

(1) ‘ Le premier de septembre,” dit un mémoire du sieur de Ramezay, ‘‘ les Anglais mirent le feu à toutes les habitations audelà de Montmorency et sur l'Ile d'Orléans, et brülèrent en même temps leur camp, qu'ils évacuèrent le trois...”

l'église de St. François, et massacrèrent tout l’intérieur de cet édifice, comme l'indique une note des archives écrite par M. Leguerne, curé d'alors. La tradition rapporte que la cloche fut enlevée et que ie mur de l’église fut percé en plusieurs endroits par les boulets ennemis. On peut voir tout près de cet édifice les ruines d’un fort construit à cette époque.

Walfe avait envoyé un détachement de troupes commandé par le colone' Carleton pour prendre possession de l’extrémité nord-est de l’Ile et s’y fortifier. C’est ce qui explique le séjour des Anglais en cet endroit, et la construction du fort mentionné plus haut. Le manoir seigneurial, occupé aujourd'hui par M. Frs. Marc Turcotte, a porté longtemps les traces des balles ennemies.

Après avoir ravagé les campagnes, le général anglais se décida à attaquer la ville par le Cap-Rouge. Dans la nuit du 13 septembre, une partie de ses troupes, embarquée de la veille sur les vaisseaux, passa inaperçue devant Québec, et alla débarquer au Foulon. Le lendemain, l’armée anglaise était rangée en ordre de bataille sur les plaines d'Abraham. Le général Montcalm alla à sa rencontre ; mais le sort des Canadiens était fixé: ils devaient succomber dans ce sanglant combat. Encore quelques jours, et Québec : 2: rendait à l'ennemi.

Après la capitulation, les habitants qui s'étaient retirés dans les bois retournèrent tristement à leurs demeures. Ceux de l'Ile contemplèrent avec douleur les ravages causés par les Anglais. Un grand nombre d’entre eux, se voyant sans demeure aux approches d’un long hiver, dressèrent de petites cabanes sur

l'emplacement de leurs anciennes habitations. Plus des trois-quarts des bestiaux avaient été détruits. La récolte, qui avait été dévastée, ne valait plus rien; les grains étaient épars sur la terre. Les familles étaient entièrement ruinées, et il leur fallut bien des années pour se remettre dans leur première aisance.

Les Sœurs du couvent de la Ste. Famille durent aussi abandonner leur mission à l’approche des Anglais. L'une d'elles, dans sa fuite, passa par la Pointe-aux-Trembles, où elle fut accueillie par les religieuses de cette dernière paroisse. Mais bientôt les Anglais y firent une descente et envahirent pareillement le couvent, qui fut déserté à leur apparition. M. l'abbé Faillon rapporte l’anecdote suivante au sujet de la sœur de la Ste. Famille :

«La sœur missionnaire de l’île d'Orléans, qui avait pris la fuite dans les bois à l'approche des Anglais, continua sa course jusqu’à la fin du jour, sans savoir où elle allait. Lorsque la nuit fut venue, elle entra dans de vives inquiétudes, se voyant seule et exposée à tomber entre les mains des soldats, répandus de tous côtés, qui faisaient sans cesse la ronde. Comme elle se recommandait instamment à Dieu dans une si triste situation, elle aperçut, près de la rivière, une guérite, et vit un soldat qui, s’approchant d’elle, lui dit avec bonté : « Ma sœur, vous «êtes en grand danger d’être prise par les ennemis; «entrez dans ma guérite. Ne craignez rien, je veil- «lerai dehors et vous garderai.» Sans délibérer sur le parti qu’elle avait à prendre, elle se mit dans la guérite. et y passa toute la nuit en prière. Dès que le jour commençait à poindre, l'inconnu qui l'avait

si bien accueillie lui dit avec assurance : « Ma sœur,

«vous pouvez maintenant aller à votre couvent ;:

«prenez cette route qui vous y conduira.» Elle se mit aussitôt en marche pour la Pointe-aux-Trembles, en remerciant Dieu de la protection qu’il venait de lui accorder ; et sa reconnaissance était d'autant plus vive, que cette bonne sœur demeura toujours convaincue que cet inconnu n'était autre que son ange gardien. Elle arriva ainsi heureusement à la maison de la Congrégation, où l’autre sœur qui avait pris la fuite se rendit aussi de son côté.»

Cette sœur de l'Ile, considérant qu’elle avait abandonné son couvent avec trop de précipitation, sans songer à placer en lieu sûr les effets les plus précieux, résolut d’y retourner pour mettre tout en ordre. À son retour, elle ne trouva plus ses compagnes de la Pointe-aux-Trembles qui, pendant son absence, s'étaient retirées à Montréal. Elle se rendit alors chez les sœurs de la paroisse de Champlain où elle demeura quelques mois. Plus tard, elle rejoignit ses compagnes à la communauté de Montréal.

Lors du siége de Québec, la mission de la Ste. Famille fut interrompue pendant deux ans. Mais en 1761, à la demande des habitants de l'Ile, M. Murray qui commandait à Québec pour le roi, permit qu’on la rétablit; et les sœurs St. Etienne et St. Ignace y furent aussitôt envoyées. (1)

(1) Histoire de la Sœur Bourgeoys, par l’abbé Faillon.

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Lors de la constitution de 1791, l'Ile l'Orléans forme un comté. —Députés du comté d'Orléans.—kHu 1840 l’Ile d'Orléans et la côte de Beaupré sont réunies et ne forment qu’un seul comté.

En 1792, lors de la réunion de la première Chambre d'Assemblée, établie par la constitution de 1791, l'Ile d'Orléans forma un comté séparé, sous le nom de comté d'Orléans, et confia le mandat de ses électeurs à M. Nicolas G. ee RENE de St.

Thomas. PA SIT

Il fut remplacé en 1796 par M Jérôme à Mébinéau, marchand, natif de la Ste. Fàmille. M. Martineau était un homme très-estimé et reconnu Par. £a frobité et ses vertus civiques. CAT AVIIE

De 1810 à 1819 le capitaine Charles Blouin, natif de St. Jean, représenta le comté d'Orléans.

Quoique simple cultivateur, et presque sans aucune instruction, il fut préféré aux hommes érudits, à cause de sa grande sagesse et de son bon jugement. Ce respectable citoyen, si cher à la mémoire des habitants de l’Ile, rendit service à ses concitoyens et. à son pays par les bonnes mesures qu’il appuya de ses votes. En Chambre, il acquit l’estime de ses collègues, et dans les questions difficiles, il consultait toujours quelque membre de confiance.

Voici un trait qui nous montre à nu son caractère religieux. La Chambre siégeait, et le temps pascal

était arrivé. Le capitaine Blouin, toujours fidèle à

son devoir, se lève et demande à l’Orateur un petit congé pour aller faire ses Pâques dans sa paroisse. Il n’est pas nécessaire d'ajouter que ce congé fut accordé. On trouva cela vraiment beau ; aujourd’hui on rougirait peut-être d’une semblable demande.

Dans sa paroisse il remplit les premières charges, à la satisfaction de tout le monde. Il mourut à l’âge de 91 ans, et quoique aveugle depuis 13 ans, il conserva cependant jusqu’au dernier moment de sa vie toutes ses facultés intellectuelles.

En 1820, M. François Quirouet, marchand de Québec, remplaça le capitaine Blouin.

La Chambre accorda en 1829 à plusieurs comtés populeux deux représentants : de ce nombre fut celui d'Orléans.

M. J. B. Cazeau, frère de M. le Grand-Vicaire C. F. Cazeau, de l’Archevêché, fut élu en 1830, et “eprésenta le comté d'Orléans conjointement : M.

Quirouet. Ce dernier fut remplacé en 1834 par M. Alexis Godbout, natif de St. Pierre, aujourd’hui régistrateur du comté de Dorchester.

M. Cazeau obtint de la Chambre deux cents louis pour la route de St. Jean qui conduit à la Ste. Famille. C'est le seul don, croyons-nous, qui ait été fait à l'Ile par la Législature. Ce respectable citoyen, décédé à St. Jean, le 13 mai 1865, a travaillé toute sa vie pour le bien de l’Ile d'Orléans : il a rendu de grands services comme juge de paix, dont il a rempli les fonctions pendant plus de vingt ans.

Lors de la réunion des deux Canadas, l'Ile d'Orléans fut annexée à la côte de Beaupré pour ne

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