‹ Histoire de l'île d'Orléans [microforme]Chapitre 5 sur 20 · CF · texte numérisé non relu

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former qu’une division électorale, qui prit le nom de comté de Montmorency.

L'honorable F. A. Quesnel, avocat de Montréal, fut élu en 1841, et représenta ce comté jusqu’en 1844. Peu après, il fut nommé membre à vie du Conseil Législatif. Il fut remplacé par l'honorable Joseph Cauchon, un des plus anciens membres de la Chambre d'Assemblée.

Depuis 23 ans M. Cauchon a représenté ce comté sans interruption. C’est le seul député canadien qui ait trouvé chez ses électeurs une fidélité aussi persistante. Remarquons ici que c’est toujours l'Ile d’Orléans qui lui a accordé la majorité dans les luttes qu'on lui a faites. C’est un honneur pour l'Ile d’être représentée par un membre aussi distingué. Cet homme d'état éminent a deux fois fait partie du ministère canadien ; et en toutes circonstances il a défendu avec le plus grand talent et la plus grande énergie la cause des Canadiens-Français (1).

L'Ile d'Orléans donnée primitivement au sieur de Caën.—L'Ile donnée par concession au sieur Jacques Castillon.—Seigneurs de l’Ile.

Le duc de Montmorency, qui acheta, en 1620, la vice-royauté de la Nouvelle-France, donna au sieur de Caën PIle d'Orléans et le cap Tourmente : « Le

(1) Ce qui concerne les députés de l’Ile d'Orléans a été en partie extrait des Journaux de l’Assemblée Législative.

premier d'août (1624),» dit Champlain, «est arrivé à Québec, le sieur de Caën, et le 4 il fut au cap Tourmente qui lui avait été donné par monseigneur de Montmorency avec l’isle d'Orléans et quelques isles adjacentes, et le dix il rr‘ourna à Québec.»

L'histoire ne nous donne pas plus de détails au sujet de cette acquisition. Quelque années plus tard, le Canada devint la propriété de la compagnie des Cent-Associés. Cette célèbre compagnie, désirant accroître la colonie et favoriser ceux qui voulaient bien l'aider dans cette noble entreprise, concéda gratuitement, le 15 janvier 1636, l’étendue de PlIle d'Orléans au sieur Jacques Castillon, bourgeois de Paris, et l’un des premiers membres de cette société. Le sieur Castillon s’obligeait, ainsi que ses successeurs, à rendre foi et hommage au gouverneur, à payer à chaque mutation de possesseur le prix d’une maille d’or du poids d’un demi-once, (£2 6 4)et le revenu d’une année des cens et rentes des terres qui auraient été concédées : de plus, les hommes qu'il ferait passer au Canada pour habiter sa seigneurie, devraient compter au nombre des colons que la compagnie était obligée d'envoyer annuellement pour peupler la Nouvelle-France.

La seigneurie de Beaupré fut concédée le même jour à Antoine Cheffaut, sieur de la Regnardière. Ces deux seigneurs prennent bien chacun un titre séparé, comme l'indiquent leurs actes de concessions. Cependant, ils déclarent, le 29 février suivant, qu'ils n’ont pas acquis ces deux seigneuries pour eux seuls ; car ils reconnaissent qu'elles sont pour eux

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et pour MM. François Fouquet et Charles de Lauzon, conseillers d'état, pour M. Berruyer seigneur de Manselmont, et pour MM. Jean Rozé, Jacques Duhainel et Juchereau, marchands, les huit associés étant chacun pour un huitième dans la société (1).

Ces hommes influents s’associèrent ainsi dans le but de favoriser la colonisation de ces terres et d’en retirer quelques profits. M. Olivier Letardif était en 1650 procureur de cette compagnie.

M. de Lauzon, gouverneur du Canada, fit aussi en 1652 plusieurs concessions, comme ayant reçu des associés à cet effet les pouvoirs nécessaires.

La colonisation des terres de ces deux seigneuries fut d’abord bien lente, puisque le Père Dequen, qui revenait de sa mission en 1648, ne trouva que 200 âmes depuis Beauport jusqu’au cap Tourmente, y compris l'Ile d'Orléans. (2?)

Les profits que les associés prétendaient faire ne se réalisèrent pas. Le peu de succès de cette entreprise les décida à vendre leurs parts les unes après les autres. Entre les années 1662 et 1668, Mgr. de Laval, premier évêque du Canada, les acheta toutes des divers propriétaires.

Ce noble prélat obtint en 1674, de la compagnie des Indes Occidentales, que ces deux seigneuries fussent déchargées de payer à chaque mutation de possesseur le revenu des cens et rentes, de sorte que celle de l'Ile ne se trouva plus obligée de payer que le prix de la maille d'or.

(1) Archives du Séminaire de Québec.

(2) Journal des Jésuites.

Le 24 avril 1675, Mgr. de Laval échangea l’Ile d'Orléans pour l’île Jésus, qui appartenait au sieur François Berthelot, conseiller de Paris, secrétaire des commandements de la Dauphine, et secrétairegénéral de l'artillerie, poudres et salpêtre de France. M. Berthelot donna en retour la jolie somme de 25,000 francs ; car l'Ile d'Orléans, habitée d’un bout à l’autre, valait à cette époque beaucoup plus que l’île Jésus (1).

L’Ile d'Orléans forma dès lors une seigneurie séparée. Le 6 avril 1676, elle fut érigée en fief noble, sous le nom d’Ile et comté de Saint-Laurent, en faveur de M. Berthelot, qui prit le titre de comte de St. Laurent.

Ge noble seigneur se montra tout à fait généreux envers ses censitaires. Il dota les églises dès paroisses de l’Ile de plusieurs morceaux de terre ; it fit aussi plusieurs dons aux Dames du couvent de la Ste. Famille. Mgr. de St. Valier le comble d’éloges, et dit qu'il était connu dans tout le pays par son zèle pour la décoration des églises, et par l’établissement de petites écoles pour les enfants. (2)

Le 25 février 1702, M. Berthelot vendit la seigneurie de l'Ile à dame Charlotte-Françoise Juchereau, de la famille Duchesnay. Cette dame, qui portait le titre de comtesse de St. Laurent, était

(1} L'Île d'Orléans n’a jamais appartenu au Séminaire de Québec; comme plusieurs écrivains l'ont prétendu. Ce n'est que plusieurs années aprés l'échange de l'Île d'Orléans pour l'ile Jésus que Mgr. de Laval donna au Séminaire la côte de Beaupré, l'île Jésus, etc.

(2) Etat présent de la colonie.

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l'épouse de M. François de la Forest, capitaine d’une compagnie des troupes de la marine.

M. de la Forest, proche parent du chevalier de Tonti, fut plusieurs années gouverneur de Catarakoui ou fort Frontenac. Il servit longtemps dans l’armée, et prit part à plusieurs combats glorieux. En 1695, D’Iberville Le laissa commandant du fort Bourbon, à la baie d'Hudson. Ce brave officier défendit courageusement ce fort contre les Anglais; mais à la fin il fut forcé de se rendre, et, contrairement aux articles de la capitulation, il fut fait prisonnier et envoyé en Angleterre, où il fut retenu quatre mois (1).

Madame de la Forest n'ayant pu remplir les conditions de l'achat, la seigneurie de l’Ile fut vendue, le 7 décembre 1705, à la poursuite de M. Berthelot, qui la racheta. Ce dernier la garda encore quelque temps et la vendit en 1712 à M. Guillaume Gar.‘ard, riche marchand de Québec. Celui-ci avait été plusieurs années procureur de M. Berthelot; il fut aussi membre du Conseil Supérieur de Québec.

À sa mort, en 1738, la seigneurie ‘° l'Ile d'Orléans fut partagée entre ses deux fils. L. sud-ouest (aujourd’hui la seigneurie Drapeau) échu: à loseph

Ambroise, et la partie nord-est, à Jean-Baptiste.

M. Joseph-Ambroise Gaillard, qui embrassa l'état ecclésiastique, fut longtemps chanoine de la cathédrale de Québec. Il fut ordonné prêtre ie 15 juin 1726, et desservit la paroisse de Sorel et celle de

(1) Histoire de la Nouvelle-France, par le Père Charlevoix:

Lanoraie jusqu’à sa mort. En 1752, il vendit sa part de la seigneurie à M. Jean Mauvide.

Ce dernier, natif de France, était venu au Canada en qualité de chirurgien dans l’armée. Il épousa demoiselle Anne Genest de St. Jean, et continua d'exercer sa profession parmi les habitants de l’Ile, dont il était très-estimé.

Le 15 janvier 1779, sa seigneurie échut à M. René- Amable Durocher, qui était marié à une demoiselle Mauvide. C'est des héritiers Durocher et Mauvide que M. Joseph Drapeau acheta en 1800 et 1801 la partie sud-ouest de la seigneurie de l'Ile, qui est aujourd’hui la propriété des dames Drapeau.

La famille Durocher laissa l'Ile d'Orléans vers 1800 pour s'établir dans le district de Montréal. Plusieurs membres de cette famille ont embrassé la vie religieuse : M. Alexis Durocher, prêtre, mort en 1835, premier directeur du collége de Nicolet, le Révérend Père Durocher, Oblat de Marie Immaculée, et la Révérende Sœur Eulalie Durocher, fondatrice de la communauté des SS. NN. de Jésus et de Marie.

La partie nord-est de la seigneurie, qui comprend les deux tiers des paroisses de St. Jean cet de la Ste. Famille, échut par partage à M. Jean-Baptiste Gaillard, conseiller de Québez et frère du chanoine Gaillard. Ses enfants, qui, à sa mort, héritèrent de sa seigneurie, étaient louis-Joseph Gaillard, sieur de St. Laurent et lieutenant au régiment de Dauphiné, Louise Gaillard, épouse de Philippe Denis, sieur de la Ronde, chevalier de l’ordre de St. Louis,

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et Catherine Gaillard. Ils vendirent en 1764 leurs parts de la seigneurie à M. Jacques Murray, lieutenant du 68e régiment d'infanterie, qui la transmit à son tour an capitaine Malcolm Fraser.

Le 12 février 1806, M. Louis Pculin l’acheta de M. Fraser, dont il avait été procureur pendant longtemps. Elle est aujourd’hui la propriété de M. Alexandre Poulin, son petit-fils M. Louis Poulin, le respectable curé de St. Isidore, est petit-fils du seigneur Louis Poulin (1).

Premiers établissements faits dans l'Ile d'Orléans. —Madame de Grandmaison, René Maheu, Jacques Gourdeau, Claude Charron, etc.—Concession des fiefs de l'Ile.

Les premiers établissements faits à l'Ile d'Orléans, que nous avons pu constater par les titres de concession, datent de 1651 (2). A cette époque, quelques morceaux de terre avaient déjà été concédés. En 1650, M. Olivier Letardif donna par concession aux Dames Ursulines l'étendue de huit arpents de terre de front, joignant les terres appartenant aux Dames

(1) Cette succession de seigneurs a été prise dans les actes de vente ou de foi et hommage, qui sont en la possession des seigneurs de l’Ile.

(2) Suivant Champlain, Uartier aurait été chargé par Roberval de commencer en 1542 un établissement dans l’Ile d'Orléans, où il aurait construit une habitation et demeuré quelque temps. Mais ce fait paraît absolument incorrect ; car il est contredit par Roberval même et plusieurs historiens: Cartier, au lieu de venir fonder un établissement dans l'Ile, serait retourné en France.

de l’'Hôtel-Dieu. Ces dernières avaient donc acquis cette propriété avant 1650.

Le Journal des Jésuites nous dit que le 22 juin 1646, le Père Vimont alla à l’Ile d'Orléans choisir des prairies pour les deux maisons religieuses.

Dès 1648, il y avait cependant des Français établis dans l'Île, puisque le Père Dequen y va faire une visite comme missionnaire : « Le 14 (janvier 1648), » dit le Journal des Jésuites, «retourna le P. Dequen de sa mission de Beauport jusqu’au cap de Tourmente et l'Île d'Orléans; il y trouva plus de 200 âmes et plus de 140 communiants.»

À cette époque, madame Eléonore de Grandmaison devait résider à l’Ile. M. Ferland, dans ses Notes sur les régistres de Notre-Dame de Québec, nous dit qu’elle demeurait avec sa famille à l’Ile d'Orléans plusieurs années avant 1652. Au mois de mars 1651, cette dame vend, comme nous l'avons déjà dit, pour l’établissement huron une partie des terres de son fief qui se trouvait à l’anse du Fort. Nous pouvons, pour le moment, la considérer comme la première personne qui se soit établie dans l’Ile.

Madame Eléonore de Grandmaison, veuve d’Antoine Boudier, sieur de Beauregard, épousa en secondes noces M. François Chavigny de Berchereau.

Originaire de Créancey en Champagne, M. de Chavigny prit en concession deux seigneuries, dont l’une était à Sillery. Il occupait un rang distingué dans la colonie, et fut chargé en plusieurs occasions de remplacer le gouverneur, lorsque celui-ci s’ab-

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sentait de la province. Le mauvais état de sa santé le força de retourner en France, où il mourut vers 1651. Son épouse réclama ses terres, qui devaient être confisquées, parce qu’il n'avait pas rempli les conditions imposées par la compagnie des Gent- Associés. Elle les obtint en 1652 de M. de Lauzon, gouverneur du Canada. |

La même année, madame de Grandmaison épousa en troisièmes noces le sieur Jacques Gourdeau de Beaulieu, et après la mort de ce dernier, elle prit an quatrième mari, le sieur Jacques Descailhaut de La Tesserite.

Cette dame, qui mourut à l’âge de 70 ans, laissa après elle une nombreuse postérité. Sa le=gne vie fut traversée par plusieurs malheurs. Le 8 mars 1652, son habitation à l’Ile fut détruite par un incendie. Au mois de mai 1663, son troisième mari, le sieur Gourdeau, fut assassiné par son serviteur. En 1667, elle perdit son gendre, le sieur Douaire de Bondy, qui se noya près de l’Ile d'Orléans Ce dernier avait épousé demoiselle Marguerité de Chavigny.

Plusieurs familles honorables comptent pour ancêtres M. de Chavigny et dame Eléonote de Grandmaison, entre autres, les familles Chavigny de la Chevrotière, de la Gorgendière, Rigaud de Vaudreuil, Taschereau et Lemoyne (1}

M. René Maheu est un des premiers habitants établis à l'Ile d'Orléans. Le 15 janvier 4651, M. Olivier Letardif lui donna par concession un petit

(1) Notes sur les régistres de Notre-Dame de Québec:

fief de quinze arpents de terre de front. Honorable homme, René Maheu, comme on le désignait sou. vent dans les anciens titres, étais natif de Mortagne en Perche, et était pilote pour le fleuve St. Laurent. C’est le premier pilote de l’Ile et un des plus anciens du Canada. Sa demeure était à l'entrée de la petite rivière qui porte son nom, et qui est appelée rivière St. Louis dans un titre de 1659.

Au mois de mars 1651, une bande de sauvages Hurons, comme on l'a déjà vu, vinrent se fixer à l’anse du Fort, sur les terres de madame de Grandmaison. Ils en partirent après un séjour de sept années.

Le 1er mars 1652, M. Jean de Lauzon concéda, au nom des seigneurs de Beaupré et de l’Ile d'Orléans, au sieur Jacques Gourdeau le fief connu sous le nom de Beaulieu, Gourdeau ou Grosardière. Ce fief consiste en quarante arpents de terre de front sur toute la largeur de l'Ile, à son extrémité sud-ouest.

M. Jacques Gourdeau de Beaulieu, fils de Nicolas Gourdeau de Beaulieu, ancien procureur au siége royal de Niort en Poitou, épousa en 1652 dame Eléonore de Grandmaison, veuve de M. de Chavignv. Ce gentilhomme, estimé et chéri des Français, était reconnu dans le pays comme un habile artificier. Les Relations des Jésuites donnent la description d’un feu d'artifice qu’il fut chargé d'organiser. C'était en 1637, lors de la fête de St. Joseph, patron et protecteur du Canada, fête que nos ancêtres célébraient avec une grande solennité. Voïci les détails de ce feu de joie, écrits par un Père Jésuite :

«D'un côté on avait dressé un pan, sur lequel paraissait le nom de saint Joseph en lumières ; au-dessus de ce nom sacré brillaient quantité de chandelles à feu, d'où partirent dix-huit ou vingt petits serpenteaux, qui firent merveille. On avait mis derrière cette première invention quatorze grosses fusées, qu'on fit enlever les unes après les autres, avec l’étonnement des Français et bien plus des Sauvages, qui n'avaient jamais rien vu de semblable ; ils admiraient la pluie d’or, ou de feu, et les étoiles qui retombaient de fort haut. Le feu des fusées se portant tantôt tout droit, maintenant comme en arcade, et toujours bien haut dedans l'air.

« Assez proche de là, on avait dressé un petit chàteau, fort bien proportionné et enrichi de diverses couleurs ; il était flanqué de quatre tourelles remplies de chandelles à feu, qui faisaient voir par leur clarté toute cette petit: batterie à découvert. Il y

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coins d’icelle, on voyait roues mouvantes et une autre plus grande au dessus du château, qui tournait à l’entour d’une croix à feu, éclairée de quantité de chandelles ardentes qui la faisaient paraître comme toute couverte de diamans. De plus on avait mis à l’entour de cette forteresse, en égale distance, quatre grosses trompes d'où l’on vit sauter treize douzaines de serpenteaux, sortant six à six avec une juste distance et quatre dlouzaines de fusées, qui se devaient enlever douze à la fois.

« Le sieur Bourdon avait dressé cette machine, et le sieur de Beaulieu avait composé les feux d'artifice. Sur le soir Monsieur le Gouverneur et Monsieur de V’Isle, et tous nos Messieurs sortirent du fort, et s’en vinrent auprès de l’église, au lieu destiné pour ces feux de joie. Tous les habitants de la Nourelle- France, voisins de Québec, se trouvèrent à cette réjouissance ; les ténèbres de la nuit ayant couvert le ciel et la terre, le sieur de Beaulieu présenta un boute-feu à Monsieur le Gouverneur qui alluma cette machine, et fit dire aux Sauvages, notamment aux Hurons, que les Français étaient plus puissants que les démons, qu’ils commandaient au feu, et que s'ils voulaient brüler les bourgades à leurs ennemis, qu’ils auraient bientôt fait. »

Au mois de mai 1663, M. Gourdeau fut cruellement assassiné par un de ses serviteurs, qui, pour cacher les traces de son crime, incendia la maison de son maître. Le meurtrier, après avoir subi son procès, fut condamné à être fouetté et ensuite fusillé sur la potence. Le Journal des Jésuites raconte ainsi cet horrible crime :

« Le même jour (29 mai 1663), sur les 9 ou 10 heures du soir, fut brûlé en sa propre maison de V'isle d'Orléans le sieur de Beaulieu avec un sien valet, par accident du feu

« Juin.—Il se trouva que le feu qui avait pris à la maison du sieur de Beaulieu n’était pas par accident, mais par méchanceté d’un valet, après avoir tué son maître et un autre valet son camarade; il fut convaincu et condamné à avoir le poing coupé,

pendu et brûlé, et Monsieur le Gouverneur se contenta de la mort à la potence, après avoir été fouetté par le bourreau il fut fusillé le 8 de Juin.»

On nous assure que la maison qui fut bâtie sur les ruines de celle qui venait d’être incendiée existe encore aujourd’hui: elle est occupée par M. François Gourdeau, père, descendant en ligne directe du premier propriétaire ; c’est à-dire, qu'elle compte plus de deux siècles d'existence. C’est bien certainement la plus ancienne bâtisse de l’Ile d'Orléans.

M. François Gourdeau, fils, surintendant des pilotes, est aujourd’hui propriétaire du fief Gourdeau ou Beaulieu, possédé sans interruption depuis plus de deux cents ans par cette famille respectable.

Le fief Argentenay fut concédé, le 23 juillet de la même année 1652, à M. Louis D’Ailleboust, seigneur de Coulonge, qui gouverna le Canada de 1648 à 1651. Ce fief comprend toute la petite paroisse de St. François.

Argentenay est le nom d’un petit village situé dans la Champagne. M. D’Ailleboust, originaire de cette dernière province, aura voulu, en nommant ainsi son fief, faire revivre un nom qui lui était cher. En 1670, madame D’Aïlleboust le vendit aux Religieuses de l’Hôtel-Dieu, qui le transmirent à leur tour en 1700 au sieur Jacques Perrot. Il appartient maintenant à M. André Lemelin.

Deux autres terrcs furent concédées en 1652, l'une à Jacques Levrier, et l’autre à Gabriel Gosselin. Cette dernière fut donnée en concession par M. Jacques Gourdeau de Beaulieu.

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Gabriel Gosselin était natif de Combray, près de Thury en Normandie, et avait épousé Françoise Lelièvre. Son habitation se trouvait à peu de distance de l’anse du Fort. Il est l’ancètre d’une nombreuse famille, à laquelle appartient M. Antoine Gosselin, le vénérable curé de St. Jean.

En 1653, Claude Charron, sieur de la Barre, obtint par concession de M. Jean de Lauzon l'étendue de dix arpents de.terre de front, avoisinant le fief de M. René Maheu, au commencement de la paroisse de St. Jean. Ce respectable citoyen, qui avait épousé Claude Camus, fut élu échevin de Québec. Au mois d'avril 1653, il faillit être assassiné par deux de ses serviteurs qui le blessèrent à la gorge. « Le 29,» dit le Journal des Jésuites, «M. Charron est blessé à la gorge d’un coup de pistolet, dans son habitation d= l’isle d'Orléans, par un assassinat de deux de se: serviteurs. »

Plusieurs concessions de terres furent faites en 1656 par M. Charles de Lauzon, seigneur de Charny et fils de M. Jean de Lauzon, gouverneur du Canada.

Nous voyons, par l’acte de société de 1636, que M. Charles: de Lauzon était un des huit propriétaires des seigneuries de l'Ile d'Orléans et de la côte de Beaupré. En 1657, il vendit sa part à M. Julien de Belle-Fontaine. Cependant, de 1656 jusqu’en 1666, il avait la propriété à: la seigneurie de Lirec, située dans l’Ile, et fit en ceite qualité un grand nombre de concessions. Cette dernière seigneurie comprenait la paroisse de la Ste. Famille et une partie de celle de St. Pierre. Nous ne pouvons nous expliquer com-

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ment, après avoir vendu sa part de la seigneurie, il se trouve encore propriétaire de celle de Lirec, qu'il cède le ? septembre 1666 à Mgr. de Laval.

M. Charles de Lauzon, qui portait le titre de grand maître des Eaux et Forêts de la Nouvelle-France, fut gouverneur, par intérim, de la colonie, depuis 1656 jusqu'au mois de septembre 1657. Il épousa, le 12 août 1653, Marie-Louise Giffard, fille de Robert Giffard, seigneur de Beauport. Devenu veuf, il partit pour la France, où il embrassa l’état ecclésiastique, et revint au Canada avec Mgr. de Laval pour y exercer son ministère. Il fut plusieurs années curé de Beauport et grand-vicaire de l’évêque de Québec.

La famille de Lauzon a joué un certain rôle dans les premiers temps de l’établissement de l’Ile. Nous avons déjà dit que M. Jean de Lauzon, père, avait été plusieurs années procureur des seigneurs de l'Ile et de la côte de Beaupré. Son fils aîné, Jean de Lauzon, sénéchal de la Nouvelle-France, fut massacré en 1661 par les Iroquois, à l'entrée de la rivière Maheu. Son second fils, Charles de Lauzon, seigneur de Charny, était un des seigneurs de lÎle. Son troisième fils, Louis de Lauzon, sieur de La Citière, avait acheté en 1657 la terre de Pierre le Petit, située près de l’anse du Fort; il se noya deux ans après en revenant de l’Ile d'Orléans dans un canot poussé par un grand vent de nord-est, avec deux autres Français, Lachevesque et Jérôme (1).

Le ? avril 1656, M. Charles de Lauzon concéda dans sa seigneurie de Lirec des terres aux personnes

(1) Journal des Jésuites. :

suivantes: Guillaume Beaucher dit Morency, natif de Montmorency, Ile de France; Jacques Perrot ; Robert Gagnon de Tourouvre en Perche; Claude Guyon (Lion); Denis Guyon; Michel Guyon (ces trois aerniers étaient fils de Jean Guyon du Buisson, établi à Beauport, originaires de Mortagne en Perche); Pierre Nolin dit Lafeugière, de la ville de Paris; Pierre Loignon ou Lognon ; Guillaume Landry, de Ventrorse en Perche ; François Guyon, de Mortagne en Perche; Simon Leurean; Louis Côté; Reë Mézeray dit Nos, de Thury en Normandie ; Jacques Billodeau et Mawrice Arrivé.

On doit ajouter à ces noms les trois personnes suivantes qui s’établirent à peu près en ce temps, et dont les titres de concession n’ont pu être trouvés : Pierre le Petri, d'Auneil en Picardie; Gabriel Rouleau dit Sansoucy et Jacques Delugré, de La Rochelle, en Aunis.

Presque tous les colons nommés ci-dessus s’établirent dans la paroisse de la Ste. Famille un peu au nord-est de l’église, comme on peut le constater par une carte de l'Île d'Orléans faite en 1689 par M. Villeneuve, ingénieur du roi. Cette carte, qui est très-intéressante, donne les noms de tous les Français établis dans l’Île à cette époque, et la place qu’eccupaient leurs habitations. Les rivières et même les petits ruisseaux y sont très-bien dessinés.

De 1657 à 1660 des terres furent concédées à Jean Lehoux; Louis Houde, natif de Manou en Perche; Adrien Blanquet, d’Acqueville en Normandie ; Jacques Bernier dit Jean de Paris, de la ville de

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