Traduit, vers 1830, par Gérard de Nerval
2. La Légende du Juif-Errant , compositions et dessins â& G. Doré. Paris, Michel Lévy, 1856, grand in-folio.
L’IMAGERIE POPULAIRE
Soit dureté, peur, ou toute autre cause, Le Juif refuse... Il va bien l’expier!
Tel est le début du poème de Pierre Dupont, bien inférieur au couplet suivant de la complainte :
Sur le mont du Calvaire Jésus portait sa croix :
Il me dit, débonnaire,
Passant devant chez moi :
« Veux-tu bien, mon ami,
Que je repose ici? »
Tout est à l’avantage du poète inconnu : netteté de dessin, simplicité du récit. Le Christ est bien le Christ de la Bible, doux, débonnaire . Pierre Dupont tente de le peindre et ne parvient pas à faire oublier le poète populaire :
Jésus se tourne, et de son beau visage,
Dont le soleil n’est qu’une pâle image,
Eblouissant le cortège atterré,
11 dit au Juif d’un air transfiguré :
« Tu vas partir pour un lointain voyage, » etc.
Lutte infertile avec l’auteur de la complainte, pleine de tendresse évangélique :
Jésus, la bonté même,
Lui dit en soupirant :
« Tu marcheras toi-même Pendant plus de mille ans. »
C’est en mettant en parallèle la complainte et le poème qu’apparaît la misère de l’art didactique.
LE JUIF-ERRANT
Correction, connaissance des procédés rythmiques ne sont rien en regard du sentiment qui est le foyer de toute poésie populaire. Dans sa paraphrase de la complainte, Pierre Dupont est vaincu à chaque couplet, et l’humanitarisme de son épilogue, où sont chantées les époques industrielles, ne sauve rien.
Quand Goethe s’emparait d’une tradition populaire, c’était pour la féconder. Il n’eût pas commis la faute de refaire un poème sur le Juif-Errant1 .
Le poème existe. C’est la complainte, un chefd’œuvre, malgré ses incorrections. Il faut des légendes plus vagues pour être rajeunies, et, après Pierre Dupont, un autre a échoué dans une composition dont on ne saurait citer un vers2 .
IY