‹ Histoire de l'imagerie populaireChapitre 20 sur 64 · Grenier, la Mort du Juif-Errànt, Hachette · texte numérisé non relu

Grenier, la Mort du Juif-Errànt, Hachette

L’IMAGERIE POPULAIRE

même modèle. Il serait sans cloute digne d’un artiste et d’un antiquaire de remonter à la source et d’en découvrir l’auteur, » dit M. Charles Nisard *, et c’est ce que j’ai tenté de faire.

Déjà le bibliographe Grœsse avait signalé des histoires populaires d’Ahasvérus en Hollande, en Suède et en Norvège, ainsi que diverses éditions allemandes portant la date de 1602, 1619, 1634, 1645, 1661, 1681, 1697, ornées d’ordinaire, disait-il, « d’horribles gravures sur bois. »

Ces indications étaient précieuses en ce sens qu’elles indiquaient la route à suivre pour retrouver trace, par la gravure, de la notoriété du Juif-Errant en Europe. Elles concordaient d’ailleurs avec le fait cité par un ancien historien de Tournai, Cousin : « Audict an 1616, dit-il, se vendoit publiquement à Tournay et ailleurs, par des porte-paniers, parmy d’autres cartes et images de papier, le portraict d’un Juif, à mon avis fabuleux, appelé Ahasvérus. » Citation qui, maintes fois reproduite par les commentateurs de la légende, ne jetait aucune lumière sur une estampe que malheureusement l’historien flamand, trop sceptique à l’endroit du Juif, avait laissé passer sans la décrire.

Il semble que plus une œuvre obtient de succès, moins elle a de chances d’être conservée. Les érudits

\ . Histoire des livres populaires et de la littérature du colportage, 2 vol. ia-18. Dentu, 18G4, t. I, p. 493.

LE JUIF-ERRANT

ne s’inquiètent pas des images qui intéressent le peuple ; les collectionneurs rougiraient de les classer dans leurs portefeuilles. Ainsi sont condamnées à la destruction tant « d’images de papier » collées aux murs des cabaretiers, données aux enfants, estampes dont les gens des campagnes se lassent eux-mêmes un jour, et qui ont une fin trop enviable, quand un fonds tout entier sert, comme le raconte M. Garnier dans son Histoire de l’Imagerie chartraine, à envelopper les étoffes des marchands de nouveautés d’Orléans.

Les anciennes images du Juif étant devenues

D’après une gravure allemande de 1602.

d’une excessive rareté, il fallait s’enquérir des livrets de la même famille, dont le frontispice, comme

L’IMAGERIE POPULAIRE

le suivant, est quelquefois relevé par une image curieuse.

De ces livrets, eux-mêmes fort difficiles à se procurer, le savant bibliothécaire de Weimar, M. le docteur Reinhold Ivœhler, a bien voulu détacher à mon intention quelques-unes des gravures qualifiées trop facilement par Grœsse « d’horribles. »

La première gravure connue d’après le Juif-Errant est celle (page 41) tirée de la « Courte description et aventure d'un Juif nommé Ahasvérus... » Imprimé à Bautzen, chez Wolfang Suchnach, en 1602, cet inquarto (en allemand) comporte quatre feuilles et se trouve à la bibliothèque de Munich.

La vignette n’offre rien de particulier. Le personnage semble, suivant la pensée du dessinateur, adorer Dieu.

Ici devrait être placée chronologiquement l’image sans doute flamande de 1616, dont parle l’historien de Tournai cité plus haut, une véritable estampe populaire qui, se trouvant « parmy d’autres cartes ou images de papier, » était évidemment coloriée. Mais quel dépôt public, quelles collections particulières l’ont conservée ?

La gravure sur cuivre, qu’on voit en regard, fait partie d’un livret allemand ayant pour titre : « Vrai portrait d'un Juif de Jérusalem nommé Ahasvérus..., imprimé à Augsbourg chez la veuve Sara Mangin, édité par Wilhelm Peter Zimmermann, graveur, 1618. »

Page 1