‹ Histoire de l'imagerie populaireChapitre 34 sur 64 · Études sur l’art et la littérature populaires · texte numérisé non relu

Études sur l’art et la littérature populaires

L’IMAGERIE POPULAIRE

On trouve dans le Norske Folkeeventgz, recueil des Contes populaires de la Norvège, recueillis par Asbjœrnsen et J. Moe1, la légende du Forgeron qui ne put trouver 'place en enfer ; elle offre quelques points de ressemblance avec le Bonhomme Misère .

Notre-Seigneur voyage avec saint Pierre; il laisse au forgeron le droit de former trois souhaits. Aussi, plus tard le diable qui vient chercher le forgeron reste-t-il cloué au poirier.

Un conte populaire lithuanien offre une remarquable analogie avec le précédent. Un forgeron ayant rendu service à saint Pierre, obtient pour l’avenir l’accomplissement de ses souhaits. Un jour le diable vient le chercher pour l’emmener en enfer. La route est longue : pour se rafraîchir, Satan cueille quelques pommes aux branches d’un pommier qui pendent sur le chemin ; mais le forgeron souhaite que la main du diable reste à la branche, et Satan n’est délivré qu’en jurant de ne jamais revenir2.

Il est à remarquer que saint Pierre a été de tous les évangélistes la figure mise le plus souvent en jeu par le peuple. Dans un conte de la Gascogne, le Sac de la Ramée ? on trouve saint Pierre faisant cadeau à un pauvre homme d’un sac de cuir qui se remplira immédiatement de tout ce qu’il est possi-

1. Trad. par E. Beauvois. Contes populaires de la Norvège , 1 vol. petit in-18, E. Dentu.

2. Contes , proverbes, énigmes et chants de la Lithuanie , par Auguste Schleicker. Weymar, Bœhlau, 1857, avec chants notés.

ble en disant : Chose que je désire avoir , entre dans le sac de la Ramée1.

Ainsi que Misère, la Ramée avait rendu service à saint Pierre sans le connaître; là se borne l’analogie, et je ne mentionne ce récit que pour montrer la popularité de l’apôtre parmi les conteurs.

Les frères Grimm ont recueilli une légende à peu près semblable à celle du Bonhomme Misère . C’est le Pêcheur et sa femme, conte qui se trouve aussi dans les Mille et une Nuits ; YAthenæum français 2 a donné de son côté la traduction d’un conte russe sur le même sujet. Je cite ces variantes, quoique l'intérêt ne semble pas considérable. Quand le conte est arrivé à son suprême développement, il importe peu, dira-t-on, de recueillir des épreuves effacées ou retouchées. Cependant n’est-il pas curieux d’assister à la soudure des éléments d’une tradition, à sa désorganisation, à ses émigrations en pays étranger jusqu’au jour où un Shakespeare, un Molière, un Goethe s’en emparent? Alors Hamlet, le Festin de Pierre, Faust, sont la plus haute expression du conte obscur, qui s’était couché savetier et le lendemain se réveille roi.

1. Cénac-Moncaut, Contes populaires de la Gascogne . 1 vol. in-18, E, Dentu, 1861.

Page 1