‹ Histoire de l'imagerie populaireChapitre 38 sur 64 · OUVRAGES IMITÉS DU BONHOMME MISÈRE · texte numérisé non relu

OUVRAGES IMITÉS DU BONHOMME MISÈRE

Le succès du bonhomme Misère fut si grand au dix-huitième siècle, que les libraires d’ouvrages de facéties et les auteurs travaillant pour ces boutiques imaginèrent toutes sortes de petits ouvrages courts, en vers le plus habituellement, dans le titre desquels revenait le nom à la mode de Misère : il ne s’agissait plus alors de la grande misère, de la misère générale, de la misère humaine, de la misère du malheureux; c’étaient des satires dans le goût de Boileau, et qui dépeignaient, en vers comiques ou qui prétendaient l’être, les misères particulières aux divers corps d’état.

Un libraire rassembla ces feuilles volantes en un corps d’ouvrage et y joignit la fameuse Histoire du bonhomme Misère , pour bien montrer qu’elle était la souche d’où étaient issues toutes ces misères particulières : Les Misères de ce monde , ou complaintes facétieuses sur les apprentissages de différents états et métiers de la ville et des faubourgs de Paris, précédées de l’histoire du bonhomme Misère . A Londres et se trouve à Paris, chez Gailleau, imprimeur-libraire,

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rue Lalande, vis-à-vis la rue du Fouarre. 1773, 1 vol. in-12, 188 pages.

A la suite de la légende on trouve :

La Misère de patience, ou la misère des Clercs de procureurs; la Misère des Garçons chirurgiens; le Patira ou Complainte d’un Clerc de Procureur sur son misérable apprentissage; la Misère des Apprentifs Imprimeurs; la Misère des Apprenlifs Papetiers-Colleurs, Relieurs et Doreurs de livres; la Misère des Garçons Boulangers de la ville et faubourgs de Paris; la Misère des Domestiques; la Misère des Maris; la Misère des Clers d’huissiers.

L’ensemble de toutes ces diverses misères ne vaut pas un mot de l’hisloire du bonhomme résigné ; mais il n’est lecture si fastidieuse qui ne contienne son enseignement. On trouve dans ces facéties des détails sur les corps d’état au dix-huitième siècle et sur les fonctions des apprentis.

Almanach du bonhomme Misère . Détails de sa généalogie.

— Époque de sa naissance. — Relation des moyens qu’il a employés pour se rendre immortel. — Détail intéressant de la naissance de son fils unique. — Relation de ses derniers Voyages et le nom des pays où il s’est fixé. Les moyens immanquables qu’il a employés et emploie encore tous les jours pour prendre asile chez les nouveaux Riches. —

— Détail intéressant de tous les événements remarquables qu’il (sic) lui sont arrivés dans le cours de sa vie. — Moyens que doivent employer ceux qui ne veulent point qu’il entre chez eux et de la manière de le connaître. À Paris, de l’imprimerie d’Aubry, Palais-dc-Justice. In-18 de 16 pages, fig.

La première partie de la brochure est une mauvaise imitation de la légende. Misère a un lils qu’il envoie à Paris. Les aventures successives annoncées par le sous-titre de la brochure se résument en une rencontre avec une fille et un banquier. Le tout se termine par un couplet sur l’air : du

Voyage du Temps ou Borilas, lequel couplet est signé « par Colliger fils. »

Une date manuscrite (collection Labédoyère, Biblioth. nationale) indique que cet almanach est de 1797.

Le bonhomme Misère, conte en vers, imité d'un auteur ancien, par L. A. Boutroux de Montargis. A Paris, chez les marchands de nouveautés. In-8°, 10 pages.

Saint Pierre et saint Paul cherchant un asile, rencontrent une lavandière qu’ils interrogent :

« A plus d’une lieue à la ronde.

Il n’est derrière ce coteau,

Répond la vieille, qu’un château Où vraiment toute aisance abonde,

Mais dont l’avare possesseur,

Peu délicat en fait d’honneur,

Est un marquis à la moderne,

Petit nobliau subalterne Qui croyant que tout indigent Conspire contre son argent,

Sans courroux ni sans répugnance Ne peut supporter sa présence. »

Boutroux de Montargis appartient à l’école de ces braves provinciaux qui trouvent que Y Avare de Molière ferait meilleure figure en vers, et le traduisent « à leurs moments perdus. »

Jugeant piteuse la prose du bonhomme Misère, le poète « l’enrichit » de ses rimes; par la même occasion, Boutroux de Montargis a corsé le récit. Le marquis avare qui refuse l’hospitalité à saint Pierre et à saint Paul, est celui-là même que Misère surprend plus tard sur l’arbre.

Un marquis qui vole les poires de son voisin donne à penser que Boutroux de Montargis était un libéral. En effet, cet auteur écrivait de .1809 à 1820, et il avait l’innocente

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manie de faire imprimer ses vaudevilles et ses tragédies.

Un artiste distingué, M. Alphonse Legros, a publié à Londres, en 1877, une suite d’eaux-fortes intéressantes sur la légende du bonhomme Misère. Son interprétation grave et sévère s’éloigne peut-être un peu de la simplicité philosophique du récit; il convient de la regarder telle que l’a conçue l’artiste. M. Legros a vu Misère désolé aux prises avec la nature tourmentée ; mais il faut louer sans réserves un burin qui ne badine pas et qui est bien personnel dans son élucidation de la légende.

Presqu’à la même date, un poète plein d’esprit, M. Ernest d'Hervilly, faisait jouer sur le théâtre de l’Odéon un JBonhomme Misère en vers de bonne humeur qui suivaient d'aussi près que possible l’ancien texte. Là où Legros entrevoyait un de ces autos sacramentales des contemporains de Cervantes, d’Hervilly se jouait avec ses rimes faciles et faisait penser aux aimables arrangements du comte de Tressan, d’après nos anciens romans de chevalerie.

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