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gère. Cela est perfide, tromper un pauvre mari, un tendre amant ! Doit-il perdre ses droits parce qu'il est loin, chargé de fatigue et de peine? Sans sa José- . pliine,sans Tassurance de son amour, <jue lui reste- t-il sur la terre? Qu'y ferait-il?... Adifeu, adorable Joséphine; une de ces. nuits les portes s'ouvriront avec fracas, comme un jaloux, et me voilà dans tes bras I Mille baisers amoureux. »
n faut joindre ici cette autre délicieuse lettre, plus tendre encore dans ses rudesses, et écrite de Modène quelque temps après : « J'ai été avant-hier toute la journée en campagne. J'ai gardé hier le lit. La fièvre et un violent mal de tète, tout cela m'a empêché d'écrire à mon adorable amie; mais j'ai reçu ses lettres, je les ai pressées contre mon cœur et mes lèvres, et la douleur de l'absence, cent milles d'éloignemeut ont disparu. Dans ce moment, je t'ai vue près de moi, non capricieuse et fâchée, mais douce, tendre, avec cette onction de bonté qui est exclusivenient le partage de ma Joséphine. C'était un rêve; juge si cela m'a guéri de la fièvre! Tes lettres sont froides comme cinquante ans ; elles ressemblent à quinze ans de ménage. On y voit l'amitié et les sentiments de cet hiver de la vie. Fi! Joséphine!... C'est bien méchant, bien mauvais, bien traître à vous. Que vous reste-t-il pour me rendre bien à plaindre? Ne plus m'aimer? Eh! c'est déjà fait. Me haïr? Eh bien! je le souhaite; tout avilit hors la haine; mais l'indifférence au pouls de marbre, à l'œil fixe, à la démarche monotone!... Mille, mille baisers bien tendres comme mon cœur.
Je me porte un peu mieux. Je pars demain. Les Anglais évacuent la Méditerranée. La Corse est à nous. Bonne nouvelle pour la France et pour l'armée*. »
Il serait trop long et du reste inutile (le lecteur sait y suppléer) de mettre en relief , dans la correspondance du général Bonaparte, chaque expression gracieuse ou forte, chaque trait imprévu , chaque tour original de cette improvisation à course de plume qui a parfois toutes les bonnes fortunes de la composition la plus littéraire et la plus exercée. Mais ici nous ne pouvons nous empêcher de relever quelques mots qui frappent plus encore que ce que nous avons lu déjà, par leur justesse et leur accent incisif : ainsi cette onction de bonté qui caractérise si bien Joséphine et donne le mot de son empire sur cette âme si haute; ces lettres « froides comme cinquante ans et qui ressemblent aussi à quinze ans de ménage ; a et Vhwer de la vie y et V indifférence au pouls de marbre^ et ceci : tout avilit hors la haine; et tout enfin. Mais il faut se retenir et ne pas recopier une lettre dont le texte original est sous les yeux du lecteur. Un mot seulement et pour remarquer que quand sa femme ne lui écrit pas, Bonaparte crie à la négligence, et lorsqu'elle le fait, il crie à la froideur. Malheureusement nous n'avons pas la correspondance de Joséphine qui nous dirait jusqu a quel point ce reproche était mérité. Mais rappelons -nous cette première